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EAN : 9782070179985
240 pages
Gallimard (04/11/2016)
4.18/5   57 notes
Résumé :
Robinson est une île sauvage. Robinson est un monde. Robinson est un Sisyphe heureux. Robinson est un enfant autiste. Son père, universitaire, évoque avec délicatesse et subtilité son expérience de la paternité hors norme, où le quotidien (faire les courses, prendre le bain, se promener) devient une poésie épique. Détonantes scènes décrites dans leur violence et leur scatologie les plus crues : Robinson ne parle pas, ne se contient pas, il s'exprime dans les mêmes g... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
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Il y a toute une polémique sur Babelio à propos de la pertinence des prix de tout acabit, à commencer par le Goncourt.
En Belgique, l'attribution des prix n'est pas (encore) galvaudée, et le prix Rossel, créé en 1938 pour dynamiser la littérature belge, est le plus prestigieux. Je peux vous certifier (et ce n'est pas du chauvinisme) qu'un roman ayant reçu cette récompense la vaut bien !

Tout ceci pour vous parler de « Robinson » de Laurent Demoulin, qui confirme parfaitement ce que je viens d'expliquer.
Laurent Demoulin, par petites tranches quotidiennes, nous fait entrer dans l'existence - difficile ô combien- d'un papa d'enfant autiste.
C'est donc du réel, du prosaïque, et même du scatologique qui nous est conté, avec de petites touches d'humour qui dédramatisent l'univers infernal que vivent les adultes face à ces enfants. Il y ajoute même la poésie, qui elle, fait décoller la réalité pure et dure et l'emmène au pays de la tendresse et de l'amour véritable.

Laurent Demoulin enseigne à l'université de Liège, il est le spécialiste de Francis Ponge, de Roland Barthes et de toute la clique intellectuelle (n'y voyez aucun mépris de ma part à l'emploi de ce mot « clique »). Il est intelligent, il est romancier, il est poète,... il est papa. Et c'est là sa plus belle fonction, car quand il a la garde de son fils Robinson, autiste, il s'en occupe à plein temps.
Et les parents d'autistes le confirmeront : c'est contraignant, fatigant, usant, mordant, désespérant....mais l'amour est là, immense, et c'est ça qui les porte.
Robinson a dix ans. Il ne parle pas, il pousse de petits cris. Il a des couches, mais les retire souvent en deux temps trois mouvements pour faire caca par terre et l'étaler sur les murs et sur lui. Il lance tous les objets qu'il trouve. Il met à sac une pièce en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Il a des gestes désordonnés et renverse tout. Il boit l'eau du bain, l'eau de la piscine...
Toutes les sorties, que ce soit au supermarché, bien calé dans le caddie, au cimetière pour se rendre sur les tombes de la famille, à un barbecue entre amis, à la piscine, toutes les sorties – et je pèse mes mots – sont de véritables expéditions dangereuses. Déjà à la maison, ne pas regarder Robinson au-delà de 45 secondes est dangereux...c'est vous dire.

Héros des temps modernes, Laurent Demoulin et par là-même tous les parents d'enfants « différents » subissent au quotidien le poids de leur enfant, au sens premier du terme : dans les bras, sur la hanche, par la main, ils le trainent, le portent, le soutiennent.
Sans compter le regard des autres : des autres parents, des autres enfants, des autres adultes...
Difficile de concilier une attitude posée et un regard perpétuel et inquiet sur son enfant, tout en sachant que les autres observent, indignés, incompréhensifs, et parfois, oui parfois, pleins de compassion.

