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ISBN : 2070369994
Éditeur : Gallimard (02/02/1978)

Note moyenne : 3.77/5 (sur 183 notes)
Résumé :
"C'était bien Anne, et quand nous approchâmes, courant dans les derniers cent mètres, la marée montante lui léchait déjà les pieds. Étendue sur le dos, un bras replié sous elle, maculée de vase, elle offrait au ciel son visage livide sur lequel le sang coulant du front avait déjà séché, engluant une paupière et les cheveux épars. Je défis son blouson de daim et passai la main sur sa poitrine. Une mince chemise protégeait un sein tiède qui se soulevait par saccades."... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (26) Voir plus Ajouter une critique
Merik
  21 février 2018
Imaginez une campagne irlandaise aux couleurs plutôt délavées, avec quelques cottages et des ruines ténébreuses, des marécages et des volatiles, une campagne souvent embrumée et pluvieuse mais parfois ensoleillée (« À l'entour, un paysage de collines rousses, de futaies blêmes et de prairies vertes en damier, immuable sous la pluie comme dans le soleil, symphonie sans mélancolie que les frissons de vent argentaient »)
Transplantez-y des personnages insolites aux origines variées, parfois aux trajectoires troubles et aux caractères fluctuants («... peut-être est-il bon que certains êtres échappent aux explications et aux solutions tranchées. La marge d'ombre dans laquelle ils se meuvent a nom poésie, exerçant une attraction d'autant plus forte que nous avons l'impression d'avancer dans un brouillard délicieux où des formes mouvantes échappent à notre emprise et à notre soif de certitudes ») .
Ajoutez-y un rade, L'éperon, bourré d'autochtones.
Il manque encore un observateur à tout ce beau monde, alors prenez un narrateur expatrié là en quête de solitude, au ton résigné (« À me relire je trouve à mon ton de la lassitude (elle n'est pas affectée, elle est bien mienne). D'un autre je dirai : il pousse à l'extrême un ton monocorde. Rien n'est moins voulu.»)
Agrémentez d'intrigues amicales, amoureuses, de voisinage ou commerciales.
Mélangez le tout en y déversant une sauce à l'écriture majestueuse, de sorte que tout se confonde en volupté (« Mais peut-être la nature n'est-elle que le reflet miroitant et trompeur de nos âmes malades, errantes entre l'espoir et le désespoir, et, à la fin, si lasses qu'elles s'accommodent des bonheurs les plus simples dédaignés auparavant »).
Peut-être voyez-vous déjà un tableau envoûtant. Faites-y alors circuler un taxi mauve, et vous tenez un magnifique roman.
Mr Déon peut reposer en paix, il y aura souvent des étoiles dans les yeux de ses lecteurs.
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Ambages
  16 juin 2017
« Les mots sont inutiles, répéta-t-elle. Oui, c'est vrai. Je le sais. »
Et pourtant que n'ai-je lu des mots magnifiques dans ce roman ! Un régal.
Dans une Irlande pluvieuse, j'ai chassé quelques oiseaux en compagnie de personnages qui ne se laissent pas approchés facilement, sauvages comme la nature qui les environne. Silencieux et embrumés comme peut l'être une soirée humide lorsque le brouillard tombe dans les marais. Tout devient flou, invisible, et pourtant on pressent la présence de la vie qui grouille tout autour, de la magie qui sourd des tourbières et des secrets enchantements de cette Terre fertile pour l'imaginaire.
« Il est possible aussi qu'Anne n'ait existé que physiquement, dégagée des limbes par quelques mots abandonnés aux vivants pour qu'ils rêvent. Il est possible que tout ait été comédie, une immense farce jouée à l'abri et avec la complicité de Taubelman. Je ne sais pas. »
Le narrateur en fera l'expérience et tentera de relater ses expériences. Lui qui n'attendait plus rien sauf une fin, trouvera sur son chemin boueux des êtres aux multiples visages. Pourra-t-il les décrypter ? Difficile à dire, il n'est pas Irlandais. Il est dans l'attente du rien, du noir. Mais certaines rencontres vous troublent à tout jamais, et illuminent l'avenir.
