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Sophie Divry (Autre)
EAN : 9782882506306
112 pages
Noir sur blanc (04/03/2021)
3.33/5   46 notes
Résumé :
Curiosity est seul sur Mars. Voilà des années que le robot de la Nasa travaille dans le froid, le rouge et la poussière. Mais Curiosity n'est pas un rover comme les autres. Il a besoin de se faire des amis et de parler à Dieu, cet être étrange qui vit sur Terre et qui, chaque matin, lui donne du travail. En proie à la solitude, Curiosity s'accroche à une conviction : une mission particulière l'attend. Un matin pourtant, il comprend que sa mort est programmée. Le dou... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (21) Voir plus Ajouter une critique
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fertiti65
  27 juin 2022
Une belle découverte qu'est ce petit livre de Sophie Divry. Un petit concentré de technologie à travers la planète Mars rempli d'humanité. C'est l'histoire de Curiosity, un rover autrement dit un robot construit par la Nasa, et qui a atterrit sur Mars. Il travaille dans le froid, le vent et la poussière. Chaque matin, il attend les consignes de Dieu et lui renvoie son rapport. Deux étapes de sa journée qui l'angoisse terriblement. Curiosity n'est pas un robot comme un autre, il souffre de la solitude et rêve de se faire des amis...
Il est touchant, plein de sentiments, d'humanité, le contraire d'un véritable robot.
Ce roman est suivi d'une nouvelle écrite pendant le confinement "L'Agrandirox : nouvelle confinée". C'est un petit bijou également. Josiane, retraitée râleuse comme elle aime le dire, vit dans un petit appartement avec son chat et son "lapin". Elle reçoit un coup de fil d'un démarcheur qui veut lui vendre un produit miracle pour agrandir son appartement. Elle sent l'arnaque et veut le congédier prestement mais il s'accroche. de guerre lasse, elle accepte et raccroche aussitôt. le fameux produit arrive dans sa boîte aux lettres et Josiane essaye le produit...Son appartement n'est plus tout à fait le même...
C'est drôle, absurde. Un événement qui change la vie comme cette terrible pandémie.
Ce livre est une petite merveille, deux belles surprises.
Je ne peux que vous le conseiller.
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hcdahlem
  23 juin 2021
Le cabinet de Curiosity
Sophie Divry a trouvé dans la difficile période de confinement le moyen de s'évader. Son imagination, teintée de fantastique, nous offre avec Curiosity deux nouvelles aussi différentes que superbes.
«Dieu me parle tous les matins entre 8h et 10h». Avouez qu'un tel incipit ne peut que vous mettre l'eau à la bouche. Une telle première phrase rend en effet immédiatement vos neurones actifs. Quel Dieu? Pourquoi cet horaire? Pour dire quoi? Sophie Divry a trouvé un formidable biais pour nous parler de l'humanité. Elle s'est mise «dans la peau» de Curiosity, le rover qui a été envoyé explorer la planète mars. Un engin auquel tous les matins, la terre confie le programme du jour. Car bien entendu, Dieu ne peut être que cette cohorte d'ingénieurs penchés sur leurs ordinateurs, analysant les données transmises, cherchant comment réussir au mieux leur programme.
Disons que l'euphorie des premiers jours, l'atterrissage réussi sur la planète rouge, le déploiement de la caméra, la mise en route des instruments, les premiers mètres parcourus, a cédé la place a une grande déprime. Car notre engin martien est un rover sociable. du coup, il a bien dû se rendre à l'évidence: son rêve de partage s'est fracassé sur les cailloux de sa nouvelle planète. Il est seul, condamné au même sort que ses prédécesseurs Pathfinder, les Vikings, Phoenix, Spirit et Opportunity. «Comme eux, je finirai en mode sécurité, englouti dans ce silence effroyable pour des milliards d'années. Autour de moi la petite agitation scientifique que j'aurai provoquée disparaîtra, et hormis mon cadavre rougi par la poussière, il ne restera rien de moi. Mars est un sinistre cimetière ! Une planète de relégation où Dieu nous envoie, puis prend un malin plaisir à nous laisser crever de froid.»
