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EAN : 9782330147631
160 pages
Éditeur : Actes Sud (07/04/2021)

Note moyenne : 3.88/5 (sur 4 notes)
Résumé :
Ce récit d'anticipation nous plonge au coeur des débats scientifiques d'un futur indéterminé. Quelque part entre faits scientifiques et affabulations poétiques se dessine un horizon troublant : et si les araignées, les wombats et les poulpes nous adressaient des messages codés à travers leurs comportements ? Par cette étonnante expérience de pensée nourrie des plus récentes découvertes scientifiques, Vinciane Despret ouvre la voie à un décentrement de la condition h... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
delklo
  25 avril 2021
Très important, le titre, surtout le mot « anticipation ». C'est comme une balise, un amer dans le monde dans lequel nous entraîne Vinciane Despret. Et lea lecteur-rice en aura diablement besoin !
Un récit d'anticipation, c'est un récit, parfois fantastique, censé se dérouler dans le futur. Ici, ce futur est imprécis, pas vraiment daté. Lea lecteur-rice le sent néanmoins assez proche de l'époque actuelle. Quant au coté fantastique, il est marqué d'entrée de jeu par les titres des trois chapitres de l'ouvrage (dont un étonnant « La cosmologie fécale chez le wombat commun et le wombat à nez poilu »). Suivis par les définitions de trois mots étranges : la géolinguistique, la thérolinguistique et la théroarchitecture. Les définitions de ces trois disciplines, orientées vers l'expression artistique et littéraire – y compris symbolique et sacrée –, des animaux dits sauvages donnent le ton du thème général de l'ouvrage.
Vinciane Despret nous emmène dans les circonvolutions scientifiques de travaux et rapports de chercheurs et de société savantes. Les sujets abordés dans les chapitres sont tellement surprenants, tellement originaux que nous ne savons plus si les informations tiennent du lard ou du cochon. Vinciane Despret maîtrise l'écriture scientifique et les descriptions méthodologiques des travaux de recherche, y compris dans les citations bibliographiques. Jusqu'aux bisbilles qui existent parfois entre telle ou telle institution ou société savante. Nous sommes là dans un environnement littéraire rigoureux, rationnel, qui rend compte du cheminement des trois disciplines définies ci-dessus.
Ce qui semble moins rigoureux, ou pour le moins surprenant, ce sont les trois histoires développées. Il s'agit de récits basés sur l'hypothèse, non pas que les animaux sauvages sont intelligents et sensibles – les spécialistes des espèces animales ou les gens simplement en contact régulier avec les animaux sauvages ou domestiques le savent depuis longtemps – mais qu'ils sont capables de s'exprimer et de communiquer dans un registre sensible, artistique, voire sacré. Évidemment, le cartésianisme, et le naturalisme qui en a découlé, en prennent un bon coup ! Mais c'est un coup salutaire, un coup qui ouvre des portes sur un monde extraordinaire, sur l'imaginaire du-de la lecteur-rice, imaginaire lui-même nourri de celui des fourmis, des wombats et des poulpes. Ce que Vinciane Despret amène à la fois de magique et de terre-à-terre réside dans l'alternance entre des faits imaginés et des recherches réelles, dans l'équilibre perpétuel sur une ligne de crête entre invention et réalité, l'une étant toujours suivie ou précédée de l'autre. Alors, le lecteur non initié à l'éthologie comme je le suis ne sait plus trop où il en est, est-ce que l'autrice me balade pour faire passer des thèses abracadabrantes ? Ou bien, non, c'est vrai que les poulpes écrivent des poèmes, que les wombats érigent des murs sacrés avec leurs fèces rectangulaires, que les araignées crient en ondes ?
