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ISBN : 2081252279
Éditeur : Flammarion (25/08/2010)

Note moyenne : 4.17/5 (sur 116 notes)
Résumé :
Arame et Bougna, mères de Lamine et Issa, clandestins partis pour l’Europe, ne comptaient plus leurs printemps ; chacune était la sentinelle vouée et dévouée à la sauvegarde des siens, le pilier qui tenait la demeure sur les galeries creusées par l’absence.

Coumba et Daba, jeunes épouses des deux émigrés, humaient leurs premières roses : assoiffées d’amour, d’avenir et de modernité, elles s’étaient lancées, sans réserve, sur une piste du bonheur deve... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (40) Voir plus Ajouter une critique
Bouvy
03 novembre 2015
Dans un petit village sur une île sénégalaise, tout le monde rêve de meilleurs jours ou plus simplement d'un avenir. L'Eldorado est l'Europe, devenue l'objectif de beaucoup de jeunes hommes prêts, au risque de leur vie, de tenter l'aventure. C'est l'histoire de 4 femmes, mères et épouses, qui espèrent le retour du fils, du mari, accompagné par la réussite sociale et financière que peut lui apporter l'émigration. Emigration car nous sommes dans le sens Afrique/Europe.
Difficile de commencer une critique face à ce riche ouvrage, tant il génère des émotions.
Le style : très fluide, riche, tour à tour revendicateur et poétique. L'auteure nous livre une magnifique écriture. Elle nous plonge au cœur de l'Afrique, avec ses couleurs, ses traditions.
Les personnages : nous partageons surtout la vie d'Arame, mal mariée, à qui l'océan à déjà prit un fils. Elle tente par tous ses pauvres moyens de nourrir les petits-enfants qu'il lui a laissé. Son deuxième fils est sans ressource, c'est pourquoi il ambitionne de rejoindre l'Europe, en espérant améliorer le quotidien de sa famille.
Ensuite, la meilleure amie d'Arame, Bougna. Bougna est une coépouse. Entre elle et la première épouse de son mari, c'est une compétition acharnée. Tout semble réussir à la progéniture de la première épouse alors Bougna pousse son fils à quitter le continent africain. Elle suggère aussi à Arame de faire la même chose avec son fils Lamine.
Et puis, il y a les deux belles-filles. Toutes, leur fils ou leur mari partis, attendent, espèrent.
Et puis, il y a le village, avec ses non-dits, ses secrets de famille, sa solidarité, ses petites jalousies et aussi ses mesquineries.
Les personnages sont merveilleusement décrits. Lecteur, on partage leur vie, leurs angoisses, leurs pensées les plus intimes. Tout doucement, dans l'attente, avec ces femmes, nous partageons leur difficile quotidien, leur condition de femmes soumises, asservies. L'Afrique vécue de l'intérieur, loin des clichés véhiculés par les touristes qui envahissent les plus belles plages du Sénégal. Cette Afrique que je retrouve au fil des pages, celle que je connais un peu pour régulièrement m'y rendre pour des missions de courtes durées de coopération. Celle où les petits villages sont des chaudrons de misère, sans ressource ou presque, sans eau courante, parfois sans électricité. J'ai aimé revire ces expériences grâce à ce livre.
Et puis le fond : riche et profond, parfois politique, parfois féministe, toujours émouvant. Il nous apporte un regard venant du côté de l'émigration. Pas celui que nous, Européens avons, pas celui de cette Europe qui dresse des barbelés à ses frontières pour se protéger des migrants. Pas de cette Europe égoïste, celle qui veut bien accueillir des immigrés si elle peut les trier, les sélectionner pour le profit de son économie. Ce livre crie l'injustice. Celle de la pauvreté, celle de l'inégalité. Et puis, il y a l'espoir. Celui qui n'abandonne jamais ces femmes qui attendent. Celui qui leur donne la force de continuer. Celui qui crée l'espérance et parfois, malgré l'angoisse, offre un peu de répit et de gaité à ces femmes courageuses.
Je pense que ma critique ne peut être que superficielle devant la richesse de ce livre. Fini, il me laisse de profondes réflexions, des émotions fortes. Je ne peux, pour bien finir, que vous inviter à le lire et à vous forger votre propre opinion.