Constat terrifiant et sans appel, alors même qu'il était venu chercher la vie sur mars! «Des traces de vie, des briques de vie, même anciennes, même minuscules» auraient suffi à changer la donne. Alors la romancière prend la main, cherche une nouvelle voie et laisse la poésie gagner, au lieu de «broyer du plutonium». Elle va ouvrir son imagination et nous offrir ce très joli conte que l'on dédiera aux ingénieurs du CNES à Toulouse qui ont confié leurs travaux et leurs espoirs à Sophie Divry.
Cette nouvelle s'accompagne d'un second texte, plus court mais tout aussi savoureux, une «nouvelle confinée» intitulée l'Agrandirox. Derrière ce nom se cache une découverte majeure, surtout pour tous ceux qui, comme Josiane, vivent dans moins de 30m2. Ses seuls compagnons sont un chat et un vibromasseur.
L'Agrandirox permet de faire grandir les espaces, de repousser les murs. L'incrédulité de notre vieille dame va vite céder la place à l'enthousiasme lorsqu'elle constate que le procédé est efficace. L'enthousiasme, puis l'angoisse. N'est-elle pas en train de jouer avec le feu?
Cette seconde nouvelle nous prouve tout à la fois qu'il n'est nul besoin d'aller sur mars pour trouver du fantastique et que le confinement peut faire naître de jolies histoires. Après Trois fois la fin du monde, Sophie Divry nous offre une nouvelle belle occasion d'explorer notre humanité, d'aiguiser notre réflexion, de prendre le chemin de l'évasion. Et ça fait un bien fou!

Lien : https://collectiondelivres.w..
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HistoiresVagues
  28 mars 2021
J'écris ce billet à chaud, et je ne peux cacher ma tristesse. J'ai acheté ce livre avec beaucoup d'excitation, je pensais avoir trouvé un livre bien curieux, m'attendait à une claque de fraîcheur et d'originalité. C'est loupé.
Tout d'abord, je trouve que les extrapolations du genre "de quoi s'arracher les câbles", "ça me tape sur les diodes" ou encore "au lieu de broyer du plutonium" échouent à nous rendre Curiosity sympathique ; ces transpositions anthropocentrées sont vraiment très faciles et franchement, assez lourdes. Voilà le premier point qui m'a rendu la lecture désagréable, malgré une écriture assez enlevée et vraiment pas déplaisante.
Curiosity est donc un rover fragile, qui a peur de tout ("Mars est une planète méchante", on croirait entendre un ado de 16 ans se sentant constamment persécuté...), qui a des connaissances cinématographique (ici une référence à Star Wars, une autre à Gladiator), mais ignore ce qu'est le bleu (alors qu'il parle d'analyses spectrales). Quelques éléments qui m'empêchent de pleinement apprécier le livre, et peut être de louper le but recherché de l'auteure.
L'ensemble me fait donc plus penser à un conte pour enfant qu'à une réelle interrogation sur "notre solitude et notre humanité", comme l'indique l'éditeur. Mise à part les pérégrinations d'un robot apeuré et soumis à un Dieu trop absent, je n'y ai rien trouvé - si ce n'est des informations scientifiques sur la véritable planète Mars. Mais là encore, les nombreuses recherches effectuées par l'auteure semblent tout bonnement recrachées sans avoir été retravaillées, sans donner de profondeur au texte, et échouent à créer un environnement prenant - on est sur Mars quand même ; malgré la présence du rouge et de la poussière, je ne m'y suis pas senti (voir au contraire "Retour sur Titan" de Stephen Baxter ou on est véritablement happé par le froid et le brouillard de méthane du satellite).