Les deux 1ers chapitres, consacrés aux araignées et aux wombats, sont pour l'autrice une manière de prendre la mesure de son sujet, de développer de manière de plus en plus osée le rapport humains-non humains : communication « simple » des araignées sur les problèmes d'un environnement saturé d'ondes ; puis apparition du sacré dans l'édification des murs des wombats. Dans la 3ème partie, la plus étoffée– avec parfois des longueurs –, le thème de l'expression littéraire des poulpes et de leur interprétation est pleinement développé. D'une part grâce à des quasi-mutants jouant le rôle d'intermédiaires entre le monde humain et celui des poulpes. D'autre part en décryptant des textes écrits par des poulpes… avec leur encre, évidemment ! Allant jusqu'à proposer indirectement un modèle de société qui, sans être idéale, serait basée sur des rapports humains rénovés.
L'originalité et la force de cet ouvrage réside ainsi dans l'articulation par l'autrice d'une éthologie plus ou moins imaginée, de poésie, de rigueur scientifique, de psychologie, de philosophie. Et surtout d'humour, assurant la bonne distance par rapport à sa propre écriture. le tout assaisonné par ci par là de pointes de féminisme (cf. la référence au Matrimoine mondial des chefs d'oeuvre de l'Unesco !).
Ce livre n'est pas facile à aborder car il peut sembler confus avec son jargon scientifique, sa bibliographie (réelle ou fictive ?), son imaginaire désorientant. Je me suis résolu, à la fin du 1er chapitre, à rechercher sur internet si telle personne avait vraiment existé, si telle recherche rapportée et décrite avait été effectivement rapportée et décrite. Les réponses trouvées ont apporté leurs lots de surprises (dont la découverte d'un inattendu et réel prix Ig-Nobel !). Dans cette confusion soigneusement organisée, Vinciane Despret maîtrise totalement son sujet : la forme, le fond, les connaissances, l'imaginaire, la structure des récits, toutes ces imbrications qui entraînent lea lecteur-rice, non seulement dans la découverte de faits avérés, mais aussi dans l'ouverture à un imaginaire et une poésie « sauvages » qui ne peut que lea décentrer. Et si cela était vrai ? de quoi nous faire changer d'avis sur ce que peut vivre, penser et exprimer une fourmi grimpant sur son pantalon ou un flamant rose picorant la vase la tête dans l'eau.
À lire, pour en savoir plus sur Vinciane Despret et son travail : un excellent interview par Baptiste Morizot dans le Hors Série Socialter « Renouer avec le vivant » (décembre 2020).
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Aderu
  17 avril 2021
Dommage.
Je n'ai pas du tout accroché à ce mélange des genres. La composition "chimique" du texte manque de transparence entre le scientifique et "l'affabulation". Ce n'est pas une surprise puisque ce "brouillage" est avancé en quatrième de couverture. Mais je n'aime pas trop les lire.
C'est trop scientifique ou trop littéraire. Il faut faire un choix dans la forme de mon point de vue. Brouiller les pistes à l'époque du doute omniprésent, ma foi, cela m'agace un peu.
Les pistes d'extrapolation science-fictives, partant de données scientifiques, et présentées en quatrième de couverture m'étaient tout à fait plaisante et j'espérais un texte plus littéraire racontant des histoires impliquant ces capacités extraordinaires et inattendues des animaux concernés (araignées, wombats et poulpes).
Mais ce n'est clairement pas la forme choisie. On navigue entre faux compte-rendu de création d'association (pas franchement crédible dans sa forme d'ailleurs mais passons), mails, articles, lettres, discours et autres commentaires. Un gigantesque patchwork, "aux frontières du réel".
Quand je lis un texte littéraire, je ne peux pas me faire à l'idée d'avoir à naviguer autant vers les notes en fin d'ouvrage. Cette pénibilité du va-et-vient (que j'accepte dans un documentaire) aura au final été une mise en abîme des allers-retours, à la potentialité permanente mais à l'effectivité inconnue, entre fiction et science.
Il y a des passages qui m'ont laissé pantois, comme à l'évocation de "l'épopée lyrique du lichen, la poésie passive de l'aubergine et le roman tropique du tournesol - sans oublier ce genre, toutefois considéré comme mineur, qu'est le roman policier historique du coquelicot aux prises avec les produits phytosanitaires." (43)
Bien sûr, c'est une citation hors contexte. Mais enfin, cela reste une masterclass de Kamoulox.
