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Denis E. Savine (Traducteur)
EAN : 9791036000195
528 pages
Éditeur : L'Atalante (24/10/2019)

Note moyenne : 4.25/5 (sur 99 notes)
Résumé :
Vita nostra brevis est, brevi finietur…
« Notre vie est brève, elle finira bientôt… »

C’est dans le bourg paumé de Torpa que Sacha entonnera l’hymne des étudiants, à l’« Institut des technologies spéciales ». Pour y apprendre quoi ? Allez savoir. Dans quel but et en vue de quelle carrière ? Mystère encore. Il faut dire que son inscription ne relève pas exactement d’un choix : on la lui a imposée… Comment s’étonner dès lors de l’appa... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (30) Voir plus Ajouter une critique
JustAWord
  15 octobre 2019
Cette fin d'année des littératures de l'imaginaire n'en finit pas de réjouir.
Après la fantasy proto-historico-mythologique de Vorrh de Brian Catling et la philosophie-SF à l'audace narrative incroyable de Trop Semblable à l'éclair d'Ada Palmer, c'est un troisième pavé qui vient retourner le lecteur par surprise : Vita Nostra de Marina et Sergueï Diatchenko.
Si les deux auteurs ne sont pas inconnus en France, aucune traduction n'était parue depuis celle du Messager du Feu en 2012.
Avec Vita Nostra, roman écrit en 2007, les éditions L'Atalante entendent bien changer les choses pour redonner quelques lettres de noblesse au genre délaissé de la fantasy russe (ou ukrainienne puisque les deux auteurs sont ukrainiens mais écrivent en russe).
Harry Potter au goulag
Vita Nostra est-il d’ailleurs un roman de fantasy ? Pas vraiment.
Il présente pourtant bien des similitudes avec l’un des canons du genre, le fameux Harry Potter de l’anglaise J.K. Rowling.
Tout commence avec Alexandra Samokhina surnommée Sacha, une jeune fille russe de seize ans qui se réjouit tout particulièrement de ses vacances dans une petite ville balnéaire avec sa mère.
En empruntant la rue « Qui-mène-à-la-mer », Sacha s’aperçoit qu’un homme vêtu de noir et retranché derrière des lunettes toutes aussi noires l’observe avec insistance. Apeurée, elle cherche à l’éviter mais celui-ci s’entête.
Craignant pour sa vie, elle finit par le confronter et celui-ci lui formule une étrange demande : elle devra se rendre tous les jours à quatre heures du matin à la plage, se dévêtir complètement et nager jusqu’à la bouée de signalisation avant de revenir. Perplexe, Sacha refuse d’abord mais Farit Kojennikov s’entête. Si elle ne fait pas ce que lui demande l’inconnu, des conséquences fâcheuses pourraient bien survenir…
De peur, Sacha s’exécute. Lorsqu’elle reprend pied sur le sable, la voilà prise de nausées recrachant plusieurs pièces d’or aux ornements incompréhensibles.
Lorsque le réveil ne sonne pas quelques jours plus tard, un terrible drame menace la famille de Sacha et celle-ci comprend que l’homme en noir ne plaisantait pas. Après d’autres défis tout aussi dénués de sens, Farit Kojennikov explique à Sacha qu’elle doit désormais s’embarquer pour une petite ville reculée du nom de Torpa pour entrer à l’Institut des Technologies spéciales. Et si Sacha n’a rigoureusement aucune envie d’y aller, Farit lui rappelle qu’elle n’a pas le choix…
En arrivant à l’Institut, Sacha s’aperçoit vite que les autres premières années sont aussi là contraints et forcés et que les étudiants de seconde année se comportent d’une façon étrange et inquiétante, comme des automates détraqués et hors du temps. Que se passe-t-il à l’Institut ? Qui est Farit Kojennikov ? Et que deviendra Sacha si elle échoue à l’examen de « spécialité » ?
Voilà, sans trop en dire, les bases de l’intrigue développée par les Diatchenko dans ce premier volume de Vita Nostra. Sacha est une proto-Harry Potter qui n’a jamais voulu entrer dans une école de magie, qui est terrorisée par ce qu’il se passe et qui pressent que des choses terribles se trament à l’orée de sa vision. Bienvenue dans une version angoissante et tendue d’une internat où réussite rime avec souffrance(s).
Hypertension narrative
Si Vita Nostra partage l'environnement scolaire avec Harry Potter et le côté adolescent avec Les Magiciens de Lev Grossman, nul doute que le roman trouve très rapidement une autre voie, plus sombre, plus énigmatique, plus dangereuse. On vous a dit plus haut que Vita Nostra était une histoire fantasy…mais on aurait tout aussi bien pu dire qu'il s'agissait de fantastique ou de réalisme magique ou même d'horreur.
