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EAN : 9782859409067
288 pages
Phébus (04/04/2003)
4.24/5   19 notes
Résumé :
Bertrand Lumin n'a jamais brillé par des qualités bien reluisantes. Qu'on ne s'étonne pas si cet astre désastreux a reçu de ses amis le surnom de Lumineux. Il est de ceux qui ont le talent de se mettre à la moindre occasion en mauvaise posture, mais possède par chance cet autre don une disponibilité bien propre à favoriser toutes les rencontres, et à susciter quelques aubaines.
Mais les aubaines, c'est connu, sont autant de promesses fallacieuses, surtout qua... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
"Lumineux rentre chez lui", ce 26ème roman d'André DHÔTEL [1900-1991] qui fut publié pour la 1ère fois en 1967, est d'un abord aisé : outre sa réédition chez Phébus dans la somptueuse collection "libretto" (*) en 2003, son histoire est merveilleusement limpide et inactuelle.

Son personnage central (ce Bertrand Lumin surnommé "Lumineux", poursuivi par les cancaneries de Province et demeurant rue Phoebus dans "la Cité" hachélémique de Berlieu), ballotté de mésaventures en emmerdements divers, nous devient très vite attachant et familier : pas un joyeux drille ni une "lumière", évidemment ! Juste un jeune type qui vit de ses idées fixes (d'allure changeante selon son inspiration du moment) ; en tous points instable professionnellement...

Heureusement, ce bon libraire "moraliste" - et caractériel - qu'est M. Garache vient de le prendre sous son aile après que son tiroir-caisse ait été fracturé par l'apprenti-délinquant Bertrand ("pour sortir d'embarras un ami"... ) . Sensible aux arguments de Mlle Elvire (son employée , par ailleurs soeur aînée de Bertrand), il n'appellera pas la police et se contentera d'employer - puis d'exploiter - son "Lumineux", vite corvéable à merci (et ravi de l'être)...

Dès la première page, nous apprendrons ainsi qu' Elvire protège son "Gaston Lagaffe" de frère (porté sur la bouteille, ce qui n'arrange rien). Celle-ci a décidément bien du mérite (Ô, comme on l'admire et la plaint dans la bourgade de Romeux !) et surtout fort à faire : Bertrand, devenu ami avec Lucien Louveriaux (sorte de Gilles de-Chez-Smith-en-face ou... de Bertrand Labévue, professeur de collège), il s'enflamme tout à tour pour les images fugitives de Lucile ("Lux" : lumière) puis de Rachel, jeune fille seulement entrevue qui l'éblouit pour disparaître elle aussi (mais pas dans son souvenir puisque leur visage évoque à jamais pour lui "une croix fleurie").

Tout est fugitif chez Dhôtel... Les éblouissements attendus : discrets et toujours (fatalement) bienvenus. Souvenons-nous à nouveau de son essai de jeunesse (d'ailleurs très décousu) : "La littérature et le hasard"...

La maîtrise du récit et la crédibilité psychologique et sociale des personnages sont ici parfaites.

Nous rejoignons donc les grandeurs (toujours discrètes), la fluidité et la distinction cristalline du ton que l'on trouvait dans "Ce lieu déshérité" [1949], "Les premiers temps" [1953], "les Ciel du Faubourg" [1956], "Dans la Vallée du chemin de fer" [1957], "Ma chère âme" [1961], "La Tribu Bécaille" [1963], "Pays natal" [1966], "L'azur" [1969], "La maison du bout du monde" [1970, "L'honorable Monsieur Jacques" [1972] ou "Les Disparus" [1976] (pour ne citer là que nos favoris... ).

"Lumineux" ne souffre en tout cas d'aucun des manques ou enlisements où pêchent (en eaux parfois incertaines) des oeuvres plus brouillonnes telles "Le Mont Damion" [1964] (procurant un "égarement parfait" de son lecteur, au sens propre), "Un jour viendra" [1970] (auquel on reprochera le manque d'épaisseur et de crédibilité psychologique de certains personnages, seulement ébauchés) ou "La Route inconnue" [1980] (qui reste, à nos yeux, son seul véritable échec esthétique teinté d'une fâcheuse impression d'immaturité).