En lisant les premières dizaines de pages, je me disais que je parlerai d'Alain Damasio dans ma critique... Et bingo! Il est doublement cité dans les notes de la troisième partie. Ne faisant donc que confirmer ma sensation : voilà un livre qui pourrait plaire aux accrocs des Furtifs (pour l'anecdote : je n'en suis pas).
Vinciane Despret a sûrement pris du plaisir à écrire ce texte. Tant mieux pour elle.
L'idée de magnifier, ou de mettre au centre, le monde animal, et donc plus ou moins en creux de décentrer l'attention portée à l'humanité, n'est pas un projet qui me déplaît. Mais là, je n'ai pas du tout accroché. J'ai trouvé ça par moment trop caricatural. Comme sur cette insistance sur le fait que notre langage, c'est vraiment un truc de primitif, contrairement aux modalités animales nous dépassant teeeeeeellement dans leur contenu. Bon.
Mais je reconnais néanmoins sans difficulté qu'il y a de belles trouvailles dans ce livre. L'étape de l'insertion de ces idées dans un contexte narratif n'aura tout simplement pas remporté mon adhésion.
Pour être plus terre-à-terre : j'aime bien la couverture ! Ce qui est souvent le cas dans cette collection, qui sauve un peu le niveau global actuel des couvs d'Actes sud (c'est quoi le concept ???).
Un texte traversé de mysticisme enrobé dans un écrin de poésie. La première partie est particulièrement désagréable à lire. La deuxième coule mieux (sans jeu de mots lié au "matériau" au centre de celle-ci) et la troisième m'aurait plus convaincu sous la forme d'une nouvelle.
Dommage. Oui, dommage, j'aime bien les tentacules.
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Goliathus
  02 mai 2021
Réso-lu-ment, l'un des livres les plus inventifs que j'aie lus.
Une curiosité de poulpe m'a fait découvrir ce livre unique le jour de la fête des librairies indépendantes; je l'ai dévoré avec l'appétit d'un arachnide.
Quelle imagination! Quelle précision scientifique! Quels récits d'anticipation fascinants! Il y a un un peu du génie fantastique et de la rigueur borgésiens chez Vinciane Despret.
Merci Actes Sud (collection les "Mondes Sauvages") de nous offrir une telle singularité littéraire, une forme de science-fiction hyper-réaliste, et poétique.
Je ne doute pas une seconde que le IIIe millénaire donnera naissance à la "Thérolinguistique". Et je vais de ce pas relire Ursula Kroeber le Guin.
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
AderuAderu   17 avril 2021
Dès lors, si les théroarchitectes avaient interprété ces murs fécaux comme de simples marquages territoriaux, il est fort probable que le wombat se serait vu décrit comme un petit propriétaire bourgeois (comme l'ont souvent été, sous l'influence de cette théorie, nombre d'animaux territoriaux), qui, par ses murs fécaux, indiquerait à tout intrus potentiel (tout visiteur, dans un monde de petits propriétaires jaloux de leurs prérogatives, ne peut évidemment être qu'un intrus voulant s'approprier le bien d'autrui) qu'il veille jalousement à l'intégrité de ses frontières : "On ne passe pas !" (49)
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AderuAderu   17 avril 2021
L'indifférence est souvent le meilleur remède aux manifestations d'extravagance. (22)
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AderuAderu   16 avril 2021
Lents et agités les temps des attentes. Courts et agités les temps des existences. L'impatience nous gagne. (86)
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AderuAderu   17 avril 2021
Les araignées dansent sur des sons silencieux. (19)
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Videos de Vinciane Despret (54) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Vinciane Despret
La philosophe et psychologue Vinciane Despret passe par la littérature pour donner la parole à un peuple qui ne l'a pas, des poulpes aux araignées, dans "Autobiographie d'un poulpe et autres récits d'anticipation" (coll. "Mondes sauvages", Actes Sud, avril 2021).
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