Refusant de se laisser piéger dans une petite case, le roman des Diatchenko est une épreuve dans tous les sens du terme.
Pour ses personnages d'abord, sorte d'élèves-bagnards qui apprennent dans une tension constante et où le danger vient des « professeurs » eux-mêmes et non d'un élément extérieur.
Pour le lecteur ensuite car, soyons honnêtes, il faut s'accrocher à la lecture de Vita Nostra. Nageant dans un épais brouillard narratif, l'intrigue suit les découvertes cryptiques de Sacha quant à l'Institut et se sobjectifs.
Les disciplines sont obscures, les enjeux pas bien nets…bref, où veut en venir Vita Nostra ?
C'est précisément là que se terre le premier aspect remarquable du roman : Vita Nostra parvient à captiver totalement en nous laissant dans un brouillard épais et assumé. La tension qui écrase Sacha se reporte sur le lecteur et le moindre petit accroc dans le parcours de l'étudiante devient un élément savoureux pour nous accrocher toujours davantage. Les auteurs parviennent de façon prodigieuse à maintenir un récit tendu qui force le lecteur à continuer encore et encore afin de rassembler les pièces du puzzle et de se forger sa propre réalité quant à cette histoire entre apprentissage sadique, expérience humaine et sens du sacrifice.
Des ombres sur les murs
Vita nostra brevis est, brevi finietur…
« Notre vie est brève, elle finira bientôt… », c'est la devise de l'établissement de Torpa où les professeurs semblent inhumains (et pas seulement dans le traitement de leurs élèves) et où personne ne semble vouloir dire à quoi l'établissement forme ses jeunes apprentis.
Vita Nostra utilise le concept de la réalité pour y marier une composante Biblique, le tout planqué derrière le concept Platonicien de la Caverne.
Et si vous n'avez pas compris cette dernière phrase, c'est normal puisque, comme Sacha lorsqu'elle débute, vous n'avez pas encore les mots pour comprendre.
L'entreprise de métamorphose(s) à la fois humaine et textuelle de Vita Nostra relève purement et simplement du génie, les Diatchenko utilisant la force du Mot et du Verbe pour transformer une banale histoire d'apprentissage magique en voyage vers l'age adulte à marche forcée. Les multiples épreuves que vont affronter Sacha et ses amis sont autant de puissantes métaphores des obstacles encombrant le chemin de l'adolescent vers l'âge adulte.
La relation entre Sacha et sa mère évoque ce changement brutal dans la vie d'une personne, où la jeune fille devient un monstre quasi-inconnu pour sa propre famille avant de trouver véritablement qui elle est.
Plus dérageant encore, Vita Nostra insinue que le succès et le dépassement de soi passent, forcément, par la souffrance et la peur, deux émotions extrêmes qui sont celles qui vont déterminer la course de notre existence.
C'est notre résistance à ces deux phénomènes qui façonne notre être futur.
Un roman russe
Ce qui importe ici aussi, c'est la narration très brute, presque rude, des deux auteurs russes avec ce ton et cette cadence froide des pays slaves.
Les émotions arrivent par paquets, entrecoupant des périodes cliniques où l'on dissèque des idées et des concepts.
Sacha, extraordinaire personnage adolescent, à la fois rebelle et humaine, faillible et héroïque, incontrôlable et entêtée, n'a rien à envier à Harry Potter, bien au contraire. Tout ici est plus crédible, plus froidement réaliste, avec la peine et les larmes que cela implique, avec les complications amoureuses vues par le prisme d'un adulte et pas par les atermoiements faciles d'un adolescent.
Vita Nostra consacre l'effort et le changement, le cycle de la vie en somme qui rencontre la marche du temps.
C'est extrêmement fort et incroyablement prenant.
On en ressort transformé, tout simplement.
Votre vie est brève, lecteur, et Vita Nostra est long.
Hâtez-vous de plonger dans l'histoire de Sacha et de découvrir le génial concept qui se cache derrière le roman de Marina et Sergueï Diatchenko, un roman protéiforme et transfictionnel qui ouvre l'adolescence comme une chrysalide pour en tirer un papillon magnifique et dangereux aux couleurs glacées.
Lien : https://justaword.fr/vita-no..
