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ISBN : 2742784853
Éditeur : Actes Sud (03/02/2010)

Note moyenne : 3.73/5 (sur 31 notes)
Résumé :
Après plusieurs fresques historiques évoquant l'Algérie, Assia Djebar, s'abandonnant à un flux de mémoire intimiste, nous donne son livre le plus personnel.

Elle ressuscite avec émotion, lucidité et pudeur la trace d'une histoire individuelle dont l'ombre projetée n'est autre que celle de son peuple.

Grandissant entre deux mondes, entre un père instituteur et une mère majestueuse qui lui fait découvrir la magie des fêtes féminines, un... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
palamede
  19 juin 2017
Dès son plus jeune âge, Assia Djebar prend conscience de la différence de statut entre les filles de colons français et les jeunes algériennes.
À l'adolescence, tout en respectant les traditions musulmanes, elle aspire à la liberté des jeunes françaises qu'elle côtoie en pension et déplore qu'elle, une fille d'apparence européenne sans l'être, doive dans la rue réfréner tous ses gestes. La lecture des grands auteurs ne va pas améliorer ce sentiment d'injustice.
Par la suite la brillante élève qui intègre normale sup et deviendra la première auteure nord africaine admise à l'Académie française, tout en étant soucieuse toute sa vie du sort réservé aux femmes, revient constamment sur la valeur des traditions transmises par son père. Une position entre deux cultures qui l'amène plusieurs fois au bord du gouffre.
Un très beau témoignage, bien écrit, très structuré, quelquefois même au détriment de la spontanéité, qui éclaire sur la position difficile des femmes algériennes éduquées, déchirées entre la respect des traditions et la volonté de s'en affranchir.
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Aaliz
  15 août 2013
Difficile de trouver son identité lorsqu'on est écartelé entre deux cultures. On connaît dans notre société actuelle les difficultés identitaires des jeunes issus de l'immigration considérés comme étrangers sur leur propre sol natal, et considérés comme français dans le pays d'origine de leurs parents. Comment trouver sa place dans un tel cas de figure ? Alors que pourtant la double culture devrait être une force et une richesse, elle devient finalement un handicap et un motif de rejet.
Dans ce roman d'Assia Djebar, son dernier jusqu'à maintenant, l'auteur nous retrace ses souvenirs. Il ne s'agit pas à proprement parler d'une autobiographie mais plutôt d'une somme de moments qui ont marqué son enfance et son adolescence. Roman très intimiste donc dans lequel j'ai cru voir le pendant algérien du problème identitaire de cette génération dont j'ai parlé en introduction.
Nous sommes sous l'Algérie coloniale, peu avant la guerre. Fatima ( véritable prénom de l'auteur) est fille d'instituteur. A ce titre, elle est en rapport étroit avec la population européenne. Elle fréquente l'école des maîtres français, joue avec les enfants des colons. A la maison, on parle essentiellement la langue française. Malgré ça, l'empreinte de la tradition s'exprime à travers sa famille, les femmes voilées qu'elle croise dans la rue et au hammam, sa mère qui porte le haik ce grand voile blanc dont se couvraient les algériennes de l'époque. Mais c'est surtout le caractère rigoriste de son père qui la marquera le plus et un événement en particulier. Alors qu'elle essayait, en compagnie d'un petit garçon européen, d'apprendre à faire du vélo, son père la surprend et la fait rentrer sur le champ. Il lui reproche alors sévèrement d'avoir montré ses cuisses. Fatima n'avait que 6 ans …
A partir de cet instant, l'insouciance d'une petite fille fait place à la crainte et à l'incompréhension. Pourtant le père de Fatima n'est pas si strict et traditionnel que ça. Elle peut sortir sans le voile, elle peut porter des jupes. Elle peut se rendre à son internat sans chaperon. En revanche, pas question de se vêtir d'une robe laissant les épaules et le dos dénudés. Fatima ne comprend pas pourquoi ces françaises peuvent ainsi se promener en toute liberté, sans surveillance et en tenue légère et que les algériennes soient, elles, emprisonnées dans leurs voiles et dans leurs maisons. Pourquoi les algériens respectent ces mêmes françaises mais insultent l'algérienne qui ose se tenir comme elles ?
