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Pierre Demarty (Traducteur)
EAN : 9782246712510
281 pages
Grasset (05/09/2007)
3.8/5   331 notes
Résumé :

Une soirée ordinaire, fin décembre à New York. Joan Didion s'apprête à dîner avec son mari, l'écrivain John Gregory Dunne - quand ce dernier s'écroule sur la table de la salle à manger, victime d'une crise cardiaque foudroyante.

Pendant une année entière, elle essaiera de se résoudre à la mort du compagnon de toute sa vie et de s'occuper de leur fille, plongée dans le coma à la suite d'une grave pneumonie.

La souffrance, l'inc... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (63) Voir plus Ajouter une critique
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Bilan mitigé pour moi à cette lecture, pas inintéressante mais pas non plus génératrice de pensées magiques ou susceptible de me marquer une (ou des) année(s).

Pourquoi ? Parce que Joan Didion reste en surface pour décrire l'année difficile qu'elle passe après la mort de son mari, principalement au chevet de sa fille hospitalisée pour des hémorragies cérébrales. On pourrait penser que cette façon très distanciée de raconter la douleur évite les montagnes de kleenex et fait naître des émotions moins exacerbées mais plus justes. On pourrait le penser, mais ce n'est pas le cas, en tout cas ça ne l'a pas été pour moi. J'ai simplement trouvé ça froid et 'bêtement' intellectuel.

À sa décharge, c'est probablement la seule méthode trouvée par Joan Didion pour affronter ses drames et faire face. Mais c'est dommage, car certains sujets évoqués auraient à mon sens mérité d'être plus creusés, comme par ex ces allusions sibyllines à un divorce ou à des regrets de n'avoir pas mené de grands projets en couple. J'imagine que Joan Didion aurait eu peur de trahir son mari en écrivant cela, comme elle craint constamment de le trahir au cours du livre. Pourtant, c'est ça qui est intéressant et émouvant : les failles et la vérité, bien plus que l'idéalisation ou le name-dropping des centaines d'amis qu'on a (et que j'envie à Joan Didon, je l'avoue, car elle a du participer à 5 fois plus de dîners et autres sauteries en société pendant son année de deuil que moi pendant l'année normale écoulée). de même pour Quintana présentée dans le livre comme une jeune femme de santé fragile mais heureuse, alors que Wikipedia évoque dépression et alcoolisme...

Tout ça donne au final un livre très cérébral, trop cérébral, et pas assez magique à mon goût.

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Quel beau titre, et quelle belle couverture! Malheureusement, si le sujet m'a intéressée, il ne m'a pas profondément touchée.

Joan Didion écrit sur cette année qui a suivi le décès brutal - mais envisagé par lui - de son mari suite à une crise cardiaque. Elle y évoque sa stupeur, son incompréhension, et tous ces gestes consistant à chercher le dernier mot lu, le dernier écrit, la dernière pensée, le dernier repas afin de le retrouver.

Je rejoins certaines critiques que je viens de lire, selon quoi Joan Didion ne va pas aussi loin qu'elle pourrait -par scrupule envers son mari? Par peur d'en souffir davantage?. Peut-être est-ce aussi une question de culture, dans le sens où il est de bon ton aujourd'hui de se montrer fort dans des situations de deuil, comme elle le dit elle-même.

L'année de la Pensée Magique m'a tout de suite fait penser à J'ai Réussi à Rester en Vie, de Joyce Carol Oates, essai écrit à peine quelques années plus tard sur le même thème. Je n'ai pas ce dernier essai à portée de main mais je me demande même si JCO n'y évoque pas Joan Didion d'ailleurs.

La différence étant, entre les deux, que JCO va plus loin dans la douleur, le manque et une certaine folie. L'autre différence étant également que Joan Didion a, elle, une fille, qui est hospitalisée et mourra quelques mois plus tard, même si elle ne parle pas de ce décès dans ce livre.

J'ai néanmoins beaucoup aimé les recherches qu'elle a effectuées pour se retrouver dans un certain schéma et la manière dont elle évoque ces dérives de la pensée qu'elle essaie à tout prix d'éviter, l'emprise qu'elle veut avoir sur les explications scientifiques de la mort de son mari -ou les problèmes de santé de sa fille - ses doutes, ses tâtonnements lui permettant de lutter contre le désespoir.

Un beau livre somme toute, mais inachevé à mon goût.

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J'ai toujours un peu d'appréhension au moment de lire des témoignages, par crainte (naïve) de faire acte de voyeurisme, mais le thème de celui-ci, la mort et le deuil, me hante, alors : let's go !

Joan Didion, grande figure de l'intelligentsia américaine qui vient de disparaître, raconte comment elle a survécu au décès de son époux John Dunne, lui même écrivain, journaliste et scénariste, après 40 ans de vie commune.