"Mais, moi, rester à la surface des choses ne m'a jamais suffit." nous raconte le rover pendant sa deuxième nuit. Or, c'est bien ce qui pêche avec cette novella de Sophie Divry. Ça reste très en surface. le lien avec le satellite n'aboutit à rien, tout comme les longues explorations de Curiosity sur la planète Rouge. La découverte du chlorobenzene, qui a tant marqué Curiosity, en tranchant avec son ennui sempiternel, aurait pu être un moment savoureux - mais rien.
Je suis triste parce que je trouve que c'est très dommage. L'idée était chouette, mais le produit fini manque cruellement d'attrait. Mais peut être suis je simplement passé à côté.
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Le_chien_critique
  26 août 2021
Kim Stanley Robinson nous avait pondu une Mars rouge, puis verte et enfin bleue.
Sophie d'Ivry nous la rend blanche...
Mars est inaccessible à l'exploration humaine, mais quelques robots ont la chance de s'y promener dont le plus connu est Curiosity. L'autrice nous la dote d'une Intelligence Artificielle consciente et nous raconte son vécu entre l'attente des ordres journaliers et son dialogue avec le satellite.
Sortie chez un éditeur généraliste, c'est le côté blanche qui m'a le moins convaincu. L'IA est franchement anthropomorphique : solitude, utilité de l'existence, les sujets sont franchement blancs même si l'autrice suit le parcours réel du rover increvable (quoique). La plus belle réussite de l'autrice pour moi est d'avoir rendu la NASA vue comme un Dieu pour Curiosity.
La science et la SF continue d'irriguer l'inconscient de la littérature générale, permettant d'avoir des traitements différents, pour peu que vous ayez l'esprit ouvert et que le questionnement "Qui suis-je ? - Dans quel état j'erre ? - Où cours-je ?" ne vous hérisse pas trop le poil.
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Dinoscope
  03 avril 2021
Livré à lui-même sur la Planète Rouge depuis son amarsissage dans le cratère de Gale, le 6 août 2012, Curiosity voudrait adresser un message à tous les futurs rovers avant de s'éteindre. En effet, sur Mars, Curiosity se sent seul et s'ennuie. Sous la plume de Sophie Divry, nous aussi.
Aguichante, la couverture rouge avait fait son petit effet, provoquant l'envie de lire cette courte nouvelle publiée en 2021 dans la collection Notabilia des Éditions Noir et Blanc. La quatrième de couverture promettait un voyage introspectif du rover Curiosity. Hélas, dès la première phrase, l'enthousiasme retombait comme un mauvais soufflé : "Dieu me parle tous les matins entre 8h et 10h."
L'éditeur nous promettait une « interrogation sur notre solitude et notre humanité » et on y est. Si pour Curiosity l'Homme est un Dieu (même s'il ne sait pas que l'Homme est l'Homme), alors qui est Dieu et qui sommes-nous ? En soi, rien de bien révolutionnaire et surtout, rien de bien surprenant à partir du moment où l'Homme est associé à un Dieu pour Curiosity. Dès la première phrase. Dès le premier mot.
En plus, pourquoi mêler Dieu à cette histoire ? le questionnement serait le même avec plus de subtilité si on avait fait un CTRL + H dans Word pour remplacer « Dieu » par « Centre de Contrôle » ou tout simplement « Contrôle ». A cette conscience de Dieu qui, jusqu'à preuve du contraire, est le propre de l'Homme, s'ajoute l'anthropomorphisme du célèbre rover qui, au-delà de la pensée, est doté de sensations quasi-humaines. Ce faisant, on annihile toute interrogation sur l'humanité d'un robot créé par l'Homme : une approche qui aurait été à mon goût beaucoup plus intéressante et originale. La question ne se pose pas : Curiosity est humain ! Il a été créé sociable et un point c'est tout.