Lumineux rentre chez lui" est une belle oeuvre qui mérite votre découverte et, nous l'espérons, votre enthousiasme.

(*) Mais voici - pour ne pas conclure si vite - la liste et les prix de vente respectifs des somptueuses rééditions de DIX des 42 romans d'André Dhôtel disponibles dans la collection "Libretto" de Phébus (si bon marché et toujours illustrés de leur merveilleuse page de flore) :

- "Ce jour-là" [1947] - (160 pages - prix : 7,00 €)
- "Ce lieu déshérité" [1949] - (160 pages - prix : 7,00 €)
- "Les Premiers Temps" [1951] - (288 pages - prix : 9,05 €)
- "Ma chère âme" [1961] - (288 pages - prix : 9,05 €)
- "Le Mont Damion" [1964] - (256 pages - prix : 8,90 €)
- "Pays natal" [1966] - (288 pages - prix : 9,05 €)
- "Lumineux rentre chez lui" [1969] - (prix : 9,05€)
- "Un jour viendra" [1970] - (288 pages - prix : 9,05 €)
- "Le Soleil du désert" [1973] - (192 pages - prix : 7,60 €)
- "Les Disparus" [1976] - (304 pages - prix : 9,90 €)

INFO/PUB/FAIRE-PART DE NAISSANCE pour deux sites littéraires (contributifs, exhaustifs & assez magnifiques), nouvellement nés sur le media "Canablog" :
- "La Tribu Dhôtel" (LIEN : http://latribudhotel.canalblog.com/ )
- "Dourvac'h" (LIEN : http://dourvach.canalblog.com/)
Lien : http://latribudhotel.canalbl..
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André Dhôtel disait de lui « ...je suis plutôt une espèce d'artisan ou de brocanteur qui se voue à l'inattendu... » et de fait, ce roman tient à la fois du roman d'apprentissage, du traité de « paresse active » ou du conte .
Quoiqu'il en soit, l'oeuvre de Dhôtel a traversé le siècle avec une désinvolture narquoise, sans souci des modes ni des convenances. L'auteur manie avec brio l'art de l'insoumission avec le don d'illuminer les plus humbles choses. Mais ne nous y trompons pas, la simplicité de Dhôtel est un piège car, sans employer de grands mots, il aborde le plus grand des mystères : « notre présence sous la banalité d'un ciel incompréhensible ».
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
– Avouez, dit Bertrand, que je n'ai pas de chance.
– Comment, s'écriait M. Garache, le libraire, je vous prends la main dans le tiroir-caisse, et vous osez...
– Vous deviez, coupa Bertrand, rentrer ce soir à sept heures comme d'habitude. Il n'y a jamais eu une exception en cinq ans.
– Préméditation par-dessus le marché, dit M. Garache. Et comment avez-vous appris cela ? Qui êtes-vous ?
– Tout le monde connaît vos habitudes, assura Bertrand. Qui je suis ?
Bertrand parut saisi par un grand étonnement. Le vieil homme dit avec une fureur froide :
– Il ne me reste plus qu'à téléphoner à la police.

[André DHÔTEL, "Lumineux rentre chez lui", Gallimard, 1967, 288 pages (réédition Phébus collection "libretto", 2003, 288 pages – page 15 : "incipit")]
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Il arriva dans le voisinage de la route avec le crucifix, qui descend vers la rivière. Il prit la route, et chemina le long de la pente. Il arriva au pont de la rivière. Une foule de gens se baignaient sur une grève. Il ne s'arrêta pas pour regarder la baignade. Il traversa le pont et suivit la route qui s'éloignait à travers des cultures semées de bosquets. Au loin un village. Il gagna le village. Curieux village qui se prolongeait sur deux kilomètres. Une église sur une butte déserte au milieu des maisons. Après le village une colline abrupte et en haut de la colline un petit hameau. Il eut la curiosité de visiter le hameau. Plus loin que le hameau il aperçut des bois. La route y serpentait parmi les talus fleuris. Personne dans ces bois. Deux autos passèrent. Les gens de Berlieu ne venaient jamais par ici. Bertrand était assez surpris par la profondeur des futaies et par le vent dans les cimes. Il se dit pour s'amuser que s'il marchait longtemps il arriverait à la mer. La mer!

