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Michel Delon (Éditeur scientifique)
EAN : 9782070313853
608 pages
Gallimard (10/04/2008)
4.13/5   15 notes
Résumé :

De 1759 à 1781, Diderot le philosophe, l'homme de lettres, a joué au critique d'art en donnant neuf Salons pour une revue littéraire. Il s'agissait alors de proposer aux abonnés, absents de Paris, un équivalent littéraire des œuvres qu'ils ne verraient pas : le lecteur, aujourd'hui encore, appréciera ces textes sans avoir les tableaux ou les sculptures sous les yeux. Le Salon selon Diderot n'est pas seulement de la ... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique

C'est à l'occasion d'une exposition du musée Fabre de Montpellier consacrée à Diderot que j'ai découvert ces Salons, dans l'édition de Michel Delon. A la demande de son ami Grimm, Denis Diderot s'est prêté au jeu de la critique d'art pour la Correspondance littéraire de 1759 à 1781, en se rendant dans les salons du Louvre où étaient exposées les oeuvres d'artistes contemporains. Ce fut aussi une occasion personnelle de découvrir la peinture et la sculpture françaises du XVIIIe siècle qui se limitait à Fragonard et Watteau…

Loin d'être répétitif et ennuyeux, Diderot cherche avant tout à varier les formes et les procédés pour tenir son lecteur en haleine. Non seulement on se délecte de son style vif et théâtral, mais on se plaît aussi à sentir l'évolution du philosophe dans sa perception des oeuvres et dans sa maîtrise de l'exercice. D'un salon à un autre, Diderot peut se contredire, revenir sur une position ou avouer ses erreurs de jugement. Il s'interroge également sur le sens de l'exercice : comment critiquer une oeuvre d'art ? sur quels principes fonder un critique d'art ? comment exprimer une sensation ? quels rapports entretiennent la poésie et la peinture ?

Bref, ces Salons ont du souffle grâce à l'inaltérable verve de Diderot, à son sens de la formule et à sa volonté de ne rien figer dans le marbre, de rendre toujours possible la retouche, le retour en arrière, la variation, tel un artiste toujours à l'oeuvre, cherchant constamment à prolonger le plaisir de la recherche.

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Avis à tous les amateurs d'art et aussi de belle littérature: cette oeuvre de Diderot (que je ne saurais comment qualifier: essais? réflexion?) n'est pas qu'une simple réflexion sur les différentes oeuvres picturales que Diderot a pu rencontrer dans différents salons. Evidement, il traite avant tout de peinture dans ce livre, et il propose notamment d'intéressantes réflexions sur cet art. Mais surtout, on y retrouve ce Diderot causeur, piquant, acerbe; bref, ce Diderot tant apprecié. Ce livre est donc bien plus qu'une simple liste de tableau; il s'agit d'un livre où tout le talent et toute la grâce de Diderot illuminent le propos.

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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation

Si notre religion n’était pas une triste et plate métaphysique ; si nos peintres et nos statuaires étaient des hommes à comparer aux peintres et aux statuaires anciens : j’entends les bons, car vraisemblablement ils en ont eu de mauvais et plus que nous, comme l’Italie est le lieu où l’on fait le plus de bonne et de mauvaise musique ; si nos prêtres n’étaient pas de stupides bigots ; si cet abominable christianisme ne s’était pas établi par le meurtre et par le sang ; si les joies de notre paradis ne se réduisaient pas à une impertinente vision béatifique de je ne sais quoi qu’on ne comprend ni n’entend ; si notre enfer offrait autre chose que des gouffres de feux, des démons hideux et gothiques, des hurlements et des grincements de dents ; si nos tableaux pouvaient être autre chose que des scènes d’atrocités, un écorché, un pendu, un rôti, un grillé, une dégoûtante boucherie ; si tous nos saints et nos saintes n’étaient pas voilés jusqu’au bout du nez ; si nos idées de pudeur et de modestie n’avaient proscrit la vue des bras, des cuisses, des tétons, des épaules, toute nudité ; si l’esprit de mortification n’avait flétri ces tétons, amolli ces cuisses, décharné ces bras, déchiré ces épaules ; si nos artistes n’étaient pas enchaînés et nos poètes contenus par les mots effrayants de sacrilège et de profanation ; si la Vierge Marie avait été la mère du plaisir ; ou bien, mère de Dieu, si c’eût été ses beaux yeux, ses beaux tétons, ses belles fesses qui eussent attiré l’Esprit Saint sur elle, et que cela fût écrit dans le livre de son histoire ; si l’ange Gabriel y était vanté par ses belles épaules ; si la Madeleine avait eu quelque aventure galante avec le Christ ; si aux noces de Cana le Christ entre deux vins, un peu non-conformiste, eût parcouru la gorge d’une des filles de noces et les fesses de saint Jean, incertain s’il resterait fidèle ou non à l’apôtre au menton ombragé d’un duvet léger : vous verriez ce qu’il en serait de nos peintres, de nos poètes et de nos statuaires ; de quel ton nous parlerions de ces charmes qui joueraient un si grand et si merveilleux rôle dans l’histoire de notre religion et de notre Dieu, et de quel œil nous regarderions la beauté à laquelle nous devrions la naissance, l’incarnation du Sauveur, et la grâce de notre rédemption. [Essai sur la peinture]

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A tout moment, je donne dans l’erreur, parce que la langue ne me fournit pas à propos l’expression de la vérité. J’abandonne une thèse, faute de mots qui rendissent bien mes raisons. J’ai au fond de mon cœur une chose, et j’en dis une autre. Voilà l’avantage de l’homme retiré dans la solitude. Il se parle, il s’interroge, il s’écoute, il s’écoute en silence. Sa sensation secrète se développe peu à peu ; et il trouve les vraies voix qui dessillent les yeux des autres et qui les entraînent. [Salon de 1767]

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Si mes pensées sont justes, vous les fortifierez de raisons qui ne me viennent pas, et de conjecturales qu’elles sont vous les rendrez évidentes et démontrées. Si elles sont fausses, vous les détruirez. Vraies ou fausses, le lecteur y gagnera toujours quelque chose. [Salon de 1767]

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Il y a bien de la différence entre un raisonneur et une homme raisonnable : l’homme raisonnable se tait souvent ; le raisonneur ne déparle pas. [Pensées détachées sur la peinture]

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Au moment où l’on put arriver à tout avec de l’or, on voulut avoir de l’or ; et le mérite, qui ne conduisait à rien, ne fut rien. Il n’y eut plus aucune émulation honnête. L’éducation resta sans aucune base solide. [Satire contre le luxe]

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