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boudicca
  27 janvier 2020
Si les écrits de Marina et Sergueï Diatchenko sont particulièrement réputés en Europe de l'Est, les deux auteurs originaires d'Ukraine sont, en revanche, presque totalement inconnus en France. Ou du moins était-ce le cas, avant la publication par les éditions L'Atalante du premier tome des « Métamorphoses », une trilogie parue à l'origine en 2007 et dont les deux autres volumes (« Numérique, ou brevis est » et « Migrant, ou brevi finietur ») devraient être édités dans les mois à venir. le roman met en scène une jeune fille originaire d'Europe de l'Est, Alexandra Samokhina (surnommée Sacha), qui, alors qu'elle est en vacances sur la côte avec sa mère, fait la rencontre d'un homme étrange qui lui prête une attention oppressante. Pour une raison qu'elle ignore, ce dernier la terrifie, et elle fait son possible pour s'en tenir éloigner. Mais l'homme aux lunettes noires ne se laisse pas décourager et finit par réussir à aborder la jeune fille à qui il confie une mission simple mais peu banale. Chaque jour, Sacha devra se lever à quatre heure du matin et aller se baigner, nue, dans la mer avant de rentrer chez elle. Nulle perversion là-dedans, la rassure l'homme, seulement un entraînement à la discipline et la ponctualité. Sans qu'aucune véritable menace ne soit verbalisée, Sacha sait que sa mère courra un grave danger en cas de désobéissance, et c'est donc la mort dans l'âme qu'elle accepte. Ce qu'elle ne sait pas, c'est qu'il ne s'agit là que de la première d'une longue série d'épreuves qui la conduiront à l'institut des technologies spéciales, une école d'un genre très particulier situé dans une toute petite ville quasiment absente des cartes : Torpa. Adieu les rêves d'indépendance et de grandes écoles : Sacha n'a pas le choix et doit se résigner à rejoindre cet institut peuplé de professeurs plus étranges les uns que les autres et d'élèves qui semblent tous souffrir de malformation ou de désordres mentaux. Voilà, pour résumer, l'intrigue de départ de ce roman aussi déconcertant que passionnant et pour lequel je ne m'attendais pas à avoir un aussi gros coup de coeur.
« Un Harry Potter pour adulte ». Voilà, en gros, ce qu'on est tenté de penser à la lecture de la quatrième de couverture qui met d'ailleurs volontairement l'accent sur la comparaison avec l'oeuvre de J. K. Rowling. Or, si les deux romans traitent bien de la formation « magique » d'un jeune prodige dans une école spécialisée, la ressemblance s'arrête là. L'institut des technologies spéciales de Torpa n'a, en effet, rien à voir avec Poudlard qui passerait plutôt ici pour une sympathique colonie de vacances. Contrairement à celle d'Harry, la formation de Sacha est brutale, les conditions de vie médiocres, et les conditions d'apprentissage proches de celles qu'on trouverait dans un goulag. Ainsi, les élèves ignorent (presque) tout de ce qu'on leur enseigne, leur première année ne consistant qu'en la mémorisation d'un manuel étrange, le module textuel, dont ils ne comprennent pas un traître mot. On serait en droit de considérer cette incompréhension comme un obstacle majeure à l'apprentissage, mais il n'en est rien. Aussi étrange que cela puisse paraître, les professeurs sont toujours en mesure de distinguer les élèves qui ont « travaillé » sur le texte des autres. Déroutant ? Pour le moins, et dites-vous bien qu'il ne s'agit là que d'une des bizarreries de ce roman qui déstabilise complètement le lecteur. N'allez cependant pas croire que l'ouvrage ne reposerait que sur de l'enfumage et serait difficile à décrypter, c'est tout le contraire. le récit se lit en effet avec une facilité et une fluidité déconcertante tant on est avide d'avoir enfin des réponses à toutes nos interrogations. Qu'étudie exactement Sacha ? Qui sont réellement ses professeurs et quelle est l'étendue de leur pouvoir ? En quoi consiste ces capacités exceptionnelles dont la dotent les enseignants de l'institut et qui l'isolent de ses camarades ? Autant de mystères qui titillent la curiosité du lecteur, quitte à lui faire passer la nuit sur le roman tant le désir de comprendre est impérieux, et l'histoire bien construite (le roman est découpé en trois partie mais il n'y a pas de chapitres, seulement un astérisque pour séparer le texte et indiquer un changement de lieu ou de temps, ce qui encourage à continuer encore et encore la lecture).
