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EAN : 9782757830017
255 pages
Éditeur : Points (30/08/2012)

Note moyenne : 3.58/5 (sur 186 notes)
Résumé :
Ce récit évoque un voyage le long du Mékong effectué pendant le procès des leaders Khmers rouges à Phnom Penh en 2009 et la révolte des Chemises rouges en Thaïlande en 2010.

Henri Mouhot poursuit un papillon, son filet à la main, se cogne la tête, lève les yeux, découvre les temples d'Angkor. C'est l'année zéro de ce récit.
Pavie fait élever le tombeau de Mouhot à Luang Prabang, ouvre à Paris l' Ecole cambodgienne, conseille le futur roi Monivo... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (40) Voir plus Ajouter une critique
Croquignolle
  09 février 2019
Ce livre ne pouvait que m'attirer, m'inviter au voyage et me replonger dans les émotions encore vives de mes deux voyages au Cambodge.
Je me revois arpentant les allées d'Angkor Wat, ébahie par tant de grandeur et de beauté, admirant le Tonlé Sap au coucher du soleil, dégustant une Cambodia assise sur une chaise en plastique face au magasin de réparation de motos à l'entrée du Marché russe. Je me revois, chantant face à ces femmes et ces hommes habillés de l'uniforme bleu des prisonniers lors de nos tournées musicales dans les prisons khmères. Je me rappelle du regard de ces enfants pas plus haut que trois pommes, alignés en rangées parfaitement parallèles, souriants, joyeusement troublés par notre groupe improbable installant le matériel technique et la sono pour partager avec eux des chants et des danses. Je me souviens de Naly, notre interprète cambodgienne, nous présentant fièrement sa trouvaille du matin en provenance directe du marché : des fruits dont nous n'avions pas soupçonné l'existence.
Je me souviens de tant de choses encore.... Des choses terribles aussi...
En un instant, j'étais à nouveau à Tuol Sleng, nauséeuse, dans cette prison S-21 qui m'avait fait prendre conscience de l'ampleur et de la folie de ce génocide . J'étais dans ces rues animées de Phnom Penh, pourtant vides de ces personnes âgées ayant été sacrifiées des décennies plus tôt sur l'autel cette idéologie révolutionnaire de l'Angkar. Je rencontrais à nouveau Pol Pol, Douch et ses acolytes que j'avais appris à connaître par souci intellectuel et de mémoire. Et cette partie de l'histoire-là me terrifie encore !
Du côté du dépaysement et de la plongées en eaux lumineuses ou troubles, Kampuchéa a parfaitement accompli sa mission.
Par contre - alors que j'ai un excellent sens de l'orientation - je me suis souvent sentie perdue dans les méandres des époques, des lieux, des personnages historiques que j'ai rencontrés tout au long du roman.
J'ai mélangé les décennies, les régions, les guerres, les tentatives d'apaisement, les rencontres au sommet, les colonisateurs, les aventuriers jusqu'au boutistes. Et cela ne m'a pas plu.
Certains chapitres m'ont captivée, d'autres m'ont éloignée.
Plus qu'un roman, j'avais l'impression d'une succession d'éditos ou d'articles journalistiques extraits de quotidiens asiatiques et français d'époques si diverses. Quand Pol Pot côtoie Pavie, quand Henri Mouhot rencontre le roi Sihanouk, je n'y comprends plus rien. Dommage !
Au final, je referme ce livre avec un sentiment d'admiration pour Patrick Deville qui a fait un travail de documentation et de synthèse énorme !
Je suis heureuse d'avoir passé à nouveau quelques jours dans ce Royaume de bout du monde auquel je me suis, ma foi, beaucoup attachée.
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Commenter  J’apprécie          382
Apikrus
  15 décembre 2019
En 2009, un jeune homme vient assister au procès de Douch à Phnom Penh (Cambodge).