Une dernière citation, qui claque comme la morale de ce livre : "Ceux qui nous font languir nous assassinent. "
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Ktyminilit
16 août 2017
Fatou Diome est d'origine sénégalaise et vit en France, à Strasbourg depuis 1994.
Dans ce roman, elle nous prend par la main et nous emmène dans son pays d'origine, plus précisément sur une petite île, le Sine-Saloum.
Deux femmes, Arame et Bougna y sont amies. Leur condition de vie est difficile, elles travaillent énormément, ont la charge de leur famille.
Arame est l ‘épouse d'un homme plus âgé qu'elle, malade et très acariâtre. Bougna, quant à elle se doit de composer dans un foyer polygame et a bien de la peine de cohabiter et supporter sa co-épouse.
Malgré leur quotidien empreint de difficultés et de tristesse, les deux femmes n'oublient pas de rêver à un avenir meilleur pour elles, leur famille et surtout leurs fils Lamine et Issa.
L'Europe est un espace similaire à l'Eldorado et l'immigration vers ce lieu, quitte à ce qu'elle se fasse dans la clandestinité, semble offrir plein de promesses.
Ce roman m'a énormément touchée en ce sens qu'il nous éclaire sur la vie, les peurs, les souffrances du quotidien de femmes, de mères en Afrique, de leurs espoirs sur un meilleur lendemain au risque de perdre la vie.
La tendresse et l'amour de ces mères sont palpables tout au long de ces pages.
Les femmes sont dignes, honnêtes, travailleuses, amoureuses. Elles sont capables d'attendre dans un monde où tout va vite, où l'individualisme est roi et prend le pas sur tout.
Elles sont patientes, souffrent et tels des roseaux, plient par moments mais ne se rompent pas.
L'écriture de Fatou Diome est douce, poétique avec justesse quand il le faut. Elle revêt la dureté également lorsque le ton le requiert.
J'ai beaucoup aimé ce roman, il a ensoleillé un dimanche de grisaille.
Je vous le recommande vivement.
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Gangoueus
12 octobre 2010
Il existe des textes comme cela où vous vous demandez si l'auteur va tenir le rythme, la cadence, la qualité qu'il a distillé au début de son roman. Si la pertinence de son analyse, l'exploration profonde de l'âme humaine à laquelle il s'est engagé ne va pas être remise par un scénario incohérent. Alors vous continuez votre lecture, de surprise en surprise, pris par le style relevé, la langue célébrée, dans un univers qui vous échappe complètement même quand vous pensez en connaître un bout.

C'est dans cet huis clos passionnant dans sa forme, douloureux sur le fond que je me suis enfermé avec Fatou Diome. Dans ce long roman où la voix, non les voix de celles qui attendent quelque part en Afrique un homme, un mari, un fils parti à l'aventure pour l'Europe s'exprime. Ici, ce sont des jeunes sénégalais d'une île sérère qui bravent l'Atlantique pour rejoindre l'Espagne, pour sombrer ensuite dans la clandestinité...
Fatou Diome pose deux personnages centraux. Deux femmes. Bougna et Arame. Elles sont amies, avec des tempéraments différents et elles évoluent dans des contextes matrimoniaux très spécifiques. Bougna est une co-épouse dans un foyer polygame où elle tente de s'imposer par tous les moyens. Inconsciemment, elle n'a sûrement jamais intégrée les valeurs de partage de ce système. Elle est égoïste, centrée sur ses propres hantises, concernée par son désir d'être reconnue face à une première épouse peu disserte mais dont la réussite de la progéniture par pour elle et renforce jalousie et rancoeur dans l'âme de Bougna.

Arame, elle, a été mariée de force un rescapé des guerres coloniales, grognon, irascible, stérile. Cet homme ne déverse que bile amer et insultes sur son entourage, enfermé dans l'enfer de sa déchéance physique et de secrets enfouis. le fils aîné d'Arame est mort en haute mer dans le cadre de la pêche. Et son fils cadet, Lamine, le seul qui lui reste, est au chômage sans aucune perspective d'avenir.

