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Níkos DÅimou (Préfacier, etc.)Michel Volkovitch (Traducteur)
EAN : 9782070412334
224 pages
Éditeur : Gallimard (11/03/2010)

Note moyenne : 4.45/5 (sur 10 notes)
Résumé :
Née dans les années 1930, Kiki Dimoula fait entendre, au coeur de la poésie grecque au féminin, une voix particulière, mêlant dérision et mélancolie. Le temps, l'absence, la mort, le néant sont les constances d'une thématique très noire, mais incarnée dans des scènes quotidiennes inattendues, éclairées par l'art de la métaphore et l'invention verbale.
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Piatka
  22 avril 2015
Il y a quelques temps déjà que j'ai découvert la poésie de Kiki Dimoula et que je tourne régulièrement autour des poèmes, des élans de mots, de couleurs, des assemblages insolites de souvenirs ou de dialogues sans parvenir à écrire sur elle.
Pour tout dire, elle m'intrigue, m'enchante puis me déconcerte. C'est peut-être aussi la raison pour laquelle aucune critique n'a encore été écrite sur sa poésie à la fois si abstraite et si directe, si imagée et pourtant si lucide, précise.
Énigme poétique qui ne se laisse pas réduire à quelques phrases d'explications réductrices.
Cette poète grecque, née à Athènes en 1931, a un univers, un ton qui lui sont propres, une prédilection pour les thèmes de l'amour, l'absence, la mémoire et la photographie, cette " présence de l'absence ". Finalement, ce qui m'étonne et me plaît le plus, c'est sans doute ce mélange d'humour et d'inquiétude, son sens inné de la formule décalée :
" Pas de nouvelles de toi.
Ta photo, stationnaire. "
" Je quitte le monde des mystères
tranquillement.
Jamais de ma vie je n'ai fait de mal à une énigme :
Je n'en ai résolu aucune. "
" Coûteuse idée, la vie.
On affrète un monde
pour faire le tour d'une barque. "
Une poésie à grappiller par bouquets de vers en ouvrant ce recueil au hasard pour se laisser surprendre.
" Nul après-midi n'est venu
qui ne soit devenu soir.
Mais rêve ça veut dire
que vient un après-midi
qui ne deviendra pas soir. "
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Franz
  09 juillet 2015
Les deux titres du recueil captent immédiatement l'attention du lecteur mais comme il peut y avoir tromperie sur la marchandise avec un emballage prometteur et un contenu vain, voire indigeste, l'entrée dans la poésie de Kiki Dimoula se fait sur la pointe des pieds aussi parce que les rimes font défaut. Peine perdue, peine perçue ! D'emblée, dès l'entrée en matière, le premier poème sur trois pages intitulé sobrement « Passée » est déjà un bijou accroché à la nuit qui marche. Des mots simples de tous les jours, en apparence, des phrases courtes mais qui résonnent dans la chambre d'écho de la mémoire pour dire la perte de toute chose : « Je marche et la nuit tombe./[…]Non, je n'ai pas de chagrin. […] La nuit tombe à l'heure juste. » L'attention est hantée ; la tension est entière. le second poème, « Pluriel », égrène, telle une leçon ânonnée en classe, les sentiments et les thématiques de l'auteur mais par un renversement sensible et intelligent des sens, le poème prend une dimension métaphysique stupéfiante. Il est quasi impossible d'en extraire un vers tant l'ensemble vibre d'une cohérence insécable. Non, il n'y a pas entourloupe aux entournures ! La poétesse trame sa poésie autour de quelques thèmes ressassés à l'envi sur le métier à tisser la vie et à filer les métaphores : l'absence de l'être chair, la perte irrémédiable de l'autre, l'existence qui file un mauvais coton : « Coûteuse idée, la vie./On affrète un monde/pour faire le tour d'une barque » et le poids de la photographie : « Pas de nouvelles de toi/Ta photo, stationnaire ». A peine pourrait-on regretter l'absence d'ancrage dans la réalité, le tout juste effleurement de la nature quand un vers joyau vient remettre les pendules à l'or : « J'existe à voix basse » ou encore : « J'ai grandi autodidacte écoutant la vague/déplacer les galets si naturellement ». Si on substitue à la vague le temps et aux galets les hommes, on ressent avec force la vacuité et la noblesse du flux de la vie, sa transmission et son irrémédiable extinction. Seuls trois recueils de poésie de Kiki Dimoula sur les douze édités entre 1952 et 2007 ont été traduits en français, un auteur rare et précieux, à dévêtir de nos maux. Comme elle : « Je suis l'assistant aveugle du verbe magicien./Il hypnotise une douleur intenable, elle devient/ambulatoire. » Alors, depuis, je marche.
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Citations et extraits (43) Voir plus Ajouter une citation
PiatkaPiatka   19 janvier 2014
DESSEINS ANIMÉS

