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EAN : 9782253151272
320 pages
Le Livre de Poche (31/10/2001)
3.7/5   53 notes
Résumé :

Ce roman inaugure un cycle intitulé "Le Quatuor d'Alger". L'histoire débute en juin 1830, date de la prise d'Alger par la flotte française.

Suivent vingt années de lutte, que domine la figure de l'émir Abdelkader. Puis vient le temps d'une suprématie française sans partage.

Ces scènes d'histoire alternent avec le récit de la propre enfance de la narratrice, dans un village du Sahel.

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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
"L'amour ,la fantasia',est un roman de l'écrivaine algérienne,Assia Djebar .Cette dernière fait avec brio ,oeuvre de romancière et d'historienne .Elle fait débuter le roman à l'année 1830 ,date de l'invasion de l' Algérie par la France .Les faits historiques sont fidèles et avérés .Cette occupation est dévastatrice pour le peuple Algérie du fait de l'inégalité de la puissance de feu . C' est tout un cortège de massacres sans pitié ,des viols , des déportations ,des déplacements que rien ne motivent .Les Algériens sont dépossédés de leurs terres ,de leurs troupeaux , de leurs bétails et de leurs biens .Mais l'auteur insiste sur un point qui a toute son importance : ce que malgré toute l'atrocité subie ,ce peuple est fier et demeuré debout . Il résiste .
Tout ça est le côté historique mais l'auteur insère de temps à autre ce que fut sa vie à elle . Sa fréquentation de l'école et sa progression dans la vie de tous les jours .Elle raconte sa vie quotidienne .
Livre intéressant pour comprendre la colonisation française en Algérie .
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L'amour, la fantasia
(écrit à Paris, Venise, Alger, dans les années 82-84)
Assia Djebar (1936-2015)
roman, Albin Michel, 256 p, 1995