Alors que chaque jour est un challenge pour nourrir la ribambelle de gamins aimants que sont ses petites-filles et petits-fils ainsi que son mari grabataire, sa comparse animée par des intentions retorses, lui propose un deal délicat en lui vantant les possibilités d'une réussite possible pour leurs garçons par le biais d'une traversée vers l'Espagne...

Ce qu'il advient de nos clandestins, on ne le sait que très tard dans le déroulé du roman. C'est l'attente de ces femmes, de ces mères qui ont réussi à marier leurs fistons. C'est aussi l'attente de ces épouses modelées dans ce système qui vivent l'absence mythique de cet homme émigré sensé faire fortune et apporter espoir à sa famille. Sauf que les chimères ne se concrétisent pas, les appels se font rares et les mandats sporadiques...
De toutes ces attentes, qui diffèrent pour chacune de ses femmes, celle de Coumba épouse de Issa, le fils de Bougna est la plus pathétique. Épouse aimante et fidèle, mère dévouée, sa voix est celle qui porte le mieux la détresse de ces femmes car elle est la seule dont la démarche est complètement désintéressée. La charge de son discours est l'une des plus belles réussites de ce roman. C'est aussi le personnage sur lequel s'acharne le destin avec une cruelle efficacité. Enfin le destin, suivez mon regard...
"Les coups de fil s'étaient largement espacés. Les femmes accusèrent le coup. Mais on finit toujours par s'inventer une manière de faire face à l'absence. Au début, on compte les jours puis les semaines, enfin les mois. Advient inévitablement le moment où l'on se résout à admettre que le décompte se fera en années; alors on commence à ne plus compter du tout. Si l'oubli ne guérit pas la plaie, il permet au moins de ne pas la gratter en permanence. N'en déplaise aux voyageurs, ceux qui restent sont obligés de les tuer, symboliquement, pour survivre à l'abandon. Partir c'est mourir au présent de ceux qui demeurent."
Page 195, éditions Flammarion
Par ce roman, je découvre un texte magnifique de Fatou Diome. Un propos critique mais complet sur une petite communauté sénégalaise, sur les rapports complexes entre le nord et le sud, l'illusion de l'eldorado européen, sur la vanité du paraître, sur l'amour, sur les femmes, sur l'attente de celles qu'on ne voit pas, le tout porté par une très belle plume. Celle de Fatou Diome.
"Ceux qui nous oublient nous assassinent"
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litolff
28 mars 2011
Dans ce beau roman, Fatou Diome nous dévoile un petit bout d'Afrique, celle qui est confrontée à l'émigration clandestine des hommes vers un miroir aux alouettes, l'Europe. Et c'est vers les femmes restées au pays qu'elle concentre son propos, ces femmes qui, pour des raisons objectives ou obscures, mais toujours douloureuses, ont envoyé leurs fils en Europe avec l'espoir illusoire de les voir revenir rapidement, riches et auréolés de gloire.
Avec une belle écriture, Fatou Diome raconte le quotidien misérable de ces femmes confrontées à la pauvreté, à la polygamie, engluées dans des coutumes ancestrales qui les appauvrissent encore plus ; ainsi Arame contrainte après la mort de son fils, d'élever et de nourrir tous les enfants qu'il a eues avec ses deux épouses... ! Par ce quotidien, Fatou Diome raconte l'Afrique et n'hésite pas dénoncer les contradictions d'une société pour qui le prestige justifie tous les sacrifices et les excès.
Autant qu'un hymne aux femmes et à la dureté de leur existence, "Celles qui attendent" est également un pamphlet qui dénonce en vrac la polygamie, véritable fléau économique qui appauvrit les familles, le miroir aux alouettes qu'est l'émigration vers l'Europe, les pratiques économiques des grandes sociétés européennes, de pêche par exemple, qui dépouillent les cotes africaines de leur poisson et contraignent les pêcheurs à l'exil... Beaucoup de thèmes abordés et un thème central, celui des femmes, magnifiques de dignité !
