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EAN : 9782381630434
124 pages
Le Bélial' (26/05/2022)
3.72/5   52 notes
Résumé :
Une ville-monde. Un immense ruban urbain apparemment sans fin bordé par les Voies - un chemin de fer - et le Fleuve. En son sous-sol, un métro. Et sous le métro. . . Bienvenue dans la Ville-Rue.
Diego Patchen réside dans le quartier de Vilgravier, du côté du 10. 394. 850e Bloc. Amoureux d'une plantureuse pompière, affligé d'un père malade acariâtre, Diego vit d'expédients. Son activité favorite demeure toutefois l'écriture de récits spéculatifs, ce genre lit... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
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Ville-monde.

Voici un an de la vie de Diego Patchen. Sa particularité ? Il vit dans une ville qui semble sans fin, articulée autour d'un immense chemin de fer.

Novella très sympathique. le monde créé par l'auteur est absolument fascinant. La vie se concentre autour des trains qui vont et viennent de l'inconnu. Quand à ceux qui trépassent, ils se font emmener par de mystérieux êtres, les Psychopompes.

Il n'y a pas de véritable intrigue. L'auteur nous promène dans son monde. Celui-ci demeure mystérieux, même pour ses propres habitants. Nous suivons Diego Patchen dans sa vie de tous les jours ainsi qu'au travers de ses questionnements.

L'auteur aborde aussi la question des mauvais genres. Notre héros écrit des "Cosmos-fictions" équivalent de notre science-fiction. Cela lui vaut d'être considéré comme un écrivain de seconde zone, à l'inverse des auteurs qui traitent du quotidien. Néanmoins, ce "mauvais" genre est bien plus populaire que la littérature blanche. L'auteur affirme même que les lecteurs de cette dernière ne le font que par pédantisme, alors que les lecteurs de "Cosmo-fiction" l'aiment sincèrement.

J'emet tout de même un léger regret. J'ai eu la sensation que la novella ne faisait qu' effleurer cet univers. J'aurais aimé un peu plus d'exploration de ce dernier.

Bref, une novella très agréable à lire, même si elle m'a laissée une sensation d'inachevé à la fin de ma lecture.
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Voici une bien étrange novella que nous propose la collection Une Heure Lumière !

Dans un monde imaginaire, une ville s'étend le long d'un fleuve. En réalité, le monde est cette ville. Ville à la fois semblable à ce que nous connaissons, et en même temps si différente. Diego, un écrivain de « cosmos-fiction » (de mondes imaginaires) vit chichement, dans un quartier parfois interlope, au milieu d'une galerie de personnages extravagants. La novella sert de prétexte à la découverte de cette ville, des bas-fonds aux milieux politiques, de ses mythologies à son origine qui restera mystérieuse.

Dans un style âpre et évocateur — félicitations au traducteur Pierre-Paul Durastanti qui propose un résultat incroyable — la plongée dans cet univers new weird est une réussite. D'autres lecteurs ont classé ce récit en science-fiction, mais je m'interroge : les psychopompes sont une réalité connue et vue de tous les habitants ; les écailles, objet d'un trafic, laissent à penser que la ville repose sur un organisme vivant ; bref, la classification n'est pas si évidente, et je la rapprocherais de la Fantasy.

L'auteur aime retourner les réalités, avec les mondes imaginaires de Diego semblables au nôtre, et en miroir il dessine nos propres défauts : les espoirs de découverte d'autres cultures qui offrent bien des déceptions, les classes sociales, la drogue, la politique, l'ambition et le monde si particulier de l'édition…

Une novella hors norme qui vaut par son style et son imagination. À découvrir.

(Merci au camarade Baroona, qui m'a offert cette novella après un jeu du Discord de la fin du monde, serveur qui réunit des amateurs de SFFF)

Lien : https://feygirl.home.blog/20..
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Cette élégante novella est assez inclassable. Elle relève évidemment des littératures de l'imaginaire, et elle n'est ni dans le registre du fantastique ni dans celui de la fantasy. Science-fiction alors ? Difficile, quand la science est absente -- les "engineurs" avouent eux-mêmes ne pas comprendre ce monde qu'ils se contentent d'entretenir tant bien que mal.