A la qualité de l'intrigue et de la plume des auteurs s'ajoute celle des personnages, et notamment de Sacha, une héroïne inoubliable et profondément attachante. Difficile en effet de ne pas se lier d'affection pour cette jeune fille avide d'apprendre et soucieuse de son entourage, qui se retrouve prise malgré elle dans une spirale qui l'entraîne toujours un peu plus loin des siens. La relation qu'elle entretient avec sa mère est particulièrement touchante, et les conflits que son éloignement forcé ne manquent pas de créer nous paraissent d'autant plus douloureux. Les rapports qu'entretient Sacha avec les autres élèves de l'institut se situent également au coeur du récit, et c'est cette importance accordée à l'amitié et aux dépassements de soi qu'elle permet qui contribue à faire à nouveau le lien avec les romans de J. K. Rowling. Les relations sont toutefois beaucoup plus ambiguës et surtout plus adultes, puisqu'on a affaire à des adolescents proches de la majorité et dont davantage concernés par des problématiques comme la sexualité, l'alcool ou la drogue. le paradoxe est d'ailleurs très étonnant entre des scènes qui relèvent de la banalité de la vie étudiante (fêtes, liaisons amoureuses, disputes entre colocataires…), suivies aussitôt après de passages presque glaçants dans lesquels Sacha se voit rappeler à l'ordre. Ainsi, quand bien même certains élèves ou certaines situations parviennent à nous faire oublier l'espace d'un instant l'endroit dans lequel se trouve l'héroïne, l'angoisse et la peur finissent toujours par refaire surface, et souvent de manière inattendue. Les transformations que subit la jeune femmes sont notamment impressionnantes, tant sur le plan physique que psychologique, a tel point qu'on en vient à éprouver une sorte de fascination morbide pour ces mutations tour à tour merveilleuses ou effrayantes (un sentiment que j'avais également éprouvée à la lecture des « Meurtres de Molly Southbourne »). La métamorphose saisissante de l'héroïne n'empêche toutefois pas le lecteur de rester profondément attaché à elle, même si cette affection se teinte désormais d'une touche d'effroi et d'admiration. Les personnages secondaires sont d'ailleurs nombreux à susciter eux aussi des sentiments contradictoires. C'est le cas évidemment des professeurs, qui adoptent un jour des allures de tortionnaires, et le suivant celles d'un pédagogue bienveillant, mais aussi des élèves pour lesquels on alterne là encore entre sympathie, pitié, rancoeur ou dégoût.
Avec « Vita nostra » Marina et Sergueï Diatchenko signent un roman étrange et déroutant mais aussi remarquable, tant par sa construction que par sa manière de se réapproprier des thématiques éculées en fantasy (l'enfant prodige, l'école de magie…). Si le contexte russe n'est évidemment pas étranger à la perte de repères éprouvé par le lecteur, celle-ci tient aussi et surtout à l'habilité avec laquelle les auteurs parviennent à entretenir le mystère concernant la nature de l'enseignement dispensé à cette jeune héroïne touchante et courageuse, tout en prenant garde à préserver la fluidité du récit. Un gros coup de coeur.
Lien : https://lebibliocosme.fr/202..
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Dupuisalex
  15 février 2020
Vita nostra de Marina & Sergueï Diatchenko
Tome 1 de la trilogie: Les métamorphoses.
Intrigant, étranges, addictif, étranges, jouissif, étrange, captivant... ce roman fut une belle découverte et je n'ai qu'une hâte, découvrir le tome 2.
Oppressant par son ambiance, ses personnages aussi bien froid, qu'étrange, M'ont laissé parfois perplexe sur la suite des chapitres. Ce qui me donnai encore plus envie de lire la suite.
On suis une jeune étudiante Sacha durant son parcours universitaire, plus que spécial, dans une université, « étrange ». le livres est découpé en 3 parties ce qui permet de distinguer les différentes années d'études. Roman fantastique qui nous laisse sans voix. J ai eu parfois l'impression d'une transposition des changements adolescents, ou pour rester dans le fantastique, d'une histoire à la Harry Potter russe , en un peu plus Dark.
Une fin qui laisse dubitatif et nous amène à nous poser des questions.
Depuis quelques jours Sacha n'a qu'une hâte quitter son lieu de vacances. Depuis quelques jours, celle-ci se sent espionné par un homme vêtu de noir, de lunettes noires et d' un chapeau noir. Tous les jours elle a l'impression que celui-ci L'observe, que chaque jour se ressemblent. Lorsque celui-ci se décide à l'aborder, il donne une mission à Sacha. « nager nus jusqu'à la bouée avant 4h du matin ». Celui-ci promet des représailles très grave si la jeune fille ne s'exécute pas. Par peur, la jeune fille ne manque pas à l'appel. Chaque fois, après avoir fait sa longueur, celle-ci vomit des pièces d'or. Ensuite, l'homme en noir lui donne une autre mission dans le même genre. « Mais jamais rien impossible ». Et comme dans les missions précédente, Sacha vomit encore.
