AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures

Frédéric Richaud (Éditeur scientifique)
EAN : 9782868532374
211 pages
Éditeur : Éd. Éolienne (19/05/1998)

Note moyenne : 4.16/5 (sur 46 notes)
Résumé :
Je savais bien deux choses pour les avoir vues moi-même, je savais les fleurs et les étoiles.
J'avais pris un pot de géranium et planté les fleurs dans la terre et les racines vers le haut. Mais lui s'était tordu la tête comme quelqu'un qui se bat et était remonté par-dessus ses racines. Les fleurs remontent vers les étoiles parce que les étoiles leur donnent à boire. On voit les étoiles dans les puits, mais au contraire les étoiles sont des puits et la pluie... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
michfred
  14 avril 2020
La photo de la première de couv', aux éditions le temps qu'il fait, montre la "gueule" de Luc Dietrich. Et c'est déjà lui, tel qu'il se peint dans le Bonheur des tristes quand,   après une remarque féminine sur sa laideur, le jeune Dietrich se regarde au miroir:
"C'était moi, mais quel drôle de moi! Mon visage était comme une racine avec ses barbes follettes! Mon regard fendait cette noirceur, comme un coutre la terre. Ma bouche y vivait comme une balafre fraîche.  Et par-dessus le tout, poussait un pin qui débordait sur les oreilles et le cou.Je ne savais si c'était ridicule, désolant ou beau, mais je ne ressemblais pas aux autres: j'étais plus grand et plus visible."
Tout le livre a cette même honnêteté, cette désarmante  lucidité, cette déchirante modestie et cette bouleversante poésie de la formule, qui balaie d'un coup de faux les poncifs, les clichés,  les convenances.
Le bonheur des tristes est le récit d'une enfance chérie et cruelle, celui des 22 premières années d'un garçon amoureux de sa mère -  une femme tendre, fragile, droguée au laudanum et qui en meurt- un fils qui la couve, la protège, et, dans un amour toujours inquiet, grandit  auprès d'elle, dans la mesure où les cures de désintoxication de celle-ci  ne l'éloignent pas de lui, envoyant alors le petit Luc chez un vieil oncle pervers,  dans un asile pour débiles, ou dans une ferme qui a tout d'un bagne pour enfants.
Il y a du Poil de Carotte dans ce récit-là , pour la cruauté des hommes, la force résiliente de l'enfant, la consolante beauté de la nature, mais pas pour  le cynisme , ni l'afféterie dans la formulation qui est la marque de Jules Renard qui parfois semble parler par aphorismes.
Luc Dietrich, lui,  est un sauvage, il parle sauvagement, avec ses tripes, avec son oeil de voyant, sa bouche de "balafre fraîche" , sa fraternelle compassion pour les misérables, bêtes et gens, sa farouche crainte des manipulateurs et des tortionnaires de tout poil, et c'est si beau, si vrai, si puissant qu'il nous met souvent le coeur en charpie... ou tout au bord des lèvres. 
Il y a du Rimbaud dans ce bohème, cet effaré, ce vagabond aux semelles de vent, ce poète aux poches crevées,   tendre et brutal .
J'ai ouvert le Bonheur des tristes un matin,  charmée par son titre ,  et n'ai pu le refermer qu' après en avoir savouré  la dernière page, dans la même journée!
Encore un de ces 53 Désemparés de Patrice Delbourg,  est-il besoin de le dire?
Après Hyvernaud, Guérin, Larronde, Augieras , un nouvel univers, un monde,  un style, un homme à découvrir.
Peut-etre le plus touchant, le plus proche, le plus attachant de tous, jusqu'ici.
Lanza del Vasto ne s'y est pas trompé,  qui a su tendre la main, guider, aider Dietrich à devenir ce qu'il était déjà sans le savoir: un immense écrivain.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          518
Floyd2408
  01 novembre 2016
Le bonheur des tristes de Luc Dietrich narre avec innocence la vie d'un jeune garçon, fou d'amour pour sa mère.
Ce récit intimiste est une voix douce agréable de l'enfance, chantonnant une mélodie lente d’une vie de nature, une source claire d'émotion, la joie, l'amour, l'exaltation, la tristesse, la bêtise humaine animent la vie de notre jeune héros.
Le bonheur des tristes, ce titre, un joli oxymore, caresse la joie de la vie simple de ce jeune garçon, amoureux de la vie rurale, des fleurs, de la terre source de vie, de la végétation, des animaux, sous la tempête de cette jeunesse explose la rudesse de la vie, des autres, des êtres humains, de sa mère droguée....
Voyageant du Jura, à Paris, en Auvergne et d’autres contrés de France, cet enfant en équilibre avec les rapports humains, glisse dans le désordre de la vie s'offrant à lui, puni par sa famille ingrate de son innocence rurale, il devra combattre la méchanceté d'un asile de fous. Il sera l'ignorance érudite de ce foyer carcérale d'enfants aux maux psychologiques anormaux.
