AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontresLe Carnet

Claire Malroux (Éditeur scientifique)
EAN : 9782070347599
448 pages
Gallimard (22/11/2007)
4.22/5   54 notes
Résumé :
« Celle qui a tant écrit sur l'adieu a dit adieu au monde il y a cent vingt ans, léguant à d'hypothétiques lecteurs, tandis qu'une mouche venue de ses propres poèmes cognait contre la vitre de sa chambre, "la part d'elle transmissible" : une longue lettre sans signature, composée de centaines de feuillets déposés dans un coffret au fond d'un tiroir de commode. Un tendre et solennel héritage à partager. Une énigme à résoudre par les générations à venir.
Ce mo... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
En préambule, je trouve que la poésie est le parent pauvre de la littérature, c'est ce que je ressens, réussir à décrire un sentiment, un état d'esprit en quelques phrases ça tient de la magie.
" Car l'adieu, c'est la nuit" d'Emily Dickinson à cette magie.
Ce recueil de poème reflète assez bien la tendance du 19ème siècle, la solitude du poète, le " spleen" pour emprunter le mot au grand Charles Baudelaire.
Les mots d'Emily sont crépusculaires, la mort y est présente comme la tombe, dieu est omniprésent, nous sommes dans cette Nouvelle-Angleterre puritaine et dévote.
Le temps semble s'arrêter à la lecture de ses mots magnifique, j'ai retrouvé cette ambiance dans les écrits de Charlotte et Emily Brontë .
la poésie a quelque chose d'intemporel.
j'ai aimé les mots d'Emily Dickinson et j'espère que cette critique attirera d'autres lecteurs qui feront des critiques qui attireront d'autres lecteurs.....
Commenter  J’apprécie          555
Lecture mitigée.

Tout d'abord, allez savoir pourquoi, j'étais persuadée qu'Emily Dickinson était anglaise. Mais il n'y a pas eu de doute possible, dès la première page, elle ne pouvait être qu'américaine. Sa langue, son écriture, ce n'était pas de l'anglais. Très juste me direz-vous, Emily Dickinson est reconnue comme la première grande poétesse américaine... Et voilà ! Avec en plus une langue du 19e siècle. Bon, l'édition est bilingue. Donc on s'en sort.

Mais mon sentiment partagé découle surtout de l'ambiance de plomb des poèmes. Mysticisme et noirceur du propos sont les caractéristiques essentielles de l'ensemble des poèmes. Pour la très grande majorité, pas un seul poème qui ne contienne le mot de 'mort' ou de 'tombeau' ou de 'Dieu', de 'ténèbres', d' 'immortalité', d' 'angoisse', d' effroi', etc ou ne soit marqué par le sceau de la disparition.


Commenter  J’apprécie          261
'Parce que je ne pouvais pas m'arrêter pour la mort -
cet homme eut la bonté de s'arrêter pour moi -
Il n'y avait que nous dans la voiture – rien que nous -
Et l'immortalité.'
Ainsi commence l'un des poèmes les plus connus de la langue anglaise. Écrit par Emily Dickinson, le poème est en six quatrains. le narrateur meurt après le premier, et voyage vers l'éternité en calèche avec la Mort.

Le narrateur voudrait établir que le monde des vivants est structuré et rationnel. À la fin de la vie, nous voyons la seule période de tout le poème, signe d'un arrêt définitif et complet. Qu'en est-il de la Mort ? le narrateur suggère qu'on ne peut pas s'arrêter à la mort. La vie est continue, son sujet ne sachant pas quand elle devrait se terminer. C'est, comme le suggère Dickinson, comme si la mort était basée sur le caprice d'un homme, qui peut choisir de s'arrêter et de prendre une âme dans sa voiture. Mais qu'y a-t-il dans ce carrosse de la Mort ? La mort apporte avec elle l'immortalité. Cependant, il n'y avait qu'elle et Mort dans la voiture, nous ne pouvons donc que la prendre au mot.

