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Rosa tome 1 sur 2
EAN : 9782356483652
56 pages
Editions 12 bis (04/03/2015)
4.23/5   64 notes
Résumé :
Normandie, début du XXe siècle. Dans un village isolé, les hommes ont l'habitude de se retrouver à la tombée de la nuit pour aller prendre un verre chez Rosa. Un soir, après avoir bu un coup de trop, la discussion s'envenime et ils se lancent un pari visant à tester leur virilité. L'enjeu est clairement énoncé : la mise est de mille francs, et celui qui sera le plus doué au lit remportera le pactole. Mais comment les départager ? Il faudrait trouver une fille qui ne... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
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Ce tome est le premier d'un diptyque, pour une histoire complète et indépendante de toute autre. La première édition de cet album date de 2015. Il a été réalisé à partir d'un texte de Bernard Ollivier, adapté, dessiné et mis en couleurs par François Dermaut (1949-2020). Il s'ouvre avec une introduction de Dermaut expliquant la genèse et la longue gestation du projet avec Ollivier. Il compte 54 planches en couleurs.

Dans un hameau Normand au début du vingtième siècle, Rosa Lemoine tient, dans la ferme conjugale, un bistrot fréquenté par les rustauds du village. Ce soir-là, quatre habitués sont en train de descendre des verres : Gustave le maréchal-ferrant, Alphonse un fermier, Alex Carel sans emploi fixe et Florimond le facteur. le ton monte entre Gustave et Alphonse : ils finissent par parier qu'ils sont plus virils l'un que l'autre. Les esprits étant échauffés, ils parient mille francs chacun. Alex se joint au pari, ne pouvant résister à l'attrait d'une telle somme. Rosa a écouté la conversation en lisant son livre et e moque d'eux : un pari entre hommes, ça ne va pas être facile pour déterminer le gagnant. Elle les met dehors et monte à l'étage pour s'occuper de Mathieu son mari, plus vieux de vingt-cinq ans qu'elle, et tuberculeux. Elle sent l'odeur de la goutte et en déduit que Martin, le maire du village, est encore venu lui apporter à boire. Elle lui raconte l'histoire du pari. Elle laisse son mari dans son lit, et va dormir dans la chambre d'ami à côté. Elle se souvient de leur mariage, dix-neuf ans plutôt, un mariage arrangé. Après la mort de sa première femme, Mathieu s'était mis à boire beaucoup trop, et les parents de Rosa l'imaginait déjà veuve et propriétaire.

Les premiers temps du mariage furent délicats pour Rosa. Elle n'avait pas besoin de travailler, et elle s'occupait de la maison, de préparer les repas pour son mari, de nourrir les poules et de temps à autre de faire son devoir conjugal. Un jour qu'il se montre plus brutal que les autres en la couchant sur la table, elle lui plante une fourchette dans la cuisse. Un autre jour, elle revient en retard de sa promenade avec Valine le long du canal, elle trouve Mathieu qui l'attend furieux à table, énervé de ne pas être servi à l'heure. Lorsqu'elle arrive, il enlève son ceinturon pour la corriger. Elle prend la fourche posée contre le mur, ce qui l'arrête tout de suite, et le calme pour le restant de leur vie commune. Au temps présent, alors qu'elle se couche, elle entend Mathieu tousser dans la chambre d'â côté et désespère qu'ils ne disposent pas de revenus suffisant pour le sanatorium. le soir venu, les quatre habitués sont en train de papoter en descendant quelques verres. Soudain surgit Célestin Lebigot (premier commis chez Arsène Raoul Sena) qui leur fait la morale sur le projet de mesurer leur virilité. Puis c'est Barnabé Rotic (métayer d'Arsène Raoul Sena) qui pousse la porte pour informer les quatre amis qu'il est venu s'inscrire pour participer au pari. Il reste toujours à déterminer comment organiser la comparaison. Florimond propose de recourir aux services d'une prostituée. Il pourrait aller à la ville pour louer ses services, après les avoir testés, bien sûr.