Cette quête de l'absolu, de la vie, de l'amour qu'il trouvera dans les plantes et les fleurs qu'il nourrira, il cultivera cette force incroyable de la terre, puis sa soif de pureté d'âme, d'amour pour sa mère. Vivre dans la pauvreté, subir la crasse dans une campagne hostile, cet enfant suivra la route de son destin avec ses privations, comme une vie d'ascèse, une vraie vie, la vie de l'auteur, celle de Luc Dietrich, un récit fort, puissant.
La pudeur des mots, la douceur tendre de ce roman, ce chemin d'apprentissage à la saveur religieuse, aux élans mystiques, à la sauvagerie humaine forte, cette barbarie sourde, coulent dans les veines de cet enfant esclave de la maladie de sa maman, droguée, alcoolique, vagabonde de ses paradis artificiels, fiévreuse de ce travail d'infirmière, laissant à l'abondant cet enfant sauvage, garçon de la terre, adolescent des mots, amoureux de la poésie.
C'est comme un conte pour enfant, l'imagination des montres, des princesses, des légendes que raffolent les enfants, puis le récit vacille des émotions de notre personnage, celle de la vie qui l'entoure, la mort, le sexe, la folie humaine puis la privation de liberté....
Ce testament de vie est comme un conte philosophique mais c'est la vraie vie de notre auteur, un roman autobiographique d’une pureté émotive explosive.
Il y a une suite à ce roman, L’apprentissage de la ville, une continuité à la magie de cet opus utérin, ce cristal fragile de l’enfance se fissurant vers la maturité de l’adulte, j’ai hâte de me perdre dans cette continuité de Luc Dietrich.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          133
zohar
  04 février 2011
Le ton est donné : " le Bonheur des tristes " (quel bel oxymore) et " l'Apprentissage de la ville " (ou plutôt "de la vie").
Ces deux livres ne doivent pas être dissociés : le deuxième (narrant l'auteur, une fois adulte, en quête de savoir, et surtout, à la recherche de lui-même pour éveiller sa propre conscience) est bel et bien le suite logique du premier ( le Bonheur des tristes ou les confessions d'une enfance triste et candide).
La teneur de ces deux autobiographies est que, la souffrance est bonne lorsqu'elle est maîtrisée, lorsqu'elle est affranchie car cela nous rend plus lucide de nos maux ! A contrario, une souffrance avec pathos nous enchaîne toujours, pitoyablement, dans nos sombres dédales...
Les textes sont légers mais denses; les mots sont sombres mais poétiques, à la fois !
Auteur méconnu (malheureusement) qui nous laisse découvrir, à travers ces deux magnifiques bijoux, la vie dans son expression la plus simple.
Je vous conseille vivement de lire L.Dietrich
Commenter  J’apprécie          150
Seabiscuit
  03 septembre 2018
C'est grâce à Mylène Farmer que j'ai découvert cet auteur. Elle avait parlé de ce livre sur un plateau de télé avec une émotion certaine et hop, dans ma poche ou plutôt, dans ma bibliothèque avec son autre moitié, l'apprentissage de la ville. Que dire de tous ces mots d'émotion ? L'ancre fait couler le sang de l'enfance tourmentée de l'auteur mais n'efface en rien la poésie, la douceur de certains de ses regards sur les choses de la vie, les petits plaisirs. L'amour de cet enfant pour sa mère, je le retrouve dans de nombreux livres et donc dans l'âme de nombreux de leurs auteurs. Cette littérature vous fait chaud au coeur. La découverte de la vie, de son corps, du sexe, des aléas de la vie, la séparation, le parcours initiatique d'une vie dans laquelle le personnage se heurte aux ressentiments de l'auteur pour souvent s'y confondre. Mais l'internat et sa noirceur fracture le jeune Luc. Une plume légère, empreinte d'une retenue ne contrarie en rien certains instants sombres et, ses cotés apaisée sont peut-être dus à la présence de Lanza del Vasto que j'ai pu du même coup découvrir pour ensuite courir avec lui à la rencontre de Gandhi dans "Le pèlerinage aux sources". Il faut tourner les pages de ce livre, sans se presser, tenter de ressentir certaines secondes plus intenses que les autres. Il faut également s'attarder sur l'aspect réparateur de la nature qui, forte de ses silences et de ses instants purs et vrais s'oppose à la turbulence d'une capitale, à la perte affective et permet de retrouver une touche de bien-être intérieur, même si elle est éphémère. Si rien ne s'efface, ce roman auto-biograhique le prouve, il est des instants de vie où un homme peut trouver, malgré les fantômes de l'enfance, des instants de paix. Merci à Mylène Farmer pour cette découverte, merci à l'auteur.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