Je ressors de ce livre toute remuée, toute bouleversée.
Car cet enfant, Laurent Demoulin l'aime plus que tout. Il a peur pour lui, pour son présent mais aussi pour l'avenir. Quand il sera vieux, quand il mourra, que deviendra Robinson ?
Je salue donc tous ces parents, je leur rends hommage à travers cette critique.
Et je vous dis : l'autisme et l'amour ne sont pas étrangers l'un à l'autre, lisez « Robinson », vous en serez convaincus !
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« Robinson » (publié chez Gallimard et Prix Rossel 2017) est l'histoire d'un père non-autiste qui se livre, détaille, dénoue, noue et renoue sans cesse le noeud bien serré qui l'attache à son fils oui-autiste. Un Robinson qui n'existe que sur son île et pour lequel le père invente des trésors d'amour et de patience, s'occupant de son fils avec rigueur, abnégation, colère, joie, dépit, compréhension et soif de liberté partagée.
Un livre dans lequel Laurent DEMOULIN nous raconte ce qu'est être père d'un enfant Robinson. Avec une écriture dont la puissance tient de la poésie des situations ubuesques décrites, du regard chargé de tendresse même quand trop souvent la scatologie s'invite de manière inopportune pour qui n'est pas îlien, et puis, surtout, de l'humanité profonde qui fait tenir debout ce père, papa d'un Robinson oui-autiste qui est aussi papa de ses frères et soeurs, mari de son épouse dans la construction d'une nouvelle unité familiale, beau-père de ses beaux-enfants et, une semaine sur deux quand il n'est pas de garde Robinson, universitaire de renom, conférencier-voyageur de par le monde, homme parmi les hommes, savourant la puissance d'une parole partagée qui permet à tout un chacun d'échanger et de partager ses questions, ses doutes, ses joies et l'inévitable recherche d'un sens à la vie.
Même si certains conseillers de l'Edition ont suggéré à l'auteur de construire son livre à travers une ligne du temps assurant une montée dramaturgique vers une fin surprenante, Laurent DEMOULIN a préféré distiller au long des pages des tranches de vie, historiettes décousues qui trouvent leur cohérence dans la constance du décalage entre les mondes des oui ou non-autistes et dans la permanence du regard de père responsable à temps plein des éclats de vie de son fils.
C'est dur sans être heurtant, triste malgré la joie, réaliste sans être imaginable. Comment pourrions-nous, lecteur lambda, comprendre, prendre avec nous, sur nous ?
Alors, comme pour nous aider, l'auteur, pirouettant auprès de ses lecteurs, ne manque pas de préciser : « Or, puisqu'il faut tout dire, puisque ces pages ne sont nullement un témoignage véridique mais appartiennent au domaine de la fiction, plus précisément de la poésie épique, et qu'à ce titre elles participent à l'artifice de la littérature qui ne dit la vérité que lorsqu'elle ment, à moins que ce ne soit l'inverse, on sera content d'apprendre que, tout de même, ces épisodes éprouvants présentent un aspect positif – voire un progrès. » Ce qu'il ne manquera pas de remettre en cause lorsque, quelques pages plus loin, il rappellera que : « L'ennui, c'est que la maladie dont souffre le oui-autiste (ou dont souffre son entourage) n'est rien d'autre qu'une absence totale de progression. Il s'agit de la définition même de l'autisme – d'une de ses définitions. »
Et c'est là, probablement un point qui mettra en parole les non-autistes ayant la responsabilité d'être parents, proches, accompagnateurs d'enfants oui-autistes. Y a-t-il place sur l'île de ces Robinson pour un progrès ? Oui, répondront les uns, non affirmeront les autres. Tous ayant raison, chacun accompagnant un îlien qui n'est pas forcément copie d'un autre. Dans ce livre qui se refuse à la dénomination de roman, ce récit qui n'est ni linéaire, ni construit en exposition du sujet, développement et dénouement, si possible heureux, Laurent DEMOULIN entend présenter son Robinson comme adepte de Paul Valery : « le monde est menacé par deux choses : l'ordre et le désordre. » Nul doute pour Robinson, entre le fascisme et l'anarchie, l'ordre constitue une menace plus grande que le désordre… Telle est sa vie, telle est celle de son papa !
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Laurent Demoulin a deux vies. Dans le civil il est un universitaire brillant, spécialiste des mots et de Francis Ponge, amateur de Roland Barthes, vivant toujours un livre à la main, et poète. Dans l'intime il est le père non-autiste de Robinson, enfant oui-autiste, "enfant auquel l'enfance est volée et enfant volant dans l'éternelle enfance". Robinson, à qui son père voue un « amour pur», ne parle pas, ne contrôle ses excréments que comme aire de jeux ou comme langage personnel. Robinson vit des joies furieuses et des besoins incontrôlables, des colères assassines et des angoisses insondables, tous impossibles à décrypter.