Quel point de départ scabreux : une épouse accepte de coucher avec une dizaine d'individus pour payer la facture de soins de son époux tuberculeux. En plus ce récit a été conçu par un homme et réalisé en bandes dessinées par un autre homme. le lecteur est en droit de craindre le pire. Pourtant, il ne s'agit en rien d'une bande dessinée pornographique, ni même érotique. C'est tout juste si on aperçoit un téton de Rosa au cours de ces 54 planches. Ensuite, oui, la situation est malsaine et indécente, à ceci près que c'est Rosa elle-même qui se propose pour servir d'arbitre, en toute connaissance de cause, sans aucune contrainte autre qu'économique, pas de manipulations psychologiques, pas de maltraitance. Tout commence doucement par des fanfaronnades d'hommes sous l'emprise de la boisson et un pari idiot (en fait, ils n'ont aucune idée de comment s'y prendre pour comparer leur virilité), chacun refusant de se dédire, plus têtu l'un que l'autre. Dès le départ, les hommes n'ont pas le beau rôle : vantards, entêtés, et très vite cupides du fait de la mise de 1.000 francs par participant, une sacrée somme pour l'époque. Enfin ce pari fait ressortir aussi bien les rancoeurs des participants, souvent à l'encontre d'un autre participant, que l'insécurité de ces hommes.

François Dermaut est le dessinateur de la série Les chemins de Malefosse avec Daniel Bardet, puis Malefosse avec Xavier Gelot. Il est visible qu'il a pris grand plaisir à croquer les différents mâles. Malgré le nombre de participants, le lecteur les identifie tous au premier coup d'oeil : Gustave avec sa chevelure blanche, sa moustache, sa forte carrure, Alphonse avec son front dégarni et son petit air méprisant, Alex le rouquin toujours le sourire aux lèvres, Florimond rondouillard et expressif, Mathieu décharné et alité avec l'oeil qui pétille encore, Célestin Lebigot avec sa mine renfrognée et agressive, Barnabé Rotic avec son visage fermé et dur, etc. L'artiste a donné une trogne à chacun, en forçant un peu les traits, mais en s'arrêtant avant la caricature. Il se produit vite un phénomène étrange : alors que les scènes de dialogue occupent plus des deux tiers des séquences, et que les personnages sont souvent représentés en plan poitrine, en gros plan ou en très gros plan, le lecteur n'a jamais l'impression d'un raccourci pour s'économiser. Au contraire, Cette mise en scène des discussions rapproche le lecteur des personnages grâce à la justesse des traits et leur expressivité, correspondant à la sphère sociale, et plus souvent à la sphère personnelle en termes de proxémie. Il regarde avec tout autant d'attention Rosa, charmé par sa gentillesse et sa force de caractère.

La focalisation sur les discussions n'empêche pas François Dermaut de réaliser une reconstitution historique soignée. Les tenues vestimentaires sont variées correspondent à l'époque, et reflètent la condition sociale de chaque individu, ainsi que son métier. le maréchal-ferrant et le berger ne sont pas vêtus de la même manière encore moins le riche propriétaire terrien. En comparant les vêtements du maire actuel (Martin) et de celui qui compte bien le devenir (Arsène Raoul Sena), le lecteur peut voir le paysan issu de la terre, et le riche propriétaire devenu homme d'affaires n'ambitionnant que de s'élever dans la société. Alors que cela ne semble pas très prégnant, le lecteur finit par prendre conscience que la reconstitution historique transparaît discrètement dans les ameublements, les maisons, et les accessoires de la vie quotidienne, des sabots de Mathieu, à la vieille cafetière, même en passant par le modèle de verre utilisé dans le bistrot. Une autre dimension apparaît progressivement : celles de l'environnement campagnard. le lecteur peut voir Rosa distribuer le grain aux poules, se promener sur le chemin de halage, revenir du sanatorium sur une route de terre en carriole, être conspuée par les commères à la sortie de la messe, gratter le potager. Ces passages sont peu nombreux et souvent réduits à une case ou deux, mais très aérés, avec une belle luminosité, apportée par la mise en couleurs en aquarelle.