Et ce n'est pas le livre auquel je m'attendais. Je pensais y trouver des réflexions profondes et universelles sur la mort, et je n'ai lu que le récit d'une veuve hagarde et courageuse, qui se remémore les instants innocents et heureux, et narre les épreuves difficiles. Il y a bien quelques préceptes bien formulés, mais ils tournent en boucle. Didion dissèque froidement chaque situation et s'auto-analyse sans complaisance, mais j'ai été profondément agacée par tous les petits détails qui rappellent sa mondanité, et soulignent d'autant plus son décalage avec la vraie vie quand elle est contrainte de s'y immerger ou qu'elle expérimente sa propre vulnérabilité.

Ce témoignage est peut-être en mesure d'apporter du réconfort, du courage et de l'espoir à ceux qui sont confrontés à la mort, mais il ne m'a absolument pas touchée et ne m'a rien enseigné ; et il est trop autocentré à mon goût.

Je retourne aux romans.

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Comment passe-t-on de la vie ordinaire au cauchemar absolu ? C'est très simple : en une fraction de seconde. « Et puis plus rien - disparu », commente Joan Didion. L'instant d'avant, l'écrivain John Gregory Dunne, son mari depuis quarante ans, buvait son whisky du soir au salon, L'instant d'après, il était ce corps que les pompiers ne parviendront pas à réanimer. Commencé « neuf mois et cinq jours » après cette soirée funeste, le livre de Joan Didion est une tentative pour comprendre,mais comprendre quoi...

Il faut dire aussi que tous deux revenaient d'un service de réanimation où leur fille unique, Quintana, était entre la vie et la mort ( Quintana est morte après la sortie du livre..., Joan Didion parlera de sa fille adoptive dans le bleu de la nuit ).

« Savoir, c'était contrôler », écrit-elle. Hélas non. Et on lit là le récit d'une femme habituée à tout contrôler, et qui, là, ne comprend pas pourquoi il en est autrement.

Alors elle écrit. Tout. Avec tous les détails, les souvenirs, comme si , comme dans les scénarios qu'elle écrivait avec son mari, elle pouvait changer la fin du film...

Elle entre dans les univers bien connus ( enfin, que seuls peuvent comprendre ceux qui l'ont connu de très près) du deuil. La culpabilité, bien sûr ( et si j'avais fait autrement, est ce que???) . La prise de conscience de ses jugements très sévères sur d'autres:

"Je me souviens du mépris que m'avait inspiré le livre écrit par la veuve de Dylan Thomas, Caitlin, après la mort de son mari, Leftover life to kill. Je me souviens de mon dédain, de ma sévérité envers sa façon de ‘s'apitoyer', de ‘geindre', de ‘s'appesantir'. Leftover life to kill est paru en 1957. J'avais vingt-deux ans. le temps est l'école où nous apprenons".

Et puis aussi, la conscience de ce qu'elle perd, qui n'est pas seulement l'homme aimé, mais aussi son regard sur elle:

"Le mariage, ce n'est pas seulement le temps ; c'est aussi, paradoxalement, le déni du temps. Pendant quarante ans, je me suis vue à travers le regard de John. Je n'ai pas vieilli. Cette année, pour la première fois depuis mes vingt-neuf ans, je me suis vue à travers le regard des autres ; pour la première fois, j'ai compris que j'avais de moi-même l'image d'une personne beaucoup plus jeune. Nous sommes d'imparfaits mortels, ainsi faits que lorsque nous pleurons nos pertes, c'est aussi, pour le meilleur et pour le pire, nous-mêmes que nous pleurons. Tels que nous étions. Tels que nous ne sommes plus. Tels qu'un jour nous ne serons plus du tout"..

Ce texte , qui a quelquefois la froideur clinique des rapports médicaux, m'a fait penser à certains rescapés d'accidents indemnes , mais dont des membres de la famille sont morts. le contact n'est plus possible, ils sont eux aussi dans un autre monde. C'est très retenu, presque sec, mais on sent que Joan Didion écrit ainsi parce que tout ce qui lui reste est justement le contrôle de l'écriture, et que sinon, elle sombre.

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« Tout se passe comme d'habitude, et puis tout à coup, c'est le bordel total ».

Énième victime d'une rupture de l'artère intraventriculaire antérieure -la faiseuse de veuves- John Dunne meurt en laissant son épouse Joan désemparée (d'ailleurs est-on jamais préparé à la mort d'un proche ?). Dans le même temps, leur fille Quintana lutte dans le coma contre un virus potentiellement mortel. Il faudra une année entière à Joan pour commencer à réagir, grâce à l'écriture de L'année de la pensée magique -traduit par Pierre Demarty-, roman catharsis autobiographique.