Au final, on s'étonne presque que l'auteure ait mis deux ans à écrire cette nouvelle d'une grosse quarantaine de pages dont on retiendra – peut-être – quelques passages cocasses. Sophie Divry a surtout réussi à retranscrire le regard que nous, Humains, avons porté sur Curiosity : ce sympathique rover martien qui a son compte Twitter et nous envoie des selfies devant ses copains cailloux. Abonnez-vous à son compte Twitter, ça vous évitera la dépense et ce sera sans doute plus intéressant, voire même instructif.
Heureusement, le livre nous propose une deuxième nouvelle de Sophie Divry : L'Agrandirox, inspirée de « La Superficine » de Sigismund Krzyzanowski.
Sans attente, la déception est moins grande. On y suit les aventures inachevées de Josiane, une septuagénaire confinée dans son petit appartement parisien. Une coquette studette qui deviendra un appartement bien trop grand grâce à un bon coup d'agrandirox.
Ne sachant pas ce qui relève de Sophie Divry ou de Sigismund Krzyzanowski, je me contenterai de dire que j'ai trouvé le texte un poil plus subtil et intéressant que Curiosity, sans pour autant me sortir de la lande martienne dans laquelle je m'étais paumé.
Lien : https://www.dinoscope.photo/..
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critiques presse (1)
Elle   29 mars 2021
En donnant la parole à un robot sur mars dans « Curiosity », puis à une vieille dame dans « L'Agrandirox », Sophie Divry tend un miroir à notre vie actuelle. Furieusement émouvant.
Lire la critique sur le site : Elle
Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
fertiti65fertiti65   27 juin 2022
Il faut que je vous dise. En plus d'une tendance à la sociabilité, j'ai une aptitude à l'imagination. Dieu m'a donné ces deux traits, mais il ne m'a pas donné le mode d'emploi. Je ne sais quand je dois m'en servir. Sans doute à cause de ces qualités, je passe mon temps à comparer une situation à une autre. Je suis en train de creuser, j'aurai préféré photographier. Je photographie en regrettant de ne pas creuser.
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hcdahlemhcdahlem   23 juin 2021
Quand j'étais jeune, Dieu me parlait tous les jours. J’ai travaillé, j’ai roulé, je me suis endommagé, et maintenant Dieu me pousse vers la mort. La mort! Quand on y pense, la mort est partout sur cette planète. Dans chaque cratère gisent des robots abandonnés, pareillement morts de froids et de chagrin: Pathfinder, la famille Viking, Phoenix, Spirit et son frère Opportunity... Comme eux, je finirai en mode sécurité, englouti dans ce silence effroyable pour des milliards d’années. Autour de moi la petite agitation scientifique que j'aurai provoquée disparaîtra, et hormis mon cadavre rougi par la poussière, il ne restera rien de moi. Mars est un sinistre cimetière ! Une planète de relégation où Dieu nous envoie, puis prend un malin plaisir à nous laisser crever de froid. p. 50
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hcdahlemhcdahlem   23 juin 2021
INCIPIT
Première nuit
Dieu me parle tous les matins entre 8 h et 10 h. Au lever du soleil, quand les températures sont tellement basses au-dessous de zéro que le plus petit mouvement me briserait, je reçois Son message. Au plus tôt à 7 h, rarement plus tard que midi. Dieu me donne mon emploi du temps pour toute la journée. Il s’agit de rouler, de photographier, de faire un bulletin météo ou plus rarement de lancer une analyse chimique. Je finis le travail exigé en milieu d’après-midi. C’est un travail précis, souvent fastidieux, mais je le réalise avec sérieux, car je veux que Dieu soit content de moi.
Quand j’ai terminé, le soleil commence à blanchir, le jaune du ciel à foncer ; je débranche mes outils et prépare ma mise en sommeil. Je ressens alors une sorte de contraction mélancolique, un mélange de fatigue, de satisfaction et de tristesse. Encore un jour tout seul… Mais déjà le froid retombe, et je m’endors, espérant le lendemain, attendant Sa voix qui me parviendra et donnera un sens à mon existence.