« L'action se resserre, nous allons savoir la vérité si tant est qu'il y ait une vérité avec des types de cette envergure et des femmes aussi ambiguës. »
Anne, Sharon, Taubelman, Jerry, Seamus et tellement d'autres... Je crois que c'est une des forces de ce roman. Chaque personnage, qu'il soit sur le devant de la scène ou secondaire, existe par la plume de Michel Déon. Chacun devient une connaissance du narrateur et du lecteur. Tous sont ancrés dans ma mémoire car l'auteur a su me les rendre attachants, entiers. J'oublierais sans doute les prénoms mais pas la trace laissée dans mon souvenir. Et pour autant certains garderont une ombre, une image trouble, digne de ce pays aux légendes si vivantes. Il est des îles où il fait bon rêver. Des îles peuplées de farfadets, des îles sauvages qui vous font grandir, mourir mais aussi ...vivre.
« Mais peut-être la nature n'est-elle que le reflet miroitant et trompeur de nos âmes malades, errantes entre l'espoir et le désespoir, et, à la fin, si lasses qu'elles s'accommodent des bonheurs les plus simples dédaignés auparavant. »
Vivre contre vents et marées grâce à cette chaleur humaine qui se cache sous les visages rugueux, cachée parfois à l'arrière d'un taxi. Mauve de préférence. Les lutins, les leprechauns sont de drôle de taquins, ils disparaissent sans crier gare.
« En un sens, je regrette d'être aussi peu explicite, mais ces derniers mois, comme on le verra, n'ont rien éclairé, et peut-être est-il bon que certains êtres échappent aux explications et aux solutions tranchées. La marge d'ombre dans laquelle ils se meuvent a nom de poésie, exerçant une attraction d'autant plus forte que nous avons l'impression d'avancer dans un brouillard délicieux où des formes mouvantes échappent à notre emprise et à notre soif de certitudes. »
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GeorgesSmiley
  07 mars 2018
Qui n'a jamais rêvé d'imiter Charles de Gaulle et sa retraite d'Irlande ? Qui n'a pas rêvé de parcourir ses grèves, ses lacs, ses tourbières, sous le ciel bleu entre deux averses ou bien, après avoir subi un grain bien glacé sous un ciel bien noir, de se réfugier dans le petit pub du village, devant un whisky et le plus près possible de la cheminée en attendant que les musiciens aient enfin décidé de commencer à jouer ?
C'est, en tout cas, ce qu'a choisi de faire le narrateur. « J'attends. Mais quoi ? Ma propre apocalypse ». On lit, on pêche, on chasse, on arpente la lande, on évoque les fantômes, on mange, et les amitiés ont le temps de s'étoffer, la plupart du temps au pub dont le patron fut un grand jockey, autrefois vainqueur la même année du Grand prix de Dublin, du Derby d'Epsom et de l'Arc de triomphe.
Il y a Jerry le jeune voisin, exilé dans le modeste et vétuste cottage appartenant à ses ancêtres partis d'Irlande, pauvres comme Job et à présent riches comme Crésus aux USA. Il y a également le médecin septuagénaire qui, au volant de son taxi mauve (comme la bruyère de la lande), arpente le comté de Clare pour visiter amis ou patients (dont certains ont maille à partir avec les autorités) et ne manque guère de soirées au pub. Il y a aussi un géant mythomane dont la fille mystérieuse et silencieuse fascine aussi bien le jeune Américain que le narrateur. le passage des soeurs de Jerry pour s'assurer que le petit dernier de la fratrie se porte bien ranime bien des émotions enfouies.
