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EAN : 9782021460315
128 pages
Éditeur : Seuil (01/10/2020)
4.45/5   11 notes
Résumé :
« Je m’appelle Gabriel, j’ai 22 ans. Je m’appelle Sébastien, j’ai 30 ans. Je m’appelle Antoine, j’ai 27 ans. Je m’appelle Frédéric, j’ai 36 ans. Je m’appelle Ayhan, j’ai 53 ans. C’était le samedi 24 novembre. C’était le 1er décembre. C’était le 8 décembre. C’était à Bordeaux. C’était à Tours. C’était place Pey-Berland. C’était place Jean-Jaurès. C’était sur le boulevard Roosevelt dans le XVIe arrondissement. Ça s’est passé le 9 février devant l’Assemblée nationale, ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
DoubleMarge
  05 novembre 2020
"5 droitiers, 5 mains droites arrachées, 5 grenades au TNT, 1 livre fait des récits de 5 gilets jaunes mutilés. Ouvrier, artisan, apprenti, étudiant, amarreur à quai, 5 vies désossées à l'arme de guerre. 22, 27, 30, 36, 53 ans, ceux qui manifestaient pour ne plus être rien sont maintenant handicapés. Voix individuelles regroupées en un choeur, parole restituée, collectif aussi implacable que les 5 doigts d'un poing fermé."
Pierre-Romain Valère dans Double Marge
Lien : https://doublemarge.com/cate..
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Bazart
  11 novembre 2020
Sophie Divry, romancière de talent, réussit toujours dans tous ses écrit ( La condition pavillonnaire notamment) à insuffler une certaine poésie dans son univers qui pourrait sembler un peu banal en premier lieu.
Dans sa nouvelle parution, elle laisse de coté la fiction en relatant le compte rendu d'entretiens réalisés entre septembre 2019 et février 2020 avec les cinq manifestants mutilés de la main lors du mouvement des Gilets jaunes. Elle laisse la parole à cinq destins ordinaires de travailleurs ayant du mal à joindre les deux bouts et dont la volonté de se faire entendre a joué contre eux, car ont vu leurs corps amputer d'une main, la droite celle qui servait à travailler.
Toujours fidèle à ses principes de mettre de la fiction et de la poésie dans le réel le plus tragique, Sophie Divry à fait de ces 5 destins une sorte de choeur, un peu comme on en avait dans les tragédies antiques; un choeur qui parle à l'unisson en une seule et même voix, pour démontrer sans doute que ces 5 mains absentes représentent un seul et même corps, social tout du moins.
Ce choeur de travailleurs emputés et imputés n'élude en effet rien des séquelles- .médicales, professionnelles, judiciaires, psychologiques, financières- de cette amputation dans un texte parfois dur et éprouvant.
Impossible dès lors de ne pas penser au film documentaire "un pays qui se tient sage " et à la discussion qu'on a récemment eu avec son réalisateur David Dufresne qui s'indigner du fait qu'on semblait prendre plus de cas pour un arc de triomphe dégradé qu'une main arrachée alors même " qu'un arc de Triomphe peut être nettoyé rapidement, un Fouquets, reconstruit plutôt vite aussi alors qu'une main arrachée, ça ne reviendra jamais. "
D'une façon certes différente dans son traitement et son approche, Cinq mains coupées de Sophie Divry raconte peu ou prou le même discours et dans un contexte où la violence légitime se pose de façon prégnante, ce discours, plus proche de l'humain est forcément salutaire.

Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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VincentGloeckler
  15 octobre 2020
Le cadre rouge de la célèbre collection du Seuil a pâli jusqu'au fluo des Gilets jaunes, le nom de l'auteure, dans la même teinte, s'estompe, jusqu'à presque disparaître, au centre de la couverture, où trône dans sa brutalité le titre, Cinq mains coupées, bien lisible juste au-dessous. Et Sophie Divry, qui dans une postface présente son projet et ses sources, pourrait justifier elle-même cet effacement, puisque, dit-elle, « dans ce livre, pas une phrase n'est de moi ». La puissance esthétique de ce texte, sa dimension littéraire, résulte pourtant de l'art avec lequel elle a lié les unes aux autres ces paroles empruntées, jouant d'effets de rythmes, de répétitions, d'échos ou d'accumulations, pour tresser serrées les fragments des différentes confessions, insérer dans le souffle d'une voix commune les mots des cinq mutilés, mêler leurs expressions individuelles dans un seul choeur. A l'origine, la curiosité d'une spectatrice de faits-divers, se demandant pourquoi et comment ces personnes, parties pour défiler dans une des manifestations des différents « actes » des Gilets jaunes, ont pu se retrouver quelques heures plus tard la main arrachée, engendre le désir d'enquêter, d'aller à la rencontre de ces victimes pour recueillir leurs récits. Sophie Divry découvre dans ses entretiens les conditions de vie difficiles, les sources de colère de ses interlocuteurs, leurs parcours et leurs passions, l'absence d'horizon à laquelle ils se heurtent, l'idée récurrente qu'ils ne peuvent plus « s'en sortir », et, en conséquence, le besoin d'aller dire ce manque d'argent, de considération et d'avenir sur les ronds-points ou les avenues. Chacun raconte la manifestation, la