Né en 1942, Douch dirigea la prison S-21 de 1975 à 1978 et fut l'un des cadres de la police politique khmère de l'époque. Son procès est le premier instruit par un tribunal spécial (à la fois cambodgien et international) contre des responsables des crimes du régime Khmer Rouge. Douch a été condamné à 35 ans de réclusion pour crimes contre l'humanité. Des experts psychiatres et psychologues lui ont repéré une alexithymie (incapacité à ressentir et exprimer ses émotions et celles des autres). Douch a reconnu tortures et meurtres commis au S-21 mais avait demandé la relaxe, considérant que faute de Loi au Kampuchéa, il n'en avait enfreint aucune…
Pour tenter de comprendre ce procès, le jeune homme se penche sur l'histoire du Cambodge et des pays voisins (Vietnam à l'est, Thaïlande à l'ouest, et Laos au nord).
L'auteur nous fait ainsi voyager dans l'espace, avec le Mékong en fil rouge, et dans le temps avec les colonisations occidentales en toile de fond. Nous suivons explorateurs (le naturaliste, Henri Mouhot, et ceux qui lui ont succédé) et écrivains célèbres (Malraux, Loti, Conrad) dans leurs pérégrinations…
Ici, le romanesque s'efface devant l'Histoire.
L'écriture de Patrick Deville exige beaucoup d'attention de la part du lecteur. J'ai d'ailleurs dû avoir en permanence un atlas à portée de main, et l'ai consulté plusieurs dizaines de fois durant cette lecture.
Pour résumer : l'exercice de lecture fut exigeant mais cela en valait largement la peine.
Je reviendrai probablement vers cet auteur, mais après avoir relu "La Voie royale" de Malraux (dont je n'ai plus souvenir et n'avais probablement pas capté le plus intéressant ...).
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michelekastner
  25 septembre 2012
L'auteur débute son périple à Bangkok. Taksin Shinawaka, ex-premier ministre corrompu de la Thaïlande a fui le pays. A Phnom Penh doit débuter le premier procès de Douch, le tortionnaire du tristement célèbre camp S21 où ont été torturées et assassinées 12 000 personnes. Né en 1942, d'origine modeste, Douch réussit de brillantes études pour devenir professeur de mathématiques, son directeur est Son Sen, futur ministre de la défense du Kampuchéa démocratique. Ils rejoindront tous deux le maquis. Amateur de poésie, Douch récite les vers du poème d'Alfred de Vigny « La Mort du Loup » à la première audience du procès :
« Gémir, pleurer, prier est également lâche
Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
Dans la voix où le sort a voulu t'appeler
Puis, après, comme moi, souffre, et meurs sans parler. »
Il a été un fidèle serviteur de l'Angkar, consciencieux, rigoureux, jusqu'à la folie, à l'absurdité aveugle.
Chaque événement de l'histoire en rappelle un autre qui a sa part dans l'avènement au pouvoir d'une poignée d'idéalistes qui ont fait leurs études à Paris, ont lu Malraux (la Voie royale), Rimbaud (Une saison en enfer), Farrère (Les Civilisés), ont rêvé de Révolution à Saint-Germain avant de se perdre dans la forêt cambodgienne. On redécouvre ces morceaux d'histoire entremêlés qui ont contribué à alimenter la guérilla, la haine de l'Occident, les désirs de pureté dans un pays corrompu par la monarchie sous Norodom Sihanouk qui rêve d'une Pnom Penh princière et réprime sévèrement les opposants Khmers rouges, par le régime militaire anti-communiste de Lon Nol, sans oublier les Américains qui ont sacrifié les populations sous les énormes bombardements envoyés sur la piste Hô Chi Minh, la longue colonisation de la France dont les intérêts étaient multiples (opium, riz, , sel, hévéa..), les territoires amputés par le royaume de Siam (Angkor), puis par les Vietnamiens (le delta du Mékong), les conflits de la guerre froide qui amèneront leur lot de soutiens ou de défections.
Mais, sans doute faut-il revenir un siècle et demi en arrière à la rencontre d'un personnage injustement oublié : Henri Mouhot, lépidoptériste, entomologiste, botaniste qui, de Londres, embarque pour l'Asie, y parcourt à pied de vastes territoires à la poursuite de papillons rares et découvre avec stupéfaction et fascination les temples d'Angkor enfouis sous la végétation luxuriante, réalise des dessins minutieux et prend des notes précises qui seront publiées à Paris et nourriront des rêves de conquête française, car la France est alors en concurrence avec l'Allemagne et l'Angleterre dans l'expansion culturelle et géographique. On croise Graham Greene, Pierre Loti, Joseph Conrad, écrivains fascinés par l'Asie et qui ont enrichi nos rêves occidentaux d'un Orient magique.