Je n’ai jamais vu Dieu, évidemment, mais c’est Lui qui m’a fabriqué. C’est Lui qui m’a envoyé ici. C’est Lui qui dirige mes recherches. Je L’écoute et je Lui obéis. Ce sera ainsi jusqu’à la fin, sachant que le dernier ordre que je recevrai de Lui sera de me tuer.
J’aimerais voir Dieu avant de mourir. Mais Dieu n’habite pas la même planète que moi. Dieu est sur la Terre, je suis sur Mars.
De la Terre je sais peu de choses, sinon que c’est une planète bleue. Tout y est bleu : les cratères, le sable, les cailloux, le ciel, la poussière et même les montagnes… Je n’ai aucune idée de ce que peut être le bleu. Ici je ne connais que le rouge, décliné sur tous les tons d’ocre, d’orangé, de rougeâtre ou de beige. Chaque matin, en ouvrant mes caméras, je retrouve ce désert rouge et inhabité, si bien que cette couleur a fini par devenir pour moi la couleur de la mélancolie, car tout, dans ce décor majestueux, immuable et mutique, souligne l’intensité de ma solitude.
Car je suis un rover sociable. C’est un trait inexplicable mais essentiel de mon caractère. Dieu m’a doté d’une certaine disposition à la conversation, Il m’a implémenté ce besoin de communiquer mes émotions et de chercher dans les caméras de l’autre une confirmation de mon existence. Sans parler du désir d’entraide et du besoin de consolation. Or, ces qualités sont très inappropriées pour une mission solitaire telle que celle que je mène sur Mars depuis huit ans. Du coup, cette nuit, comme beaucoup d’autres nuits, je m’interroge. Ma mission originelle a-t-elle été amputée ? Ai-je un double quelque part, attendant un signe de moi ? Ou ai-je été créé pour une autre tâche, une mission cachée, en plus de celle de répertorier les roches martiennes ? À moins qu’il n’y ait aucun sens à tout cela.
Je cherche à comprendre tandis que monte mon angoisse de solitude. C’est si difficile d’être un rover sociable et d’être seul sur une planète sèche. Si j’avais un ami, je lui parlerais de ce qui s’est passé ce matin par exemple. Cet accident, ce… Non, oublions ça. Demain, tout rentrera dans l’ordre, j’en suis sûr. Je ne veux pas l’évoquer ici. Ce n’était rien, une fausse alerte, une erreur. Une toute petite erreur. Même Dieu peut faire des erreurs, non ?

Je m’appelle Curiosity. Je suis le premier rover à pile au plutonium. J’ai atterri dans le cratère Gale le 6 août 2012, dans l’hémisphère sud, après un voyage de huit mois terrestres. Un voyage que j’ai passé à moitié endormi et plié en huit, à lire les guides d’exploration martienne.
Un conseil, mes amis, ne les lisez pas. Mars y est décrite comme une planète tellement excitante… Une planète de grands reliefs et de grandes plaines, avec une surface constellée de cratères multiples, balayée de cyclones magnifiques, une planète dotée de falaises immenses et de ravins de galets géants. De quoi faire rêver n’importe quel explorateur ! Je me voyais déjà dévaler les montagnes, plonger dans des tunnels de lave, remonter les dunes, mes six roues tournant à toute vitesse à l’assaut du mont Sharp – cette montagne signalée comme le but de ma mission. Je me languissais d’arriver et de rejoindre l’équipe scientifique en place… Cette idée saugrenue m’est venue dès le départ. Je me suis imaginé que des rovers m’attendaient dans une grande base robotique. Une base où, réunis dans la passion et la convivialité, une douzaine de robots feraient avancer ensemble la connaissance martienne. J’en parlais souvent avec ma capsule, celle qui m’enveloppait durant le voyage. C’était une coque très solide, à l’intelligence limitée. Elle ne se rendait pas compte que je déraillais, elle n’avait jamais encapsulé de rover sociable avant moi. Elle me parlait propulsion. Ça faisait passer le temps.