Même s'il peut entretenir des réticences a priori sur cette proposition indécente, le lecteur se prend au jeu, parce que Rosa Lemoine n'est jamais une victime. Elle n'est pas contrainte par la force (autre qu'économique) : c'est son choix. En outre, ce pari fait apparaître des comportements révélateurs. La force de caractère de Rosa ne vient pas de nulle part : elle a vite tenu tête à son époux violent et alcoolique et l'a remis à sa place refusant d'être violentée, imposant d'être respectée. Son choix de servir d'arbitre est engendré par sa volonté de sauver son mari, de lui permettre un accès aux soins. Rapidement, les participants au concours se rendent compte que Rosa dicte ses conditions et établit les modalités pratiques qu'elle impose aux participants, ce qu'ils étaient incapables de faire. D'une certaine manière, ils lui obéissent en se pliant à ses décisions. C'est un drôle de paradoxe : en acceptant de coucher avec d'autres hommes, Rosa Lemoine s'émancipe de sa condition de femme au foyer invisible. C'est même très drôle quand Rosa indique qu'elle va établir des fiches de performance pour pouvoir comparer chaque prestation. le lecteur en vient à se demander comment un homme dans sa position aurait été perçu. Bien sûr, la comparaison est un peu faussée parce que la notion de gigolo diffère de celle de prostituée et la représentation de la sexualité féminine est moins dans la performance que celle de la sexualité masculine. Toutefois, il est vraisemblable qu'il serait apparu dans une lumière beaucoup plus favorable que Rosa.

Ce pari qui sort de l'ordinaire permet également de mettre en lumière les motivations de chaque participant. Au départ, il ne concerne que deux hommes, et c'est une question de fierté, de pouvoir se juger par rapport à l'autre, au travers de sa virilité, un combat de coq pour prouver sa valeur, sa supériorité à l'autre, valider son importance plus grande. Avec l'entrée en jeu d'un troisième, l'enjeu se déplace vers le gain. 3 participants fait monter la cagnotte à 3.000 francs, une somme considérable pour l'époque dans ce milieu social, pratiquement un an de salaire pour le facteur. Dans le même temps, la dimension égrillarde et la concupiscence demeurent. Ce n'est que lorsque Rosa se propose (et même s'impose) comme juge en indiquant qu'elle prend sa part pour les soins de son époux, que les participants se dédouanent en mettant en avant qu'il s'agit de participer financièrement à sauver un être humain d'une maladie… comme s'ils ne pouvaient pas donner une petite somme dans un geste de solidarité. Il apparaît également d'autres motivations très calculées, comme l'inscription du candidat au poste de maire pour faire douter de la virilité du maire en place, et l'inscription de ce dernier contraint de participer pour éviter une défaite électorale.

Bien évidemment, les participants ne peuvent pas garder secret ce pari, en particulier pour ceux qui sont mariés. Il est très amusant de découvrir ceux qui craignent leur épouse, usant de stratagèmes pour tenter de les maintenir dans l'ignorance. Cette réaction un peu caricaturale de la part des hommes emmène le lecteur à justement s'interroger sur le rôle des épouses. Il a un aperçu de leur réaction collective à la messe, où elles changent de banc quand Rosa arrive pour ne pas être assises à côté de cette pécheresse, de cette fornicatrice. Il est amusant de voir qu'il n'y en a qu'une seule qui a le courage de venir trouver Rosa chez elle et de lui parler en face. Il est vrai qu'une autre, Valine (la femme du facteur), est son amie et qu'elle est déjà consciente des infidélités de son mari, ce qui relativise les actions de Rosa. La nature des réactions des épouses s'avère à la fois révélatrice de leur condition soumise socialement aux hommes à l'époque, à la fois de leur motivation similaire pour l'appât du gain. Enfin, dans cette première moitié du récit, le lecteur assiste aux prestations des quatre premiers participants. Il n'y a pas de nudité, et le déroulement a été fixé par Rosa, sans beaucoup de rapport avec une passe avec une professionnelle. Il apparaît que le déroulement du rapport, mais aussi les échanges avant brossent le portrait de la manière dont le partenaire masculin envisage l'acte sexuel et son rapport avec sa partenaire. le lecteur ressent que le jugement porté par Rosa ne sera pas limité à la durée ou à la vigueur.

