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ISBN : 2070302520
Éditeur : Gallimard (04/12/2003)

Note moyenne : 4.4/5 (sur 5 notes)
Résumé :
Jacques Soudret, brillant chercheur dans un laboratoire parisien, a épousé la belle Viviane Aumousse. Peu après, la jeune femme a disparu sans un mot, sans une explication.
À la recherche de Viviane, Jacques découvre la campagne de la Saumaie, avec ses orages, ses habitants, ses mystères... Dérouté par cet étrange pays, il abandonne peu à peu sa morgue de scientifique, pour se laisser envoûter par la magie des lieux qui le guidera peut-être vers celle qu'il a... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Aunryz
  08 juillet 2015
Un des romans d'André Dhôtel qui ne me quitte jamais.
Des passages (leur esprit) se sont gravés en moi ou plutôt s'y sont installés, car André Dhôtel ne distille pas des leçons de vie, il éveille en nous ce qui, si proche de nous en notre enfance, a parfois manqué d'eau, de lumière ou a été recouvert par des leçons bien apprises, appuyées par la persuasion et les explications des maîtres.
On peut lire "la complexité" d'Edgar Morin pour se persuader que le monde ne se résume pas à l'abstraction qu'en donnent les mots de la science.
On peut aussi retrouver en soi cette connaissance en lisant "L'honorable Monsieur Jacques", celui que les gens de la Saumaie aiment bien, parce qu'il se souviennent de lui enfant, et qu'ils respectent comme savant tout en étant désolé pour lui qu'il ne puisse pas comprendre, du fait même de toute cette science, pourquoi sa femme la quitté.
La délicatesse de l'écriture participe à l'entrée douce et progressive du lecteur, et de Monsieur Jacques dans ce monde étrange de la Saumaie, ces trois villages où Viviane, l'épouse, s'est réfugiée.
Il faudra au héro (mais est-ce vraiment lui le personnage central du roman ... ici pas de projecteur pas de second rôle) ... il faudra au héro donc, se dépouiller de toutes ses certitudes pour comprendre que Viviane n'est pas l'enfant insouciante qu'elle semble être, que sa soeur n'est pas non plus une fille de petite vertu, et que si L'oncle bredouille, est à moitié aveugle et n'entend pas bien, c'est pour mieux parler, voir et entendre ce qui échappe à l'oeil, l'oreille, la bouche qui sait déjà avant de percevoir.
Monsieur Jacques devra se perdre, tourner en rond, alors même qu'il pense aller droit, douter de l'évidence, brûler les tiroirs où il sait si bien ranger toute chose comme on lui a appris, retrouver l'utilité du chemin pour lui même, silence entre deux lieux, de l'ennui, silence entre deux temps, des mots qui disent précisément ce qu'ils ne disent pas et qu'on entend pourtant grâce à l'amitié, à l'amour, à la confiance.
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dourvach
  21 septembre 2015
Curieux pacte passé avec les livres (si nombreux) de Dhôtel : leur lecteur y cherche "des émerveillements" — et bien sûr les y trouve. Au fil des pages. Abrupts et inattendus. Comme dans la vie. Ainsi que les décrivait le poète prosateur Bruno Schulz dans l'une de ses nouvelles enchantées ("Le Livre" in "Le sanatorium au croque-mort", 1936 — traduction Denoël, 1974) : "Les hirondelles s'envolent d'entre les lignes".
Dhôtel joue avec l'attente de son lecteur. Cette attente rare. Proche de celle des protagonistes guettant "Le Désert des Tartares" de Dino Buzzati (1940). Sauf qu'ici — chez Dhôtel, notre généreux hôtelier ardennais — nul personnage n'attend vraiment quelque chose de précis... Ils vivent leur vie ordinaire ponctuée d'éblouissements (lueurs fugaces d'une "Autre vie" possible et entrevue... ). Ici, c'est le lecteur qui attend — et n'est jamais déçu.
