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Marie-Louise Mallet (Éditeur scientifique)
ISBN : 2718606932
Éditeur : Galilée (19/01/2006)

Note moyenne : 4.7/5 (sur 5 notes)
Résumé :

Souvent je me demande, moi, pour voir, qui je suis - et qui je suis au moment où, surpris nu, en silence, par le regard d'un animal, par exemple les yeux d'un chat, j'ai du mal, oui, du mal à surmonter une gêne. Pourquoi ce mal ? J'ai du mal à réprimer un mouvement de pudeur. Du mal à faire taire en moi une protestation contre l'indécence. Contre la malséance qu'il peut y avoir à se trouver nu, le sexe expos&#x... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Parataxe
  21 juin 2019
« Neque enim numquam inter se leones aut inter se
dracones, qualia homines, bella gesserunt. »
« Ni les lions, ni les dragons n'ont jamais déchaîné entre eux des guerres semblables à celles des hommes. »
Augustin, La Cité de Dieu, 13 . 23.
1Sans doute est-ce la publication en 1992 du cours maintenant classique donné par Heidegger en 1929-1930, Les concepts fondamentaux de la métaphysique : monde-finitude-solitude, qui a remis la question philosophique de l'animal à l'avant-plan. Il faut lui en savoir gré, mais aussi de l'avoir fait dans le cadre d'un cours consacré aux grandes notions de la métaphysique, cette école de pensée que Heidegger, en 1929, ne cherchait pas encore à dépasser, mais à accomplir et à penser de manière plus radicale encore. L'épouvantail de la métaphysique n'existait pas encore, mais l'auteur d'être et temps n'en posait que des questions plus essentielles.
2Il n'est pas surprenant que la question de l'animal se soit dressée devant lui. Il tombe sous le sens, d'une part, qu'il est l'héritier de l'ébranlement systématique des assises de la conception traditionnelle de l'homme comme animal rationale qui s'est fait jour au XIXe dans le sillage des philosophies de la vie et de la théorie de l'évolution de Darwin. Cette constellation a conduit, à l'époque de Sein und Zeit, à l'émergence d'une « anthropologie philosophique », associée aux noms de Max Scheler, puis, après Heidegger (qui consacrait la dernière partie de son kantbuch de 1929 à cette discipline), de Helmut Plessner et Arnold Gehlen, qui cherchaient à repenser le « propre » de l'homme au vu des nouvelles avancées de la biologie. En quoi consiste ce propre – et y a-t-il un propre ? – si l'homme n'est rien d'autre qu'un singe avancé ? Question que le décodage tout récent du génome humain ne rend, bien sûr, que plus urgente : nous venons en effet d'apprendre que les chimpanzés et les hommes partagent près de 99 % de leur ADN.
3Pour l'essentiel, la réponse de l'anthropologie philosophique consista à reprendre la grande formule de Nietzsche selon laquelle l'homme est « l'animal qui n'est pas encore fixé », das noch nicht festgestellte Tier (où il faut aussi entendre, Nietzsche étant Nietzsche : « celui qui n'a pas encore été observé... »). Négativement, cela veut dire qu'il n'est pas régi de part en part par ses « instincts » (passe-partout commode qui fait croire à l'homme qu'il y est soustrait), mais positivement cela laisse entendre qu'il peut configurer son monde et agir en fonction de projets librement choisis. Cette conception rappelle un peu Kant : alors que tout le règne de la nature, y compris celui des animaux, serait régi par un mécanisme aveugle, l'homme appartiendrait, grâce à sa liberté, à un monde intelligible. Sartre en reprend l'idée avec sa coupure radicale entre la masse de l'en-soi et le pour-soi de la liberté seulement humaine : si l'homme peut faire de son être ce qu'il entend et nier toute détermination (il est celui qui peut dire « non », disait Scheler), l'animal, comme tous les autres étants, « qu'ils soient mousse, pourriture ou chou-fleur », semble ravalé au rang de simple être-chose.