Laurent Demoulin écrit ce "roman", « bouée de sauvetage grâce à laquelle j'évite la noyade" . On se doute bien que l'un des rares éléments fictionnels est ce prénom, Robinson, pour son enfant-bulle, son enfant-île, son enfant-sauvage, dont l'auteur essaie au mieux de s'approprier l'insaisissable logique illogique. Laurent Demoulin parle d'amour et de merde, de patience et de bulles de savon, de surplace et de jour-le-jour, de corps qui se love et de main tendue. Il décortique cet amour d'un père pour son fils, où chaque instant est un défi, un exploit impossible, avec une humilité fière, qui m'a touchée (plus, même) à chaque chapitre, à chaque page, à chaque mot..

Laurent Demoulin a un regard confondant d'empathie et de tendresse, et raconte cela avec une vraie écriture de poète, qui rêve ce monde étrange , "le drame de [sa] vie" , en image magiques. A travers cet enfant-autre, aidé des réminiscences résilientes de sa propre enfance heureuse, Laurent Demoulin apprend à se regarder et regarder le monde autrement, et cet autrement interagit avec son univers propre hautement poétique et réfléchi , pour construire un autre Laurent Demoulin, être lumineux, courageux, avançant à tâtons malgré son désespoir éternel.

Il approche humblement d'une appréhension ( à défaut d'une compréhension) du monde étrange de son enfant, pour mieux l'approcher, et mieux l'aimer.

Robinson (je pense aussi à d'autres livres comme Dernières nouvelles du martin pêcheur de Bernard Chambaz, ou Dans ma peau de Guillaume de Fontclare ) est, mieux que n'importe quel discours théorique, profond ou fumeux, une extraordinaire quoique paradoxale leçon de bonheur. Non pas tant par cette réaction initiale, à la fois imbécile et égoïste, qui vous fait bien vite déceler le bonheur de vos jours d'avoir échappé à cela, un enfant autiste (ou un enfant mort, ou une maladie grave). Mais un questionnement soudain vous saisit pour vous demander si, au contraire, vous ne vous êtes pas privé, par vos petits bonheurs-plaisirs mesquins, d'une intensité de l'instant, d'une hauteur dans la dignité et l'amour, au final : une dignité et une humanité qui donnent sens - encore faut-il en être capable.

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Robinson est une expérience unique : le voyage sur l'île d'un père naufragé, échoué sur les rivages de l'autisme de son fils. C'est poignant et trivial à la fois. Juste et anecdotique. C'est le journal d'un quotidien rythmé par le silence de l'enfant - au grand dam de son père universitaire -, ses volontés indéfectibles - qui oblige le paternel à toujours tenir son petit par la main - et ses jeux avec ses excréments - d'où découle le véritable héroïsme de l'homme qui prend soin de lui ! Mais rien de ceci n'est vulgaire car la langue du père est travaillée pour deux, affutée, précise et poétique, toujours positive. Très souvent drôle - fou rire incontrôlable et éclat de rire garanti, pure joie autistique ! Tout en étant profond : nous sommes vivants certes mais qu'est-ce qui fait de nous des êtres humains ? Comment survivre sans les autres quand on est projeté sur l'île déserte de l'autisme ? Mais qui sont les naufragés en définitive ?
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Prix Rossel 2017. C'est un récit que j'avais envie de lire depuis sa parution. Un livre touchant, émouvant.

Laurent Demoulin mène deux vies, sa vie publique en tant que professeur de littérature, conférencier spécialiste de Francis Ponge, Simenon et Jean-Philippe Toussaint , et une vie privée en tant qu'adulte non-autiste vivant avec un enfant oui-autiste.

Le roman inspiré en partie de sa vie personnelle mais pas que, commence par un magnifique poème pour son Robinson.

Robinson a dix ans, il vit sur son île. il n'est pas coupé du monde, il est dans le sien. Il est privé du langage. Il est autiste ce qui signifie une absence totale de progression.

Le narrateur donne ici la parole à son fils qui ne parle pas. Par des petits instantanés de sa vie, il raconte son quotidien. L'attention nécessaire à 100% envers Robinson, impossible de le laisser seul une seconde sans contrôle sous peine de catastrophe.