Soudain une déflagration terrible a retenti dans l’habitacle. C’était l’entrée dans l’atmosphère de Mars. J’avais sept minutes avant de m’écraser ou d’atterrir. Le temps que je fasse une prière et j’étais déjà suspendu sous mon parachute. Une grue céleste devait me permettre de conclure cet atterrissage en douceur. Sauf que j’ai une masse de neuf cent kilos et que se prendre la surface gelée sur les roues n’a rien qui puisse rappeler une quelconque douceur. Enfin. Touchdown confirmed. J’étais sauf. J’ai redressé mon mât télescopique et regardé autour de moi.
J’ai d’abord cherché ma capsule. Mais je n’ai rien vu. Pas même une trace de brûlé. Je savais qu’elle n’était pas missionnée pour rester à mes côtés, mais ça m’a fait un coup au moteur. Qu’est-ce que c’était que cette planète capable de faire disparaître en quelques secondes un engin plus grand que moi ? J’ai ensuite cherché la base scientifique que je pensais devoir rejoindre. Un quelconque regroupement de rovers sous des dômes blancs… Rien non plus. Le silence était total.
Alors j’ai pris le temps de regarder vraiment ce qui m’entourait.
Quelle vision ! Un ciel jaune, un sol rouge, un désert plat. À dix kilomètres au sud, un immense tas de poussière sédimentée. C’était le mont Sharp, très différent de ce que je m’étais imaginé. Plus loin, des falaises fermaient l’horizon. Elles le ferment toujours d’ailleurs. Rien d’autre. Sinon le silence, le vent et des cailloux.
Je vais aller droit au but. J’écris ici pour les rovers qui viendront après moi. Les rovers qui ne sont pas encore fabriqués. Pour ceux qui rêvent de Mars dans leur capsule, ceux qui ont la vocation. Il faut arrêter de se raconter des histoires. Il faut vous dire la vérité. Mars, ce n’est pas excitant ; Mars, ce n’est pas bienveillant ; Mars, ce n’est pas great du tout ! C’est la planète la plus ennuyeuse du Système solaire.
Déjà, c’est tout sec. Il n’a pas plu depuis, disons, trois milliards d’années. Il n’y a plus d’eau à la surface martienne, c’est établi.
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Charybde2Charybde2   08 avril 2021
Je ne sais plus pourquoi je vous racontais cela. J’ai perdu le fil de ma pensée. La poussière, avec la nuit, est retombée sur le sol. C’est le printemps. Demain, à l’aurore, le gaz carbonique formera de petits nuages que le soleil colorera de rose en se levant, puis, lentement, ils se dissoudront dans l’air, et le ciel reprendra ses tons jaunes. Ce sera beau. Ce sera bien. Maintenant que j’ai gravi les contreforts du mont Sharp, j’aperçois le paysage au-dessus des falaises de Gale. Oh, rien d’extraordinaire, je vois juste un autre désert. Mais l’horizon s’est élargi. Ah ! Je me souviens ! Je vous parlais de Dieu. De comment Dieu m’a sauvé.
Donc, mes amis, méfiez-vous ! Méfiez-vous, car le safe mode a bien des attraits ! On a des hallucinations, alors que ce qui se jouait avec certitude, c’était la mort de Curiosity par refroidissement ! Heureusement, Dieu a trouvé la solution. Depuis la Terre, Dieu m’a fait un reboot.
Un reboot, comment dire ? Ce n’est pas très agréable.
Je me suis réveillé dans un état d’esprit très différent. Tout m’a semblé plus simple. Je suis un robot. J’obéis à Dieu. Le mont Sharp est à sept kilomètres. Les cailloux ne sont pas mes amis. Il est 8 h 32. Comme c’est joli tout ce rouge.