Pour Patrick Deville, c'est l'année zéro. Dès lors, les années se comptent en après HM, sur la trace des explorateurs Garnier et Lagrée à la découverte de 3000 km le long du fleuve Mékong, d'Auguste Pavie qui trace la ligne télégraphique entre Phnom Penh et Bangkok et crée une école cambodgienne à Paris dans laquelle les sinistres frères numérotés viendront faire leurs études. L'auteur rencontre le père François Ponchaud, prêtre à Phnom Penh de 1965 à 1975, date de l'arrivée au pouvoir des Khmers rouges, il dénonce alors les exactions, n'est pris au sérieux ni par Paris, ni par Washington, ni par Amnesty International, ni par la Ligue des Droits de l'Homme. On croit encore à l'idéal communiste qui va déboucher sur la Terreur, la destruction de tous les papiers, les diplômes, les livres, la suppression des médecins, des cafés, des professeurs, des automobiles, des téléphones, de la vie privée et l'anéantissement de 2 Millions de Cambodgiens, sous la direction de Pol Pot (frère n°1), Nuon Chea (frère n°2), Ieng Sary(frère n°3)…
Oeuvre dense et érudite qui nécessite une bonne connaissance de l'histoire de la Cochinchine du Vietnam, du Cambodge, du Laos, de la colonisation, des trois guerres d'indochine…
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YvesParis
  11 mai 2012
Écrire des carnets de voyage, c'est un peu comme faire la recension d'un livre. Il faut naviguer entre deux écueils. le premier est celui du résumé poussif du livre, de la narration plate des étapes de son voyage. Certains auteurs, tel Jean Rolin que j'adore, réussissent à merveille dans cet exercice difficile. Mais le risque est grand de verser dans une prose répétitive et nombriliste.
Le second est de se lancer dans de vastes considérations générales. le voyage ou la lecture sont alors réduits à un prétexte pour une réflexion plus ample. le récit dérive alors vers l'essai au risque de perdre le charme qui doit entourer les carnets de voyage.
Patrick Deville zigzague entre ses deux écueils en remontant le Mekong depuis le Vietnam jusqu'à la Chine . Son livre est composé d'une cinquantaine de chapitres, très courts, qui peuvent parfois donner le sentiment de la confusion à force de virevolter dans l'espace et dans le temps. Sans doute faut-il avoir déjà quelques notions de l'histoire du Kampuchea démocratique, le nom donné par les Khmers rouges au Cambodge, pour en goûter tout le sel. A cette condition, ce récit kaléidoscopique réjouira tous les amoureux du Cambodge et au-delà tous ceux qui aiment, le temps de quelques pages, s'évader vers les berges tropicales d'un long fleuve asiatique.
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emmyne
  22 novembre 2011
Le Kampuchea démocratique, c'est le nom du Cambodge, ce pays entre la Thaïlande, le Laos et le Vietnam, bordé par le Golf du Siam; ce pays fermé, ruiné par les Khmers Rouges.
Un roman en chroniques amères, un carnet de voyage dans l'espace et le temps, les paysages en réminiscences. C'est l'histoire de la Révolution des Khmers rouges, ses grandes figures, ces inculpés, c'est aussi celle de l'Indochine, de l'Europe coloniale, ses grandes figures, ces coupables, celle des guerres de la Guerre Froide.