C'est sûr, dans la ronde sans fin
de l'offre et de la demande
tu as dû m'emprunter quelques sentiments.
C'est sûr, toutes ces années de tabagie, un jour,
tu as dû être à court de tabac.

Si maintenant tu pouvais en échange
pour deux-trois jours me prêter un amour.
On m'invite à une comédie circulaire
et l'invitation précise bien
tenue opaque — il ne faut pas
que transparaisse l'insupportable.

Je te le rendrai intact.
Même si je me soûle, si je me salis,
ne crains rien, l'éternel sur l'amour
ne laisse jamais de taches.

Ne serait-ce qu'un ou deux jours. Je veux y aller
dans de beaux habits d'emprunt
craie ostensiblement cassante
orgueilleusement pendue
au bras de l'éponge qui m'accompagne.
Ne serait-ce qu'un jour.

Non, pas celui-là, je n'en veux pas, non
pas l'amour charitable que reprend
ta main dès qu'elle tombe dans la mienne.
C'est l'autre que je veux, l'autre
la passion folle que tu éprouves pour quelqu'un
toi encore et tu le supplies
de te prêter son amour
ne serait-ce que deux-trois jours non pas celui-là,
non pas l'amour charitable que reprend
sa main dès qu'elle tombe dans la tienne,
mais l'autre que tu demandes l'autre
la passion folle qu'il éprouve
pour quelqu'un d'autre lui encore
et à son tour le supplie
de lui prêter un amour
ne serait-ce qu'un jour, non pas le charitable
et ainsi va sans gloire notre sauvagerie.

Ce qui prêteurs nous rehausse
est ce qui nous rabaisse devenus ses mendiants.

Toujours le décalage amoureux d'un autre
et nous toujours amoureux de lui.
Et les coïncidences meurent sans être aimées.

( Je te salue jamais )
+ Lire la suite
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PiatkaPiatka   24 janvier 2014
CAMBRIOLAGE D'ILLUSION

Et je vis quelque part au cœur de la nuit
resplendir
une pharmacie de garde.

Monsieur, donnez-moi un somnifère,
que dorme un peu le désert au dehors.

Et le temps que se déplace de sa somnolence
le pharmacien, j’admirais
l'égalité des douleurs sur les rayons,
incurables et guérissables, toutes
dans des petites boîtes joyeuses aux couleurs vives.

Et soudain je t’ai reconnu. À l’isolement.
En haut ; là où seul l’œil de la peur accède.
Image de mort sur l’étiquette d’un flacon de poison.

Méconnaissable, dénudée, mortelle, ta figure.
Tes bras croisés, image d’effroi
à l’endroit innocent
où rêvait naguère ta gorge insouciante.

Monsieur, ai-je crié
bousculant les douleurs des rayons,
quelle erreurs détestables, comment pouvez-vous
fournir les morts en nouvelles doses
de poison sans autre ordonnance
ni volonté divine ? Comment osez-vous,
pour vendre efficacement vos produits de mort,
démantibuler des formes que nous nous évertuons
à maintenir entières efficacement
dans des flacons d’illusion scellée ?
Rendez-moi tout de suite l’original.

Je vous crois, dit le pharmacien, mais
après avoir quitté la caisse
aucune erreur n’est reconnue.
+ Lire la suite
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PiatkaPiatka   29 juin 2014
APOLOGIE

J’aimerais tant savoir enfanter
de petits poèmes.
J’en suis privée par ma prolixité.
Délibérée tel un préservatif
pour éviter la conception douloureuse
et n’être pas déclencheur et auteur
d’une brièveté de plus.