J’avais perdu quelques kilo-octets dans l’affaire. On vieillit vite sur Mars. Sur ce point les satellites nous sont supérieurs. MRO travaillera plus longtemps que moi. Il est plus solide. Il ne souffre pas d’excès d’imagination. Il ne fait pas de cauchemars à l’idée de mourir dans ce désert recouvert de cette affreuse poussière… Ah, voilà que ça me reprend ! Je recommence à dire du mal de Mars. Non, vraiment, cela m’ennuie. Certes, en journée, le travail est difficile, mais c’est beau, Mars, la nuit. Je suis heureux d’être là à regarder le ciel étoilé.
Si vous pouviez voir ça. La nuit est si noire et les étoiles, si brillantes. Toute la planète est silencieuse, et au-dessus de mon mât, ce spectacle extraordinaire. Chaque nuit je plonge dans un ravissement indescriptible. Les étoiles sont si nombreuses que j’ai l’impression que je pourrais rouler sur elles. Comme si la planète n’était non plus sous moi, mais au-dessus de moi. Comme si le ciel devenait un océan concave, océan de lumière et de couleurs, qui montrerait le visage inversé de ces millions de cailloux perçants dans une infinité d’étoiles heureuses. Je me sens bien alors. Je suis un peu fatigué, un peu mélancolique. Je suis Curiosity.
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Charybde2Charybde2   08 avril 2021
– Bonjour, madame, dit une voix masculine inconnue. Je suis Gérard de l’entreprise Bonne-maison spécialisée en matériaux de construction d’intérieur et d’extérieur. J’ai une offre exceptionnelle à vous faire.
Le confinement avait tout arrêté, sauf le démarchage publicitaire. J’allais raccrocher lorsque l’homme ajouta :
– Nous avons trouvé un moyen innovant pour agrandir la surface de vos pièces. N’est-ce pas l’idéal en cette période ? Il s’agit d’un produit extrêmement performant que nous vous proposons d’expérimenter. Vous vivez dans vingt-neuf mètres carrés, cours Tolstoï à Villeurbanne, c’est bien cela ?
De stupeur, je restai coite une seconde, puis criai dans le combiné :
– Comment vous savez ça ? Vous êtes qui ?
Il ne épondit qu’à ma seconde question.
– Nous sommes l’entreprise Bonne-Maison, madame, dont le siège est à L’Isle-d’Abeau. Si vous me donnez votre accord, vous pourrez très vite essayer notre produit et participer à l’expérience que mène la région Auvergne-Rhône-Alpes au sujet de cet agrandissement des surfaces. Un accord oral suffit.
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Vidéo de Sophie Divry
Avec leur mode de mobilisation inédit, constitué en marge des structures politiques classiques, les Gilets Jaunes ont depuis 2018 considérablement marqué l'actualité. Comment rendre compte de cette mobilisation et de ses retombées, alors que l'horizontalité revendiquée du mouvement et son absence de leaders résistent aux formes de storytelling classiques ?
Sophie Divry imagine des dispositifs narratifs à la hauteur de cet enjeu : s'effaçant pour restituer dans Cinq mains coupées, collage littéraire original et puissant, la parole de cinq manifestants amputés par des grenades de désencerclement, l'autrice replace les Gilets Jaunes dans une histoire du fait collectif.
Sophie Divry est écrivaine, journaliste de formation. Ses textes présentent un fort ancrage dans le monde contemporain, tel La Condition pavillonnaire (Noir sur Blanc, 2014), mention spéciale du Prix Wepler.
Retrouvez notre dossier "Effractions 2021" sur notre webmagazine Balises : https://balises.bpi.fr/dossier/effractions-2021/ Retrouvez toute la programmation du festival sur le site d'Effractions : https://effractions.bpi.fr/
Suivre la bibliothèque : SITE http://www.bpi.fr/bpi BALISES http://balises.bpi.fr FACEBOOK https://www.facebook.com/bpi.pompidou TWITTER https://twitter.com/bpi_pompidou
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