" J'aimerais mettre en perspective le procès des Khmers rouges dans une durée moyenne, sur un siècle et demi, depuis que Mouhot, courant derrière un papillon, s'est cogné la tête, a levé les yeux, découvert les temples d'Angkor. "
" Pendant plus d'un siècle, jusqu'à la fin de la Guerre froide, se donneront libre cours, dans cette Indochine ravagée, écrasée de bombes, les folies de l'Europe puis de l'Amérique, de la Russie et de la Chine. Les rêves écroulés, les actes d'héroïsme grandiose et les lâchetés immenses, les barbaries. Tout ce contre quoi voulaient lutter, à juste titre, quelques étudiants idéalistes du tiers-monde. " [ ces étudiants parisiens qui deviendront les Frères de la Révolution khmère... ]
Pas moins d'une cinquantaine de chapitres pour 250 pages denses, rythmés par les slogans de l'Angkar ( l'organisation de la Révolution ), par les notes de notre découvreur national Mouhot, par des extraits de romans de ces auteurs français ( ainsi que l'Anglais, Graham Greene ) dont l'oeuvre est si intimement liée à leur vie, leurs choix et engagements politiques, leurs itinéraires autant géographique que humain.
" Lorsque Loti s'approche enfin des ruines d'Angkor, en 41 après HM [ Henri Mouhot ] , il sait l'immense fatigue de cette civilisation khmère, qui consent à s'offrir aux barbares de l'Occident pour se protéger du Siam à l'ouest et des Viêts à l'est. La France manipulée comme une tribu un peu stupide mais puissante et armée. Il sait qu'il est un lointain barbare perdu en Asie. Et peut-être a-t-il déjà en tête, ce soir, à My Tho, des phrases du " Pélerin d'Angkor " qu'il écrira dans dix ans. Ces phrases qui seront une terrible semence pour le jeune Malraux, lequel sans elles peut-être n'aurait pas écrit " La Voie royale " , ni pillé le temple comme Loti avait pillé la mosquée. C'est toujours curieux, l'histoire des hommes et de leurs livres. "
Une sérieuse connaissance de la terre et du sujet qui souligne la subtile distinction entre peuple et nationalité, un regard aigu et élargi, une conscience désabusée des paradoxes, des correspondances, des enjeux imbriqués de cette Histoire, une mémoire pour les oubliés, les aventuriers occidentaux, les populations sacrifiées. Et un style : une poétique de l'image, le vitriol des portraits, l'acuité des visions, quelques papillons noirs et suffisamment de précisions, qui ne sacrifie pas la verve narrative, pour ne pas égarer le lecteur, le perdre en chemin dans les méandres géopolitiques du Mékong.
De nombreux extraits dans ce billet pour dire cette lecture exceptionnelle qui porte si magistralement l'expression de " roman sans fiction ".

Lien : http://www.lire-et-merveille..
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critiques presse (8)
Lexpress   30 novembre 2011
Dans la lignée des magnifiques Pura Vida et Equatoria, Kampuchéa rend aussi hommage à quelques écrivains aimés (Conrad, Loti...) et nous montre - sans jamais tomber dans le livre à thèse - les liens ténus entre le dogmatisme du Bien et le totalitarisme. Incorrect, passionnant et brillant.
Lire la critique sur le site : Lexpress
LeSoir   07 novembre 2011
Du Cambodge, qu'il appelle « Kampuchéa », l'écrivain rapporte quantité d'histoires qui se croisent et se recroisent.
Lire la critique sur le site : LeSoir
Bibliobs   27 septembre 2011
Alors que le second procès des Khmers rouges vient de s'ouvrir, Patrick Deville retrace plusieurs siècles d'histoire franco-cambodgienne dans un récit passionnant.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LeMonde   23 septembre 2011
Avec Kampuchéa, pour la première fois, Patrick Deville n'a entrepris d'écrire qu'après le voyage accompli. Comme si la méthode peaufinée depuis vingt ans désormais arrivait à sa pleine maturité.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LeMonde   23 septembre 2011
Par là Deville, exemplaire, accomplit le ravissement de l'Histoire par le roman, affirme la légitimité souveraine de celui-ci à fabuler sans souci des douanes littéraires. Outre que, magnifique raconteur d'histoires, il rend hommage aux séductions du récit, allie poésie et ironie lapidaire, il soutient la note, rare, d'une tendresse humaine qu'aggrave la tristesse des beautés et des crimes.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Telerama   21 septembre 2011
Car ce n'est pas pour le dépaysement, la recherche du pittoresque que Deville voyage. Mais bien parce que ce déplacement dans l'espace, vers l'ailleurs, est pour lui la condition d'une réflexion sur l'histoire des hommes, ses éclats de noblesse et ses tragédies.