4Mais si la question de l'animal se pose de manière aiguë pour Heidegger, c'est, d'autre part, parce qu'il soutient, malgré la naturalisation de l'homme et l'ébranlement du rationalisme (auquel il participe volontiers, « la raison », proclamera-t-il, étant « l'ennemie la plus acharnée de la pensée »), que l'homme se distingue de manière essentielle de l'animal par ce propre tout à fait unique dans l'univers : il comprend l'être, alors que l'animal reste prisonnier de l'étant. Cet accès privilégié ne veut pas dire que l'homme pense constamment à l'être ou qu'il élabore des ontologies. Sinon, seuls les philosophes seraient des hommes ! Il signifie plutôt que l'homme n'est pas immédiatement englouti par l'étant qui l'encercle et qu'il peut configurer son monde, dans les limites de sa finitude ou justement parce qu'il est fini. D'où la thèse célèbre du cours de 1929-1930 selon laquelle « 1 / la pierre est sans monde, 2 / l'animal est pauvre en monde et 3 / l'homme est configurateur de monde (weltbildend) » [1]
[1]
M. Heidegger, Les concepts fondamentaux de la métaphysique :….
5On comprend que ce texte ait fasciné Jacques Derrida dans son dialogue ininterrompu avec Heidegger. C'est que, tout en prétendant oeuvrer à une destruction de l'histoire de l'ontologie, Heidegger semble ici faire sienne l'idée d'un propre de l'homme qui le distinguerait de l'animal, d'emblée caractérisé par sa « pauvreté ». Ce regard de haut jeté sur l'animal amène Derrida à dire qu'en cela Heidegger demeure peut-être cartésien. Malgré lui, car sa première cible, dans son ontologie du Dasein, était, bien sûr, Descartes. Comme le rappelle Derrida, celui-ci « échoue », aux yeux de Heidegger, « à poser la question ontologique de ce que veut dire être dans ego sum : il ne pose pas la question ontologique et au fond son ego sum reste dogmatique » [2]
[2]
J. Derrida, L'animal que donc je suis, Paris, Galilée, 2006,…. Dans sa lecture attentive du cours de 1929, Derrida montre avec brio que, « au moment même où il s'avance ici, en direction d'une nouvelle question, d'un nouveau questionnement sur le monde et sur l'animal, où [Heidegger] prétend déconstruire toute la tradition métaphysique, notamment celle de la subjectivité, de la subjectivité cartésienne, etc., le geste de Heidegger reste, malgré tout, quant à l'animal, profondément cartésien » [3]
[3]
Ibid.. Cette attitude cartésienne, Derrida la retrouve, non sans raison, tout au long de la tradition philosophique et jusque dans le « Tu ne tueras point » de Levinas, qui vaut pour le prochain humain, mais non pour l'animal. Derrida n'a pas tort de penser que cette exclusion apparaît particulièrement surprenante dans le cas de Levinas : « Car une pensée de l'autre, de l'infiniment autre qui me regarde, devrait au contraire privilégier la question et la demande de l'animal. » [4]
[4]
Ibid., p. 156. Derrida rappelle qu'il n'en est rien.
6Dans toute la tradition philosophique, Derrida stigmatise donc un oubli de l'animal et, partant, de l'animalité même de l'homme, de cette vie qui nous traverse, mais que la philosophie s'obstine à étouffer, en l'excluant de ce qui est censé constituer le propre de l'homme. Ce n'est donc pas sans ironie que Derrida place sa propre réflexion sous un intitulé aux résonances cartésiennes (même si le titre de son dernier ouvrage n'est pas de lui, il rend bien son intention) : « L'animal que donc je suis ». Cette animalité n'est-elle pas la première évidence à souligner dans une ontologie de l'ego sum ?
7Un texte plus que révélateur nous apprend que cet oubli de la vie animale en nous constitue même l'une des inspirations les plus secrètes de toute son oeuvre :
« Si Heidegger commence, dans Sein und Zeit, par mettre en question la subjectivité et par expliquer pourquoi il doit éviter les noms de “homme” et de “vie” pour qualifier le Dasein, l'analytique commence bien par un “je suis” dont l'examen ontologique est repris là où Descartes se serait arrêté, mais par un “je suis” qui pour Heidegger, comme pour Descartes, n'est pas d'abord un “je suis vivant” ou “je respire”. Au coeur de toutes ces difficultés, il y a toujours l'impensé d'une pensée de la vie (c'est par là, par la question de la vie et du “présent vivant”, de l'autobiographie de l'ego dans son présent vivant, que ma lecture déconstructrice de Husserl a commencé, et en vérité tout ce qui a pu s'ensuivre). » [5]
[5]
Ibid., p. 201.