En fait, Paul di Filippo cabosse soigneusement un miroir pour qu'il devienne déformant, et se/nous regarde dedans. le résultat est tout d'abord un univers tout à la fois très étrange et étrangement familier, une des grandes réussites de cet ouvrage. La ville-rue, c'est un cadre si réussi, un sens du merveilleux si abouti qu'on ressent un pincement à le quitter, tant il a de potentiel encore ! On se prend à rêver d'autres récits prenant corps dans celui de ce concret qui est presque une abstraction, ligne infinie, tore ou ruban de Möbius. Ne rêvons pas trop, le texte a été écrit en 2003, et depuis, aucune nouvelle de cet univers.

Mais la ville-rue, ce n'est pas qu'un univers extraordinaire, c'est aussi un texte qui, l'air de rien, aborde de nombreuses thématiques, par petites touches, sans lourdeur aucune : les littératures bien sûr, mais aussi les différences culturelles, les addictions, la culpabilité et j'en passe. Paul di Filippo se retient de nous asséner ses convictions et se contente de poser des questions, "je pose ça là, vous en ferez ce que vous voudrez".

Et tout ça en nous racontant bien sûr une vraie histoire, une tranche de vie qui sait intéresser, émouvoir, et nous faire tourner les pages sans nous en rendre compte. La dernière page arrive trop vite, et je crois bien que je relirai ce livre, pour le plaisir, et certainement y trouver encore un peu de grain à moudre.

Pour une analyse plus fine que mon simple ressenti, je vous encourage à aller voir la critique très aboutie de Feydrautha sur L'épaule d'Orion.
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Un univers bien particulier, une science fiction de l'étrange non pas dans le cosmos lointain mais en bas de chez nous. Si pour une novella le début est un peu poussif et nous présente un écrivain que l'on verrait plutôt au XIX se réchauffant en écrivant dans une mansarde frigorifique sous les toits on trouve vite les marques de SF avec des descriptions de l'univers titanesque de cette ville rue. Une SF non pas du cosmos mais plutôt steampunk et surtout de Weird Fiction c'est à dire empreinte de fantastique

On a l'impression que c'est un monde parallèle et non un monde exotique spatial. Pas d'aliens mais des personnages normaux, d'autres un peu excentriques, artiste, paumés et crapules en mal d'argent qui évoluent dans une rue d'une longueur infinie sous laquelle circule un métro transportant usagers et sur ses bords un express transportant surtout des marchandises livrées par lots et fabriquées on ne sait où, en parallèle un fleuve infini avec des fonctions plus ou moins identiques: deux garde-fous ceignent ce ruban urbain
Deux astres, des soleils dont les orbes font la course pour éclairer, réchauffer ou refroidir la ville-rue
Des blocs d'habitation, rues-villages, alignés par millions
sur une étendue tout en longueur gigantesque, une cité incommensurable de quartiers qui se jouxtent
Et une entité vivante l' Animalville sous le métro, véritable Smaug (Tolkien) gigantesque dont la colère provoque des ondes de tremblements de terre dans le temps.
Une industrialisation ancienne dont les secrets de leur fabrication sont perdus mais dont les machineries sont constamment réparées par des techniciens/ingénieurs/alchimistes
Vu le format court de la novella on reprochera à Paul di Filippo d'avoir un peu trop consacré de temps aux personnages, à leurs mésaventures et idées alors que cette ville-ruban aurait mérité d'être plus approfondie
Elle offre un potentiel qui a été sous développé et aurait mérité au minimum un format court roman mais aurait fait merveille avec un format roman.
Cela me fait dire que l'auteur et en général les auteurs de novella sont quelque peu paresseux ou alors qu'ils peinent à conforter leurs concepts par un approfondissement plus étoffé de la narration descriptive.

Une fois immergé dans cet univers on le trouve formidable et, si on peine à y entrer, on peine autant à le quitter et les personnages sont fort sympathiques ce qui ne gâche rien.
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Pleine de gouaille et de métaphysique, d'inventivité et de miroirs, une somptueuse prise à rebours de certaines de nos réalités philosophiques et littéraires les mieux ancrées en apparence.

