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EAN : 9782020604192
192 pages
Seuil (16/04/2004)
4.17/5   133 notes
Résumé :

J'ai le pressentiment que quelque chose ne sera plus comme avant.

C'est peut-être là la vraie définition de l'errance, de sa quête, avec sa solitude et sa peur. C'est le désir que je cherchais, la pureté, la remise en cause, pour aller plus loin, au centre des choses, pour faire le vide autour de moi.

Je me dois de me laver la tête... pour rencontrer le centre d'une nouvelle image, ni trop humaine, ni trop contemplative, ou le ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
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J'ai un rapport particulier avec le photographe Raymond depardon, non que je connaisse l'homme personnellement mais son oeuvre m'est tout à fait familière depuis une quinzaine d'année, oeuvre autant photographique que littéraire ou cinématographique. C'est d'abord et avant toute autre chose un type que j'aime bien, il ressemble un peu à mon père avec ses grands yeux bleus qui semblent ne jamais pouvoir mentir. Et dans le même temps, il est aussi le parfait opposé de la figure paternelle dans le sens où le lieu dans lequel il s'ébat est aux antipodes du terrain d'existence de mon propre père, et quitte à tuer ce dernier, autant choisir avec soin le terrain du patricide. Celui du rêve m'ayant toujours parlé plus que de raison, j'ai choisi dés l'âge de décamper atteind d'emprunter les voies du flou et du piqué plutôt que celle trop jalonnées du monde "réel" - tel que celui-ci m'était représenté-.

Pour mes vingt ans, un livre que l'on m'offre assiera un peu plus l'emprise de l'oeuvre du photographe dans le petit système artisitique que je mets en place surtout dans ma tête. Il s'agit d'Errance, un bouquin dense, muet dans la succéssion de ses photographies mais non avare en explication dans sa préface. Ce livre me renverse tout à fait, j'y reviens encore très souvent, comment errer sur une planète ronde peuplée de plus de six milliards d'individus ? Où trouver une quête encore vierge ? Comment explorer, comment découvrir encore ? Où sont les Cartier, Colomb et Magellan du XXIème siècle ? J'aime ce livre parce qu'il pose une question philosophique pour préable et que le questionnement perdure sans être réellement épuisé une fois la dernière page tournée. J'aime ce livre aussi parce qu'il m'a longtemps trompé, c'est un livre de grabataire, peut-être même l'aigreur ou la déception l'ont motivé. Ce livre ne devrait pas avoir à frayer avec un gamin de vingt ans, il le trompe sur le monde. Et voilà comment un photographe au regard honnête et bleu peut - et parce qu'il suit son propre questionnement intime - camoufler à un gamin mal dégrossi que le monde est tout à découvrir pour lui.

Bizarrement ou non, cette Errance de Depardon a contribué à me rendre hésitant un appareil photo entre les mains, en tout cas ça a coïncidé avec une période de jeûne photographique ; des images des amis, de la famille et du chien oui, mais reprendre l'appareil en bandoulière et tirer une image d'un inconnu a pris fin vers cette période. Et même les Ackerman, Max Pam et autres baradoudeurs n'ont pas réussi à intercéder à ce moment-là.

Alors quand l'excellente revue trimestrielle XXI publie un long entretien avec Raymond Depardon, j'ai encore une fois envie de comprendre cette pierre angulaire de mes aspirations à travers ses mots et ses explications. Je me souviens qu'interviewé par Inter il y a quatre ou cinq ans, j'avais envoyé par mail à la radio une question qui me taraudait : "êtes-vous toujours dans l'errance ?" . La question l'avait fait sourire et il avait répondu que je me référais bien évidemment à un livre qu'il avait fait et que non, l'errance n'avait été qu'un passage.