Fatima ne supporte pas cette injustice. Petit à petit, elle transgresse, fréquente des garçons en cachette, la crainte dans le coeur (« Si mon père le sait, je me tue »), une crainte telle qu'elle va jusqu'à commettre un acte désespéré.
Cette contradiction entre deux cultures, entre deux statuts de la femme, va marquer durablement Assia Djebar et imprègnera toute son oeuvre.
J'ai beaucoup apprécié cette lecture.
- Par cette image qu'elle donne de la vie quotidienne sous l'Algérie coloniale du point de vue d'une petite fille puis d'une ado, bref à un âge où on se construit, où ce qui nous entoure forge notre personnalité.
- Par le style très travaillé de l'auteur. Un style plein de mouvement et de rythme, tout en variations tantôt lent tantôt puissant. Un style qui joue aussi avec les sonorités. J'ai vraiment été charmée par la plume d'Assia Djebar.
Roman catharsis, roman thérapie, Nulle part dans la maison de mon père est le témoignage d'une enfance passée dans la contradiction et l'affrontement entre deux tendances qui s'opposent et se déchirent. Ce roman est aussi l'expression d'un mal être, d'un étouffement dont les responsables sont des hommes, le père d'abord, figure omniprésente, puis le futur mari. On sent leur ombre planer tout au long de la lecture à l'image de cette société patriarcale qui laisse si peu de place à la femme. Un roman qui éclaire l'oeuvre de l'auteur et sa prise de position dans le combat des femmes pour l'égalité. C'était d'ailleurs ce fait qui m'avait tenue à l'écart des romans d'Assia Djebar mais cette lecture m'aura fait comprendre l'origine de ces idées.


Lien : http://booksandfruits.over-b..
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sylvie
  05 juin 2008
Voilà un roman autobiographique qui de l'aveu de l'auteur n'en est pas un ...
"Ce livre n'est pas une autobiographie, parce que pour moi une autobiographie est une accumulation de multiples notations sur le passé à partir desquelles l'écrivain peut relater ce que fut sa vie. Pour ma part, j'ai tiré de mon enfance et de mon adolescence uniquement les éléments qui me permettent de comprendre le sens de cette pulsion de mort qui a fondé ma vie d'adulte. Il s'agit plutôt d'une auto-analyse.
Voilà ce qui s'était passé. Mon fiancé m'avait humiliée. Il avait tenu des propos déplacés, insultants. Je n'étais pas habituée à recevoir des ordres, ni de mon père ni de quiconque. C'est pourquoi j'ai vécu l'attitude tyrannique de mon fiancé comme une agression. J'ai alors couru comme une folle à travers les rues d'Alger. Je voulais m'anéantir là où la mer rencontre le ciel…"
Nous sommes donc invités à suivre le cheminement périlleux et courageux d'une femme, qui à 70 ans tente de percer l'ultime secret qui l'a propulsée dans l'écriture.
Et nous sommes sidérés devant cette révélation qui semble venir au lecteur en même temps qu'à l'auteur : ce chemin de femme auteur, professeur, académicienne, cinéaste, est la route tracée par une pulsion de mort, qui fut mise en acte à seize ans, pour tout de suite être occultée et enfouie et n'accepter de ressurgir qu'au seuil de la vieillesse, afin de devenir soudain objet d'écriture où enfin, le "je" se livre.
Je n'ai qu'une pensée après la lecture de ce texte dense, fort, poétique et extrêmement travaillé : j'ose croire que cette quête de vérité sur soi, menée avec une belle intransigeance, et qui a produit tant de larmes et de sanglots au travail a fini par consoler Assia (Celle qui console), Djebar (l'intransigeante).