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OZALID
13 avril 2011
Magnifique ouvrage que « Celles qui attendent » de Fatou Diomé ! Tout d'abord une évocation juste et lucide de cette émigration clandestine de l'Afrique vers l'Europe. Émigration… puisqu'ici l'histoire est vue du côté des partants depuis une île du Sénégal.
Problème de migration donc qui rejoint une réflexion plus vaste sur les rapports toujours équivoques entre l'Europe et l'Afrique, entre pays nantis et pays en recherche de développement.
On suit avec intérêt, voire empathie, l'existence difficile de ces quatre femmes attachantes qui s'étiolent à attendre le retour d'un fils, d'un mari, embarqué sur une pirogue de fortune pour le mirage européen. Et, au fil de leurs journées bien remplies, on découvre la subtilité des chemins de survie de ces mères sur qui repose – quelle que soit leur situation matrimoniale – le souci de subvenir aux besoins de leur maisonnée.
On découvre aussi au fil des pages d'un récit concis et bien construit, les secrets de ces vies apparemment lisses et socialement codifiées à l'extrême. On pleure, on espère avec ces femmes-courage qui jamais ne baissent les bras.
D'une écriture limpide, Fatou Diomé nous décrit la complexité des sentiments qui animent ces épouses dans leur lutte éperdue pour capter l'amour de l'époux, amour qu'il leur faut cependant partager… polygamie oblige.
Mais l'auteure ne se contente pas de nous entraîner dans les péripéties tendres ou cruelles de ces héroïnes suivant leur destin entre cuisine, corvées d'eau ou de bois, ramassage des coquillages… Elle nous livre aussi ses réflexions incisives sur la polygamie, sur les déséquilibres Europe/Afrique, séquelles du colonialisme rampant qui affecte les mentalités occidentales, sur les désastres que cause la course effrénée au profit dans un monde consumériste qui entrave toute velléité de s'en sortir. Des paroles qui sonnent juste et dont on ferait bien de s'inspirer : « Aider quelqu'un, c'est l'aider à ne pas avoir besoin de vous » dit Fatou Diomé.
Une mention spéciale pour le style qui va à l'essentiel avec sobriété mais qui nous régale aussi de ses éclats poétiques, poésie des instants vécus… dont je n'ai pu m'empêcher « d'extraire » ces haïkus :
Les canards caquètent
d'un bout de la cour à l'autre
avec lenteur
Les deux amies
éclats de rire mêlés
à la rumeur des vagues
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Citations & extraits (106) Voir plus Ajouter une citation
BouvyBouvy01 novembre 2015
Derrière les grilles de Ceuta et Melilla bat un cœur que l'Europe économique voudrait anesthésier. Mais, répondant avant tout aux consignes humanistes, les militants de diverses associations accourent, soignent, nourrissent, encadrent et consolent les enfants de la misère qui viennent se briser les ailes contre la vitrine européenne, comme des oiseaux happés dans les lames d'une girouette. Les lois contre l'immigration changent en permanence, tels des pièges sans cesse repositionnés afin de ne laisser aucune chance au gibier. Ainsi, dans cette chasse qui ne dit pas son nom, le chemin de la veille devient le guet-apens du lendemain, quand la mauvaise foi des politiques légitime tous les appâts. Mais que faire, quand, inconsciente ou suicidaire, la proie se montre aussi entêtée que le chasseur ? « Barcelone ou Barsakh ! » répètent hardiment les malheureux, prêts à jouer leur vie à la roulette russe. Les âmes sensibles se démènent, soucieuses du salut des infortunés : on s'agite, on râle, on s'époumone, on s'épuise en alerte. Affamés, les louveteaux mordent à tout, même au chiffon rouge. Qu'ils mordent donc ! S'ils ne se cassent pas les dents, ils finiront par comprendre que tout ce qui est rouge n'est pas viande.
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MarsupMarsup17 octobre 2010
Les coups de fil s'étaient largement espacés. Les femmes accusèrent le coup. Mais on finit toujours par s'inventer une manière de faire face à l'absence. Au début, on compte les jours puis les semaines, enfin les mois. Advient inévitablement le moment où l'on se résout à admettre que le décompte se fera en années; alors on commence à ne plus compter du tout. Si l'oubli ne guérit pas la plaie, il permet au moins de ne pas la gratter en permanence. N'en déplaise aux voyageurs, ceux qui restent sont obligés de les tuer, symboliquement, pour survivre à l'abandon. Partir c'est mourir au présent de ceux qui demeurent.