Quelques temps après, l'étranger vient réclamer les pièces, et la félicite pour son admission à l'institut de technologie spéciale. de la l'étudiante ne s'imagine pas la porte qui lui a été ouverte. Celle ci retissante n'aura d'autre choix que d'entrer à l'institut de Torpa, afin de préserver sa famille des griffes de son tuteur. Un monde nouveau s'offre à elle et Ouvre de nouvelle porte bien difficile à fermer. Une nouvelle soif d'apprendre rapprochera Sacha de bien des dangers. de nouveau changement sont à venir.
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Odlag
  12 décembre 2020
Vita Nostra est le premier volet d'une trilogie articulée autour de la thématique de la métamorphose. de quel genre de métamorphose(s) parlons-nous exactement ? Pour comprendre celles abordées dans Vita Nostra, il vaut mieux le découvrir soi-même. En fait, pour comprendre pleinement tout ce dont je parlerai dans ma chronique, lire le livre soi-même est la seule solution. Car ce roman met en avant des concepts vraiment très particuliers, mais fort intrigants. Personnellement, je ne suis pas sûre d'avoir bien tout assimilé. Cela ne m'a cependant pas empêchée d'apprécier ma lecture, bien que les débuts aient été quelque peu... périlleux. J'avoue m'être sérieusement demandée si je n'allais pas détester ou, pire, abandonner. Heureusement j'ai tenu bon, et je n'ai pas été déçue.
Bon, déjà, oubliez les comparaisons à Harry Potter, cela n'a strictement rien à voir. Je déteste quand les éditeurs sortent des comparaisons de ce genre, comme s'ils avaient besoin de ça pour vendre le livre. Alors oui, c'est un roman initiatique où il est question d'un apprentissage bien particulier, mais ça il y en a à la pelle, et les similitudes s'arrêtent là. Car dans le genre atypique, Vita nostra place la barre assez haut.
Tellement haut que j'ai bien cru que j'allais me casser la figure. Les débuts ont été pour moi assez difficiles, et ce pour un ensemble de raisons qui, prises séparément, ne sont pas forcément dérangeantes.
Tout d'abord, le rythme du roman est assez lent, il n'y a pas de scènes d'action à proprement parler, il n'y a pas de gros événements, pas de méchants à affronter, etc. Il est ici question d'apprentissage, mais d'un apprentissage bien particulier, enfin, plutôt de plusieurs apprentissages. Aussi le roman est-il centré sur la psychologie des personnages et sur leur rapport au monde. Sacha quitte le cocon familial pour vivre dans un internat, au milieu d'inconnus. Au départ, c'est un moyen pour elle de fuir Valentin, venu emménager chez elles, ce qu'elle perçoit comme une invasion au sein de son cocon, abîmant alors leur complicité mère/fille. Elle s'éloigne ainsi de sa mère, à qui elle est sans cesse obligée de mentir pour qu'elle ne découvre pas la vérité sur l'Institut, et apprend à devenir indépendante. Elle va vivre ses premières amours, ses premières peines de coeur, des déceptions et des joies, va nouer des liens plus ou moins forts avec ses camarades, apprendre à s'occuper de soi et des autres, etc. On aborde là le passage à l'âge adulte, et la peur que l'adolescent peut ressentir à l'idée de quitter le foyer familial, de prendre son envol.
Et la peur est le sentiment dominant du livre, décliné sous diverses formes : peur de mûrir, peur de l'amour, peur de la perte, peur de l'échec, etc. C'est un sentiment sur lequel jouent les enseignants pour pousser les élèves à obéir et, surtout, à étudier sérieusement. le problème est qu'il est assez compliqué d'apprendre quelque chose qu'on ne nous explique pas.

C'est ce point-là qui m'a le plus dérangée au début : ne pas savoir, ne pas comprendre. Comme les choses sont assez longues à se mettre en place, le fait que rien ne soit expliqué ne m'a guère aidée à avancer avec enthousiasme dans ma lecture. Heureusement une collègue qui l'avait déjà lu m'a expliqué qu'il fallait passer un certain cap dans le livre pour être gagné par son ambiance si particulière. Alors je me suis accrochée et, passé grosso modo le premier quart (voire le premier tiers) du roman, je suis enfin parvenue à entrer vraiment dans l'histoire. J'ai ainsi fini par m'attacher à cette jeune Sacha qui cherche sa place, à la fois dans sa famille (qui va connaître quelques changements) et dans le monde. Et, au fur et à mesure que les choses se sont éclaircies (même si le brouillard était toujours un peu présent), j'ai eu de plus en plus de plaisir à suivre ce récit si curieux.