Je ne peux m'empêcher de me demander si cet exercice n'est pas finalement un nouveau jeu en forme de pari de Fatima-Zohra Imalayène, écrivant une "autobiographie" comme pour mieux donner chair, sang et larmes à son pseudonyme, son double.
La littérature est définitivement matière à mystère, où jeu, mensonges, rêves et fantasmes s'entremêlent pour nous donner le loisir de rêver que nous allons enfin comprendre et maîtriser quelque chose de cette vie qui s'échappe sans qu'on ait l'impression de la vivre.
Malgré ce titre dont je n'arrive pas à percer l'énigme, ce "nulle part" dans un lieu tellement défini et omniprésent, "la maison de mon père", Assia Djebar a trouvé sa terre, et y a planté son drapeau : j'aime à l'imaginer blanc comme le voile qui recouvrait sa jeune mère quand toute petite fille, elle l'accompagnait dans le rues du village. Cet étendard de voile de satin blanc flotte bien ancré dans un espace où le ciel rejoint la mer, une île de mots choisis en quête de vérité, et qui appartient au continent littéraire.
http://sylvie-lectures.blogspot.com/2008/06/nulle-part-dans-la-maison-de-mon-pre.html
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oran
  30 mars 2017
Un roman, une autobiographie, une chronique de l'Algérie quand elle était française, c'est tout cela à la fois.
Zohra, fillette de Cherchell, qui redevient ici la Fière Césarée romaine , qui n'est pas encore Assia mais qui est déjà « l'esquisse d'un moi effacé » dévoile ce qu'elle aurait pu être , ce qu'elle aurait voulu être, celle qu'elle devint enfin, une femme qui ne sera jamais, quoiqu'elle ait pu dire ou penser , totalement libérée de l'emprise des traditions intégristes , des préjugés, du poids du carcan familial , écartelée, déchirée entre deux sociétés, deux cultures , deux mondes celui des interdits paternels - "père gardien, père-censeur, père intransigeant", du puritanisme religieux, des pressions exacerbées par la société traditionaliste où déjà les toutes petites filles ne peuvent pas dévoiler leurs gambettes , et celui qu'offre la culture occidentale, le collège , le lycée ...
A ma connaissance il n'existe encore pas de biographie complète sur Fatima-Zohra Imalayène qui choisit le pseudonyme d' Assia Djebar. Un travail sérieux sur cette écrivaine talentueuse laisserait apparaître de nombreuses contradictions tout au long de sa vie, étayant cette fracture
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Elmlinger
  24 octobre 2016
Ce roman Nulle part dans la maison de mon père (Babel) , ou plutôt cette biographie , ressemble fort à une auto-psychanalyse. En effet, Assia Djebar essaie de départager ses deux amours, l'Algérie et la France avec ses deux cultures et si elle est pleinement consciente des magnificences de la culture occidentale , latine et grecque, elle découvre aussi , grâce à celui qu'elle appelle son fiancé ,la richesse de la langue arabe et spécialement de sa poésie , par exemple celle de Nabig -al- Dhubyani
L'Euphrate quand sur lui, soudent les vents,
Que ses vagues projettent leur écume sur les rives !
Que toute rivière en crue y porte son vacarme,
Que lesfleurs du pavot s'amoncelknt avec les branches
cassées !
Et que le marin, dans le skiai l'épuisement, l'épouvante;
Demande une sauvegarde au mat,
Oh, que plus impétueusement encore, un jour
Tes bienfaits se déversent !
Et que donner aujourd'hui ne t'empêche pas, demain,
de donner !
" Et que donner aujourd'hui ne t'empêche pas demain" de donner
Ces deux derniers vers l'enchantent particulièrement.