Elle m’impose une longue marche vaine
pieds nus croyant allonger ainsi
la dose de volupté allouée à la vie.

Un petit poème.
Presque un bébé mais la répartie facile.
Son début, petit nez
un peu retroussé
les mots, yeux fixés sur la condensation
une grimace hermaphrodite aux lèvres
on ne sait s’il rêve ou s’il a faim
– l’imprécis, c’est inné, se crispe.
Ses petits poings à la fin
bien conformés – serrés.

Un petit poème.
Incertain encore il respire en couveuse
la salle de soins intensif est pleine
de petits et grands poèmes enfermés
dans leurs cocons de plastique translucide.
Petits ou grands toujours prématuré
de savoir s’ils vivront.

Un petit poème. Et si ce qu’à Dieu ne plaise
l’oxygène pour finir ne suffit pas
on se console – au moins se dit-on
il a coupé à la marche vaine
qu’ont dû s’appuyer les grands aux pieds nus
les donsquichottesques.
+ Lire la suite
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PiatkaPiatka   04 février 2014
À UN BANLIEUSARD
Le Cygne et Léda, sculpture

Le printemps va d'abord en banlieue,
tu es le premier à voir, quelle chance
la victoire des couleurs,
telle que la décrivent les champs
et tous les genres de terre qui désirent fleurir.

Le besoin de t'imaginer
a une odeur de printemps,
alors je t'imagine, mais oui
t'approchant lentement de la fenêtre
et l'ouvrant d'un geste lent
pour prendre avec lenteur ta dose
du changement versé sur la terre.
Tu es ému par le rouge lourd, absolu
qu'ont réussi les coquelicots,
et te trompant joyeusement tu dénombres
les innombrables ailes blanches des camomilles,
fin prêtes pour bien migrer, demain, après-demain.

Et dans tout ce changement
d'un monde valeureux
le plus changé, le plus valeureux c'est Zeus.
Métamorphosé en cygne
il conquiert Léda.

Ce qui secoue un bon coup le printemps
et bénir les métamorphoses.
Cette étreinte ouvre pour toi
un accès plus profond à leur sens
que l'ouverture des pistils
des étamines et des pétales.

Si seulement Zeus était mon voisin
et nous métamorphosait.
Moi, en dame de Manet
parmi les coquelicots,
et toi,
en cri joyeux
tandis que tu me reconnais
Sous mon ombrelle en camomille.
+ Lire la suite
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coco4649coco4649   09 juillet 2015
LE PEU DU MONDE
Photo d’une main


Ici, tu as évité l’aventure
de réexister,
ta main est seule
dans la nuit carrée de la photo.
Telle une résurrection elle déchire l’univers de papier
et monte seule
comme un soudain
qui prend sur soi le Peu du monde.
Avec ce ciel de quatre sur quatre où commence-t-elle ?
Mais l’asphyxie des dimensions
est la graine des miracles.

Je tourne la photo,
car l’usage prolongé des miracles
provoque l’accoutumance.
Ici on dirait une main
coupée du corps d’un danseur
alors qu’il disait aïe,
car la tête voulait tourner par-ci
et le corps a pu seulement par-là.
Rythme contraire qui casse
les articulations du chant
et des membres.

Je tourne la photo
Main qui marche
dans l’étroit septembre tranquille
de toutes ces vérités muettes.

Ici, la main qui a dû graver
un à bientôt
sur la première pierre des hommes.
Vœu qui ne peut se réaliser
que planté dans la terre d’une photo.

D’un geste infime
la main change à nouveau
de promesses de balancement.
À présent, semblable à une caresse qui monte
dans les cheveux lointains d’une mémoire.

Ah ! à quoi bon toutes ces ressemblances
dans ce monde unique ?

Je laisse la photo retomber.
Et ta main demeure
la paume levée
vers une voyante-nuage
qui le lit :
elle ne me voit liée avec elle
par aucun travail aux poids.
Nous ne soulèverons ensemble
ni un mort
ni une fleur
qui tombe.

p.59-60
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