'Nous allions lentement - Il avait le temps
Et j'avais écarté
Mon travail, aussi mes loisirs ,
réponse à są courtoisie...4

C'est un thème qui reviendra. Dans l'éternité, il n'y a pas de temps. La mort, que nous considérons comme dure et froide, conduit lentement et 'ne connaît pas la hâte' . Dickinson nous rappelle que la mort est une âme bienveillante .

"Nous sommes passés devant l'école, où les enfants s'efforçaient
À la récréation – en une ronde –
Nous sommes passés devant les Champs d'épis -
Nous avons dépassé le soleil couchant - '

D'abord, elle passe devant son école, racontant sa récréation dans la ronde. Elle passe devant les champs de céréales, qui évoquent des images de longues journées de labeur –– sa vie professionnelle. Et enfin, elle passe le soleil couchant, après quoi la lumière de la vie s'estompe et tout ce qui reste est la mort. le plus intéressant est la brièveté du passage, combinée à l'accent mis sur son enfance. Peut-être que Dickinson aimerait dire que la vie est courte, et que la meilleure partie de celle-ci était son enfance, quand elle 's'efforçait à la récréation – en une ronde'.

'Ou plutôt – Il nous adépassa–
les rosées tombèrent froides et nous apportant des frissons -
ma robe n'était que de gaze-
Mon étole – uniquement du tulle – '

Dickinson semble se moquer d'elle-même avec są robe de gaze, Il semble que la mort, cependant, soit omniprésente, ayant déjà été avec le narrateur. Ce quatrain se veut humble ; tous les petits soucis de la vie sont passés en un instant à la mort, et à l'âme après la mort. Peut-être est-il clair ici que ce que le narrateur appelle la Mort, nous pouvons l'appeler Dieu.

'Nous nous sommes arrêtés devant une maison qui semblait
'Un gonflement du sol –
Le toit était à peine visible -
La corniche – enfoncée dans le sol – '

Une corniche est une doublure ornée entre le toit d'une maison et son mur. Cette maison est soit comiquement petite, soit plus probablement enfoncée dans le sol. Ce quatrain est l'un des plus énigmatiques, mais il semble montrer une maison autrefois ornée d' ne corniche s'enfoncer dans le sol et dans l'obscurité. du point de vue de la mort, qui ne voit pas le temps, tout, même les bâtiments les plus hauts, finira par s'enfoncer dans le sol et être enterré.

'Depuis lors – il y a des siècles - et pourtant
cela semble moins qu'un jour
J'ai d'abord supposé que les têtes de chevaux
regardaient vers l'éternité - "

Il y a une éternité après la mort, qui ignore le temps. L'idée de Dickinson du monde des morts se termine cependant de manière étrange. Elle décriTsa conviction que la voiture fonctionnerait pour toute l'éternité, suggérant qu'elle ne sait pas pourquoi il pourrait en être ainsi, sauf par son intuition.

