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Critique de Sileva76


Sileva76
  03 juillet 2018
Ernest Renan a été suspendu de sa chaire du Collège de France après le scandale provoqué par les catholiques et malgré le soutien de l'empereur Napoléon III. Pourtant, celui qui revendique d'étudier scientifiquement la religion, affirme que « le jour où elle disparaîtrait, ce serait le coeur même de l'humanité qui se dessècherait ». le même homme eut à l'égard du christianisme et de l'Islam des mots très sévères, voir caricaturaux. Il parle de l'Islam comme d'un « fanatisme » qui rongerait l'Europe. En fait, je crois qu'il cherche à faire réagir le public sur les dangers du dogme religieux lorsqu'il nie la science.

Dans son Ernest Renan, Jean-Pierre van Deth écrit que « c'est en historien qu'il [Renan] a parlé de la religion, sans nier aucun dogme et en laissant au contraire largement ouverte la possibilité de croire en la divinité de Jésus-Christ » (p. 278). Et l'auteur de la biographie est un théologien. Renan fut censuré par les cléricaux et le ministre de l'Instruction publique, contre l'avis de Napoléon III. Mais, l'empereur ne peut pas laisser provoquer des troubles et il doit se ranger dans le camp des censeurs. Aujourd'hui, censurer Charlie Hebdo signerait le retour à des pratiques du XIXe siècle ; à une époque où même un empereur autoritaire, qui aime l'histoire et les sciences, plutôt tolérant à l'égard de certains ennemis du régime, doit sévir pour se préserver le soutien des cléricaux, mais aussi pour éviter les troubles à l'ordre public.

Pour l'auteur de la Vie de Jésus, « l'Evangile n'est ainsi que le récit d'une vie, mais pas un livre de théologie » [van Deth, p. 286]. Dans ce texte, Renan pose les principes fondateurs de la laïcité, en termes de croyance du moins. Pour lui, le christianisme doit être « une religion sans prêtres et sans pratiques extérieures, reposant toute sur les sentiments du coeur, sur l'imitation de Dieu, sur le rapport immédiat de la conscience avec le Père céleste ». Il n'y a pas plus anticlérical. C'est la préfiguration des débats de 1905, que Renan n'aura pas la chance de connaître puisqu'il mourra en 1892. Il pense que la religion est plus forte lorsqu'elle se pratique intérieurement et en communion avec Dieu. En parlant de Jésus, il dénonce « ceux qui prétendent le renfermer tout entier dans quelques phrases de catéchisme ». Voilà qui surprend. Celui qui dénonce la rigidité dogmatique de l'Eglise fait preuve d'une foi et d'une admiration presque sans failles à Jésus. Finalement, son livre en dit davantage sur l'état de la religion à son époque que sur Jésus lui-même.

Prémonitoire, toujours dans sa Vie de Jésus, il écrit que « le jour viendra où la séparation portera ses fruits, où le domaine des choses de l'esprit cessera de s'appeler un ‘‘pouvoir'' pour s'appeler une ‘‘liberté'' ». Quel visionnaire ! Au-delà de cette admiration pour Ernest Renan – qui a aussi des côtés plus sombres – il faut donc souligner sa modernité.
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