Bon, du coup j'explique un peu l'inexpliqué/inexplicable (enfin, je vais essayer d'être compréhensible dans le minimum du possible). Dans cet Institut, les élèves étudient des matières générales (droit, histoire, sport, etc.) et des matières spéciales. En première année, il y a une matière spéciale, mais il n'est jamais précisé ce qu'est exactement cette matière. Les première année sont divisés en deux groupes en fonction de la personne qui les a recrutés : le groupe A (dont fait partie Sacha) sont ceux repérés par Farit Kojennikov, le groupe B sont les autres. Sacha, comme tous les première année, se demande ce qu'elle fait là, trouve les élèves des deuxième et troisième années très étranges (certains s'arrêtent d'un coup sans raison apparente, les yeux dans le vide, d'autres sont estropiés, etc.), et ne comprend pas cette fichue matière spéciale. En quoi consistent les cours et les devoirs ? Leur professeur leur fait lire des paragraphes illisibles et leur demande de les apprendre par coeur. Ensuite, lors de sessions individuelles, il vérifie s'ils ont bien travaillé ou non. Comment lire l'illisible ? Et pourquoi ? Que cela est-il censé apporter ? Sacha, habituellement bonne élève, va avoir beaucoup de mal à comprendre cette étrange matière. Comme tous les élèves. Mais, à force d'acharnement, un déclic se fera et la jeune fille va développer un véritable don pour ces matières spéciales. J'ai trouvé vraiment intéressant que Sacha ne comprenne et ne réussisse pas tout du premier coup : à chaque spécialité (elle en aura une supplémentaire en deuxième année), elle rencontre de grosses difficultés avant de parvenir à intégrer l'enseignement. En revanche, une fois que c'est fait, elle devient très douée et dépasse les attentes de ses professeurs (peut-être même trop).
Elle devient la meilleur élève, aussi les professeurs spéciaux lui donnent-ils souvent plus de devoirs que les autres. le problème est qu'elle est tellement douée qu'elle a tendance à se laisser emporter et en fait beaucoup plus que demandé. Vous me direz, quel mal y a-t-il à cela ? Simplement que ce ne sont pas là des exercices anodins, qu'ils peuvent avoir un impact plus ou moins important sur son corps, son esprit, et sur le monde qui l'entoure. du coup j'ai par moments trouvé Sacha un peu inconsciente : elle fait la bêtise une fois et en voit le résultat catastrophique, ses profs la préviennent qu'elle ne doit pas recommencer, mais elle recommence. Plusieurs fois. Bon, c'est souvent malgré elle, mais pas toujours. Il devient alors de plus en plus important pour elle de gagner en maturité, en maîtrise de soi.
[...]
En bref...
Vita nostra est le premier volet d'une trilogie dont chaque tome sera apparemment indépendant mais qui tournera autour d'une même thématique : la métamorphose. Certains préfèreront alors parler de triptyque, bien que ce soit un terme synonyme plutôt employé en peinture, mais je comprends le désir de différencier une série avec des tomes interdépendants d'une série dont les tomes sont indépendants les uns des autres. Pour ma part, je continuerai d'utiliser le terme de trilogie.
Vita nostra, donc, est un roman que je classerais dans le genre fantastique plutôt que fantasy, mais il s'agit là d'un point de vue purement personnel, car c'est ainsi que je l'ai perçu.
Marina et Sergueï Diatchenko ont travaillé de concert pour nous livrer un récit des plus curieux où sont développés des concepts particuliers et, surtout, particulièrement abstraits mais tout de même très intéressants. S'il peut être difficile d'accrocher au début du roman, en raison de certaines longueurs et quelques incompréhensions, il ne faut surtout pas se décourager, la suite valant largement la peine. La psychologie des personnages est bien travaillée, nous donnant ainsi à voir leurs questionnements et leur évolution de manière tout à fait crédible une fois que l'on a bien pris en compte que ce qu'ils vivent dans cet Institut des Technologies Spéciales n'a rien d'ordinaire et tout de très étrange. L'intrigue est menée avec brio, surtout si l'on considère le travail que cela a dû être de rendre compréhensif et captivant un récit abordant des concepts si abstraits. Ainsi il est question de métamorphose, autant physique que psychologique, à la fois littérale et métaphorique, mais également du pouvoir des mots et de la peur.
Un roman qui sort de l'ordinaire et qui mérite de prendre le risque d'y plonger.