Alors que doit retenir le lecteur ? La vie est courte, les petites choses qu'elle contient seront oubliées avec le temps et la mort n'est pas à craindre. Au contraire, il doit être considéré comme un lieu où le temps n'a pas de sens dans le voyage sans fin vers l'horizon de l'éternité.
Lien : http://holophernes.over-blog..
Commenter  J’apprécie          70
Emily Dickinson fut l'une des poétesses romantiques les plus modernes de l'Amérique du XIXe et par ailleurs d'un talent extraordinaire et merveilleusement inspirateur. Ceci étant posé, "Car l'adieu, c'est la nuit" contient sa part de frustration, car il s'agit d'une intégrale non-exhaustive - si tant est qu'on peut parler d'intégrale pour peut-être la moitié de ses 1789 poèmes.
Et quand je dis que la poésie est plus apte aux textures qu'à la narration, ça trouve tout son sens ici : la poésie de Dickinson est énigmatique, sybilline, cryptique par moments, et nécessite ou bien une démarche analytique poussée, ou bien qu'on se laisse porter par le flow. Tout est purement sensoriel, sans cesse évoquant la nature et le mysticisme, rappelant le symbolisme à la même époque où celui-ci commençait à éclore ; mais ici plus qu'ailleurs on laisse place à l'expérimental : ponctuation haletante ou hachée face à l'émerveillement ou l'effroi, phrases pas forcément verbales, quasi-absence de rimes. L'anglais dans toute sa beauté crépusculaire déploie ses sonorités aussi murmurantes que hurlées.
Comment déployer de si vastes reliefs avec des mots aussi simples et dépouillés ? Il s'agit de l'"incessante pauvreté" que recherche Emily, dont la vie particulièrement sobre et ennuyeuse lui permit de trouver le merveilleux dans le moindre détail : ici, les rouges-gorges parlent et portent des habits de petits bourgeois, là le sublime kantien peut jaillir de la moindre goutte de rosée. Il peut aussi se faire immense, dès qu'on aborde les voyages fantasmés ou les craintes métaphysiques ; mais tout est toujours porté par des mots très simples, accessibles à tous, et pourtant assemblés juste avec assez peu de relations de cause à effet pour qu'on ne devine pas facilement le mystère au chocolat. Ma seule reproche au recueil est d'ailleurs quand elle tente de faire autrement, incluant des mots scientifiques, politiques ou juste compliqués, jurant abec l'ensemble tellement humble.
Emily Dickinson craignait pour ses poèmes, ne les dévoilait jamais tant ils lui étaient intimes, sauf à de rares personnes pour savoir s'ils étaient "vivants". Et vivants, ils le sont toujours. Profondément vivants, intensément vivants. Même 150 ans plus tard.
Commenter  J’apprécie          51
Cela fait un petit moment que je voulais me plonger dans la lecture de recueils de poésie écrits par des femmes, et l'un des noms qui me revenaient sans cesse à l'esprit était celui d'Emily Dickinson. Commençons donc par là !

Et le titre de ce recueil n'y est pas pour rien dans ce choix de lecture : Car l'adieu, c'est la nuit. Quelle image grandiose pour évoquer la douleur, la peine qui peut nous envahir lorsque nous nous séparons de quelqu'un ! Mais quel désarroi de ne pas trouver ce vers dans le présent ouvrage... (si quelqu'un sait me dire de quel poème il s'agit, je suis preneur).

Une des premières choses qui interpelle à la lecture, c'est la forme des poèmes. On ne sait pas trop quel rythme il faut adopter avec ces tirets. Sont-ils l'équivalent de points ? de virgules ? C'est assez déstabilisant au début (essayez de lire à voix haute, vous verrez) et après la lecture devient plus naturelle.

Même si une majorité des poèmes sont ardus et ne se laissent pas apprivoiser aussi facilement, on relève plusieurs thématiques qui se dégagent au fur et à mesure qu'on avance dans le recueil. Emily Dickinson célèbre autant la nature, que les grands espaces ; les espaces géographiques et métaphysiques (Dieu, la mort, etc). Comment en pourrait-il être autrement lorsqu'on a passé une partie de sa vie cloîtrée chez soi, avec une éducation religieuse rigoureuse ? Nous sommes aussi à une époque de découvertes géographiques, avec la colonisation américaine des terres de l'ouest. Comment vit-on ce bouleversement à domicile ?

D'ailleurs le mystère entourant la vie (et la poésie) de Dickinson me donne envie d'en découvrir plus sur le personnage, et ses motivations d'écriture. Si les biographies se trouvent aisément, les analyses stylistiques sont plus compliquées à dénicher (en tout cas en bibliothèque). Et si cela vous intéresse, je vous conseille de feuilleter la thèse de Sophie Mayer «Formes du mouvement dans la poésie d'Emily Dickinson – déplacements, réécritures, conversions.» (dispo en ligne). Alors oui, comme ça, ça à l'air assez compliqué. Mais à la lecture de l'introduction, vous aurez déjà des pistes pour mieux appréhender l'oeuvre de Dickinson, et notamment comprendre comment le contexte de l'époque, même s'il ne transparaît pas ouvertement dans les vers, influence son écriture.