Deux pages romanesques — à propos de chardonnerets, de bagarres alcoolisées, d'ondées orageuses et de tournées de facteur —, deux pages seulement pour installer l'amour muet du facteur Augustin pour l'insaisissable institutrice Rosalie. Augustin Sille... Rosalie Aumousse... Des patronymes qui sentent aussitôt cette pluie d'orage des deux premières pages. Ainsi sommes-nous installés (ou plutôt vagabonds) dans le monde Dhôtel en deux pages de roman. Et ainsi soit-il...
"L'honorable Monsieur Jacques" est une prouesse narrative. Les dialogues y sont nombreux. L'intrigue et les personnages fourmillent. C'est bien une littérature provinciale ruisselante — totalement assumée — qui vous nargue les mornes platitudes "à l'épate parisienne". Bien fait ! Et le match est gagnant pour les "bouseux", d'ailleurs... Un peu "Gracq" contre "Trash", si l'on veut... Dialogues beaucoup plus denses que dans les si contemplatifs "Ce lieu déshérité" (1949), "Le Pays où l'on n'arrive jamais" (1955), "Ma chère âme" (1961), "Pays natal" (1966) et "La maison du bout du monde" (1970) qui sont désormais nos plus solides références en matière de belle Poétique dhôtelienne...
Rosalie Aumousse et Augustin Sille sont d'ailleurs deux figures hautement contrastées — et dites "secondaires" — évoluant en parallèle au couple "central" et improbable que formera Viviane Aumousse (soeur de Rosalie) et Jacques Soudret (fils de pharmacien) : mariés en si peu de temps, séparés quelques misérables mois plus tard -- pour raisons mystérieuses et probables immenses incompatibilités...
On retrouve ici la grâce de huit chapitres "à titre" qui faisaient l'un des charmes de "La maison du bout du monde" [Ils furent douze dans "Le Pays où l'on n'arrive jamais"] : I. Le mariage ne va pas sans périls / II. Complications rustiques / III. Superstitions / IV. Poursuites et enquêtes / V. Incroyables rencontres / VI. Des signes mystérieux / VII. Nouvel orage / VIII. Au bord de la rivière.
Quel incroyable manque de prétention !!! Un "défaut", certes, assumé par notre "si provincial" Ardennais... et assumé en totale humilité d'artisan : une attitude désuète, vraiment ? "LITTERATURE", pourtant... Mais ne nous leurrons pas : ce que nous nommions "Littérature" est devenue concept minoritaire (et quasi-invisible) dans ce flux incessant d'objets de consommation courante nommés "livres" : flux qui nous étouffe peu à peu. Déluge ou déversement continuel d'objets effectivement "livresques" (matériels ou virtuels) emplis de caractères d'imprimerie qui n'ont — pour la plupart — nul souci d'invention (ni inventeurs d'un monde ni d'un style), ou de tenue de la moindre Poétique interne...
Chaque titre de chapitre s'adresse ici — déjà — à notre imaginaire. Nous conte déjà "son" histoire... Un moment déjà vécu par nous, à revivre en imagination... Attente bientôt comblée, qui sait ? Bonheurs à venir de toute lecture dhôtelienne : cinquante-et-un romans et recueils de nouvelles à découvrir... le saviez-vous ? "Littérature à l'ancienne" ? On s'en fout ! Que du bonheur...
Lien : http://www.regardsfeeriques...
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Citations et extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
AunryzAunryz   11 janvier 2016
Le facteur survint, alors que le ciel ne s'était pas encore voilé. Rosalie l'avait attendu sur le seuil. Quelques prospectus, un journal.
– Rien d'autre ? demanda Rosalie. Comme d'habitude Augustin fouilla dans son sac et feuilleta un paquet de lettres. Il y avait encore au fond de l'air un parfum de rosée. Augustin en triturant son courrier ne manqua pas de regarder à la dérobée le visage et les yeux dorés de Rosalie. Une lettre tomba sur le carreau. Augustin la Rosalie lui saisit le poignet :
– Laissez-moi voir. Je crois que j'ai aperçu mon nom sur l'enveloppe.