mustango
  19 décembre 2008
Luc Dietrich nous raconte sa jeunesse jusqu'en 1931, date de la disparition de sa mère, aide soignante, droguée, qui fait mener à son fils une vie d'errance de ville en ville (Paris, Nord de la France, Auvergne...). C'est un premier roman, paru en 1935.
Luc ne vit pas toute sa jeunesse avec sa mère, il est recueilli par un oncle et une tante qui ne le trouvent pas très normal et l'envoient dans une sorte d'hopital pour enfants simplets ou pension. Il est né en 13 et mort en 44. Auteur relativement méconnu de nos jours et pourtant il mérite un petit détour par lui.
Commenter  J’apprécie          60
Citations et extraits (29) Voir plus Ajouter une citation
fanfanouche24fanfanouche24   17 juin 2015
Les hommes disent : "Une vie de chien." Ils croient que les animaux sont humiliés et malheureux. Mais j'avais bien observé les animaux et je savais que les hommes se trompent, car jamais une fourmi ne s'arrête pour soupirer que la vie ne vaut pas la peine, et jamais un âne ne se dit : "Comme je suis vexé d'être âne." Et quant aux plantes, elles sont si fières d'être ce qu'elles sont, qu'elles ne disent rien à personne. (...)
Nous, nous sommes malheureux parce que nous ne sommes pas du tout contents d'être ce que nous sommes, sans non plus savoir ce que nous voudrions être. (p.45)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          313
fanfanouche24fanfanouche24   20 juin 2015
Oui, une femme qui cuit une soupe pense qu'elle va la faire goûter à quelqu'un qui rentrera. Tous ces hommes qui se hâtent, c'est qu'ils sont attendus par quelqu'un (...)
Même ceux qui vont lâchés comme des mouches, aiment ou haïssent d'autres hommes et s'accrochent à eux de la sorte. Ils ont bâti des maisons pour se protéger du grand nombre; mais la porte s'ouvre à quelques- uns, car l'homme est un animal de petite société. Chacun se déplace dans la sphère de ceux qu'il attire ou dont il est attiré. Et ils répètent en chœur comme des écoliers: " J'ai, tu as, il a , nous avons, vous avez, ils ont une importance". C'est pourquoi ils travaillent tant: pour se tenir par les bras et par les mains à ceux qu'ils ne peuvent toucher par le cœur et la pensée.... (p.209)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          210
fanfanouche24fanfanouche24   16 juin 2015
Les bêtes ne demandent jamais l'heure, c'est pourquoi elles ne sont jamais pressées et elles font tout ce qu'elles veulent comme sil elles avaient toujours le temps. C'est pourquoi aussi, elles n'ont jamais peur quand il n' y a pas de danger; elles ne ferment jamais les portes. Mais les hommes sont toujours pressés, doivent prendre une voiture, un train, pensent : "Nous allons être en retard", car ils savent qu'il y a une fin et qu'il y a tant de choses à faire avant la fin. (p.42)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          282
fanfanouche24fanfanouche24   20 juin 2015
Il y avait des voix de femmes déchirantes comme des oiseaux qui s'envolent, heureuses comme des matins de départ, et des voix graves comme des orages qui approchent, comme le soleil lorsqu'il tombe , comme le silence quand les hommes sont morts.
Et Dieu allait venir. (p.51)
Commenter  J’apprécie          270
fanfanouche24fanfanouche24   14 juin 2015
Si dès l'enfance la vie ne l'épargna pas, Luc Dietrich avait "soif d'apprendre; je veux descendre pour aller loin, jusqu'à ma propre perte si c'est nécessaire", écrivait-il dans son journal. (Présentation de Frédéric Richaud, p.8)
Commenter  J’apprécie          250
Videos de Luc Dietrich (3) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Luc Dietrich
[RARE] Luc DIETRICH – Une Vie, une Œuvre : La soif d'être (France Culture, 1994) Émission "Une Vie, une Œuvre", par Jacqueline de Roux, diffusée le 3 mars 1994 sur France Culture. Invités : Michel Random, Frédéric Richaud, Yann de Tourmelin et Jean Daniel Jolly Monge.
autres livres classés : autobiographieVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Les écrivains et le suicide

En 1941, cette immense écrivaine, pensant devenir folle, va se jeter dans une rivière les poches pleine de pierres. Avant de mourir, elle écrit à son mari une lettre où elle dit prendre la meilleure décision qui soit.

Virginia Woolf
Marguerite Duras
Sylvia Plath
Victoria Ocampo

8 questions
949 lecteurs ont répondu
Thèmes : suicide , biographie , littératureCréer un quiz sur ce livre