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ISBN : 2705804285
Éditeur : Pierre Horay (22/11/2005)

Note moyenne : 4.5/5 (sur 3 notes)
Résumé :
Entre "Le Pays où l'on n'arrive jamais" (Prix Femina 1955), et l'œuvre entière d'André Dhôtel, "Nulle part" -- son troisième roman, qui fut publié à la Librairie Gallimard en novembre 1943 -- est comme le maillon indispensable.

Les enfants du rêve sont devenus des adolescents qui s'aiment malgré les complications d'une vie apparemment hostile, mais secrètement complice. Ce pur drame d'amour où se rencontrent, se perdent et se retrouvent la blonde et ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
dourvach
  07 février 2016
"Nulle part "est une curieuse expérience lectorale aux sources de l'art discret, secret et inimitable d'André Dhôtel : roman "réaliste" si l'on veut... On y retrouve l'ambiance clair-obscur du grand Georges SIMENON, de "La maison du canal" (l'hiver en Flandres) en passant par "Pedigree"(une enfance à Liège), ou "Il pleut Bergère" (la pluie hivernale sur un petit bourg normand), ou encore "Le Bourgmestre de Furnes" (existentialisme d'un être humain supposé "ordinaire" glissant comme une ombre sous un Beffroi du pays flamand...). En bref ? Jacques Brostier est un type de 20 ans "qui se cherche" en se tenant -- bien raide et convenable -- derrière le comptoir de l'hôtel-bar de sa tante Irène (une vieille fille) à Béthune... Il ne s'y ennuie même pas, c'est ça le pire ! Il se plaît à vivre de routines... Armande Coeuret voudrait bien lui mettre le grappin dessus... Mais voilà que Jacques rencontre le regard d'une fille blonde et maigre dans le vieux miroir d'une brocante de la place du marché : elle s'appelle Jeanne ; ils se donnent rendez-vous auprès du canal le soir, ils s'embrassent, ils ne savent à peu près rien l'un de l'autre sauf ce goût du baiser dans la nuit. Armande invite Jacques à la propriété de son père (nouveau riche) dans le Charollais, espérant hâter les fiançailles... On sait que "l'anecdote" (ce que le livre "raconte") n'est pas FORCEMENT le plus important dans la prose dhôtéllienne puisque le style y flamboie au hasard des pages, retour de flammes toujours inattendu, jamais identique, tel ces braises aux ondes chatoyantes... L'anecdote voudra que Jacques fricotte avec la petite pègre du pays béthunois (c'est juste en-dessous de Lille), ces ados débrouillards des bas-fonds (surnommés "Les Sauvages" et auxquels appartient corps et âme la douce Jeanne) qui n'hésiteront pas à s'enrôler dans la petite contrebande franco-belge du rival Hermin, monde impitoyable mais fraternel (les rites initiatiques des pré-ados Nicolas et Edmée annonçant d'ailleurs ceux de Gaspard et Hélène, les jeunes héros de "Le pays où l'on n'arrive jamais"), milieu prolétarien dont les valeurs sont évidemment à l'exact opposé de celles de la petite bourgeoisie simenonienne, rangée, "sécure" mais hyperconformiste symbolisée par ces attachants "Coeuret" -- clan familial au sein duquel Jacques paraît avoir son avenir tout assuré, à condition bien entendu d'en passer par le fameux -- et assez ordinaire -- pacte matrimonial... Comme "L'Iliade" était la conséquence de la colère d'Achille, "Nulle Part" est le fruit (passionnant) des hésitations de Jacques Brostier, "l'ordinaire" fait homme...
"Nulle Part", c'est donc Béthune, mais c'est aussi n'importe où : c'est ici et maintenant, par exemple. "D'où venons-nous, que sommes-nous, où allons-nous ?", comme titrait le petit père Gauguin, pour son fameux triptyque marquisien...
Une fois de plus, le style Dhôtel se "mérite" : tel ces rêves incroyables naissant -- à l'opposé apparent du rhume ou de la pneumonie -- d'une longue promenade sous la pluie, avec un reflet de cheveux blonds quelque part, peut-être justement dans le miroir d'une flaque enjambée sous un ciel d'ardoise ; le style Dhôtel est immortel...
P.S. un peu navré... : car évidemment, pareils joyaux brasillants, que l'on pourra juger bien solitairement "merveilleux", nous semblent aujourd'hui "condamnés" (sans doute par notre inattention collective) à être directement remisés dans l'immense Merveilleux Magasin des Oeuvres Oubliées... Oubliées, oui... car le risque est grand de devenir tous - et vouloir rester ensuite - "entre vieux copains (d'ailleurs un peu jaloux) de l'oeuvre de Dhôtel" et continuer à sentir en notre "entre soi" collectif la délicate odeur de la poussière surannée déposée sur des ouvrages gallimardiens jaunis et trop rarement réédités... C'est tout de même triste lorsqu'on constate on le potentiel "inducteur de lectures" de ce site communautaire lectoral qu'est Babelio et l'impact de quelques critiques précises pour attirer l'attention des jeunes générations sur cet univers magique... Tout notre incroyable force d'inertie collective de lecteurs éblouis énerverait durablement n'importe quel lecteur enthousiaste... Pendant ce temps-là, Sophie Horay, fille de Pierre (l'heureux éditeur du "Pays où l'on n'arrive jamais" en 1955) se donne un mal de chien pour une diffusion-exhumation -- qui restera sans doute "confidentielle" --de toutes ces merveilles littéraires... Allez, une bonne année dhôtellienne quand même à nous tous !
"Nulle part" est un gros roman (le troisième) d'André DHÔTEL qui fut publié en novembre 1943 aux éditions Gallimard, 242 pages ; il fut réédité par Pierre Horay en 1956 puis aux éditions Garnier en 1978, collection "Bibliothèque de Prestige"et enfin réédité par Sophie Horay en 2005 (312 pages, 15 euros).
Lien : http://www.regardsfeeriques...
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
dourvachdourvach   14 février 2016
En reprenant ces histoires d'un passé récent, tandis que la pluie fouettait le pare-brise, il semblait que la tante Irène et Hermin, auxquels on survivait par un hasard incompréhensible, pouvaient et devaient se rerouver quelque part sur cette terre printanière.
-- Vous rêvez tout haut, murmurait Nicolas. Vous êtes hypnotisés par la route.
A la fois toutes les chances et aucune chance sur ces routes vides ! Mais lui-même était ébloui par les yeux d'Edmée, et il ne s'en rendait pas compte.