8On reconnaît bel et bien là le leitmotiv de la pensée de Derrida – à savoir, la mise en question de la construction, à la fois massive et fragile, de la rationalité occidentale (elle-même peut-être trop massivement résumée sous le nom de « métaphysique ») par laquelle l'homme s'octroie un privilège dans l'ensemble de la Création qui lui permet de se distinguer de la multitude des autres vivants, dont il s'entête à ne pas vouloir faire partie et sans doute afin de fuir, mais en vain, sa propre finitude. de là découlent l'occultation de la sensibilité et les attributs métaphysiques que se décerne la raison humaine, dont celui d'être d'abord une âme pensante (mais n'oublions pas que le terme même d'animal implique déjà un principe de vie, l'anima, dont tous les vivants étaient dotés pour les Anciens).
9Le soupçon de Derrida est que l'autopromotion de la différence qu'incarnerait la raison humaine s'érige sur un oubli, une répression, voire une violence originaire, celle qui consiste à nier l'animalité de l'homme et, par conséquent, sa mortalité [6]
[6]
Encore ici, on peut se demander si l'animalité n'était pas…. Tout son travail se veut une lutte contre cette violence, car elle équivaudrait, littéralement, à une « dénaturation » de l'homme. Or cette lutte de Derrida présuppose nolens volens que l'homme a bel et bien une nature, voire une essence, que la déconstruction promet de porter au jour, ne serait-ce que négativement, en « déconstruisant » le socle de la rationalité dite métaphysique. Il se confirme par là qu'une déconstruction de la métaphysique n'est pas elle-même pensable sans une métaphysique, c'est-à-dire une conception plus ou moins avouée de ce qui est, de la « vérité de l'être » que la métaphysique « officielle » méconnaîtrait fatalement.
10Derrida n'a pas tort de soutenir que l'animal aura été très volontiers exclu de la pensée philosophique. Il l'aurait d'abord été par la création de ce mot même d'« animal » (Derrida parlera ici de l'animot [7]
[7]
L'animal que donc je suis, p. 65., comme si l'animal était d'abord un mot) qui servirait à désigner tout vivant que nous ne sommes pas et que nous ne voulons pas être. Il y a là une altérité, mais en même temps une proximité inquiétante que la pensée rationnelle aura voulu bannir de son horizon. Or la coupure entre l'homme et l'animal est-elle aussi tranchée que le prétend le discours philosophique ? Derrida lui oppose volontiers le discours poétique, celui de Baudelaire, Lewis Carroll, Rilke et même Nietzsche qui ont non seulement parlé de l'animal, mais qui l'ont fait parler. Est-il vrai de dire, par exemple, que l'animal est privé de langage ? Lorsque j'interroge l'animal et que je le regarde dans les yeux, l'animal ne répond-il pas [8]
[8]
Ibid., chap. III, p. 163 s. : « Et si l'animal répondait ? » ? le chien (les exemples de Derrida sont presque toujours félins), lorsqu'on lui adresse un mot qu'il ne connaît pas, nous scrute toujours avec un regard interrogatif, qui cherche à comprendre le sens de ce qu'on lui dit. Quand on prononce le nom d'une activité qui l'inspire, il s'excite, mais si elle lui déplaît, il proteste (l'animal peut donc aussi dire « non » !). L'animal comprend donc des choses et possède un flair, lequel est souvent infiniment plus développé que le nôtre. Pensons ici à ce que nous avons appris sur les animaux lors de cette terrible catastrophe que fut le tsunami du 26 décembre 2004, qui a causé la mort de 300 000 personnes. Contre toute attente, on a cependant retrouvé très peu de carcasses animales sur la scène du désastre. C'est que les animaux avaient gagné les hauteurs parce qu'ils avaient pressenti ou « compris », semble-t-il, ce qui venait, et mieux que tous les instruments de calcul des hommes.
11Comme nous, les animaux sentent, souffrent, naissent, meurent et se reproduisent, ils se comprennent entre eux et ils nous font aussi comprendre ce qu'ils ont « à dire », et pas seulement par leurs voix. Or ce langage de l'animal qui me regarde ne me dit-il pas aussi : « Tu ne me tueras point » ? Centré sur lui-même, l'homme reste le plus souvent sourd à cet appel.