Sinon, vous pouvez toujours lire en posant votre propre interprétation sur ces poèmes, et même ne rien tenter de comprendre, car au final on se laisse facilement bercer par la beauté des vers, des sons (lisez en anglais, même si vous être anglophobe...) qui pour moi m'apportent paix et réconfort.
Commenter  J’apprécie          30

Citations et extraits (94) Voir plus Ajouter une citation
On ne sait jamais qu'on part - quand on part -
On plaisante, on ferme la porte
Le destin qui suit derrière nous la verrouille
Et jamais plus on n'aborde.

We never know we go - when we are going -
We jest and shut the door
Fate following behind us bolts it
And we accost no more.
Commenter  J’apprécie          1050
J'aime mieux me souvenir d'un Couchant
Que jouir d'une Aurore
Bien que l'un soit superbe oubli
Et l'autre réel.

Car il y a dans le départ un Drame
Que rester ne peut offrir -
Mourir divinement en une fois le soir -
Est plus aisé que décliner -

I'd rather recollect a Setting
Than own a rising Sun
Though one is beautiful forgetting
And true the other one.

Because in going is a Drama
Staying cannot confer -
To die divinely once a twilight -
Than wane is easier -
Commenter  J’apprécie          462
L'Eau, s'apprend par la soif.
La Terre - par les Mers franchies.
L'Extase - par les affres -
La Paix, par le récit de ses combats -
L'Amour, par l'effigie -
L'Oiseau, par la neige.

Water, is taught by thirst.
Land - by the Oceans passed.
Transport - by throe -
Peace, by it's battles told -
Love, by memorial mold -
Birds, by the snow.
Commenter  J’apprécie          520
Du cœur, l'esprit se nourrit
Comme tout parasite
Si le cœur est riche
L'esprit profite
Mais si le cœur faillit
L'esprit s'émacie
Si absolu ce qu'il
Y puise.

The mind lives on the heart
Like any parasite
If that is full of meat
The mind is fat
But if the heart omit
Emaciate the wit
The aliment of it
so absolute.
Commenter  J’apprécie          460
C'était un Poète -
Cet Être
Qui extrait un sens surprenant
De Signes Ordinaires -
Une si vaste Essence

Des espèces familières
Ayant péri à la Porte -
Qu'on s'étonne de ne pas Soi-même
L'avoir captée - d'abord -

D'Images, Révélateur -
Le Poète - Lui et nul autre -
Nous investit - par Contraste -
D'une incessante Pauvreté -

De la Partie - si inconscient -
Qu'un Vol ne le saurait léser -
Lui-même - pour Lui - Trésor -
Au Temps - étranger -
Commenter  J’apprécie          300

Videos de Emily Dickinson (23) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Emily Dickinson
Autrice de près de 1800 poèmes, Emily Dickinson fut la poétesse à la vie recluse et introvertie. Nicolas Herbeaux revient sur son oeuvre avec Lou Doillon et Dominique Fortier.
#emiliedickinson #poesie #bookclubculture
__________ Venez participer au Book club, on vous attend par ici https://www.instagram.com/bookclubculture_ Et sur les réseaux sociaux avec le hashtag #bookclubculture
Retrouvez votre rendez-vous littéraire quotidien https://youtube.com/playlist?list=PLKpTasoeXDrqL4fBA4¤££¤7Lou Doillon16¤££¤ ou sur le site https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/bienvenue-au-book-club-part-2
Suivez France Culture sur : Facebook : https://fr-fr.facebook.com/franceculture Twitter : https://twitter.com/franceculture Instagram : https://www.instagram.com/franceculture TikTok : https://www.tiktok.com/@franceculture Twitch : https://www.twitch.tv/franceculture
+ Lire la suite
Dans la catégorie : Poésie américaineVoir plus
>Littérature (Belles-lettres)>Littérature américaine en anglais>Poésie américaine (87)
autres livres classés : poésieVoir plus
Notre sélection Littérature étrangère Voir plus




Quiz Voir plus

Testez vos connaissances en poésie ! (niveau difficile)

Dans quelle ville Verlaine tira-t-il sur Rimbaud, le blessant légèrement au poignet ?

Paris
Marseille
Bruxelles
Londres

10 questions
1099 lecteurs ont répondu
Thèmes : poésie , poèmes , poètesCréer un quiz sur ce livre