[André DHÔTEL, "Nulle Part", 1943, Gallimard, 242 pages ; réédition Editions Horay, 2005, 312 pages -- chapitre XV, pages 308]
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dourvachdourvach   05 mars 2016
Des silences passaient dans ces bois, comme s'ils creusaient des avenues supplémentaires.

[...]

Un chevreuil sauta par-dessus un hallier, et présenta son poitrail et sa tête attentive. En une seconde il disparut. Jacques n'assista pas à cet événement, car il creusait avec un bâtonnet des dessins dans le sable du sentier. Armande ne tarda pas à le rejoindre :
- Qu'est-ce que tu fais ?
- Je pense à toi.

[André DHÔTEL, "Nulle Part", 1943, Gallimard, 242 pages ; réédition Editions Horay, 2005, 312 pages -- chapitre VI, page 91]
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dourvachdourvach   02 janvier 2016
M. Coeuret se demandait, en remontant à la salle à manger, comment une vieille avare réussissait à obtenir cette illumination naïve sur son visage passablement ravagé.
-- Il y des gens, dit-il en se rasseyant, qui récoltent des billets de banque avec l'enchantement que les botanistes éprouvent à cueillir des fleurs rares.

[André DHÔTEL, "Nulle Part", 1943, Gallimard, 242 pages ; réédition Editions Horay, 2005, 312 pages -- chapitre IV, pages 62-63]
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dourvachdourvach   04 décembre 2016
La pluie emplissait toute la rue, où le vent la chassait en processions, et elle poursuivait son bruit sur les instruments à son usage, sur les vitres, les cheminées, le canal, les bateaux, les tôles du terrain vague. Les seaux percés retrouvaient une âme.

[André DHÔTEL, "Nulle Part", 1943, Gallimard, 242 pages ; réédition Editions Horay, 2005, 312 pages - chapitre VIII, page 137]
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dourvachdourvach   07 février 2016
Vers onze heures, il déjeuna avec la tante. Celle-ci but seulement un bouillon, et parla des rares pensionnaires qui avaient quitté l'hôtel et de ceux qui les remplaçaient. Le personnel n'avait pas changé ; on venait seulement d'engager une bonne pour les escaliers et les chambres. Marie se chargeait toujours de cirer les souliers de grand matin. Comme Jacques se levait de table, une bourrasque ouvrit la fenêtre toute grande et des gouttes de pluie fouettèrent le plancher. Avant de la refermer, il regarda par-dessus des toits. Des sortes d'embruns se précipitaient contre les pignons, et tout le ciel était chargé d'une nuée grise uniforme.
-- On voit des mouettes, dit-il.
-- C'est la mauvaise saison qui commence, répondit la tante Irène.
Des mois entièrement sombres allaient se succéder, avec de très rares éclaircies. Il faudrait remplacer le soleil par autre chose, par quelque sentiment d'autant plus beau que le temps serait ignoble. Mais par quel sentiment, ou quelle idée avantageuse ?


[André DHÔTEL, "Nulle Part", 1943, Gallimard, 242 pages ; réédition Editions Horay, 2005, 312 pages -- chapitre IV, pages 131-132]
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