Assia Djebar est un pseudonyme, choisi par l'autrice algérienne pour ne pas gêner ses parents. Assia veut dire consolation, et Djebar, intransigeance. Deux mots éloquents. J'ai appris cela en regardant le documentaire de Virginie Oks, Assia Djebar, la soif d'écrire.
Virginie Oks est tombée en amour (sic) d'Assia Djebar en lisant L'amour, la fantasia.J'avoue que j'ai eu du mal à entrer et à rester dans ce livre. Parce que le sujet ne m'a pas retenue.
Il s'agit d'une autobiographie présentée de manière éparpillée, parce qu'elle lie le destin de l'Algérie et de sa Ville Imprenable, en 1830 et d'Oran en 1840, et évidemment pendant la guerre d'indépendance, au propre destin de l'autrice, écolière dans une école française, puis étudiante à Paris, et qui fait entendre, parce qu'elle possède la langue française et jouit de liberté, les voix de toutes les femmes algériennes réduites au silence. Cela dit, si Assia Djebar montre des femmes algériennes en partance, comme butin de guerre, pour la France, elle montre aussi une femme française, Pauline Rolland, exilée en Algérie pour faits révolutionnaires. le titre indique également les deux axes du livre, l'amour, celui de et pour l'Algérie vue comme une femme, l'amour des corps, l'amour de la langue française, même si elle paraît aride en comparaison des diaprures et des entrelacs de la langue arabe, et la mort, celui de toute fantasia, dans laquelle on entend le cri de mort, qui prélude au combat.
Assia Djebar oscille entre France et Algérie comme, petite fille et presque adolescente, elle oscillait entre le harem des femmes voilées ou enfermées et la liberté de courir que lui octroyait sa présence dans une école française. Ce balancement autorise l'enlacement de corps cachés et offerts.
Il est beaucoup question de lettres, d'écrits, de voix dans le livre. La voix sort de l'ombre, l'écrit transmet les combats, les défaites, les massacres, ou relaie la voix féminine algérienne. L'écrit, utilisé par l'Arabe, est subversif, par l'Européen, il est historique, altier, admiratif, parfois compatissant.
le père d'Assia, qui se prénomme Tahar, le Pur, est instituteur dans une école française. Il est moderniste. Il envoie des lettres à son épouse, au su du facteur, et non à son fils ; l'épouse qui apprend le français dit en parlant de son mari, mon mari, voire Tahar, alors qu'en Arabe, on ne parle du mari qu'en disant Lui. Des jeunes filles cloîtrées écrivent, et leurs lettres sont comme des bonds de liberté, des échappées vers le dehors. Des militaires, français en plus grand nombre, écrivent à leurs familles et leur narrent les combats, des militaires algériens, une poignée, écrivent aussi leurs guerres. Quelle vision de la guerre reste-t-elle dans les mémoires ? Les lettres d'amour sont pour celles qui n'en ont pas reçues, un chant obsidional, elles les extraient de leur situation d'assiégées dans leur propre maison.
C'est ce que j'ai le plus aimé dans ce livre, le portrait des femmes algériennes, traitées comme des soeurs par Assia. Les femmes sont soumises et solidaires. Elles sont résignées, même si sourdement révoltées. Ces femmes ne peuvent employer le « Je » en parlant d'elles. Gare à la femme qui crie : plus que la femme répudiée ou veuve...la seule réellement coupable, la seule que l'on pouvaut mépriser légèrement, à propos de laquelle se manifestait une condescendance ostensible, était « la femme qui crie ».La voix qui monte est interdite. Les femmes bruissent dans la pénombre de leur cloître. Cependant, en temps de guerre, la femme est utile qui prête appui aux maquisards en leur apportant le pain qu'elle a pétri, les uniformes qu'elle a taillés, la nourriture qu'elle a préparée.
Si le corps de la femme est voilé, séquestré, enfermé, parce qu'il n'est plus possible de l'emprisonner, sa voix, même basse, fait entendre le récit des aïeux et du pays à des oreilles et des yeux attentifs et nombreux. Si le maître de maison a quatre femmes, Assia a quatre langues, la langue arabe populaire avec ses formes sensuelles, la française qui la dévoile et la libère, la langue lybico-berbère, et celle du corps qui bouge, se balance quand la main écrit. D'être dans les deux cultures amène Assia au bord du vertige.
le livre est construit en plusieurs parties, la troisième a pour titre les voix ensevelies : Assia Djebar décline les différentes modulations de la voix, de la clameur aux murmures et chuchotements, des conciliabules au soliloque, et les alterne avec les corps enlacés. C'est dire la puissance de la voix, qui transmet l'histoire, qui dit la condition de la femme, souffrances et relégation, parfois viol par l'ennemi, le « dommage » qu'il vaut mieux taire . Assia écrit pour toutes les femmes, car écrire ne tue pas la voix, mais la réveille, surtout pour ressusciter tant de soeurs disparues.
L'écriture d'Assia Djebar est classique, presque surannée, toute empreinte de poésie et de sensualité ; elle réfléchit constamment sur elle pour être au plus près de la justesse.
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Le premier livre que j'ai lu de cette femme incroyable.
Un mélange de poésie et d'histoire.
Son écriture est fine. Elle mêle son histoire personnelle, sa chance d'avoir pu bénéficier d'une instruction, à celle des guerres d'Algérie.
Elle se dévoile avec une pudeur extrême.
A lire et à relire.
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J'ai trouvé ces longues pages sur le siège d'Alger ennuyeuses... Et les pages sur l'enfance de l'auteur pas assez passionnantes pour racheter cela.
Je n'ai pas pu finir...
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J'ai appris beaucoup sur "l'invasion" par la France de l'Algérie, les massacres, ce peuple qui résiste qui est fier et cette femme qui raconte sa vie de tous les jours, très beau livre que je recommande pour comprendre la colonisation française en Algérie.
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Citations et extraits (30) Voir plus Ajouter une citation
Vocable pour suggérer le viol, ou pour le contourner : après le passage des soldats près de la rivière, eux que la jeune femme, cachée durant des heures, n'a pu éviter. A rencontrés. A subis. "J'ai subi la France", aurait dit la bergère de treize ans, Chérifa, elle qui justement n'a rien subi, sinon, aujourd'hui, le présent étale.
Les soldats partis, une fois qu'elle s'est lavée, qu'elle a réparé son désordre, qu'elle a renoué sa natte sous le ruban écarlate, tous ces gestes reflétés dans l'eau saumâtre de l'oued, la femme, chaque femme, revient, une heure ou deux après, marche pour affronter le monde, pour éviter que le chancre ne s'ouvre davantage dans le cercle tribal - vieillard aveugle, gardiennes attentives, enfants silencieux avec des mouches sur les yeux, garçonnets déjà soupçonneux :