12Derrida a raison de souligner la singulière cruauté du rapport de l'homme à l'animal, mais aussi sa dénégation :
« de quelque façon qu'on l'interprète, quelque conséquence pratique, technique, scientifique, juridique, éthique ou politique qu'on en tire, personne aujourd'hui ne peut nier cet événement, à savoir les proportions sans précédent de cet assujettissement de l'animal. Cet assujettissement dont nous cherchons à interpréter l'histoire, nous pouvons l'appeler violence, fût-ce au sens moralement le plus neutre de ce terme et même quand la violence interventionniste se pratique, dans certains cas, fort minoritaires et nullement dominants, ne l'oublions jamais, au service ou pour la protection de l'animal, mais le plus souvent de l'animal humain. Personne ne peut davantage dénier sérieusement la dénégation. » [9]
[9]
Ibid., p. 46.
13Derrida ne craint pas de parler ici de « génocide » :
« Personne ne peut plus nier sérieusement et longtemps que les hommes font tout ce qu'ils peuvent pour dissimuler ou pour se dissimuler cette cruauté, pour organiser à l'échelle mondiale l'oubli ou la méconnaissance de cette violence que certains pourraient comparer aux pires génocides (il y a aussi des génocides d'animaux : le nombre des espèces en voie de disparition du fait de l'homme est à couper le souffle). de la figure du génocide il ne faudrait ni abuser ni s'acquitter trop vite. Car elle se complique ici : l'anéantissement des espèces, certes, serait à l'oeuvre, mais il passerait par l'organisation et l'exploitation d'une survie artificielle, infernale, virtuellement interminable, dans des conditions que des hommes du passé auraient jugées monstrueuses, hors de toutes les normes supposées de la vie propre aux animaux ainsi exterminés dans leur survivance ou dans leur surpeuplement même. Comme si, par exemple, au lieu de jeter un peuple dans des fours crématoires et dans des chambres à gaz, des médecins ou des généticiens (par exemple, nazis) avaient décidé d'organiser par insémination artificielle la surproduction et la surgénération de Juifs, de Tziganes et d'homosexuels qui, toujours plus nombreux et plus nourris, auraient été destinés, en un nombre toujours croissant, au même enfer, celui de l'expérimentation génétique imposée, de l'extermination par le gaz ou par le feu. » [10]
[10]
Ibid.
14Est-il permis de parler de « génocide » dans le cas des animaux ? Le Robert dit du « génocide » qu'il s'agit de la « destruction méthodique d'un groupe ethnique » et qu'en droit un « crime de génocide » est un « acte commis dans l'intention de détruire, en tout ou partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux comme tel ». Les animaux constituent-ils un groupe ethnique, racial ou religieux ? Assurément non. Mais ils n'en constituent pas moins un « genre » (genos), celui des vivants animés, dont nous faisons partie. La cruauté contre les animaux est ainsi commise contre des êtres de notre propre genre, et peut à la limite être pensée, malgré nos susceptibilités humanocentristes, comme l'équivalent d'un « géno-cide », où certaines espèces sont plus maltraitées que d'autres.
15L'expression peut choquer. Aussi Derrida dit-il qu'il ne faut « ni abuser ni s'acquitter trop vite » de cette figure du génocide. Les mots ne sont jamais innocents, la déconstruction nous le rappelle avec insistance, mais c'est un terme que Derrida n'hésite pas à revendiquer finalement, car il compare bel et bien la « production » et l' « extermination » systématique des animaux aux camps de concentration dans lesquels furent jetés les Juifs, les Tziganes et les homosexuels.
16Nos consciences humanistes s'indigneront de cette comparaison, mais acceptons, pour aller jusqu'au bout de la pensée de Derrida, qu'elle soit tenable. Elle donne à penser en ce qu'elle nous rappelle notre cruauté silencieuse, soigneusement dissimulée (les journaux télévisés nous présentent tous les malheurs de la Terre, mais ne nous font jamais voir ce qui se passe dans les abattoirs) envers le genre animal que nous n'aimons que de manière très sélective : alors que les animaux domestiques sont dorlotés, ceux qui servent à nous nourrir et nous vêtir sont élevés et exterminés de manière méthodique.
Derrida et la question de l'animal
Jean Grondin
Lien : https://www.babelio.com/monp..
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Chri
  20 avril 2018
Etre vu nu par un chat,
suffit à plonger notre conférencier dans l'embarras.