J'avais été sot n'est-ce pas, de croire qu'un artiste créant sans cesse pouvait stopper son système de représentation en soumettant au yeux de tous ce processus même... J'y croyais et j'étais sot, mais j'aime toujours autant ce photographe et son oeuvre.
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Depardon c'est l'anti Pernaut absolu . Ce monsieur aime ce qu'il filme , ce qu'il immortalise dans ces photos . C'est un travail d'orfévre extraordinaire que l'on a ici . Une plongée dans les décors naturels , sans la débilité aliénante de Pernaut et de TF1. Une oeuvre inestimable à découvrir absolument .
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Sa plume, ses photos, il y a une identité Depardon, une cohérence. Méditations errantes. La pensée erre aussi. L'oeil se perd dans les images. C'est un livre de poche, chez point Seuil, qu'on lit deux fois. La première, on se concentre sur le texte, puis on revient aux photos.
Portions de routes vides, coins désolés dans le désert, images verticales sur lesquelles pèsent des ciels irradiants, goudrons dégradés, bitumes brisés. Ombres allongées, personnages solitaires en mouvement, surpris dans leur vie de pauvreté. Aridité générale (Je suis un photographe sec), lignes caillouteuses, monde de mers asséchées, revêtements de sols fracturés, défoncés, rues désertes à la banalité effrayante, toute une succession de ce qu'il appelle des temps faibles, par opposition à temps forts.
Ce questionnement qui est celui d'Errance, ces retour sur le passé, la ferme du Garets, la solitude du jeune provincial monté à Paris, c'est celui du grand artiste qu'il est. Il y a toujours une émotion, un message qui circule, une vie d'homme qui témoigne sur son temps.
Depardon n'est pas qu'un simple photographe, un cinéaste documentaliste prisé par les journaux culturels, un auteur aux phrases simples et mélancoliques, mais c'est quelqu'un qui a l'idée de photographier ce que les autres ne photographient pas, il ouvre des pistes, il donne des autorisations.
Depardon est un des plus grands artistes actuels, et j'ai l'impression qu'on ne le sait pas assez, que seuls les happy few le savent. Pourtant, quel art accessible. Et en train de se faire.
Lien : http://killing-ego.blogspot...
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La collection "documents" des éditions le point ont eu la très bonne idée d'éditer 13 (je crois, il y en a beaucoup!) livres de poche sur les photographies de Depardon ou plutôt le regard d'un homme qui a parcouru les années 60 à aujourd'hui traversant le monde entier avec ses appareils photo Leica à l'époque ou l'argentique était de mise à l'inverse du numérique gavauldé ou tout le monde croit être un grand photographe car on le like sur les réseaux sociaux...un grand photographe c'est celui qui prend le temps d'observer le monde, de faire attention au cadrage et en l'occurrence ne prend pas des photos par centaine pour en avoir une de potable, cela s'appelle avoir l'oeil et l'expérience! Depardon est un regard pas un simple photographe.
Sur cette petite parenthèse "Errance" parle de Depardon qui sans but précis c'est un peu le thème de l'errance, erre son oeil, traine son regard, son objectif dans des lieux reculés, lointains ou il montre sa surprise qu'il met en boite magnifiquement avec ses noirs et blancs précis et majestueux ou l'on se perd avec délectation malgré le petit format des photos (livre de poche) mais la qualité est là que se soit l'épaisseur du papier ou l'impression, on plonge nos yeux dans ses photos et les textes de Depardon nous guide dans son errance et nous perd pas d'un oeil.
Après le pavés "Voyages" (chez Hazan) que je vous recommande aussi, cette collection sur Depardon de qualitée montre un regard à part sur la société des années 60 à aujourd'hui.
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Encore une pépite trouvée pour 20 centimes chez Gibert !
J'avais déjà remarqué ces petits recueils de photos de Depardon, en poche. Ce que je trouve très chouette.
Et je m'attendais plutôt donc à un livre de photos. Pas n'importe quelles photos, il s'était donné un cadre, des contraintes : des photos en vertical, en noir et blanc, prises d'assez loin, et sur le thème de l'errance. Déjà en soi la moitié de l'ouvrage est passionnante.