Sur le blog Charybde 27 : https://charybde2.wordpress.com/2023/01/13/note-de-lecture-un-an-dans-la-ville-rue-paul-di-filippo/

La vie coule plus ou moins paisible le long de l'Avenue, dont nul ne connaît la longueur exacte, mais dont tous savent qu'elle se compte au moins en dizaines de milliers de kilomètres, cité étroitement enserrée entre le Fleuve et les Voies, au-delà desquels s'étendent le Mauvais Côté des Voies, séjour des morts ayant mérité l'Enfer, et l'Autre Rivage, aux allures inconnues de Paradis pour âmes méritantes. Les « affectations » des morts ont lieu juste après leur dernier instant de vie, lorsque des Psychopompes dédiés, Bouledogues aux airs démoniaques et Femmes de pêcheur aux traits angéliques, viennent les chercher pour cette poursuite éternelle.

Diego est un auteur prometteur de « cosmos fiction », mauvais genre d'écriture gaillardement méprisé par les tenants de la « vraie littérature ». Adulant sa fiancée, fantasque créature au physique ô combien impressionnant de soldate du feu hors normes, solidaire de son meilleur ami que bien des vices tentent en permanence, il s'occupe aussi, de temps à autre, de son père mourant, rongé par la culpabilité liée au décès de sa mère.

Subtil fabricant de miroirs artistiques et métaphysiques, Diego réfléchit aussi, un peu plus qu'à ses moments perdus, entre passions du jazz et de la haute cuisine, au sens de la vie, voire au sens de l'Avenue.