Il se dit que « penser commence peut-être là ». Jacques Derrida exprime ici ses pensées, mais d'abord la honte d'être vu nu devant un chat,
puis la honte d'avoir honte.
Ami Spinoza, à l'aide ! d'où viennent ces sornettes du bien et du mal, la honte, et ces projections anthropomorphiques,
où l'on prête à Dieu ou à l'animal ce qu'il veut ou qu'il ne veut pas ?
Tous les textes canonisés, visités dans ce livre, sont très bornés,
et ce ne sont pas seulement les mythologies grecques ou bibliques,
mais aussi les écrits philosophiques de Descartes, Kant, Lévinas, Lacan, Heiddeger, etc…
La mission de Derrida est la déconstruction, exigeante exégèse,
de cette tradition-filiation, discours de la domination,
qui répète inlassablement, je suis ceci, je suis cela, mais je ne suis pas un animal.
* Descartes, le maitre de l'indubitable (je pense donc je suis), juge que « les animaux sont en vérité, eux, des automates, des automates en chair et en os. Et pourquoi donc ? Parce qu'ils ressemblent à des automates ressemblant à l'homme. »
* Kant, homme des lumières, celui qui déclare son « horreur du goût barbare », insiste encore : « La guerre intérieure ou extérieure, dans notre espèce, a beau être un grand mal, elle est pourtant le mobile (Triebfeder : l'excitant de la pulsion) qui fait passer de l'état sauvage de la nature à l'état social. ». L'auteur souligne des accents de cruauté dans le discours de Kant quand il dit la nécessité impérative de sacrifier la sensibilité à la raison morale.
* Emmanuel Lévinas, obsédé «par l'autre et son altérité infinie», est bien vite embarrassé avec l'animal (dans cet extrait interview) :
- J.Llewelyn : « L'animal a-t-il un visage ?...Peut-on lire "tu ne tueras point" dans les yeux de l'animal ? »
- Lévinas : « Je ne peux pas dire à quel moment vous avez [ou on a] le droit d'être appelé "visage"… Je ne peux pas répondre à cette question.»
* Lacan, logicien de l'inconscient, parvient à l'hypothèse, que l'animal n'est pas capable de la feinte de la feinte. Il reste alors aux scientifiques à chercher et peut-être déjà à répondre à cette hypothèse hasardeuse : « l'animal ne fait pas de traces dont la tromperie consisterait à se faire prendre pour fausses, étant les vraies, c'est-à-dire celles qui donneraient la bonne piste ».
* Heiddeger, voulant dépasser la dialectique mécanisme/vitalisme, se trouve lui-même pris de vertige dans « sa neutralisation de la vie » (son Dasein). Pour lui, « l'animal ne meurt pas, il crève ».
Dans toute cette exégèse se retrouve le motif de l'animal qui ne sait pas répondre, dont le langage est « fixé ou figé dans la mécanicité de sa programmation », et enfin qui est privé de quelque chose qui ne se laisse pas vraiment définir.
Ce qui peut paraître incroyable c'est que le language puisse être ce point ambigüe, q'un auteur comme Kant soit loué ailleurs pour son pacifisme, par Russel (histoire de la philosophie occidentale), et montré ici sous le signe de la cruauté par Derrida et d'autres avec lui.
Il faudrait surtout que les philosophes intégrent les faits scientifiques de l'éthologie, l'étude des comportements des animaux dans leur milieu naturel, en restituant la diversité entre le chat et « quelque aveugle protozoaire ». Mais est-ce que Derrida lui-même a raison de considérer son chat comme un animal sauvage alors qu'il continue à le nourrir, et en conséquence sait-il que son chat fait partie du problème ? https://www.sciencesetavenir.fr/animaux/chats/les-chats-responsables-d-un-desastre-ecologique_105142
Car le problème de la violence faite aux animaux est là et se creuse : perte de la biodiversité, élevage intensif, expérimentation génétique…
Car « l'animal que donc je suis » peut aussi être juif, être femme,… et le discours dominant est toujours discriminant. Derrida lui-même ne va-t-il un peu vite en déclarant que « la violence faite à l'animal est sinon d'essence du moins à prédominance mâle » ?
Quant au droit des animaux, il faudrait lui donner les moyens de s'appliquer concrètement, « quitte à repenser jusqu'à l'idée même du droit, de l'histoire et du concept d'un droit qui jusqu'ici, dans sa constitution même, suppose l'assujettissement irrespectueux de l'animal ».