Indéniablement, le point de départ est malsain et peut rebuter. Dans l'exécution, il s'avère que Bernard Ollivier et François Dermaut ont réalisé une étude de moeurs fine et intelligente, avec quelques touches d'humour et une narration visuelle plus riche qu'il n'y paraît. Quelles que soient ses a priori, le lecteur se retrouve vite pris par l'engrenage du pari, et par les personnages rendus très proches et très vivants par les dessins. Il se doute bien que le jugement aura un effet sur les participants, mais aussi sur Rosa.
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Rosa tient l'auberge locale. Encore jolie femme, elle fut mariée de force à un homme veuf, violent, ivrogne et plus âgé qu'elle. Mais Rosa n'est pas femme à se laisser faire. Mathieu a fini par la respecter. Entre eux finit par s'installer de la tendresse. Nous sommes sans doute fin dix-neuvième. En pleine campagne. Les femmes sont peu considérées mais pourtant, ce sont elles qui dirigent les foyers. Mathieu souffre de la tuberculose. Rosa et lui ne roulent pas sur l'or et il est difficile de financer les soins dont Mathieu auraient besoin. Dans son l'auberge, les homes du village, sans doute imbibés, se lancent un pari fou. Prouver lequel d'entre eux est le plus viril. Rosa, au début se moque d'eux mais les hommes ont l'air d'insister pour que le concours ait lieu. Seulement, seule une femme peut être juge. Après avoir décliné le choix d‘une prostituée, Rosa se porte volontaire pour se prêter au concours et en être la seule juge. L'enjeu est important, chaque homme parie mille francs et ils se retrouvent à douze pour concourir. Le gain, la mise ôtée, est donc de onze mille francs. Rosa, en se portant volontaire, devrait empocher la rondelette somme de quatre mille francs, de quoi payer le sanatorium à Mathieu. Mais comment vont ragir les gens du village…

J'ai découvert cette bande dessinée grâce à l'annonce de la parution du deuxième tome. Une vraie perle cette bande dessinée. Les dessins et le graphisme en général sont magnifique. Colorés de tons pastels, ce qui ajoute de la douceur à cette bande dessinée. Car de la violence, il y en a. De la violence verbale, celle née de la stupidité des mâles qui laissent, sous l'influence de l'alcool, parler leur testostérone. L'ambiance de l'époque est merveilleusement rendue, le cadre paysan où se déroule cette histoire aussi. Nous sommes dans un monde de rustre, de personnes mal fagotées. Rosa est une lumière au milieu de tout ces personnages masculins. Les ambitions des uns sont différentes de celles des autres. Il y a les deux candidats à la mairie mais aussi des paysans peu instruits, des vantards, des fauchés, des roublards, des instruits, des bigots. Presque tous sont mariés. Toujours est-il que Rosa est une forte femme. Elle mène les hommes par le bout du nez, impose ses règles, force le respect. Cette femme, dans cette rustre société, se montre courageuse et sans le savoir, devient une féministe avant l'heure. Elle est subtile, se prête au jeu avec juste l'ambition de sauver son mari. Le lit est impitoyable, les vantards seront vite démasqués. La compétition a commencé, tout en pudeur, sans tomber dans le trash. C'est subtil, bien rédigé, bien joué, comme un bon film et le lecteur que je suis, le sourire au lèvre, termine cette bande dessinée sous le charme. Vivement le 20 février, que le second opus paraisse. Lu en numérique sur un iPad Pro au format KINDLE avec une très bonne numérisation.

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Des mâles dans toute leur splendeur. Des machos emplis de morgue et suffisance, en train de boire et de se vanter. Avec des gueules, des trognes et des tronches sorties d'un village normand...
L'auteur a croqué ces trognes, en buvant son café, au bistrot. Et il voulait souligner la place difficile d'une femme, fin 19e siècle, dans un village...


Ces hommes là, monsieur, jouent aux cartes et font un pari absurde, pour désigner le meilleur amant:" Un concours de fornication".


Qui sera le meilleur coq du village?
La mise est de 12000 francs, et quelle femme va donc départager ces 12 drôles, en désignant le plus... viril?
Rosa a accepté, à ses conditions, pour pouvoir payer des soins à son mari malade...


Une belle poule pour tous ces coqs, mais, qui sera le dindon? Rosa est une femme émancipée, avant l'heure, si elle accepte ce pari, c'est pour payer les soins de son mari, au sanatorium.
Elle fut "mariée de force", à Mathieu, mais, a réussi à se faire respecter, au fil des ans...
Il y a de la tendresse, entre les 2 époux maintenant!