Mais ce qui m'a surprise c'est qu'en fait je crois que j'ai encore plus aimé le texte ! Je trouve que Depardon se livre incroyablement dans ce bouquin, parlant du métier de photographe, de ses difficultés, et sans faute humilité.
Ça m'a passionnée, et beaucoup de ses doutes ont raisonné en moi.
Je pense que beaucoup d'artistes devraient lire ce bouquin, quel qu'on soit le prix ! ;)

Tout le thème sur l'errance pour moi sera à relire car c'est assez complexe, mais très intéressant évidemment. Depardon est dorénavant, pour moi, un écrivain !
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Citations et extraits (49) Voir plus Ajouter une citation
Je n'ai pas fait de film sur mes parents, sur mon père, parce que je suis parti comme un idiot suivre l'affaire Claustre. Je suis parti dans le désert, j'ai foncé et je n'ai pas fait le film le plus important. Et je n'ai pas fait les photos non plus; c'était le plus beau sujet de ma vie, c'était le seul. On ne peut plus photographier maintenant ce monde rural qui a disparu. Je suis cinéaste, je fais des films, et je n'ai même pas tourné un film sur mes parents.
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L’errance n’est ni le voyage ni la promenade mais cette expérience du monde qui renvoie à une question essentielle : qu’est-ce que je fais là ? Pourquoi ici plutôt qu’ailleurs ? Comment vivre le plus longtemps possible dans le présent, c’est-à-dire être heureux ? Comment se regarder, s’accepter ? Qu’est-ce que je suis, qu’est-ce que je vaux, quel est mon regard ?

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C'est vrai qu'aujourd'hui je suis un peu tiraillé, parce que je me dis que j'aurais dû rester encore plus longtemps, que j'aurais dû essayer d'aller dans telle région où je n'irai peut-être jamais, j'aurais dû rester des mois dans certains pays et pas aller dans d'autres. De nouveau, maintenant, germe en moi l'idée de ce retour sur le lieu du crime et j'ai envie de retourner sur ces lieux qui ont été forts pour moi, qui m'ont apporté une grande jouissance. Donc les regrets commencent… Ils commencent toujours un peu à naitre au bout de six mois ou un an… Il y a des regrets qui remontent. Puis ils se mélangent avec les bons souvenirs.
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Le fou et le photographe sont quand même assez proche. C'est quand même un peu une folie de faire sa valise, d'emporter des films vierges, un appareil, de prendre un avion, de côtoyer des hommes d'affaires ou des gens qui voyagent pour des raisons sentimentales. Les gens qui prennent l'avion ne sont pas comme toi, ils ont des raisons de voyager. Toi tu n'en as aucune vraiment.
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P8: "Mais je refuse de parcourir le monde pour assouvir ce besoin obsessionnel, presque névrotique, que nous avons, nous photographes, à fixer, capturer l'histoire des êtres vivants, et remplir systématiquement nos photographies de figurants, habitants de la Terre, comme si nous étions en charge de rassurer la planète qu'elle est bien peuplée d'individus.
D'où vient cette peur du vide?
Je veux me confronter aux lumières, aux hasards, forcer ma curiosité, m'ouvrir, briser mes idées reçues, exorciser cette peur du monde. "
"A partir de là, je choisis un format, un objectif, un appareil unique. Je pense à des photographies nettes, quelque chose de bien défini, au sens graphique du mot, pour éviter la caricature. Je veux des photographies au format vertical, où l'horizon serait à égalité entre le haut et le bas, avec trop de ciel, trop de sol, pour donner ma position, marquer ma présence et ne pas pouvoir tricher."
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Videos de Raymond Depardon (29) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Raymond Depardon
Il est l'un des grands noms de la photographie en France et dans le monde : Raymond Depardon n'en finit pas de capter les époques et de capturer les instants façon "photoreportage". En avril et mai 2024, il présente plusieurs événements autour de son documentaire "Les années déclic", réalisé 1984 avec Roger Ikhlef : une exposition à la Galerie Cinéma de Paris, un livre aux éditions du Seuil avec Gérard Lefort, et une restauration présentée au festival de Cannes dans la catégorie Cannes Classics.
Il est l'invité de Géraldine Mosna-Savoye et Nicolas Herbeaux.
Visuel de la vignette : LOIC VENANCE / AFP et Raymond Depardon / Palmeraie et Désert
#photographie #documentaire #exposition _________ Écoutez d'autres personnalités qui font l'actualité de la culture dans Les Midis de Culture par ici https://youtube.com/playlist?list=PLKpTasoeXDrrNrtLHABD8SVUCtlaznTaG&si=FstLwPCTj-EzNwcv ou sur le site https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-midis-de-culture
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