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EAN : 9782707318589
235 pages
Éditeur : Editions de Minuit (31/12/2003)
4.06/5   8 notes
Résumé :
Voir une image, cela peut-il nous aider à mieux savoir notre histoire ?
En août 1944, les membres du Sonderkommando d’Auschwitz-Birkenau réussirent à photographier clandestinement le processus d’extermination au cœur duquel ils se trouvaient prisonniers. Quatre photographies nous restent de ce moment. On tente ici d’en retracer les péripéties, d’en produire une phénoménologie, d’en saisir la nécessité hier comme aujourd’hui. Cette analyse suppose un question... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
ATOS
  05 mai 2013
« Pour savoir, il faut s'imaginer », « révoquez l'inimaginable ! », nous déclare Georges Didi-Huberman (G.D.H).
Dépassez l'imaginable et vous aurez une réalité assez forte pour troubler le coeur et l'esprit, nous enseigne Gaston Bachelard. Mais il nous a également appris que l'imagination est un devenir. Se pourrait il que l'image recèle bien plus que ce que nous y voyons ?
Barthes déclarait dans le « système de la mode » : l'image suscite une fascination, la parole une appropriation. L'image est pleine, c'est un système saturé. La parole est fragmentaire, c'est un système disponible. » faisant ainsi de l'image un langage fermé. Comme si, d'après lui, toute l'image était l'Image.
Comme si elle était le cadre définitif de la vérité de ce qu'elle se voudrait donner, cintrée dans son unique représentativité.
Ce que Georges Didi-Huberman nous propose dans son ouvrage « Images malgré tout » c'est de reconquérir notre liberté de penser, notre droit à composer, recomposer, monter, démonter, les images, quelque soit l'image.
L'image nous montre, mais elle nous laisse surtout deviner, supposer, elle nous fait entendre, et nous laissera « à penser » si nous nous permettons à nouveau de la lire et la relire pour la bien comprendre, et la plus justement replacer.
« Images malgré tout », nous propose de reprendre la parole, le langage qui nous fut ôté après le traumatisme génocidaire de la seconde guerre mondiale.
Il faut comprendre ce que ce crime, ces crimes, contre notre commune humanité a pu générer comme censure dans nos esprits, esprits mis sans parole devant l'inexprimable.
Il en résulta une totale impuissance face à ce qui jusqu'à lors ne se concevait pas. Faire face à la capacité de certains de nos semblables nous rendit incapables d'utiliser notre ancien langage.
Mutisme traumatique.
Regarder les images de cet inimaginable c'était en quelque sorte entrer en sa propre lecture, pourtant seul chemin possible pour atteindre la lecture de notre monde.
Dans ce monde, où l'on se voit saturé d'images, bombardés de visuels, on réalise à la lecture de cet ouvrage à quel point cette image justement est si peu réfléchie, si peu pensée par nous.
L'image montre ce que nous en voyons.  Soit.
Mais l'image se situe. Elle se place. Elle s'inscrit dans la marche de notre temps commun, dans les gestes de l'Homme.
Quand, comment, pourquoi, par qui, où, l'image est elle prise ?
D'ailleurs prend- on une image ? Ou crée t on une image ?
Détournons nous une image en tentant de l'expliquer ou justement en refusant de la placer dans son contexte temporel, dans la rythmique du pas de l 'homme ?
Montrer, c'est dire. Doit on tout dire ? Peut on encore dire ? Au delà de l'image que risquerions nous de découvrir ?
Qui doit s'autoriser à dire, à opérer lecture de l'image ?
L'annonciation d'une image peut elle être niée ? Voilée ?
Qui parlera ? Qui osera écouter ?
Savoir c'est s'imaginer.. Peut on savoir sans comprendre ?
Évidement : non.
S'imaginer ce n'est pas s'inventer, c'est concevoir toute possibilité.
G.D.H revendique, malgré tout, notre droit de recherche.
Rien n'est indicible, rien n'est impensable, rien n'est devenu impossible.
C'est l'incroyable et épouvantable héritage qui nous a aura légué ce 20e siècle.
Le meilleur, souvent, et le pire, surtout. Capables du meilleur comme du pire...
Et cette prise de conscience n'est pas un acte d'assimilation. C'est un acte de lucidité. Dire que mon semblable peut devenir inhumain, ce n'est pas me déclarer semblant à lui. C'est comprendre notre nature et trouver les moyens de remédier à notre possible dégénérescence.
L'homme est faillible, c'est une idée qui peut générer de violentes critiques, dans un monde où les hommes se croient fait à l'image des dieux... Mais l'homme se doit d'être perfectible, et cet élan le sauvera des dieux.
C'est ce que G.D.H nous propose de faire : ouvrir les yeux, voir justement ce que l'image ne montre pas.
Ce vide, ce manque, qui n'est que la représentation de notre manquement à notre humanité.
Il nous faudra nous autoriser à énoncer pour pouvoir annoncer.
Il nous faudra combler ce vide pour reprendre parole.