– Votre nom ? Pas possible.
Augustin chercha vainement à escamoter la lettre.
– Je lis bien, dit la jeune fille : Rosalie Aumousse, École communale. Mauterre.
– Pas possible, répéta Augustin. Mais il n'y a pas de timbre sur l'enveloppe. Quelqu'un m'aura fourré cette lettre dans mon sac.
– Donnez-moi cette lettre, dit Rosalie.
– Je n'ai pas le droit. Je devrais vous faire payer la taxe. D'abord il me faut savoir qui c'est et lui demander de mettre un timbre.
– Mettez-y un timbre vous-même, et donnez-la-moi.
Augustin semblait désespéré.
– Puisque vous insistez, dit-il enfin. Attendez, attendez... Il tira une feuille de timbres de son sac, en détacha un de façon minutieuse, le colla sur l'enveloppe, puis avec un crayon il fit une croix dessus.
– Voilà, c'est Vous me direz d'où elle vient cette lettre.
Rosalie la prit et l'ouvrit brusquement.
A l’intérieur, il y avait une superbe feuille blanche. Ce n’était rien d’autre que la lettre imaginaire qu’Augustin adressait à Rosalie depuis un an. Tout récemment la lettre était devenue réelle mais rien qu'en ce qui concerne le papier. Rosalie fit semblant de lire puis elle regarda Augustin droit dans les yeux.
– Une lettre d'amour, dit-elle. Je n'en ai jamais reçu d'aussi belle.
– Alors ça serait indiscret de vous demander qui c'est, dit Augustin d'une voix tremblante.
Il tourna le dos, et fila par la porte de la grille qui était restée entrebâillée et qu’il claqua.
– Augustin ! Augustin ! cria Rosalie. Il n'écoutait rien. Il avait fait pétarader son vélomoteur, rien que pour se rendre en face, au garage de Crépart.
Rosalie s'était avancée derrière les grilles, et regarda entre les rosiers. Ce fut à ce moment qu'un premier nuage dépassa le haut d'une colline et s'immobilisa, tandis que la lumière changeait.
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AunryzAunryz   07 janvier 2016
Ils restèrent une grande heure à parler dans l'obscurité peu à peu venue. Quelques mots de temps à autre.
Ce n'était pas comme les conversations sur le banc d'Athanase.
Cette fois on parlait par bribes, d'affaires qui n'existaient et qui n'avaient de sens que pour deux hommes perdus au bout de ce village.
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dourvachdourvach   11 février 2017
Rosalie demeura debout contre le mur déjà brûlant. Elle regardait Jacques sans rien dire. Il passa les mains sur ses épaules qui étaient glacées. Puis il cueillit une grande feuille de bardane avec laquelle il tenta d'essuyer un peu de la boue sur sa robe. Elle demeurait comme insensible. Il jeta la feuille. Lui-même était trempé jusqu'aux os et frissonnait dans le soleil. Soudain il la prit dans ses bras et la serra contre lui. Il l'embrassa. C'était insensé. Que signifiaient vraiment ces yeux d'or ?

[André DHÔTEL, "L'Honorable Monsieur Jacques", 1972, réédition coll. "folio", 2003 - page 242]
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AunryzAunryz   29 décembre 2015
Maintenant, lui disait un ami, tu sais ce que tu fais et ou tu vas.
A notre époque nous avons la chance de pouvoir vivre librement sans nous monter la tête. Il faut mettre les sentiments à leur place et de pas les laisser déborder.
Même la religion, si tu y tiens, tu la gardes dans ses limites.
Alors L'amour.
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AunryzAunryz   11 août 2015
Ce n'était pas Viviane, mais il serait beau de croire … Dans quel mensonge allait-il se jeter lui aussi ? Comme s'il fallait chercher la vérité à la limite du mensonge, à la manière des enfants sans doute.

http://wp.me/p5DYAB-1b2

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