Tout comme Lévinas avait laissé la possibilité d'une « analyse plus spécifique », Derrida n'a pu livrer que cette « exploration à la hâte » de l'être animal, mais la tentative est courageuse.
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ShambalahVeggie
  16 mai 2012
« L'animal nous regarde et nous sommes nus devant lui. Et penser commence peut-être là. » (p.50)
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson   06 octobre 2013
J’ai du mal à réprimer un mouvement de pudeur. Du mal à faire taire en moi une protestation contre l’indécence. Contre la malséance qu’il peut y avoir à se trouver nu, le sexe exposé, à poil devant un chat qui vous regarde sans bouger, juste pour voir. Malséance de tel animal nu devant l’autre animal, dès lors, on dirait une sorte d’animalséance : l’expérience originale, une et incomparable de cette malséance qu’il y aurait à paraître nu, en vérité, devant le regard insistant de l’animal, un regard bienveillant et sans pitié, étonné ou reconnaissant. Un regard de voyant, de visionnaire ou d’aveugle extralucide. C’est comme si j’avais honte, alors nu devant le chat, mais aussi honte d’avoir honte.
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aleatoirealeatoire   07 juin 2014
Si je suis responsable de l'autre, et devant l'autre, et à la place de l'autre, pour l'autre, l'animal n'est-il pas encore plus autre, plus radicalement autre, si je puis dire, que l'autre en lequel je reconnais mon frère, que l'autre en lequel j'identifie mon semblable ou mon prochain ? Si j'ai un devoir, un devoir avant tout dette, avant tout droit, envers l'autre, alors n'est-ce pas aussi envers l'animal qui est encore plus autre que l'autre homme, mon frère ou mon prochain ?
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aleatoirealeatoire   07 juin 2014
Devrait-on accepter de dire que tout meurtre, toute transgression du " Tu ne tueras point " ne peut viser que l'homme, et qu'en somme il n'y a de crime que " contre l'humanité " ?
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aleatoirealeatoire   07 juin 2014
Nous suivons, nous nous suivons. Cette théorie d'animots que je suis ou qui me suivent partout et dont la mémoire me serait inépuisable, je ne vous en imposerai pas une exhibition. Loin de l'arche de Noé, la chose tournerait au cirque, quand un montreur d'animaux y fait défiler ses sujets tristes, le dos bas.
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ChriChri   12 avril 2018
(dans une interview de Emmanuel Lévinas pas J.Llewelyn, rapporté par J. Derrida dans "L'animal que donc je suis")

Llewelyn : le fait d'avoir un visage implique-t-il l'aptitude au langage ? L'animal a-t-il un visage ? Peut-on lire "tu ne tueras point" dans les yeux de l'animal ?

Lévinas : Je ne peux pas dire à quel moment vous avez [ou on a] le droit d'être appelé "visage". Le visage humain est absolument différent et c'est seulement après coup que nous découvrons le visage d'un animal. Je ne sais pas si le serpent a un visage. Je ne peux pas répondre à cette question. Une analyse plus spécifique est nécessaire

(Référence : The Paradox of Morality : an Interview of Emmanuel Lévinas..)
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Videos de Jacques Derrida (29) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jacques Derrida
Jacques Derrida disait d?elle qu?elle est était un "olni", objet littéraire non identifié. Hélène Cixous, écrivaine, universitaire, dramaturge, est l'autrice de plus de 70 ouvrages qui composent une ?uvre aussi bien littéraire que théâtrale, et d?essais sur la littérature, la philosophie, la psychanalyse, ou encore sur les arts.
L?écrivaine fait sa Masterclasse en public à la BnF et répond aux questions de Caroline Broué. Elle nous parle de son ?uvre de fiction, de son rapport au théâtre, et de l'écriture, qu'elle soit diurne ou nocturne.
Pour en savoir plus : https://www.franceculture.fr/emissions/les-masterclasses/helene-cixous-lire-et-vivre-sont-des-synonymes
Retrouvez toutes les émissions de France Culture avec Hélène Cixous : https://www.franceculture.fr/personne/helene-cixous Abonnez-vous pour retrouver toutes nos vidéos : https://www.youtube.com/channel/¤££¤15Masterclasse6¤££¤6khzewww2g
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>Ethique>Autres normes éthiques>Attitude envers les animaux (10)
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