L'intrigue est mince mais l'intérêt est ailleurs. D'abord parce que le narrateur, qui attendait la mort qu'on lui a prédit mais qui ne vient pas, recommence à éprouver des émotions qu'il ne pensait plus possibles; ensuite parce qu'à presque chaque page on a une phrase ou un paragraphe qui fait mouche, tantôt sur la nature ou la beauté, tantôt sur l'amitié, la bonté ou l'amour, ou tout simplement parce que ça sent parfois « les toasts, la marmelade d'orange et le thé de Chine », d'autres fois les huîtres et l'irish Coffee et d'autres fois encore la tourbe, la pluie, les algues, le stout ou le whisky.
Superbe ballade poétique et terrible invitation à retourner en Irlande.
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Venezia75
  14 octobre 2018
Si le roman n'est pas vraiment déplaisant, il vaut surtout pour ses belles descriptions de l'Irlande servies par une plume excellente. Je déteste la chasse, il y a des scènes de chasse, il y a aussi la pêche, mais on arpente aussi les bords des lacs dans la brume irlandaise, il y a les couleurs, les atmosphères, il y a des âmes blessées, en convalescence ou en attente, il y a la pudeur des sentiments, malgré certains personnages hauts en couleurs, il y a l'amitié aussi et ce médecin, le docteur Scully, qui visite ses patients au volant de son taxi mauve sur les routes sauvages du comté de Clare, entre Limerick et Galway.
Je n'ai pas vraiment aimé certains détails comme les plaisanteries douteuses sur les jeunes filles ou sur un coupe gay, les ivrognes du pub font un peu cliché, mais tout cela est tricoté avec une telle maestria que l'on ne peut qu'apprécier sa lecture. le style est magnifique, la langue est travaillée, le don de conteur de Michel Déon fait mouche, et puis l'Irlande y est presque un personnage à part entière...
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mcd30
  15 juillet 2017
J'avais 16 ans quand je l'ai lu.Ce livre m'a donné envie de voir le monde.La beauté et le côté sauvage de l'irlande.Tous ces personnages venus d'horizons différents qui se rencontrent et font un bout de chemin ensemble .Ce fut une découverte.
Depuis j' éprouve une curiosité et un intérêt profond pour les autres et leurs histoires.
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Citations et extraits (65) Voir plus Ajouter une citation
Venezia75Venezia75   14 octobre 2018
Jamais je n’ai goûté avec un tel délice, la pureté de l’air respiré, la grâce élancée des arbres dénudés, l’odeur médicamenteuse des tapis de feuilles mortes .
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cvd64cvd64   05 octobre 2018
C'est fou ce que les hommes ont le goût du travail inutile, du plaisir imbécile, comme ils aiment s'entourer de signes qui prolongent leur enfance, peut-être la seule période rassurante de leur vie.
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AmbagesAmbages   10 juin 2017
Avez-vous remarqué qu'il n'y a d'amitié possible entre un homme et une femme que s'ils ont été amants et ont renoncé une bonne fois pour toutes aux plaisirs vulgaires ? C'est notre cas, n'est-ce pas ?
- Une bonne fois pour toutes ?
- Je n'exclus pas les accidents. Mais les risques sont limités. Je ne sais pas quand nous nous reverrons...
- Vous partez ?
- Aujourd'hui.
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CarosandCarosand   18 décembre 2011
Maintenant que j'écris cette histoire tandis qu'elle s'achève après un hiver doré, je sais qu'une vérité viscérale a besoin de se faire jour en nous, que seuls certains êtres sont capables de nous l'arracher ou certains signes de la provoquer et qu'il importe de ne pas l'étouffer si l'on ne veut pas être rongé. Elle crée la vie, notre vie, un douloureux enfantement jusqu'à la mort, un mélange de désespoir et d'exaltation sans lequel rien n'aurait de sel.
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Eve-YesheEve-Yeshe   29 avril 2015
Il distribuait à la folie des biens qui ne laissent pas de trace: la générosité, la bonté, le courage, la gaieté, l'intelligence de la vie.
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