De l'Atlas d'Abby Warburg jusqu'à « l'histoire(s) du cinéma » de JL Gogard, les images ne sont pas toutes, c'est vrai, mais elles sont très certainement toutes déjà là, toutes reliées les unes aux autres.
Et c'est à nous que revient la tâche d'opérer cette relecture.
Opérer le montage des images que nous générons, ainsi nous sera t il possible de décrypter le scénario de notre histoire commune.
Dyptique constant,... histoire sans fin peut être...
Mais si nous voulons comprendre ce qui s'est produit, et éviter que cela ne se reproduise , il faut faire face à la Gorgone et pour cela utiliser le bouclier de toutes nos images pour pouvoir terrasser cet être redoutable.
« Images malgré tout » nous interroge au sujet de ce que nous ne cessons pas de produire et reproduire, inlassablement : l'image, nos images, Notre Image.
Se poster devant le miroir est exercice difficile.
Trouble, effroi, fascination, désertion, mutisme, rejet, mille sentiments viendront battre notre esprit.
Mais pour faire face à la réalité, il faut prendre l'image, la saisir, la regarder, la comprendre dans sa totalité : son plein, son vide, sa présence, son absence, son silence, ses ombres et ses cris.
Ce qu'elle éclaire, ce qu'elle tait, ce qu'elle tord ce qu'elle prolonge.
L'image n'est pas toute, mais toutes les images peuvent mener à l'Image.
Refuser ce montage, cette relecture c'est condamner l'humanité à ne jamais trouver ou retrouver son histoire, sa mémoire collective.
La composition des images provoque un langage.
Ce langage nous le perdons dès que nous nous ôtons le droit à composer, à recomposer le puzzle de notre mémoire.
L'ensemble doit donner signification.
La signification ne sera jamais justification.
Signification donnera compréhension.
Compréhension donnera possible jugement.
Ne vouloir donner aucune signification, c'est ne rien vouloir comprendre, errer dans la déraison.
C'est comme si le crime avait été une torsion, un « improbable », un irréel de l'histoire. C'est en faire un impossible.
Refusez de sonder l'insoutenable c'est oublier, c'est tous nous oublier.
Perdre la mémoire du mal c'est répondre à l'attente des bourreaux, vider l'humain de sa substance, le déshumaniser, le priver de tout ce qui fait de l'homme un humain : sa faculté de se connaître, de se reconnaître en l'autre, d'élaborer sa pensée en l'étayant avec sa mémoire.
Prononcer n'est pas tout dire.
De nos jours, on prononce des sons et des images comme des sentences.
On ne relie rien.
La déstructuration voudrait être partie gagnante.
Lorsque que la déstructuration se met en place, toute intention devient illisible.

Il n'y a pas d'acte gratuit. Chaque geste, chaque son, chaque image, chaque mouvement, chaque forme, chaque couleur doit être considéré comme le chaînon manquant à notre lecture commune.
Et c'est ce que revendique G.D.H : le droit à la lisibilité pleine et libre de notre « Phrase » commune.
L' intelligence, de notre bien mais aussi de notre mal, réside dans l'assemblage, le montages des images que nous délivrons.
Délivrer des images, c'est nous rendre liberté.
Malgré tout, il convient de nous repenser.
Pointer notre regard, c'est porter parole.
Lire l'image c'est délivrer le message.
Pas de vérité unique, pas de pensée unique, pas d'image unique, pas de parole unique. le mono-manie est un leurre de l'esprit.
L'assemblage de nos singularités génère l'intelligence de notre Ensemble.
Nous ne pouvons pas nous fondre, nous dissoudre dans l'unité, nous ne pouvons pas survivre dans l'arrêt sur images.
Aucune vérité ne sera révélée par l'image, mais elle peut être connue par tous dans le reflet de ce que nous voyons.
Le dyptique réalisé par notre complémentarité, s'exprimant dans nos contradictions, maintient la cohérence de notre langage.
Sans langage : aucun discours possible.
Sans discours aucune pensée ne peut être élaborée, discutée, réfutée, et donc ne pourra jamais être validée.
« Pour savoir, il faut s'imaginer », alors, malgré tout, regardez et vous comprendrez mieux.
«  SAPARE AUDE ! » (Horace – Epitres I, 2, 40) .
« Il faut deviner le peintre pour comprendre l'image » -F Nietzsche.
«  La vision est la palpation par le regard »  Merleau Ponty
Astrid SHRIQUI GARAIN
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jmarcio
  15 juin 2021
Ce livre traite un sujet très difficile : tout ce que l'on peut extraire de quatre photographies prises par des membres du "sonderkommando" dans le camp d'Auschwitz, montrant "l'inimaginable", l'extermination industrielle d'êtres humains.
Ce sont quatre photos prises à la sauvette dans le but de montrer à ceux qui étaient à l'extérieur du camp ce qui se passait là-bas.
L'auteur analyse ces images avec tous les points de vue possibles : le contexte et la difficulté de la prise de vue, la valeur de la photo en tant que preuve, que document historique, que document esthétique,... mais aussi de l'intérêt de les préserver et de les montrer.