confrontation avec la police, les gaz lacrymogènes, la grenade ramassée, la main arrachée, le sang, le choc et la sidération… Chacun, surtout, raconte aussi « l'après », l'hôpital, le regard des autres, le membre absent, la vie bouleversée, et les voix se croisent, se bousculent les unes les autres, qui ajoutant sa touche d'horreur, qui le rire jaune et l'autodérision. On se souvient de la Condition pavillonnaire, où l'enquête sociologique prenait toute sa puissance grâce au travail d'écriture romanesque, on se rappelle l'étonnante poursuite des raisons de « croire » à travers un voyage dans une pléiade d'églises dans Journal d'un recommencement, on garde la plus joyeuse des mémoires du jouissif Quand le diable sortit de la salle de bains, et on admire cette capacité de l'auteure à renouveler chaque fois la forme du récit, nous offrant des textes d'une profonde sensibilité. Mais on n' « aime » pas, ce coup-ci, ce bouquet de mains sanglantes, ce texte collectif dérangeant et violent, ce collage de Sophie Divry, composé des douleurs des cinq blessés, non, on ne l' « aime » pas, on le prend comme une claque dans la gueule, on en chiale. La littérature, là, toute dans l'art de rassembler, comme l'expression d'un corps collectif, les cris des individus abimés, atteint sa plus haute efficacité politique. Et, oui, on partagera longtemps après la lecture de ce récit, avec Sophie Divry et grâce à elle, cette question qui la et nous hante : « que va-t-il devenir,ce pays où on coupe des mains à des ouvriers et des étudiants ? »
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Usutine
  01 décembre 2020
Sophie Divry a mené l'enquête et retrouvé les cinq hommes qui, durant les grandes manifestations des gilets jaunes en 2018, ont perdu une main, touchés par des grenades chargées au TNI de ces entretiens, l'auteure, journaliste de formation, a composé un récit choral où les mots des uns se mixent aux mots des autres, livrant un texte qui recompose les séquences successives au centre du bouleversement de leur vie. le moment de la charge, la blessure, la panique, l'hospitalisation, l'amputation, la revalidation, l'invalidité, la honte devant leurs parents ou leurs enfants. L'existence de types ordinaires - certains manifestaient pour la première fois, ni casseurs, ni enragés, ni radicaux, ni rien, mais de braves mecs de la classe moyenne qui voulaient faire entendre leur voix parce qu'ils pensaient que le gouvernement français leur manquait de respect... Un exercice de journalisme littéraire très réussi, un récit du réel qui a la force des meilleurs témoignages - émouvant, engagé et exemplaire.
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
VincentGloecklerVincentGloeckler   10 octobre 2020
...ce n'est que dans les romans que les grenades tombent sur les héros. En France aujourd'hui, des grenades offensives tombent sur n'importe qui, sur monsieur Tout-le-monde, sur sa mère, ou sa soeur. Ou pour le dire autrement, "n'importe quel" policier lance des grenades sur "n'importe quel" citoyen. On voudrait se rassurer en pensant qu'elles sont lancées par des policiers excités, ou qu'elles mutilent "des manifestants les prenant volontairement en main" (comme dit le ministre), mais c'est une erreur. A partir du moment où ces armes sont disponibles, leur usage sera dévoyé, et leurs victimes seront tout le monde, vous, moi, nous. (postface, p.119)
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BazartBazart   11 novembre 2020
C'est assez ambivalent comme situation. Quand je suis dehors avec la prothèse ca attire le regard, la curiosité et le dialogue. Les gens viennent vers moi, ils me demandent comment ca marche. Ah c'est incroyable.. Tout le monde trouve ca incroyable, j'ai l'impression qu'ils en veulent tous une !
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Videos de Sophie Divry (24) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Sophie Divry
Avec leur mode de mobilisation inédit, constitué en marge des structures politiques classiques, les Gilets Jaunes ont depuis 2018 considérablement marqué l'actualité. Comment rendre compte de cette mobilisation et de ses retombées, alors que l'horizontalité revendiquée du mouvement et son absence de leaders résistent aux formes de storytelling classiques ?
Sophie Divry imagine des dispositifs narratifs à la hauteur de cet enjeu : s'effaçant pour restituer dans Cinq mains coupées, collage littéraire original et puissant, la parole de cinq manifestants amputés par des grenades de désencerclement, l'autrice replace les Gilets Jaunes dans une histoire du fait collectif.
Sophie Divry est écrivaine, journaliste de formation. Ses textes présentent un fort ancrage dans le monde contemporain, tel La Condition pavillonnaire (Noir sur Blanc, 2014), mention spéciale du Prix Wepler.
Retrouvez notre dossier "Effractions 2021" sur notre webmagazine Balises : https://balises.bpi.fr/dossier/effractions-2021/ Retrouvez toute la programmation du festival sur le site d'Effractions : https://effractions.bpi.fr/
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