Le facteur, le maire, le métayer ou encore...
On va " vider les bourses de la commune et remplir la tirelire de Rosa".
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Cet album est une petite merveille!
Pourtant à la base, l'idée est plutot frivole, comique. Dans un petit village de la campagne normande au début du xxeme siècle. Deux poivrots atablés au bistrot du coin se chamaillent de leur haleine chargée sur lequel des deux serrait le meilleur amant. Rosa, qui tient ce petit bistrot dans sa ferme depuis que son mari atteint de tuberculose est alité, se moque bien d'eux. Demain, une fois les vapeurs d'alcool évacuées, ce pari stupide sera oublié... Ou au contraire prendra de l'ampleur au point de la placer au centre de l'intérêt des hommes du village.

Au fil des pages on fait une véritable découverte de ce village de campagne normande et surtout de ces habitants. Maire, fermiers, bergers, facteur... Ils ont ous leur brin d'histoire, leur faiblesse inavouée, leur peur cachée...
Rosa n'est pas en reste, elle est le personnage de cette série. Emouvante, attachante. Son histoire n'a pas été facile : mariée très jeune par ses parents à un homme veuf, alcoolique, de 25 ans son ainé... Et pourtant il y a tant de tendresse dans cette jeune femme, tant d'espoir, de renonciation.
Il y a beaucoup d'émotions dans ce tome, au scénario simple et bizarement efficace.

Les dessins concourent à faire de cette bande dessinée un petit bijou. Ils sont splendides, expressifs et dynamiques. Chaque personnage à des traits incroyables, bien caractérisés, maintrisés à la moindre ridule. Un regard, un mouvement, suffit à exprimer les sentiments des personnages. Incroyable.

Bienvenue dans la belle campagne de Normandie!
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L'histoire se déroule au début du XXème siècle en Normandie, dans un petit village. Mathieu et Rosa tiennent un petit "estaminet" où les hommes viennent boire un verre le soir, à la fin de leur journée. Mathieu est beaucoup plus âgé que Rosa. Il est très malade, atteint de tuberculose.

Un soir, après quelques verres, le ton monte entre les hommes présents. Une fois de plus, la discussion dérive sur la virilité des deux interlocuteurs. Véritable bataille de coqs. Deux hommes en arrivent à parier, les prix montent et le montant du pari est fixé à 1000 francs, somme très importante à l'époque.

Mais il va falloir trouver quelqu'un pour arbitrer et mesurer les prouesses de ces messieurs. Pas question de faire appel à leurs femmes respectives car les dés seraient pipés. Comment faire ? le facteur propose de faire appel aux services d'une prostituée et ils se charge d'en convaincre une. Mais l'information du pari se répand, et il y a d'autres candidats pour participer, sous le prétexte de gagner de l'argent facilement car se sentant plus fort sexuellement que les autres. Et le nombre de candidats ne va cesser de croître.

La venue d'une prostituée crée de l'émotion dans le village, tant au près des femmes que des hommes. Toutes les femmes sont indignées mais c'est aussi le ca de certains hommes dont le curé de la paroisse. Il va falloir trouver une remplaçante à Émilienne, la péripatéticienne.

À la surprise générale, Rosa va proposer sa candidature ce qui avive la curiosité de nouveaux candidats qui ont toujours eu un petit faible pour la très belle femme qu'est Rosa, enviant le vieux Mathieu à qui elle est très fidèle.

Masi Rosa va imposer ses règles car si elle accepte d'intégrer le pari c'est uniquement pour que son Mathieu puise être pris en charge dans un sanatorium.

François Dermaut nous propose une fresque se déroulant dans un petit village normand, sur une idée et un scénario de Bernard Olivier. Il nous décrit la condition des femmes au début du XXème siècle. Femmes sous la domination et la dépendance des hommes, n'ayant pas forcément fait des mariages d'amour, mais souvent des mariages de raison et d'intérêt. Femmes aussi sous le poids de la religion, celle-ci étant encore très présente et moralisante à cette époque. Femmes sui ne se font pas de cadeaux entre elles, se montrant cruelles envers celles qui ne veulent se soumettre à la règle commune et qui veulent une certaine indépendance.

