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Critique de Takalirsa


Takalirsa
  04 avril 2016
Le récit à la fois désabusé et poétique d'un amoureux des mots.
Comment rendre compte de ce court roman sans le dénaturer ? Il y a tant d'impressions, de ressentis, parfois contradictoires, qui ont influé au cours de ma lecture ! Au début, la description de « la Chose », la broyeuse de livres invendus, m'a fait penser à l'alambic de « L'Assommoir » ou encore à la locomotive de « La Bête humaine » : la machine est décrite comme une bête vorace et immonde, presque vivante et même cannibale... et il en résulte un sentiment quasi horrifique. Guylain projette sur elle tout son dégoût, sa répulsion de son métier – de sa vie ?

Car il est bien morose, le quotidien de ce (pourtant) jeune ouvrier... A peine sa lecture publique matinale lui donne-t-elle la force d'affronter « cet écoeurement qui l'étouffait à l'approche de l'usine »... de supporter les aboiements de son chef planqué en haut de sa guérite, pour qui « seule comptait la courbe » (de chiffres, de production), et son collègue que chaque perspective de destruction massive semble exciter. Quand Guylain rentre chez lui, c'est à peine moins glauque : un studio austère, des dimanches vides, et un poisson rouge dans son bocal pour seule compagnie – un Rouget de l'Isle sixième du nom car chaque spécimen mort est remplacé par un identique... Triste symbole d'une monotonie bien enracinée et que rien (ni personne) ne semble vouloir changer.

Et pourtant de menus événements vont venir ébranler cette petite routine minable, et apporter de tièdes mais ô combien appréciables rayons de soleil dans l'existence de Guylain, atténuant progressivement son mal-être. Les mamies fans de ce liseur du 6h27, les soeurs Delacôte, m'ont beaucoup fait sourire, tout comme Yvon le gardien de l'usine qui, passionné de tragédies raciniennes, ne s'expriment qu'en alexandrins, surprenant ainsi plus d'un livreur ! Et puis il y a Giuseppe, l'ancien opérateur en chef, diminué par un terrible accident, dont Guylain s'occupe avec un dévouement très touchant. Sans oublier la mystérieuse Julie, dame-pipi dont le jeune homme a trouvé par hasard les écrits...

Autant de personnages qui, chacun à sa manière, nous fait partager son amour des mots. A une époque où les livres ont une durée de vie de plus en plus courte, où l'on détruit les oeuvres au lieu de les laisser finir leur vie doucettement sur l'étal d'un bouquiniste, ceux-là glorifient les écrits partagés à voix haute, les extraits qui donnent envie d'en savoir plus sur l'oeuvre complète, les textes qui soulèvent des interrogations et suscitent des réactions (Ooh la délectation des petits vieux lorsque Huguette leur lit une scène érotique !!), bref qui crée des échanges. N'est-ce pas là la vocation de tout récit, le désir secret de tout auteur ?
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