Lire la critique sur le site : Telerama
LesEchos   20 septembre 2011
Travail d'historien passionnant, « Kampuchéa » se lit d'abord comme un roman d'aventures dont la matrice serait bien sûr « Au coeur des ténèbres ». Etrange roman où rien n'est inventé.
Lire la critique sur le site : LesEchos
Lexpress   07 septembre 2011
Derrière sa façade de récit sur le Mékong et son hommage à Conrad, à Malraux ou à l'acteur David Carradine, Kampuchéa explore un siècle et demi d'histoire et met en lumière les liens ténus entre la France et le pays des Khmers rouges, "dans lequel tous les titres de propriété, tous les diplômes ont disparu".
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (32) Voir plus Ajouter une citation
lanardlanard   01 juillet 2012
Aux temples d'Angkor, longtemps après Pierre Loti, je me souviens d'avoir contemplé une rafale d'arme automatique. Une courbe en pointillés de cônes étoilés dans la pierre éclatée. Une large rafale en arrondi lâchée sur une fresque narrative. Des noms et des mentions gravées dans le pierre aux temps angkoriens racontent une très vieille guerre inconnue. Un livre d'histoire mitraillé par les soldats d'une guerre moderne. Rafale lancée au hasard d'une dispute entre soudards. Des soldats de Lon Nol en uniformes de GI, alors que les populations des villages autour de Siem Reap ont réinvesti la capitale du XIIe siècle. Alors que renaît, par les infortunes de la guerre, un siècle après Mouhot, la vieille capitale oubliée.
Des feux de camp dans la nuit, des marmites, des campements. Les lueurs jouent sur le métal des armes. Parce qu'elle est la seule enceinte que les B-52 ne peuvent bombarder sans détruire les temples et tuer leurs alliés. Ou bien une rafale tirée plus tard par un soldat vietnamien des troupes d'occupation, que les cambodgiens accusent encore aujourd'hui d'avoir endommagé les temples. Un maladroit qui graissait son arme. Ou bien entre les deux, par les Khmers rouges maîtres du Kampuchéa. Par l'un de ces gamins chauve-souris qui a vu les caractères d'écriture et croit ainsi obéir à l'Angkar, détruire tout ce qui est écrit. Et le travail des archéologues un jour sera balistique, déterminera si les impacts proviennent d'un chargeur M-16 américain ou d'un AK-47 chinois ou soviétique.
Il y a une dizaine d'années, les derniers groupes khmers rouges rôdaient encore dans la forêt autour des temples et parfois attaquaient les villages. Leurs troupes étaient débandées et affamées. Il n'était plus question de révolution. On tuait pour du poisson et des poulets. On se flinguait entre brigands. Et cette rafale est peut-être aussi récente. Postérieure à l'arrivée des Casques bleus à Phnom Penh. Ou bien une exécution. Le grand mur gravé tout éclaboussé de rouge. Les pillards s'enfuyaient dans la forêt en direction de la frontière thaïlandaise aujourd'hui encore contestée à coups de canons.
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michelekastnermichelekastner   25 septembre 2012
Les frères numérotés, Pol Pot comme les autres, sont tous passés par la pagode. L'Angkar est à la fois le rêve d'une société monastique et du communisme ancestral des tribus, la morale stricte des chasseurs-cueilleurs et les préceptes du bouddhisme. Les êtres animés naissent et meurent en tournant dans la vaste roue du Samsara, dit Ponchaud, et les Khmers rouges utilisent ces images de Roue de la révolution, de l'Angkar comme une divinité, l'Etre suprême. Si son point de vue sur le procès, depuis trente ans, est toujours à ce point critique, c'est que le droit international, qui juge des cambodgiens, est aussi étranger à leur culture bouddhiste que ne l'était le marxisme. "La société khmère est une société où la notion de personne est absente : l'être humain n'est qu'un agrégat d'énergies, contingent, temporaire, sans sujet, la vie n'est qu'une période de purification."
