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ISBN : 2752900201
Éditeur : Phébus (15/09/2004)

Note moyenne : 3.86/5 (sur 7 notes)
Résumé :
Au hameau de Champreux on regarde d'un drôle d'air tous ceux qui par leur allure ou leurs propos refusent de se fondre dans l'aimable grisaille ambiante. Surtout qu'en ces temps bizarres - on est sous l'Occupation - chacun s'ingénie à mener ses petits trafics avec une discrétion redoublée.
Dans ce décor d'une désespérante banalité, Fabien et Frédéric, élevés comme deux frères, vont s'affronter, parvenus à cet âge qu'on dit adulte, pour l'amour d'une fille sau... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Erik35
  23 juin 2017
GERMAINE ENQUÊTE !
Comment rêver encore
du trésor des ruisseaux
des diamants et des sourires
Promis à l'aventure ?
S'interroge le poète André Dhôtel dans son très beau texte intitulé Orage (II), lui même tiré de ce petit bijou de poésie qu'est le recueil "Poèmes comme ça", paru aux éditions le temps qu'il fait au tournant de ce siècle d'avec le précédent.
Cette question que le poète se pose, c'est chez le Dhôtel écrivain qu'il s'agit d'aller y trouver réponse car, quant aux ruisseaux et aux sourires, à l'aventure et aux diamants, il n'est guère besoin d'aller chercher ailleurs que dans cette belle et si discrète (trop discrète ?) oeuvre romanesque dhôtelienne.
Il ne s'agit en revanche pas exactement d'un roman (bien que ce soit son intitulé éditorial), plutôt une longue nouvelle prenant le temps de se développer suffisamment pour donner au lecteur l'impression fugace d'un souffle tranquille et posé, lequel ne cherche qu'à s'ex-poser. Quelque chose comme ces premières lueurs d'avant l'aube, lorsque frère Soleil darde encore si timidement ses rayons brûlants, que Dame la Nuit hésite encore à retirer son long manteau de secrets et d'ombres.
C'est dans un petit village de cette douce France, dans une province campagnarde et reculée, pour ainsi dire mythologique - mais de cette mythologie des dieux insignes, de ses lares et de ses pénates, celle de la délicate Flore et de ses sœurs nymphes, celle des faunes, des dryades et autres hamadryades - où la routine y fait loi, où tout le monde se connait de toute éternité, où tout se sait bien que tout s'y cache. La saison s'expose printanière, ou dans un début d'été, impossible de le savoir avec précision ; il a plut cette nuit dans ce petit coin perdu à quelques encablures de Vouziers dans les Ardennes françaises - région privilégiée dans la géographie d'André Dhôtel, qui ne déteste pas, à l'occasion, triturer et déformer des toponymes existants - ; nous sommes dans cette ruralité d'une occupation allemande où l'on voit moins passer de soldats que de cocus, un monde entre petits trafics et histoires de famille, un moment d'accalmie pour les francs-tireurs sans doute à l'affût dans ces sous-bois mais dont on n'entendra pas les tirs : ce n'est pas le propos.
C'est l'un de ces innombrables villages de France où le train se contente de passer, sans s'arrêter. Ainsi va parfois l'Histoire.
Germaine est une vieille femme, mère de son Fabien qu'elle a eu d'un grec rencontré là-bas tandis qu'elle était servante, et de trois enfants, Ernest, Gertrude et Adeline. Cette dernière est à l'hôpital suite à des bombardements, Germaine ayant en garde ses deux petits, les vrais aventuriers de cette comptine pour grands, Charlotte et Alain.
Frédéric, qu'elle a élevé comme son propre fils, est l'enfant d'un premier mariage de son mari Martial - un mari sans mariage d'ailleurs, mais qu'importe : ceux qui pourraient s'en plaindre ne sont jamais venu en faire la remarque. Avec l'âge, il est devenu un mari aux abonnés absents, n'ayant plus pour seul plaisir que la pêche -.
Fabien et Frédéric s'entendent comme les meilleurs amis au monde. S'entendent ou s'entendaient ! Car depuis qu'il est revenu de Marseille, après "les colonies", Frédéric s'est mis en ménage puis marié deux ans avant la guerre avec la sublime, émouvante mais très égoïste Elisabeth -que tout le monde surnomme Lise - et depuis, rien n'est plus comme avant.
Surtout Ce jour-là où une vieille pimbêche, amatrice insatiable de ragots, mêle au concert d'interprétation SA vérité sur le coup de feu entendu chez Frédéric, tandis que Fabien se trouvait chez lui. Pire ! Cette redoutable mégère a la preuve absolue d'un terrible et odieux secret de famille qui relie, indubitablement, Lise à son beau-frère Fabien par un autre lien que son seul contrat de mariage.
Germaine va, à sa manière, enquêter. Parce qu'il est hors de question de laisser à cette "amie" qui vous veut du mal le bénéfice de la vérité. Elle croisera ainsi une veuve de notaire qui s'est profondément ennuyée sa vie durant, l'édile local qui se croit d'importance, le garde-forestier du village répondant au prénom antique d'Ovide dont la principales des Métamorphoses est de se prendre pour un avion quand il marche... Il y aura encore deux traîne-savates qui traficotent au marché noir ainsi qu'un homme d'affaire belge, rondouillard et généreux.