Avec cet « Un an dans la ville-rue », publié en 2002 et superbement traduit vingt ans après, en 2022, par Pierre-Paul Durastanti pour Une heure-lumière, la belle collection de novellas concoctée par le Bélial' depuis quelques années, l'Américain Paul di Filippo réussit un beau tour de force. Jouant à merveille et avec concision des effets de pas de côté et de détour (que nous rappelle Gromovar à ce propos dans son Quoi de neuf sur ma pile ?, ici), il nous propose une somptueuse mise en abîme de nos propres interrogations psycho-sociales sur la mort, sur la manière d'en rendre compte et de « vivre avec », comme sur le rôle (ou les rôles possibles) de la littérature elle-même. Déployant aussi bien, en à peine 100 pages, l'humour caustique et sceptique d'un James Morrow que le sens du résolument bizarre d'un Jeff Vandermeer ou d'un China Miéville, vivifiant avec verve les expériences physiques et géométriques de pensée d'un Edwin Abbott, d'un Steve Tomasula ou d'un Christopher Priest, il crée pour nous un univers original où la New-York jazz et fébrile des années 60 viendrait télescoper des futurs nettement incertains. Et c'est ainsi que la science-fiction prouve encore et toujours, avec malice, ferveur et élégance, sa vitalité inventive et sa puissance de feu.
Lien : https://charybde2.wordpress...
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Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
Gaddis Patchen dormait dans un fauteuil placé devant une fenêtre ouverte. De l’entrée, on ne voyait que le sommet de son crâne en brosse. Les radiateurs cognaient en vain pour contrer l’afflux d’air froid. Diego se porta à son côté. Drapé dans un couvre-lit tricoté à la main, Gaddis, depuis sa visite précédente, semblait s’être recroquevillé au sein d’un corps voûté que la maladie ravageait : rabotant les traits marqués du vieillard, elle lui donnait, malgré sa forme humaine, l’aspect de ce qu’on voyait quand des engigneurs relevaient une plaque d’égout pour révéler les structures secrètes de la Ville : des circuits souterrains conçus pour la fonctionnalité au lieu de l’élégance, tordus par l’usage, punis par le temps.
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La novella sous le rouleau, intitulée « Les médiateurs de la mort », concernait un monde fabuleux où cette transition se parait d’un mystère encore plus grand qu’en réalité. Dans cet univers qu’il avait conçu, il n’y avait ni Bouledogues ni Femmes de pêcheur ! Tout le reste découlait avec rigueur de ce coup de génie.
Faute de bénéficier du service occulte des Psychopompes, les habitants devaient gérer de leur mieux les dépouilles de leurs proches. Au sein de cet étrange royaume, on brûlait les cadavres, ou on les lestait et on les immergeait. Un corps de Médiateurs de la mort était apparu qui se chargeait de cette tâche déplaisante, contre rémunération par nécessité. Mais la pauvreté forçait souvent les classes inférieures à disposer de ces restes en toute illégalité, dans des décharges sauvages ou à bord des équivalents locaux des Trains et des Navires.
Par ailleurs, comme on ignorait la destination ultime des âmes, une classe parasite de charlatans avait émergé – des mystiques se prétendant dotés d’un savoir conflictuel sur les divers destins posthumes de l’humanité. Faute d’entrevoir la Mauvais Côté des Voies ou l’Autre Rivage pour se guider même vaguement, l’individu lamba cherchait certitude et réconfort dans les représentations désinvoltes et fantaisistes de ces arnaqueurs.
Diego avait adopté le parti pris radical de faire d’un de ces escrocs dépourvus d’éthique le protagoniste de son récit. Oui, dépeindre un personnage principal aussi antipathique risquait de lui aliéner son public, mais il n’avait pu résister au défi d’élaborer cette psyché étrangère. S’il réussissait ses portraits du narrateur et de l’univers, « Les médiateurs de la mort » avait des chances de méduser les lecteurs, et le voir nommé à un prix l’an prochain n’aurait rien d’inconcevable. Après tout, ses œuvres avaient déjà frôlé la sélection finale à plusieurs reprises.
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On était en février, et son père qui ne parlait plus que de sa mort prochaine jurait à tort et à travers qu’il voyait des volées de Bouledogues se masser pour lui régler son compte, petites taches aux ailes loqueteuses, flottant tels des flocons de cendre dans les fumées fulgurantes des confins septentrionaux du monde. Âme glacée dans un appartement frisquet côté Voies, le vieillard, comme s’il thésaurisait ses peurs et ses récriminations jusqu’à l’arrivée de son unique enfant, divaguait chaque fois que Diego Patchen honorait, de loin en loin, son devoir filial de visite. Stupéfait, même si l’attitude seyait au personnage, Diego pensait déceler dans ces vitupérations craintives une pointe de sauvage fierté – à croire que la quantité putative de Bouledogues requise pour traîner le vénérable pécheur vers son sort posthume méritait des louanges perverses.
