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Pierre Gault (Traducteur)Brice Matthieussent (Préfacier, etc.)
ISBN : 2267008513
Éditeur : Christian Bourgois Editeur (01/09/1990)

Note moyenne : 4.07/5 (sur 15 notes)
Résumé :
« La nature est toujours mythique et mystique ; elle consacre tout son génie à la moindre de ses œuvres. » C'est sous le haut patronage d'Henry David Thoreau que s'inscrit Annie Dillard, se livrant à une exploration quotidienne de son environnement. Dans ce « journal météorologique de l'esprit », elle se fait la chroniqueuse « d'une vallée des merveilles » de l'État américain de Virginie, où coule la rivière Tinker. Récit d'un écrivain solitaire, ce texte est une sp... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
keisha
  28 novembre 2010
Que dire de ce livre surprenant qui offre des passages qu'on verrait volontiers dans un ouvrage d'entomologie, des souvenirs d'enfance, des envolées quasi mystiques ou philosophiques - mais sobres-, cite Thoreau, Fabre, la Bible, Pline, et serait mal résumé par "le journal d'une année dans la vallée de Tinker Creek"?

Les phrases sont plutôt courtes, ciselées, le vocabulaire riche et précis et l'apparent manque de fil conducteur et les idées qui tourbillonnent dévoilent peu à peu une construction minutieuse en spirale, chapitre après chapitre, jusqu'à offrir un livre totalement maîtrisé et absolument inclassable, qui ne ressemble à rien d'autre.

Annie Dillard explore la nature dans son coin restreint, s'envole parfois vers les océans ou le grand nord, apprend à "voir" et déchiffrer ce qui est sous ses yeux, nous emporte dans ses réflexions sur la beauté et la cruauté de l'étonnante nature... Passionnant, inattendu, prodigieux, éblouissant. Une première lecture de ce "journal météorologique de l'esprit" ne suffit pas et je comprends parfaitement que Dominique se délecte à en relire certains passages...

Justement, oui, des passages, choisis dans le crève coeur d'en laisser tant d'autres et l'impression de rabaisser le souffle et la luminosité du texte en le tronquant ainsi.

"Il semble qu'il existe une chose qui s'appelle la beauté, une grâce infiniment gratuite. Il y a de cela cinq ou six ans, j'ai vu un oiseau moquer exécuter, depuis la gouttière d'un immeuble de quatre étages, une descente parfaitement verticale. C'était un acte aussi insouciant, aussi spontané que la courbe d'une tige ou une étoile qui s'allume dans le ciel.
L'oiseau fit un grand pas dans le vide et se laissa tomber. Il avait encore les ailes repliées contre ses flancs comme s'il chantait sur la branche d'une arbre, et pas du tout comme s'il était en train de tomber dans le vide, accélérant sa chute à raison de dix mètres par seconde. Un souffle, un rien avant de s'écraser à terre, il éploya ses ailes avec une précision exacte et réfléchie, révélant ses larges bandes blanches, déplia l'élégant éventail de sa queue barrée de blanc, et ainsi, tout léger, se posa sur l'herbe. Je venais de tourner le coin d'une rue, au moment où son pas insouciant avait accroché mon regard; il n'y avait personne d'autre en vue. le fait même de sa chute libre faisait songer à la vieille énigme philosophique de l'arbre qui tombe dans la forêt. la seule réponse, probablement, c'est que la beauté et la grâce se manifestent, que l'on soit là ou non pour les vouloir ou en sentir instinctivement la présence. le moins que l'on puisse faire, c'est de s'en souvenir."

"Mais il existe une autre manière de voir qui implique qu'il faille s'abandonner. Quand je vois de cette manière là, je vacille, transpercé, vidée de toute substance. La différence entre ces deux façons de voir, c'est comme celle qui existe entre se promener avec ou sans appareil photographique. Lorsque j'emporte mon appareil, je vais de cliché en cliché, et je lis la lumière sur un posemètre gradué. Quand je n'ai pas pris mon appareil, c'est mon propre obturateur qui s'ouvre, et la lumière du moment s'inscrit sur l'argent de mes propres entrailles. Quand je vois ainsi , je suis avant tout une observatrice sans scrupules."

"La vieille règle classique pour bien traquer, c'est 'arrête-toi souvent et ne bouge pas d'un poil' ".(J'ai adoré le chapitre sur l'observation des rats musqués)(eh oui). Quant à l'atroce histoire du sphynx Polyphème ...