L'étrange, chez Dhôtel, est toujours au tournant du chemin. Il est sobre, élégant (même lorsqu'il revêt les atours les plus rustiques), jamais tape à l’œil ni ébouriffant. Mais il demeure longtemps cette impression d'étrangeté, de monde à part, comme si une paroi invisible avait permis aux protagonistes de son texte de vivre dans un temps présent qui soit aussi un hors-temps, de même en est-il de ces lieux de partout, des vallées, des bois, des champs... Ici comme dans d'autres ouvrages, c'est un petit coin de France comme il en existe tant, où l'auteur se complaît à décrire les détails les plus insignifiants avec une poésie et une économie de mot qui confine à la légèreté, à la gratuité heureuse et grave de l'enfance - enfance qu'il sait d'ailleurs tout particulièrement bien mettre en scène, avec un sens confondant de vérité et de tendresse -, ces lieux sont aussi, étrangement, de nulle part. Et lorsque la magie des mots rejoint le bonheur de conter, c'est inévitablement à un moment de grâce auquel le livre vous convie, de ces petits livres qui paraissent de prime abord sans importance mais dont il vous reste, et pour longtemps, cette sensation de toujours là. Sans doute est-ce parce que l'expression de ces vies faites de routine et souvent d'ennui se trouve-t-elle enchâssée dans des moments d'extraordinaire intense tout autant que dérisoire. Force est de s'y retrouver tous peu ou prou.
C'est ce que le regretté grand poète belge et écrivain Jean-Claude Pirotte, ami de Dhôtel, exprimait et résumait de bien belle manière : «Dhôtel écrit comme il marche, à l'économie, mais prodigieusement attentif aux lueurs fugitives, aux sautes de vent, à la merveille fragile d'une fleur ou d'un champignon, à la forme imagée d'un nuage, aux signaux du hasard. C'est pourquoi tous ses livres invitent à la promenade, et tous ses personnages déambulent sous l'empire d'une active paresse, et d'une dévotion éblouie à la fable du monde.»
Voila : de toutes petites choses, en apparence, qui ne sont rien moins que des moments vrais de l'immense fable du monde.
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Loutre_des_Rivieres
  13 avril 2013
J'ai emprunté ce livre à la médiathèque attirée par sa couverture qui évoque un herbier. Je n'ai pas été déçue par son contenu.
L'auteur, André Dhôtel, est profondément attaché à la terre, à la campagne et nous raconte une journée particulière dans la vie d'une famille.
Durant l'occupation dans une petite bourgade française, une vieille mère apprend que ses deux fils se sont disputés la veille à coup de revolver. Ébranlée, laissant ses tâches de côté, elle s'élance à travers champs et entame de nombreuses visites afin d'en savoir plus et de comprendre enfin ce qui a bien pu se passer. Plus les heures passent et plus les secrets vont se dévoiler.
Une bonne chronique familiale où la campagne est au coeur du récit. Les dialogues et l'oralité des échanges sont très bien rendus et donnent vie aux personnages.
Une belle découverte.
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
Erik35Erik35   25 juin 2017
On ne sait pas comment un bosquet peut remuer dans sa profondeur sans toutefois que l'agitation des rameaux et de la brise contribue le moins du monde à cette agitation insolite. Il s'agit sans doute, dans de telles circonstances, de la présence d'un homme ou d'un animal qui se déplace, mais ce serait aussi bien celui d'un dieu, car on entend rien de particulier : ce qu'on appelle une illusion, mais plus saisissante que n'importe quelle constatation positive. C'est comme si le bois changeait de place et de valeur et devenait plus grand.
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Erik35Erik35   25 juin 2017
Il continuait à cracher. La flaque de purin tremblait avec les hangars et les maisons qu'elle reflétait. Pas besoin d'un bombardement pour faire trembler les murs et le monde, puisqu'il y a des procédés moins coûteux. Et l'on peut recommencer autant de fois que l'on veut, et cela n'empêche pas les pigeons de se poser sur les toits. Alain expliqua à sa sœur quelque chose dans ce genre-là, et conclut en répétant : « C'est la vie... »
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Erik35Erik35   24 juin 2017
Les seuls moments dignes d'être vécus lui semblaient ceux qu'il passait au bord de la rivière (les journées du dimanche et une heure de temps en temps quelque soir de la semaine). Dès qu'il se trouvait au milieu des herbes, devant l'eau, il se sentait aussi peu important qu'un moustique, et toute chose (y compris sa propre mort) lui paraissaient nécessairement paisibles et intéressantes.
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Erik35Erik35   23 juin 2017
- Vous croyez que cela est donné à tout le monde d'aller se promener en Grèce comme vous l'avez fait, et, après quarante ans, e retrouver dans un pays perdu des souvenirs de ce temps-là, et d'avoir une famille qui vous donne autant de distractions que vous en voulez ? Moi j'ai épousé un notaire parce que je croyais qu'il m'arriverait des aventures avec un tel homme, mais il ne m'est jamais rien arrivé.
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Erik35Erik35   24 juin 2017
Il n'y a rien dans un village, rien que ce qui est admis par des usages immuables. En ville on peut imaginer que dans la foule on finira par remarquer un événement remarquable. À la campagne les enfants même savent que tout est réglé de toute éternité, que le temps s'écoule à la même vitesse chaque jour, selon les délais prescrits par l'almanach, et que si l'on veut du nouveau il faut se débrouiller.
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