- Ma fille, y a-t-il eu "dommage" ?
L'une ou l'autre des aïeules posera la question, pour se saisir du silence et construire un barrage au malheur. La jeune femme, cheveux recoiffés, ses yeux dans les yeux sans éclat de la vieille, éparpille du sable brûlant sur toute parole : le viol, non dit, ne sera pas violé. Avalé. Jusqu'à la prochaine alerte.
Vingt ans après, puis-je prétendre habiter ces voix d'asphyxie ? Ne vais-je pas trouver tout au plus de l'eau
évaporée ? Quels fantômes réveiller, alors que, dans le désert de l'expression d'amour (amour reçu, "amour" imposé), me sont renvoyées ma propre aridité et mon aphasie.
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Chaque fois qu'elle prononçait les mots de "Pilou chéri", l'une ou l'autre des spectatrices, assises sur la natte, esquissait un sourire d'indulgence. "Pilou chéri" répétait Marie-Louise en désignant ainsi l'officier. Nous, les fillettes, nous courions jusqu'au verger pour pouvoir éclater de rire et nous moquer. "Pilou", c'était Paul et le "chéri" qu'elle ajoutait devait être un vocable réservé, pensions-nous, aux alcôves et aux secrets des couples.
"Pilou chéri", il me suffit d'épeler ces mots pour ranimer le tableau : la jeune Européenne vaniteuse devant le parterre des auditrices accroupies, notre excitation de fillettes déjà puritaines, nous qui, dès l'année suivante, allions rester à notre tour cantonnées dans l'espace de la maison et de son verger.
"Pilou chéri", mots suivis de touffes de rires sarcastiques ; que dire de la destruction que cette appellation opéra en moi par la suite ?Je crus ressentir d'emblée, très tôt, trop tôt, que l'amourette, que l'amour ne doivent pas, par des mots de clinquant, par une tendresse voyante de ferblanterie, donner prise au spectacle, susciter l'envie de celles qui en seront frustrées... Je décidai que l'amour résidait nécessairement ailleurs, au-delà des mots et des gestes publics.
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Pour les fillettes et les jeunes filles de mon époque - peu avant que la terre natale secoue le joug colonial -, tandis que l'homme continue à avoir droit à quatre épouses légitimes, nous disposons de quatre langues pour exprimer notre désir, avant d'ahaner : le français pour l'écriture secrète, l'arabe pour nos soupirs vers Dieu étouffés, le libyco-berbère quand nous imaginons retrouver les plus anciennes de nos idoles mères. La quatrième langue, pour toutes, jeunes ou vieilles, cloîtrées ou à demi émancipées, demeure celle du corps que le regard des voisins, des cousins, prétend rendre sourd et aveugle, puisqu'ils ne peuvent plus tout à fait l'incarcérer ; le corps qui, dans les transes, les danses ou les vociférations, par accès d'espoir ou de désespoir, s'insurge, cherche en analphabète la destination, sur quel rivage, de son message d'amour.
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La mère des filles cloîtrées et l'épouse du gendarme étaient amies; chaque rencontre les rendait heureuses l'une et l'autre. Elles manifestaient leur contentement par d'imperceptibles détails : leur sérieux quand elles se regardaient malgré la curiosité des autres, leur échange de recettes de cuisine, leurs marques d'attention lorsque la Française se relevait, rosie et
rajeunie, pour s'apprêter à partir. Elles s'observaient debout face à face, la silhouette large, volumineuse de la Bourguignonne devant celle menue, sèche, presque musclée de l'Arabo-Berbère...
La Française finissait par tendre gauchement le bras et avancer la main ; l'autre
se haussait en sautillant dans son large saroual, ses draperies de corsage et les franges de la coiffe secouées, et, malgré le bras tendu, elle plantait deux baisers rapides sur chaque épaule de la Française. Celle-ci, chaque fois surprise et le visage empourpré, claironnait à la ronde :
—Au revoir, mes sœurs !
Quand on entendait battre le portail du dehors, immanquablement, le cercle des visiteuses assises commentait le salut des deux amies : l'une qui tendait l'avant-bras, l'autre qui voulait
embrasser comme deux paysans se donnent l'accolade au marché !
Ces propos meublaient des heures de conversa-tion, tandis que l'intéressée, ménagère
affairée, retournait à sa besogne. A peine si, d'une voix durcie, elle bougonnait :
—C'est mon amie! C'est une Française, mais c'est mon amie !
Une parente s'esclaffait :
—C'est ton amie depuis des années et tu n'arrives pas à tendre la main pour dire comme eux : « Au revoir, Madame ! » Moi, si c'était devant un homme, je ne pourrais pas, mais devant une femme comme moi! Où est le mal? On peut quand même faire des choses « à la française » ! Naturellement pas, Dieu nous assiste, sortir sans voile, ni porter la jupe courte et se montrer nue devant tous, mais dire bonjour comme elles, s'asseoir comme elles sur une chaise, pourquoi pas? Dieu nous a créées aussi, non?...
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Plus la pudeur raidit les corps en présence, plus le mot recherche la mise à nu. La réserve naturelle ralentit un geste ou un regard, exacerbe un frôlement de la main, de la peau ; par refus orgueilleux de se parer, la neutralité du vêtement est affirmée en choix — en même temps, et dans un même élan, la voix se dénude et se livre par des mots nets, précis, purs. Elle s'élance, elle se
donne, irruption de lis dans une allée ténébreuse...
Préliminaires de la séduction où la lettre d'amour exige non l'effusion du cœur ou de l'âme,mais la précision du regard. Une seule angoisse m'habite dans cette communication : celle de ne pas assez dire, ou plutôt de ne pas dire juste. Surmonter le lyrisme, tourner le dos à l'emphase; toute métaphore me paraît ruse misérable, approximative faiblesse.
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Videos de Assia Djebar (14) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Assia Djebar
L'écrivain prix Goncourt 2015 pour "Boussole (Actes Sud) Mathias Enard et l'écrivaine Kaouther Adimi ("Au vent mauvais", Seuil, 2022) rejoignent le Book Club pour parler de littérature algérienne : l'incontournable "Nedjma" de Kated Yacine, Assia Djebar, Mohammed Dib... L'occasion de partager avec les auditeurs et auditrices des lectures fondatrices de leur rapport à l'écriture et à l'Algérie.
#bookclubculture #algerie #franceculture
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