Jusqu'au passage qui m'a laissée littéralement baba d'admiration, le parallèle avec le Principe d'indétermination d'Heisenberg:
"Pour je ne sais quelle raison, il n'est pas encore venu aux oreilles de l'homme de la rue, que certains physiciens d'aujourd'hui ne sont qu'une bande de mystiques à l'air hagard, qui nagent en plein délire. Car ils ont perfectionné leurs instruments et leurs méthodes, juste assez pour écarter prestement le dernier voile, et tout ce qu'ils ont vu, c'est le sourire du Chat du Cheshire. (.....) L'électron est un rat musqué; on n'arrive pas à le traquer convenablement. (...) Les physiciens disent qu'ils ne peuvent pas étudier la nature per se, mais seulement leurs propres investigations sur la nature. Et moi, je ne peux voir des ouïes-bleues que dans le champ de ma propre ombre bleue, dont elles s'enfuient aussitôt."

Lien : http://en-lisant-en-voyagean..
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Commenter  J’apprécie          110
Maphil
  26 mars 2018
Plutôt qu'un roman, Pèlerinage à Tinker Creek est un livre d'observation. L'auteur, grande voyageuse, intellectuelle d'une vaste culture éclectique rend compte de son séjour dans la vallée de la rivière Tinker, en Virginie. C'est la grande histoire de la création qui se renouvelle sans cesse sous ses yeux. Elle observe les rats musqués, les sauterelles, les mantes religieuses, les papillons, les nèpes géantes... Une philosophie mouvante se dégage de ses descriptions rendues dans un style superbe. Nourrie de christianisme, d'islamisme et de hassidisme, c'est la vérité qu'elle cherche dans une observation d'entomologiste.
Commenter  J’apprécie          70
veroherion
  25 novembre 2016
Un livre de pure contemplation.
Assez difficile à lire dans la mesure où il ne se passe pas grand chose. En fait, il se passe énormément de petites choses, des mini événements tellement microscopiques que notre esprit s'échappe et que certains passages doivent être repris.
Soit on reprend, soit on continue, en se disant que cela fait partie de ce type de lecture. On peut rêvasser ou plus se concentrer, on choisit.
J'ai éclaté de rire aussi.
J'ai été émerveillée.
J'ai appris un millier de toutes petites choses que je ne retiendrai sans doute pas.
J'ai eu un sentiment d'infini.
Annie Dillard nous fait poser un autre regard sur la nature. Tout semble dimensionner différemment.
Après cette lecture, on a envie de garder les yeux grand ouverts.
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Lelecteur21
  04 mars 2018
Je n'ai pas pour habitude d'abandonner un livre et pour cause je n'ai abandonné qu'au chapitre onze, mais il était impossible pour moi de continuer, rien que l'idée de le sortir de mon sac pour le lire me déprimait, me dégoûtait, de la lecture et de la nature. Je sais bien que la nature n'est pas "toute belle", "toute rose", sans danger, etc. Mais je ne peux pas. C'est trop dans le détail, trop scientifique et métaphysique pour moi.
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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
Alice_Alice_   24 mai 2018
Cette créature, disais-je donc, je l'ai payée vingt-cinq cents. Je n'avais jamais acheté d'animal auparavant. Ca s'est passé très simplement ; je suis allée dans une boutique de Ronaoke qui s'appelle "Au Chouchou Aqueux" ; j'ai tendu ma pièce au monsieur, et lui, m'a tendu un sac en plastique fermé par un noeud, tout gonflé d'eau, dans lequel flottait une plante verte, et nageait le poisson rouge. Ce poisson, qui ne vaut pas quatre sous, possède un intestin avec ses anses, une épine dorsale d'où rayonnent de fines arêtes, et un cerveau. Juste avant de saupoudrer ses flocons dans son bocal, je donne trois petits coups secs sur le rebord du col; maintenant, il s'est conditionné, et il monte à la surface quand il m'entend frapper. Il est de plus nanti d'un coeur.
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Alice_Alice_   24 mai 2018
De longues grappes de fleurs blanches pendaient des caroubiers. L'été dernier, on m'a raconté une légende Cherokee, qui parle des caroubiers et de la lune. La déesse de la lune commence avec une grosse boule, la pleine lune, qu'elle balance avec force en plein ciel. Toute la journée se passe à la récupérer ; alors, elle en rogne un copeau et, de nouveau, elle la lance, la récupère, puis en rogne un autre morceau, la relance, et ainsi de suite. Elle consomme une lune par mois, et ça dure toute l'année. Et puis, comme le raconte le géologue du Parc National, Bill Wellman, "quand c'est qu'le printemps arrive, elle en a jusqu'aux genoux, des rognures de lune", alors, elle part à la recherche de son arbre favori, le caroubier, et elle suspend les minces copeaux de lune à ses branches. Et moi, je les avais là sous les yeux, les fleurs de caroubiers, rassemblés en pâles croissants.
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Alice_Alice_   24 mai 2018
Aujourd'hui encore, certains scientifiques réputés ne sont pas parfaitement convaincus que le chant des oiseaux correspond strictement à une revendication territoriale et rien d'autre. La question est d'importance. Nous sommes sur terre depuis tant d'années, et nous ne savons toujours pas au juste pourquoi les oiseaux chantent.
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Alice_Alice_   22 mai 2018
Quand nous perdons notre innocence - quand nous commençons à sentir l'atmosphère peser sur nous, quand nous apprenons que la mort fait partie du lot - nous prenons congé de nos sens. Seuls les enfants sont capables d'entendre chanter le mâle de la souris domestique. Seuls les enfants gardent le yeux ouverts. Tout ce qu'ils possèdent, et ce n'est pas rien, ce sont leur sens ; ils disposent de "systèmes de saisie" particulièrement développés qui acceptent toutes les données sans discrimination. Matt Spireng a récolté des milliers de pointes de flèches et de lances ; si vous voulez absolument trouver des pointes de flèches, dit-il, il faut vous promenez avec un enfant - un enfant, ça ramasse tout, absolument tout. Durant mon existence d'adulte, j'ai eu envie d'observer l'étui maçonné d'une larve de phrygane. Il m'a fallu Sally Moore, la petite fille d'un couple d'amis, pour en découvrir une sur le fond caillouteux d'une rivière peu profonde au bord de laquelle nous étions assises toutes les deux. "Qu'est-ce que c'est que ça?" demanda-t-elle. ça et je donnais la seule réponse qui me vint à l'esprit lorsque je reconnus le trophée qu'elle tenait dans la main, ça, ma petite, c'est un memento mori pour les gens qui lisent trop.
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Commenter  J’apprécie          30
keishakeisha   28 novembre 2010