Difficile -et pas envie- d'en dire plus, tellement cet état et ce livre sont personnels et génèrent des réactions de lecture qui touchent au plus profond de nos propres intimités. « le chagrin du deuil, en fin de compte, est un état qu'aucun de nous ne connaît avant de l'avoir atteint ». Une évidence, soit. Mais pas mieux.

Ce texte est assurément magnifique, et m'a secoué. Je le relirai et l'offrirai. Une question me taraude en fin de lecture : quand ce livre porte t-il sa pleine puissance ? Dans un contexte personnel de deuil ou au contraire, en dehors et de manière distanciée ?

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critiques presse (1)
LePoint
27 juillet 2020
Dans L'Année de la pensée magique, Joan Didion retrace l'année où elle a perdu son mari et où sa fille a été plongée dans le coma. L'écrivaine tente de s'évader dans la « pensée magique » pendant que nous, lecteurs, restons dans l'analyse implacable du deuil. Le récit transmet une force inouïe. La force du don dans le partage d'une expérience universelle, dans l'amour indestructible d'un couple, dans l'écriture comme garde-fou contre la folie.
Lire la critique sur le site : LePoint
Citations et extraits (81) Voir plus Ajouter une citation

La mort d'un parent, écrivait-il, "quoique nous y soyons préparés, et malgré notre âge, remue des choses profondes en nous, déclenchent des réactions qui nous surprennent et peuvent libérer des souvenirs, des sentiments que nous pensions éteints depuis longtemps. C'est comme si, durant cette période indéterminée qu'on appelle le deuil, on était dans un sous-marin, entouré par le silence de l'océan, conscient du poids de la profondeur, tantôt proche, tantôt lointain, assailli par la mémoire."

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Le mariage, c'est la mémoire ; le mariage, c'est le temps. Le mariage, ce n'est pas seulement le temps ; c'est aussi, paradoxalement, le déni du temps. Pendant quarante ans, je me suis vue à travers le regard de John. Je n'ai pas vieilli. Cette année, pour la première fois depuis mes vingt-neuf ans, je me suis vue à travers le regard des autres ; pour la première fois, j'ai compris que j'avais de moi-même l'image d'une personne beaucoup plus jeune. Nous sommes d'imparfaits mortels, ainsi faits que lorsque nous pleurons nos pertes, c'est aussi, pour le meilleur et pour le pire, nous-mêmes que nous pleurons. Tels que nous étions. Tels que nous ne sommes plus. Tels qu'un jour nous ne serons plus du tout

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Les gens qui ont récemment perdu quelqu'un ont un air particulier, que seuls peut-être ceux qui l'ont décelé sur leur propre visage peuvent reconnaitre. Je l'ai remarqué sur mon propre visage et je le remarque à présent sur d'autres. C'est un air d'extrême vulnérabilité, une nudité, une béance.

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Je sais pourquoi nous essayons de garder les morts en vie : nous essayons de les garder en vie afin de les garder auprès de nous.

Je sais aussi que, si nous voulons vivre nous-m^mes, vient un moment où nous devons nous défaire de nos morts, les laisser partir, les laisser morts.

Les laisser devenir la photo sur la table de chevet.

Les laisser devenir le nom sur les comptes de tutelle.

Les laisser partir au fil de l’eau.

Savoir tout cela ne rend pas plus facile de le laisser partir au fil de l’eau.

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Tu ne crains rien.

Je suis là.

J’avais cru que nous avions ce pouvoir.

Maintenant je sais que si nous voulons vivre nous-mêmes, vient un moment où nous devons nous défaire de nos morts, les laisser partir, les laisser morts.

Savoir tout cela ne rend pas plus facile de les laisser partir au fil de l’eau

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« La littérature, c'est ce sursaut de l'imagination dont on a tant besoin. » Justine Augier
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**Croire. Sur les pouvoirs de la littérature** de Justine Augier
Dans une époque prodigue en menaces et en sombres horizons, tandis qu'elle tourne autour d'un livre qui affirmerait la puissance du langage, Justine Augier voit son projet d'écrire sur la littérature comme lieu de l'engagement entrer en collision avec la maladie et bientôt la mort de sa mère. Alors que la nature même de l'urgence mute, l'intime et l'universel se tressent dans un texte bouleversant de justesse et de clairvoyance. Qui choisit de croire à la force des mots, à la valeur sacrée de leur sens, à leur mise en acte – aux pouvoirs de la littérature. Jusqu'à faire de chaque lecteur un résistant. À l'intersection du littéraire et du politique, un livre bref et fulgurant qui trouve sa place auprès de ceux de Hannah Arendt et Joan Didion.
https://www.actes-sud.fr/catalogue/litterature/croire
--- #litteraturefrancaise #rentréedhiver
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