Le Solcycle ayant déserté le ciel ce mois-ci, la neige fondue s’amassait dans les caniveaux de l’Avenue comme si tous les chariots à sorbets du mois d’août s’étaient déversés côté Voies et côté Fleuve. (La chaleur ténue, d’habitude imperceptible, issue du Mauvais Côté des Voies accentuait-elle la fonte le long du bord de trottoir correspondant tandis que la brume givrante venue de l’Autre Rivage solidifiait la gadoue parallèle ? Peut-être, peut-être pas. Les résidents de l’Avenue côté Voies disaient ressentir davantage la chaleur que leurs voisins d’en face l’été, et baisser davantage le thermostat l’hiver. Dans le même ordre d’idée, les habitants côté Fleuve souffraient un peu plus de la saison froide, mais vantaient la fraîcheur de leurs logis quand la canicule faisait rage sous le Solcycle à son apogée. Engigneur enclin au rationalisme, Diego estimait fallacieuses les influences supposées des religions antipodiques ; il s’agissait pour lui de réactions psychosomatiques aux proximités respectives des Voies et du Fleuve.) Passer voir son vieux était une corvée rebutante dans le meilleur des climats ; à cette période de l’année, elle en devenait particulièrement pénible.
Diego habitait l’arrondissement de Vilgravier. Cent mille habitants répartis sur cent Blocs. Maire actuel : le vociférant Jobo Lerouquin. Ambiance : agréable, cultivée, malgré cette appellation rébarbative. Piaule de Diego : un appartement Sur-Rue du 10.394.850ème Bloc de l’Avenue, au-dessus des Primeurs de Gimlett, un commerce de fruits et légumes. (Son père résidait quelques Blocs plus loin vers le Bas de la ville.) L’édifice en basalte accueillant Diego et ses voisins immédiats se situait côté Fleuve.
Sur-Rue et côté Fleuve : chouette. (Ça n’allait pas de soi. Il grimaçait toujours au souvenir d’une enfance toute de jours maussades et de nuits lugubres dans l’appartement où s’éteignait désormais Gaddis Patchen. Les flammes aux murmures subliminaux du Mauvais Côté des Voies jetaient des ombres dansantes sur les parois de la chambre du jeune Diego malgré tous ses efforts pour plaquer le store baissé en toile cirée vert olive contre la fenêtre avant de s’endormir. Et le rugissement des trains à destination du Haut de la ville secouait les carreaux. Ce dont il bénéficiait actuellement, il l’avait mérité, pas hérité.)
Ce matin d’hiver couvert, Diego, qui traînait au lit, avait du mal à se réveiller pour de bon. Une soirée tardive entre amis – trop de cigarettes, un excès de grandiloquence et un ruisseau de forte bière Rude Bravo de Surinebuisson, l’arrondissement voisin – avait laissé ses traces prévisibles. Englué dans des draps moites, il se sentait maussade au point de n’envisager que les maintes injustices imposées par sa vie et d’en ignorer les triomphes compensatoires. La ronde de ses pensées lui présentait donc toute une galerie de personnages…
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« Comment va ton père ? On ne le voit plus.
– Vous allez devoir vous y faire, madame Loblolly. Il est en train de mourir. D’un cancer de l’estomac. Même s’il ne va pas trop mal sur le plan physique, en fait, la maladie lui a sapé le moral. Il reste assis à contempler le Mauvais Côté des Voies.
– Ah, c’est qu’il redoute l’arrivée des Bouledogues ! Tu devrais tâcher de le convaincre qu’aucun d’entre nous ne sait quelle espèce de Psychopompe viendra nous chercher à l’heure de notre mort. Il pourrait tout aussi bien se retrouver entouré d’adorables Femmes de pêcheur dans ses derniers instants. Tiens, regarde là -haut. ne voit-on pas voler autant de Femmes que de Dogues ?
Diego tendit le cou pour scruter le ciel. Il lui fallut un bon moment pour accommoder sur les résidents permanents de l’atmosphère, tellement il avait coutume de les ignorer.
Loin au-dessus des immeubles, aussi loin que portait sa vue vers le Haut comme vers le Bas de la ville, tournait un nombre réduit mais notable de Bouledogues et de Femmes de pêcheur, autant d’emblèmes de force et de grâce que leur altitude de vol usuelle rendait indistincts. De temps à autre, des individus aux ailes de cuir ou de plumes se laissaient choir, piquant vers les lieux où leurs clients affrontaient leur condition de mortels, donnant une vague idée de leurs traits les plus saillants. D’autres Psychopompes portaient à bout de bras leurs protégés soumis lors du trajet sans retour vers soit le Mauvais Côté des Voies, soit l’Autre Rivage, alors que d’autres encore revenaient les mains vides.
Diego baissa les yeux et haussa les épaules, blasé. « Bien sûr que si. Mais il est plein d’une haine de soi qui lui interdit de changer de point de vue.
– Il se reproche toujours la mort de ta mère ? »
Au lieu de répondre, il s’arrêta pour observer un arbre robuste, quoique tordu par les ans, planté dans un carré de terre qui remplaçait l’une des dalles en ardoise du trottoir.
« Cet ancêtre fleurit toujours chaque printemps ?
– Sans exception », répondit Mme Loblolly.
Diego fuma en silence tandis qu’ils gravissaient le perron familier. Il attendit le seuil de l’appartement de son ancienne voisine, au rez-de-chaussée, pour répondre à la question de celle-ci.
« Non seulement il n’a jamais cessé de se le reprocher, mais il vaut m’entraîner avec lui au fond de son cloaque de culpabilité. »
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Solide, pratique, la Brachir Vestale, sa vieille machine à écrire, offrait la douceur ivoirine de ses touches comme la caresse sensible d'une amante, avide de boire au bout de ses doigts le chagrin et la confusion résultant de la visite à son père, et de transmuer sa peine en beauté.
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