"Il semble qu'il existe une chose qui s'appelle la beauté, une grâce infiniment gratuite. Il y a de cela cinq ou six ans, j'ai vu un oiseau moquer exécuter, depuis la gouttière d'un immeuble de quatre étages, une descente parfaitement verticale. C'était un acte aussi insouciant, aussi spontané que la courbe d'une tige ou une étoile qui s'allume dans le ciel.

L'oiseau fit un grand pas dans le vide et se laissa tomber. Il avait encore les ailes repliées contre ses flancs comme s'il chantait sur la branche d'une arbre, et pas du tout comme s'il était en train de tomber dans le vide, accélérant sa chute à raison de dix mètres par seconde. Un souffle, un rien avant de s'écraser à terre, il éploya ses ailes avec une précision exacte et réfléchie, révélant ses larges bandes blanches, déplia l'élégant éventail de sa queue barrée de blanc, et ainsi, tout léger, se posa sur l'herbe. Je venais de tourner le coin d'une rue, au moment où son pas insouciant avait accroché mon regard; il n'y avait personne d'autre en vue. Le fait même de sa chute libre faisait songer à la vieille énigme philosophique de l'arbre qui tombe dans la forêt. la seule réponse, probablement, c'est que la beauté et la grâce se manifestent, que l'on soit là ou non pour les vouloir ou en sentir instinctivement la présence. Le moins que l'on puisse faire, c'est de s'en souvenir."



"Mais il existe une autre manière de voir qui implique qu'il faille s'abandonner. Quand je vois de cette manière là, je vacille, transpercé, vidée de toute substance. La différence entre ces deux façons de voir, c'est comme celle qui existe entre se promener avec ou sans appareil photographique. Lorsque j'emporte mon appareil, je vais de cliché en cliché, et je lis la lumière sur un posemètre gradué. Quand je n'ai pas pris mon appareil, c'est mon propre obturateur qui s'ouvre, et la lumière du moment s'inscrit sur l'argent de mes propres entrailles. Quand je vois ainsi , je suis avant tout une observatrice sans scrupules."

"La vieille règle classique pour bien traquer, c'est 'arrête-toi souvent et ne bouge pas d'un poil' ".

"Pour je ne sais quelle raison, il n'est pas encore venu aux oreilles de l'homme de la rue, que certains physiciens d'aujourd'hui ne sont qu'une bande de mystiques à l'air hagard, qui nagent en plein délire. Car ils ont perfectionné leurs instruments et leurs méthodes, juste assez pour écarter prestement le dernier voile, et tout ce qu'ils ont vu, c'est le sourire du Chat du Cheshire. (.....) L'électron est un rat musqué; on n'arrive pas à le traquer convenablement. (...) Les physiciens disent qu'ils ne peuvent pas étudier la nature per se, mais seulement leurs propres investigations sur la nature. Et moi, je ne peux voir des ouïes-bleues que dans le champ de ma propre ombre bleue, dont elles s'enfuient aussitôt."

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