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bibliothequegriesbibliothequegries04 avril 2012
« On traîne sa faim comme on traîne un fagot de bois trop lourd, mais on ne la jette sur la figure de personne. Et, afin de ne pas exploser de rancœur, on respire, on découvre les vertus apaisantes du bouddhisme. Et lorsqu’on n’a plus assez d’énergie pour poursuivre l’exercice, on savoure l’extase que procure l’inanition. On dépose les armes, car même les plus vaillants guerriers se laissent vaincre par la faim. Ratatiné sur une natte, on poursuit du regard des libellules chimériques pour ne pas attraper les mouches. Mais plus que la faim, c’est la frustration qui colle au tapis. L’attente d’un repas plonge n’importe qui dans une détresse similaire à celle qu’on éprouve enfant, en guettant une mère qui n’arrive pas. »
« Ici, tout appareil hors d’âge et hors d’usage patiente dans un coin, en attendant le nécessiteux, adroit et imaginatif capable de lui offrir une nouvelle vie. Les réparateurs font preuve d’une habilité d’experts qui ferait pâlir les meilleurs ingénieurs des grandes firmes occidentales….. C’est sûr, avec des devises pour lancer ne industrie autonome et des hommes aussi astucieux pour la servir, l’Afrique lancerait son avenir au galop. »
« Avant de regretter les morts, il faut aimer les vivants. »
« Les lois contre l’immigration changent en permanence, tels des pièges sans cesse repositionnés afin de ne laisser aucune chance au gibier. Ainsi, dans cette chasse qui ne dit pas son nom, le chemin de la veille devient le guet-apens du lendemain, quand la mauvaise foi des politiques légitime tous les appâts. Mais que faire quand, inconsciente ou suicidaire, la proie se montre aussi entêtée que le chasseur ? ».
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ChezLoChezLo01 décembre 2010
Issa savoura son effet. Il n'avait pas bien préparé son discours, mais le mot Europe fut son meilleur talisman. La fiancée, subjuguée, acquiesça de tout son coeur. Amoureuse et pleine d'espoir, Coumba ne sentit pas les mains calleuses du pêcheur fauché lui gratter les joues en essuyant ses larmes de joie. Elle se voyait déjà, princesse rayonnante, un soir de couronnement, parée de ses plus beaux atours, accueillant son amoureux, de retour d'Europe et riche à millions.
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GwordiaGwordia16 mars 2011
Quand l'hiver faisait regretter aux Sahéliens les chaudes caresses de l'harmattan, ils se regroupaient chez lui, prolongeait les séances de thé et les débat rebondissaient. "L'immigration choisie", même les analphabètes parmi eux avaient leur idée sur la question : les immigrés, cheptel de l'Occident ! disaient-ils, une idée qu'un honnête énarque ne pouvait contredire. Et quand, à la télé, les barons de l'extrême-droite éructaient, pestaient, tempêtaient, pêle-mêle contre les immigrés, les banlieues et les aides sociales supposées engraisser les étrangers, le petit groupe, qui ne comptait pas d'analyste parmi ses membres, n'était pas pour autant à court de répliques. Ils se référaient tous à leur situation réelle et à la sagesse de leur village pour évaluer leur place sur l'échiquier de l'économie mondiale.

Ces hordes d'affamés qui arrivent en rafiot, si l'Europe de Schengen, avec ses navires de guerre, ses radars et ses avions de chasse les laisse fouler son sol, c'est qu'elle en tire parti : plus ils sont nombreux, plus il est aisé de les asservir. On reconnaît la fortune du Peulh au nombre de ses bêtes. (...) Alors, quand on entend "immigration choisie", on ne peut que se demander : qui choisit qui, comment et pour quoi faire ?
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Vidéo de Fatou Diome
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34e Forum du livre Saint Louis 2017
Entretien avec Fatou Diome pour son livre Marianne porte plainte ! publié chez Flammarion
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