[André DHÔTEL, "Lumineux rentre chez lui", Gallimard, 1967 (réédition Phébus collection "libretto", 2003)]
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C'est la première fois que je ne trouve pas une citation pour exprimer le sens ou la valeur d'un événement.

http://wp.me/p5DYAB-14C
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Ils prirent ensemble l’ascenseur.
Ma phrase n’était pas finie, dit l’homme. J’écris la suite : « Sans l’espérance, on ne trouvera pas l’inespéré qui est introuvable et inaccessible. »
L’ascenseur grimpa ses huit étages et on redescendit :
Qu’est-ce que cela veut dire : l’inespéré ? demanda Bertrand.
Ce n’est pas moi qui vous ferai comprendre, dit l’homme. Voyez-vous c’est un mot, il existe et il parle de ce qu’on ne connaît pas. Figurez-vous une fleur que personne n’a jamais vue.
Vous êtes un vrai collectionneur, dit Bertrand.
Après quoi, ils sortirent ensemble. Le jour était loin encore. Une neige fine tournoyait sous les lampadaires.
Ce serait beau d’écrire des mots dans la neige, dit Bertrand.
C’est comme vous voulez, dit l’homme.
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Sans l’espérance, on ne trouvera pas l’inespéré qui est introuvable et inaccessible.
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Videos de André Dhôtel (7) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de André Dhôtel
« […] J'ai reçu de François Dhôtel (1900-1991), sous la forme d'un « tapuscrit » photocopié […], la merveilleuse suite de poèmes que voici. Je me suis dit qu'André Dhôtel, à la mort de qui je n'ai jamais cru, se dévoilait soudain plus vivant que jamais, avec la lumière pailletée de son regard et son sourire en coin. […] Maintenant ces poèmes sont là, qui n'ont rien de testamentaire, même si l'on devine que leur auteur peu à peu s'absente - mais c'est pour mieux affirmer une présence imprescriptible. Voici ces poèmes, dans l'ordre où je les ai reçus. […] Les poèmes naissent de la couleur du ciel, du temps qu'il faut, d'un écho des jours ordinaires et miraculeux, comme les impromptus qu'aimait tant Dhôtel, ou les petites pièces de Satie. […] Au rythme séculaire des premières lectures éblouies,
« Voici donc le chant de la jeunesse oubliée et des souvenirs perdus » […] » (Jean-Claude Pirotte)
«  […] Des paroles dans le vent en espérant que le vent est poète à ses heures et nous prêtant sa voix harmonise nos artifices.
Nos strophes seraient bien des branches avec mille feuilles que l'air du large fera parler peut-être un jour où personne n'écoutera.
Car l'essentiel serait qu'on n'écoute jamais et qu'on ne sache pas qui parle et qui se tait. […] » (Espoir, André Dhôtel)
0:00 - Abandon 2:00 - Attente 3:30 - En passant (II) 4:50 - La preuve 5:30 - L'inconnu 6:15 - Splendeur (II) 6:46 - Générique
Référence bibliographique : André Dhôtel, Poèmes comme ça, éditions le temps qu'il fait, 2000.
Image d'illustration : https://clesbibliofeel.blog/2020/04/08/andre-dhotel-idylles/
Bande sonore originale : Scott Buckley - Adrift Among Infinite Stars Adrift Among Infinite Stars by Scott Buckley is licensed under a Creative Commons Attribution 4.0 International License.
Site : https://www.scottbuckley.com.au/library/adrift-among-infinite-stars/
#AndréDHôtel #PoèmesCommeÇa #PoésieFrançaise
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