Lien : https://escape-in-books.blog..
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Tachan
  28 juillet 2020
Dès les premières apparitions de ce roman, j'ai été attirée par lui. Il se dégageait un je ne sais quoi de singulier de la couverture avec cette jeune femme en mouvement qui se décompose recompose. La vidéo de présentation de l'éditeur (lien) était également étrange tout comme le résumé, j'ai donc hésité un certain temps. Puis en voyant que le roman avait remporté le prix du "meilleur roman étranger" aux Imaginales de 2020, j'ai craqué.
Vita Nostra est le premier tome d'un triptyque sur les Métamorphoses qui sera d'ailleurs le seul fil conducteur, chacun pouvant se lire indépendamment. Ils sont l'oeuvre de deux auteurs de SFFF reconnus en Ukraine, en Russie et en Pologne qui écrivent depuis 1994 et ont déjà reçu le prix du "meilleur auteur" à l'Eurocon de Glasgow en 2005. Marina et Sergueï Diatchenko ont déjà écrit une trentaine de romans et une centaine de nouvelles et récits. Ce ne sont pas n'importe qui.
Ce professionnalisme, je l'ai ressenti dès les premières lignes où la plume simple et affutée qui est la leur m'a d'emblée transportée. Pourtant, il ne se passait rien d'extraordinaire aux côtés de l'héroïne, Sacha, qui avait une vie assez monotone auprès de sa mère célibataire et qui laissait les derniers jours de son adolescence défiler. Mais quelque chose dans l'écriture m'a de suite plu. La simplicité peut-être, la poésie des mots et des phrases, en tout cas, j'ai enchaîné et enchaîné les pages de ce roman singulier qui ne comporte aucun chapitre mais juste de très vastes parties et au cours duquel je me suis souvent demandée où les auteurs voulaient nous emmener.
Car si je parle de récit singulier, c'est vraiment parce que je n'avais jamais lu une telle histoire avant, une histoire à l'univers aussi classique et opaque en même temps, une histoire empreinte de fantastique ou on se demande longtemps si c'est vraiment de la magie ou si c'est autre chose. C'est très déroutant et c'est aussi ce qui fait clairement la force de ce livre et le détache des autres. On a d'un côté la vie assez terne et morne de Sacha, elle même assez banale au début, et de l'autre la rencontre étrange qu'elle fait et qui va petit à petit la faire basculer dans un univers étrange et pourtant familier. Pendant des vacances, Sacha va rencontrer un drôle d'homme qui va l'obliger à faire ce qu'il souhaite, des sortes de défis qui ne prêtent pas à conséquence a priori mais qui vont bouleverser sa vie. Car est-ce normal de devoir aller nager en pleine nuit et de recracher ensuite non de l'eau, mais des pièces ? Ce ne sera que le début de l'aventure.
Si le récit peut paraitre assez plat et linéaire, il ne l'est pas du tout en fait. Les aventures que va vivre Sacha sont très riches et c'est une vraie initiation qu'elle va connaître. A quoi ? C'est toute la question, dont je n'ai pas forcément la réponse même après avoir terminé le roman et ça ne me dérange pas pour autant tant j'ai aimé le voyage. Suivre Sacha qui va s'émanciper de sa mère, se plonger à coeur perdu dans les études, découvrir et perdre l'amour, découvrir l'amitié et la sororité, etc, fut très plaisant.
J'ai beaucoup aimé que telles des paraboles nous suivions le passage de l'enfance à l'âge adulte de Sacha. La critique qui est faite également de la pression que l'on met sur les étudiants est intéressante dans le fond et la forme. Pourquoi dis-je cela ? Parce que les auteurs nous laissent libre de penser ce qu'on veut. Ils nous présentent les bons et les mauvais côtés, libre à nous ensuite d'en tirer les conclusions que l'on souhaite. En plus, vu que le décor est un pays à la culture slave, il est intéressant de voir l'importance du choix de l'université où l'on fait ses études là-bas et en allant plus loin, j'ai aimé voir la dynamique des liens familiaux et des interactions sociales propres à cette culture si différente de nous. C'était dépaysant et je dis ça à nouveau sans le moindre jugement puisqu'il n'en est pas question ici. Vita Nostra est un roman tout en nuances.
