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Citations sur C'était l'Asie c'était la guerre (6)

— C’est moi père, chuchote Jeanne.
Les ombres sont épaisses sur la piste rouge… Une piste magnifique que la clarté de la lune rend ivoirine ici et là, comme les défenses des éléphants. Ces éléphants sauvages dont on peut entendre passer un troupeau non loin, et dont un œil attentif pourra demain repérer les traces parmi les végétaux brisés. Heureusement, la lune jette quelque clarté entre les racines aériennes qui s’enchevêtrent entre les paillotes. Sa lueur illumine jusqu’au jonc des paillotes, éparpillées ici et là en bordure de piste. Un parterre de fleurs aromatiques parfume les jardins. Cela fait comme une fumée odorante : les bonnes odeurs du parfumeur ! Le père Choo-Choo-Neo est-il donc venu dans ce jardin pour se repaître des fleurs aromatiques ?
— C’est moi, père ! chuchote Jeanne une nouvelle fois.
— Quelle est celle-ci, qui chemine comme l’aurore à son lever ? Comme la lune… Mais ! mais c’est toi, Jeanne ! Mais par exemple ! Mais par quel prodige ?
Jeanne ne se fait pas attendre. Elle s’extirpe d’un pertuis de végétaux exubérants, montés comme des solives. Tout cela dessine une voûte noire, magiquement chatoyante et belle. Si mystérieuse ! Et tout cela dégouline des gouttes de la nuit. La lune éclaire partiellement le visage de Jeanne. (…)
Des ombres épaisses flambaient ici et là, dessinant avec la lune, dans les hévéas tout proches, en lisière de piste, leurs fantasques arabesques. Bercées par un vent doux et chaud, au milieu des racines aériennes des banians, elles amplifiaient encore le caractère effarant des prédictions de Jeanne. Le visage du père Choo-Choo-Neo n’avait d’ailleurs cessé de se décomposer à mesure que Jeanne lui parlait. Ses traits commençaient à ressembler à ces chemins qui ravinent après les grosses pluies de mousson. Puis des larmes coulèrent de ses yeux. Un flot de larmes tel que rien ne semblait pouvoir l’arrêter !
— Mon Dieu, Jeanne ! Que me dis-tu là ?
Il se prenait la tête dans les mains. Il était comme hors de lui. Il pleurait à chaudes larmes. Il pleurait comme un gosse. Il tomba à genoux. Jeanne se pencha alors, le relevant doucement.
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AVERTISSEMENT : les astérisques renvoient au glossaire (non adjoint à ces extraits). Lorsque l’astérisque est marqué en regard de mots en italique, il signale une citation de l’un ou l’autre des procès de Jeanne d’Arc.

Nouveau check-point. Le six ou septième déjà, dans la poussière des convois et la chaleur étouffante ! Notre chauffeur, un nitohei*, était parvenu à stopper sa Jeep sous un arbre, et ce dernier dispensait un peu d’ombre. Ça n’avait pas été sans mal. Il lui avait fallu parlementer âprement avec une sentinelle, une espèce de pit-bull que je ne conseillerais vraiment à personne, combien chercherait-on un pit-bull hargneux et vétilleux au possible ! Un homme tout petit, mais bilieux comme dix.
Ombre ou pas en tout cas, dans son coin Hashimoto suait à grosses gouttes. Il dégoulinait. Une vraie fontaine. Résigné au pire, il avait fait jaillir son éventail. Le genre d’accessoires bling-bling dont il raffolait par-dessus tout.
Rose berlingot !
Du meilleur goût donc. Surtout si l’on songe aux motifs passablement suggestifs que cet accessoire affichait complaisamment. Mais bon ! passons. Enfin, pour compléter le tableau, imaginez-vous qu’il portait en outre d’énormes bagues aux doigts. Jusqu’à deux, et même trois ! Vous voyez d’ici le tableau. Tout ça boudinait et bavait gaiement comme une ronde de limaces sur le manche de l’éventail. Succès garanti. Et puis comme une toquade, Hashimoto m’avait flanqué son éventail dans les mains. Oh ! je savais ce que cela signifiait ! Notre duo n’en était pas à son coup d’essai. Je commençai donc à agiter sous son nez les motifs aguichants qui s’étalaient sur l’éventail.
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J’étais allé me balader du côté du port. Oh ! j’en étais revenu bien amer. Le Mékong et ses parages grouillaient d’un déploiement de forces japonaises effarantes. Une nausée. Les forces navales de l’armée fourmillaient partout sur le port ! La Tokeitaï paradait. Des chevaux de frise barraient les rues proches du fleuve. Les sentinelles vous harcelaient tous les trente mètres. Des check-points fleurissaient à tous les coins de rue. Rien n’avait changé, depuis le 9 mars dernier. Ce triste fameux 9 mars 1945 où les Japs avaient confisqué l’Indochine française à la vieille puissance tutélaire. (…) Oui, je le confesse : je ne pouvais plus les voir en peinture, moi, ces samouraïs d’opérette, dont les mœurs relevaient davantage de l’âge des cavernes que d’une époque civilisée peuplée d’êtres fréquentables !
Je remontais ainsi cahin-caha la rue Catinat, en proie à mes pensées chagrines, suant par tous les pores de ma peau malgré l’heure matinale, lorsque subitement, je fus traversé par je ne sais quelle sourde et violente inquiétude. Une sueur glacée m’inonda en dépit de la température brûlante !
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On ne m’avait pas franchement laissé le choix du départ, à vrai dire ! Deux molosses de la Police Militaire s’étaient pointés à l’hôpital, des gars de la Tokko-kempeitaï, escortés d’une meute d’anthropoïdes de la Kempeitaï, et ces deux gars-là n’étaient pas précisément le genre dames de compagnie, si vous voyez ce que je veux dire.
Quelques mots dans un langage tout militaire :
« Suivez-nous immédiatement, monsieur Ceragioli, un avion militaire spécialement affrété vous attend en ce moment même à l’aéroport ». Puis le très martial : « Affirmatif, monsieur Ceragioli ? ».
Dans ces cas-là, ou tu piges très vite, ou alors les mastodontes, ils te saucissonnent comme un ballot et ils te jettent dans la soute à bagages. Et tant pis si tu voyages en compagnie de serpents à sonnettes !
Moi j’aime autant voyager en première classe, pas vous ?
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Je détourne les yeux. Sacerdoce de mort ! La profanation transfigure Dakotsu Takeda. Mais cette transfiguration-là est comme un venin. Oui, un venin qui assèche l’âme. Qui l’opacifie et la rétrécit. Je vois cela. Je discerne cela aussi distinctement que je puis distinguer le jour de la nuit ! Je le vois oui, mais lui ne discerne rien de cette opacité qui rétrécit son âme et la stérilise. Il ne voit que son chinko et mon shiri… La lumière noire que reflète son visage, c’est la fange et la vomissure des chiens.
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La canicule consumait la jungle. Les oiseaux, même, paraissaient s’être tus, vaincus par la torpeur.
Ou s’il restait des oiseaux sous la feuillée, ce ne pouvait être que des oiseaux de feu, des oiseaux de sang !
La jungle brûlante n’était même plus tamisée, comme tout à l’heure encore, par un peu de douceur. Car l’ombre fauve, vagabonde, et les libellules bleues avaient depuis beau temps déserté les lieux.
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