François Dermaut nous décrit sans complaisance les hommes de ce milieu rural. Tous y passent : le maire, le riche industriel qui rêve de s'emparer de la mairie, des métayers, le facteur, un berger... Tous ces personnages ont des caractères bien trempés, de fortes personnalités que le dessinateur renforce en leur donnant de véritables "gueules". On voit les traits tirés des travailleurs après une journée de labeur mais la gouille moqueuse de certains. François Dermaut jour sur la lumière et les éclairages, comme si nous étions présents avec eux dans l'auberge. le graphisme est précis, les couleurs légères.

Et que dire des femmes présentées ? François Dermautv leur rend hommage avec son scénario mais aussi avec ses traits. Rosa n'est pas une faible femme effacée comme on aurait pu le croire dans un premier temps. C'est une maîtresse femme qui va s'affirmer au fil du temps, qui entreprend des choses folles par amour de son Mathieu. Rosa a des faux airs d'Anne Sinclair jeune.

Le cadre est posé, le pari est en place. Comment Rosa va t'elle supporter les assauts de se prétendants disposant de 3 nuits chacun ? Comment vont-ils se comporter ? Quelle sera la conclusion de cette histoire ? François Dermaut va pouvoir approfondir et donner plus d'éléments de personnalité pour chaque protagoniste. Est-ce qu'il n'y a que des salauds dans ce village ? Comment ces fanfarons vont-ils de révéler dans l'intimité ?

Alors victoire du pouvoir des hommes ou émergence de la libération des femmes ? Eh bien, il va falloir que je lise le tome 2, ce que je vais m'empresser de faire.

Belle découverte sur un sujet un peu scabreux mais correspondant bien à la vantardise des hommes, à leur vanité. le tout servi par un très beau graphisme.

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critiques presse (6)
BoDoi
13 avril 2015
Très vite, le lecteur se prend au jeu du concours et se laisse porter.
Lire la critique sur le site : BoDoi
BDZoom
23 mars 2015
Voilà un dytique original qui s’annonce magistral et qui semble être une véritable thérapie pour notre talentueux auteur.
Lire la critique sur le site : BDZoom
BDGest
16 mars 2015
Le chef d'œuvre de François Dermaut.
Lire la critique sur le site : BDGest
BDGest
13 mars 2015
Il est des albums qui portent en eux bien plus que l’histoire qu’ils racontent : Rosa est de ceux-là.
Lire la critique sur le site : BDGest
Auracan
05 mars 2015
Voilà le premier opus d'un diptyque des plus alléchants qui ne demande qu'à révéler son dénouement. Assurément, un des meilleurs titres de ce début d'année !
Lire la critique sur le site : Auracan
Sceneario
04 février 2015
Le dessin est à l’égal du scénario, magique dans son expression des émotions. Les regards et la gestuelle portent les mots et laissent les passions d’épanouir dans un maelström de sentiments. Un récit prenant magnifiquement traité par François Dermaut, certainement un de ses plus beaux albums.
Lire la critique sur le site : Sceneario
Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
Le Diable me tire par les pieds. Avec la vie que j'ai mené, et que j'ai fait mener aux autres, mes derniers jours de paradis sont sur cette terre alors ne me refuse pas ces petits plaisirs. Je veux bien mourir mais souffrir m'emmerde. Pour franchir la grande porte les riches ont l'opium, les pauvres ont la goutte.
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Le diable me tire par les pieds. Avec la vie que j'ai menée et fait mener aux autres, mes derniers jours de Paradis sont sur cette Terre. Alors ne me refuse pas ces petits plaisirs. Je veux bien mourir, mais souffrir m'emmerde. Pour franchir la grande porte, les riches ont l'opium, les pauvres ont la goutte.
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- Dis donc, Florimond, j'sais pas c'que t'en penses, mais j'ai idée que ce soir, l'Alphonse, il a vite pris la mouche.
- Ouais ! Comme à chaque fois qu'on le traite de bouseux !!! Tu sais bien qu'il a toujours rêvé d'être un intellectuel. Un peu comme moi…
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C'est difficile par les temps qui courent de s'en sortir pour une femme seule. Contrairement à ce que tu crois, je suis tout disposé à t'aider. Je peux être un grand ami pour toi. J'ai assez d'argent pour t'offrir une certaine aisance jusqu'à la fin de ta vie.
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Je veux bien mourir mais souffrir m’emmerde. Pour franchir la grande porte, les riches ont l’opium, les pauvres ont la goutte.
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