Le tribunal est une monstrueuse industrie corrompue qui gère des sommes considérables. Un magistrat cambodgien y touche un salaire mensuel de cinq mille dollars. Un instituteur en ville de cinquante. Un instituteur n'est pas cent fois moins utile à la justice. "Il convient donc de se rappeler que la notion de Droits de l'Homme n'est pas universelle mais liée à la culture judéo-chrétienne. Pas plus que la démocratie, les Droits de l'Homme ne se décrètent, car ils sont le fruit d'une longue maturation, souvent chaotique. Vouloir juger les crimes khmers rouges à l'aune de nos critères occidentaux peut apparaître comme une nouvelle forme de colonialisme culturel inconscient." Les Khmers quant à eux en ont vu d'autres. " Après la chute d'Angkor, en 1431, les Cambodgiens ont passé quatre siècles dans les forêts, pris entre les armées du Siam et de l'Annam, qui ne faisaient pas de quartier. Imaginez les Russes et les Allemands s'affrontant quatre siècles en Pologne. Les Khmers, de quinze millions, étaient huit cent mille à l'arrivée des Français.
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emmyneemmyne   22 novembre 2011
Les civilisations à leur apogée aiment contempler l'apogée des civilisations disparues et frissonner devant l'avenir. C'est Bonaparte devant les pyramides d'Egypte. Pour le Second Empire ce sera Angkor. La voie est tracée avec précision par Mouhot : " vers le quatorzième degré de latitude et le cent deuxième de longitude à l'orient de Paris, se trouvent des ruines si imposantes, fruit d'un travail tellement prodigieux, qu'à leur aspect on est saisi de la plus profonde admiration, et qu'on se demande ce qu'est devenu le peuple puissant, civilisé et éclairé, auquel on pourrait attribuer ces oeuvres gigantesques. " A la lecture de ces phrases, au coeur de l'Europe prospère et éclairée, au centre du monde, peut-être éprouve-t-on déjà le vertige de la chute, pressent-on le déclin, l'autodestruction des guerres mondiales, le gouffre de l'oubli. Que resterait-il de cette civilisation-là ?
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valerievalouvalerievalou   02 décembre 2019
Des enfants plongent ou pêchent depuis les tables de grès jaune qui affleurent. Au devers d’une dune de sable blanc, des femmes descendent vers la rive. La soie émeraude sur leur corps, rendue plus étroite par le vernie de l’eau, colle à elles comme une peau. Les baigneuses pudiques sont des nudités qui sortent du fleuve laquées et scintillantes, au pas lourd de statues remontant vers la grève. A cette saison des basses eaux, on cultive des bancs d’alluvions au milieu du fleuve, légumes et fleurs mauves du curcuma. Des jardiniers promènent des arrosoirs en fer. Odeurs de bois brûlé, fumées légères. Hachures des montagnes bleues à l’horizon. Comme si tout cela voulait ressembler à un dessin chinois
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phildecphildec   08 janvier 2013
Refouler loin de la pureté khmère les Viêts et les Thaï et les Russes et les Américains. Débusquer les traitres parmi nous, arracher leurs aveux, mémoriser la liste des méthodes graduelles enseignées par les cadres. On les récite devant le feu, à voix basse. " Coups avec les mains. Coups avec un bâton. Coups avec des branches. Coups avec des fils électriques. Les forcer à manger des excréments. Les forcer à boire de l'urine. Les forcer à manger pendus la tête en bas. Les forcer à tenir les mains en l'air toute une journée. Leur enfoncer une aiguille dans le corps. Les forcer à se prosterner devant une image de chien. Les forcer à se prosterner devant le mur. Les forcer à se prosterner devant la table. Les forcer à se prosterner devant la chaise. Leur arracher les ongles. Les griffer. Les asphyxier avec un sac plastique. Les torturer avec de l'eau. L'immersion de la tête dans une jarre. Les gouttes d'eau sur le front. " On essaie de ne rien oublier. (p 151)
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La Cinémathèque de Bretagne : https://www.cinematheque-bretagne.bzh/ La Cinémathèque de Milan : https://cinetecamilano.it/biblioteca/catalogo/1
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