La première partie du livre constitue un texte originalement publié en 2001 dans "Mémoire des Camps. Photographies des camps de concentration et extermination nazis". Ce texte a été contesté et lourdement critiqué par G. Wajcman et E. Pagnoux. Dans la partie restante du livre, l'auteur pousse jusqu'au bout l'analyse de ces images et répond, point par point, à ces critiques.
L'auteur replace ces photos dans un contexte plus large de la transmission historique de ce qui a été la Shoah et commente les choix faits par, par exemple, C. Lanzmann dans "Shoah", Alain Resnais dans "Nuit et Brouillard" ou Jean-Luc Godard dans "Histoire(s) du cinéma".
Vue l'énormité de ce qui s'est passé, il y en a qui se posent la question de la pertinence de montrer les images de la Shoah.
On peut, à certains moments, identifier une certaine polémique dans les réponses faites par l'auteur à ceux qui l'ont critiqué, mais cela n'enlève en rien l'objectivité de l'analyse. En tout cas, on peut comprendre qu'il s'agit d'un sujet extrêmement difficile à traiter et que les plaies de cette période de l'histoire ne se sont pas encore refermées.
La question de fond est : Comment imaginer que cela a pu exister ? Imaginer que quelqu'un a pu le concevoir et mettre en place ? Inimaginable mais, malgré tout, ce sont des images réelles.
Un complément, du même auteur, est "Écorces". C'est un petit livre de moins de 100 pages où il raconte sa visite, en 2011 (donc après l'écriture de ce livre) à Auschwitz et Birkenau, y compris l'endroit d'où ont été prises les photos par les Sonderkommando. C'est, à mon avis, le complément qui manquait à ce livre.

Lien : http://lecture.jose-marcio.o..
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Cyril_lect
  14 novembre 2016
En 2000 l'exposition "Mémoire des camps" montre quatre photos rescapées, quatre photos prises dans les camps de concentration, prises non pas par les bourreaux mais par les victimes. Georges Didi-Huberman en rédige le catalogue. Il s'ensuivra une polémique virulente sur le régime de ces images et donc des images. Images malgré tout reprend le texte du catalogue, ainsi que la réponse de Georges Didi-Huberman à ses détracteurs. La lecture est éprouvante, je me suis retrouvé tremblant, derrière ces pages, terrorisé par ce que l'on croît connaitre et que l'on approche par fulgurances dans cette lecture indispensable mais bouleversante.
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
Cyril_lectCyril_lect   03 juin 2017
Pour savoir il faut s'imaginer. Nous devons tenter d'imaginer ce que fut l'enfer d'Auschwitz en été 1944. N'invoquons pas l'inimaginable. Ne nous protégeons pas en disant qu'imaginer cela, de toutes les façons -car c'est vrai-, nous ne le pouvons, nous ne le pourrons pas jusqu'au bout. Mais nous le devons, ce très lourd imaginable.
p. 11
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Videos de Georges Didi-Huberman (21) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Georges Didi-Huberman
#JournéeDeLaPhilo2020 #Philosophie #LesRencontresPhilosophiquesdeMonaco #Philomonaco
Philosopher ensemble !
#Trailer de présentation des Rencontres Philosophiques de Monaco
Avec la participation de: Alain Fleischer, Anastasia Colosimo, Anne Dufourmantelle, Avital Ronell, Barbara Cassin, Bernard Harcourt, Bernard Stiegler, Boris Cyrulnik, Bruno Karsenti, Camille Riquier, Catherine Chalier, Catherine Millet, Charlotte Casiraghi, Christian Godin, Claire Chazal, Claire Marin, Claude Hagège, Cynthia Fleury , Davide Cerrato, Denis Kambouchner, Dominique Bourg, Donatien Grau, Edwige Chirouter, Elisabeth Quin, Emanuele Coccia, Éric Fiat, Étienne Bimbenet, Fabienne Brugère, François Dosse, Frédéric Gros, Frédéric Worms, Gary Gillet, Geneviève Delaisi de Parseval, Geneviève Fraisse, Georges Didi-Huberman, Georges Vigarello, Géraldine Muhlmann, Gérard Bensussan, Hakima Aït El Cadi, Jean-Luc Marion, Jean-Pierre Ganascia, Joseph Cohen , Judith Revel, Julia Kristeva, Laura Hugo, Laurence Devillairs, Laurent Joffrin, Luc Dardenne, Marc Crépon, Marie Garrau, Marie-Aude Baronian, Mark Alizart, Markus Gabriel, Marlène Zarader, Martine Brousse, Corine Pelluchon, Maurizio Ferraris, Mazarine Pingeot, Michael Foessel, Miguel de Beistegui, Monique Canto-Sperber, Nicolas Grimaldi, Olivier Mongin, Paul Audi, Perrine Simon-Nahum, Peter Szendy, Philippe Grosos, Pierre Guenancia, Pierre Macherey, Raphael Zagury-Orly, Renaud
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