Cette auto-psychanalyse essaie aussi de mettre à jour l'importance de son père à la fois libérateur et oppresseur ; il l'aura autorisée à aller vers la liberté de la femme occidentale tout en se comportant en musulman à la morale excessivement stricte. Cette dichotomie explique en partie sa souffrance. tout comme le comportement de son fiancé à la fois amoureux de la poésie qui magnifie la femme et en même temps petit tyranneau qui veut la transformer en femme soumise selon la tradition des pays arabes.
Le lecteur pied-noir, sera ému par la lecture de ce livre frémissant de poésie et aussi parce qu' il ressuscite la beauté de ce pays à jamais perdu qu'il a tant aimé ,et qu'en filigrane sont évoquées les prémices de la guerre d'Algérie ,et aussi l'amitié entre les deux communautés .
PS Assia Djebar , selon moi ,fabule lorsqu'elle nous dit que la ségrégation était chose établie sur les plages algériennes; une amie algérienne m'a dit que cette pratique n'aurait jamais existé .On peut toutefois trouver une explication; la jeune Assia devenue adulte aurait été victime de la
propagande anti -colonialiste quasi -officielle d'aujourd'hui ;son mal- être face à son statut "d'indigène" se serait donc nourri de cette légende (Cf le livre d 'Elisabeth Loftus sur les faux souvenirs).
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Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
palamedepalamede   17 juin 2017

Quel est celui, dans mon oreille, qui écoute ma voix ?
Quel est celui qui prononce des paroles par ma bouche ?
Qui, dans mes yeux, emprunte mon regard?
Quelle est donc l'âme, enfin, dont je suis le vêtement ?

Diwan de Sham's Tabriz (XIIe siècle)
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sylviesylvie   05 juin 2008
La marcheuse est ensevelie sous la soie immaculée, elle dont on ne pourra apercevoir que les chevilles et, du visage, les yeux noirs au-dessus de la voilette d'organza tendue sur l'arrête du nez. Ma main frôle le tissus de son voile; je me sens si fière de paraître à ses côté ! Je la guide, comme on le ferait pour une idole mystérieuse : moi, son enfant, je dirai son page, ou même son garant, tandis que, s'éloignant de la demeure de sa mère, elle se dirige lentement vers une autre maison familiale"
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sylviesylvie   05 juin 2008
en fait, ne m'a jamais quittée le désir de m'envoler, de me dissoudre dans l'azur ou bien au fond du gouffre béant sous mes pieds, je ne sais plus trop; Une houle demeure en moi, obsédante, faisant corps avec moi tout au long du voyage; une houle ou bien une peur, plutôt une réminiscence qui m'a insidieusement amenée à garder comme un regard intérieur, distant, mais ouvert sur quoi... ? ...
.... Comme si "vivre", je veux dire "vivre pour de bon", "vivre vraiment", se
jouait par une autre, votre double mais ailleurs, là-bas, derrière l'horizon!"
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sylviesylvie   05 juin 2008
"Certes derrière la "soie" de ce silence se tapit le soi, ou le moi, qui s'écrivant peu à peu s'arrime, en se coulant dans le sillon de l'écriture, aux replis de la mémoire et à son premier ébranlement-un "soi-moi", plus anonyme, car déjà à demi effacé...."
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oranoran   30 mars 2017
(…) Je pressentis dès cette année de sixième, dès ce premier poème lancé vers moi par madame Blasi en don de lumière – par son phrasé, sa théâtralisation, sa liturgie -, oui, je compris qu’au-dessus de nous planait un autre univers, que je pourrais l’approcher par les livres à dévorer, par la poésie encore plus sûrement – du moins, quand, inopinément, tel un vol d’oiseau à l’horizon, elle se laisse entrevoir. Moi qui allais être une interne farouchement solitaire, cet espace-là devenait soudain un éther miraculeux – zone de nidification de tous les rêves, les miens comme ceux de tant d’autres…
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