En tout cas, c'est un univers très singulier que l'Ecole des sciences techniques où va se retrouver Sacha où on manie avec une complexité inégalée le langage en tant que concept. A l'image de ce dernier point, tout y est étrange, mais un étrange plaisant pour moi, pas aussi flamboyant que dans Les Magiciens de Lev Grossman, mais qui pose autant de questions. le ton est lent et contemplatif. Les professeurs qui donnent les cours ne sortent d'aucun moule et frappent par leur attitude de tortionnaires. Les étudiants croisés sont des archétypes mais leurs interactions avec l'héroïne leur donne un tout autre relief. Et surtout celle-ci sort du lot et fait porter un autre regard sur ce qui se passe et qui ne correspond pas à ce à quoi je m'attendais après les premières descriptions d'étudiants-zombies croisés dans les premiers temps. C'est singulier, je n'ai pas d'autres mots pour décrire ça, mais la vie estudiantine vécue et racontée par Sacha a eu un effet envoûtant sur moi. J'ai tourné les pages sans m'en rendre compte, curieuse de voir ce qui allait lui arriver d'encore plus étrange et dangereux, et surtout curieuse de voir comment elle allait affronter ça.
Sacha est d'ailleurs un personnage lui aussi très singulier et marquant. Elle a soif d'apprendre et de comprendre son environnement à la fois ordinaire, avec les cours comme au lycée et la vie à l'internat, et surréaliste avec sa part d'inconnu et de magie, si je puis dire, avec les cours de spécialités, les étranges étudiants plus âgés, les profs qui tiennent plus de tortionnaires que de pédagogues et cette ville qui semble hors du temps. Pourtant Sacha lutte au milieu de tout ça et fera tout pour essayer de comprendre comment cela fonctionne. du coup, comme elle, on se retrouve prit d'une frénésie et les pages défilent.
Je ne sais pas si un tel récit pourra plaire à tout le monde car c'est très différent de ce qu'on peut lire de part ailleurs. Il n'y a pas d'aventures au sens propre. C'est assez terne et morne à première vue, mais moi j'ai trouvé ça puissant, poétique et surtout philosophique. Ça pousse à réfléchir, à imaginer plein de pistes, et la fin ouverte en rajoute une couche. Alors oui, il y a une légère frustration quand même de ne pas avoir de suite a priori mais je pense que je relirai ce titre un jour pour voir si je n'ai pas manqué des messages cachés à la première lecture.
Je ressors pour ma part marquée par cette lecture puissante qui pousse à la réflexion. Nous sommes en présence d'un objet singulier où la culture slave des auteurs transpirent de chaque page avec cette ambiance floue et angoissante qui nous entoure en permanence. On ne peut rester indifférent au parcours initiatique de l'héroïne.
Lien : https://lesblablasdetachan.w..
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critiques presse (1)
Elbakin.net   07 décembre 2018
Mais, à l’heure de l’immédiateté, il n’est pas certain que Vita Nostra se révèle gratifiant pour tous les lecteurs : comme Sasha, il faut à un moment ou un autre en cours de route se résigner à accepter l’indicible en attendant que les choses deviennent plus claires… ce qui n’est pas forcément le cas, même une fois le livre refermé.
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
YuyineYuyine   29 janvier 2020
Rue « Qui-mène-à-la-mer », ce fut ainsi que Sacha décida de l’appeler. Les petites plaques qui portaient le nom mensonger de cette voie, un mot simple et repoussant, n’avait aucun sens. Il arrive que les gens donnent des noms stupides à des choses merveilleuses, et inversement…
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LenocherdeslivresLenocherdeslivres   16 novembre 2019
Le train s'arrêta. Les portes s'ouvrirent dans un grincement. [...]
Un homme en pantalon de jogging et en marcel inspira profondément, lâcha un "Ça, c'est de l'air pur !" et alluma une cigarette. (p.477)
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LenocherdeslivresLenocherdeslivres   11 novembre 2019
Le monde tel que vous le voyez n'existe pas. Quant à l'image que vous vous en faites, n'en parlons pas. Certaines choses vous paraissent évidentes et acquises, pourtant elles n'existent pas. (p.103)
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JustAWordJustAWord   15 octobre 2019
Vous êtes face à un choix : soit errer à jamais entre des rêves effrayants et une réalité cauchemardesque, soit vous prendre en main, accomplir sereinement ce qui vous est demandé et poursuivre une vie normale. Bien sûr, vous pouvez dire « Ce n’est qu’un rêve » et vous réveiller de nouveau. Et notre rencontre se rejouera encore, avec des variations. Mais à quoi bon ?
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LenocherdeslivresLenocherdeslivres   11 novembre 2019
Après tout, si on répétait un mot assez longtemps - "sens, sens, sens" - il se disloquait en une succession de sons et transportait autant d'information que les clapotis de l'eau dans une fontaine. (p.130)
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