Robinson ne parle pas, il rit, il crie, se fâche, se déculotte, fait se besoins n'importe où, joue et étale ses excréments, jette tout au dessus de l'armoire, renverse, met en bouche les fils électriques.

Ce sont des tranches de vie partagée avec nous. On accompagne Robinson et son papa au parc, à la piscine, au supermarché, à la fêtes foraine, chez des amis, dans l'intime.

Amour, merde, bulles de savons, patience.

J'ai avalé ce roman, touchée, émue par ce témoignage tendre, cette écriture magnifique, poétique, drôle parfois, tellement authentique. L'auteur nous parle du lien entre le père et le fils. C'est un magnifique témoignage d'amour réciproque.

Robinson est dans sa bulle, il a ses gestes, sa logique qui n'est que sienne, ce rapport sur le non langage qui intrigue son père. Un papa qui s'interroge sur l'avenir de son fils le jour où il ne sera plus. Il se souvient de ses parents trop tôt disparus, des souvenirs heureux, de l'amour reçu , un peu de nostalgie , une force pour transmettre à Robinson des tonnes d'amour.

A lire absolument.

Un gros coup de coeur. ♥♥♥♥♥
Lien : https://nathavh49.blogspot.b..
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critiques presse (1)
Actualitte
15 juin 2017
Voici le plus vibrant, le plus puissant, le plus sidérant des livres d’amour.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
Le bonheur, c'est mon enfance. Plus précisément: les vacances de mon enfance dans la maison de mes grands-parents à la campagne (...) débarrassé du tracas de l'école, des insupportables devoirs et de la méchanceté des camarades, entouré par une double couche d'absolue bienveillance, celle de mes grands-parents, celle de mes parents, jouissant d'un temps infini, me réveillant des seules grâces de la fin du sommeil, le soleil laissant deviner sa caresse à travers les pans des volets, me levant dans un corps sans douleur parfaitement ajusté à ma taille et à mes mouvements.
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Qu’est ce qui nous tient à distance de l’autre sinon le langage? Sans langage, l’autre est partout, en nous, à travers nous. Le repli autistique est une réalité seconde: il est protection face à cette invitation infinie. Souvent, les parents d’enfants oui-autistes souffrent du regard des « gens » : moi, pas du tout. En compagnie de mon petit Robinson, je deviens un pur regard.
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Par terre, sur le petit tapis qui recouvre ce coin de sol, sur les murs, sur la porte blanche, sur ses vêtements, dans ses couche-culottes et son pantalon, dans l’air via l’odeur et surtout sur ses mains et sur son visage : de la merde. Brun foncé, présentant une belle densité, collante, comme du mastic, comme de l’argile sur laquelle il aurait plu, mais très peu, une ondée d’été.

Robinson tend les bras vers moi, ce qu’il fait rarement, pour que je le prenne dans les miens. Il est heureux.
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Encore un peu plus tôt, à table, alors que derrière nous un gentil petit soleil de printemps, inoffensif et guilleret, descendait jusqu'au sol du jardin, Zoé, du haut de ses quatre ans et demi, avait affirmé doctement :
- C'est seulement les méchants qui meurent. Nous, nous ne mourrons jamais, dans notre famille.
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Peut-être suis-je dans l'illusion. Peut-être ses yeux se perdent-ils dans le vide et non dans les miens. Mais je me sens traversé par son regard, transpercé, transporté par lui en mon vrai lieu, dans un contact primordial, dépersonnalisant, dés-égotisant, mythique, céleste et désarmant.
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Videos de Laurent Demoulin (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Laurent Demoulin
Les Colloques de Bordeaux :
Franz Johansson, Sorbonne Université-ITEM « Germes, débris, métamorphoses : parcours génétiques au sein de M.M.M.M. »
Laurent Demoulin, Université de Liège, Belgique « La Tension phrastique dans M.M.M.M. »
Morgane Kieffer, Université Paris X-Nanterre, France « Marie sous toutes les coutures. Indécidabilité romanesque et variations multi-médiatiques »
Joël Loehr, UBFC, France et SISU, Chine « Engins et génie du roman dans le cycle de Marie »
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Note de musique : ©mollat
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