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EAN : 9782253152224
351 pages
Le Livre de Poche (13/01/2002)
3.75/5   18 notes
Résumé :

«Vaste est la prison qui m'écrase», dit la complainte berbère qui ouvre ce roman sur l'Algérie des femmes d'hier et d'aujourd'hui.

Comme dans le présent algérien s'entremêlent ici des tragédies, des passions et des mutations, celles de femmes presque toujours en mouvement :

la narratrice dans le désert et le silence d'une passion amoureuse, l'aïeule qui à quatorze ans épouse un riche septuagénaire,

la mère ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Dans cet ouvrage dense et complexe, "Assia Djebar" (Fatima Imalayène) raconte sa vie de femme algérienne. Dans un texte qui se fait plus confessionnal que romanesque, l'auteure se joue de la chronologie pour raconter ses ressentis, en tant que femme arabe, née arabe, de famille berbère, amoureuse de la modernité (française) et rattrapée par son passé et l'histoire de son pays.
C'est par sa relation à l'homme aimé, pleine d'envie et de pudeur, qu'elle commence ce texte (peut-on parler de récit ? je ne crois pas). L'amour est un des fils rouges de cet ouvrage qui la suit elle, la narratrice -auteure masquée, dans cet amour qui n'aboutira jamais, dans son mariage et son divorce, dans ses vies d'après le divorce, à peine esquissées. C'est aussi l'histoire des femmes arabes, pour qui le mari est l'Ennemi. A travers la famille de la narratrice, on découvre la culture familiale algérienne : les remariages, le hammam, mais surtout les libertés prises de plus en plus par les femmes de cette famille, qui amènent inexorablement à plus de modernité, plus d'émancipation.
C'est aussi une histoire d'amour et de haine avec la France, entre attirance pour les moeurs européenne, rejet de l'occupant (sa famille sera la première à faire appel aux médecins français) et rejet de la France qui ne parvient pas à accepter les arabes.

La prison est celle imposée à la culture algérienne par les occupants français, c'est celle imposée aux femmes par les hommes, c'est enfin celle que les femmes arabes s'imposent par tradition.
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Une oeuvre parfois difficile, tant par son tissage que par sa charge émotionnelle. La prison prend plusieurs formes, elle survit des générations de femmes qui souffrent. Par passion, par amour, par la perte … les barreaux planent. On y trouve l'Assia Djebar historienne, réalisatrice, mère, enfant, aimante, femme, écrivaine. Elle danse "dans sa tête" ; parfois on arrive à suivre ses pas, parfois on est à la traîne… mais on apprécie la chorégraphie.
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Une oeuvre faisant partie du projet autobiographique de l'auteure (le quatuor algérien) et divisée en 4 parties. La première nous présente une femme adultère sans savoir vraiment s'il s'agit de l'auteure ou non, la deuxième s'intéresse à une stèle bilingue d'un monument en ruine. La troisième alterne entre la vie des femmes de la famille d'Assia Djebar et des séances de tournage pour un film intitulé "Femme arable". Et enfin, une dernière partie qui sert de conclusion à l'oeuvre avec les derniers instants d'une femme nommée Yasmina et une réflexion sur l'écriture.
On retrouve donc les thématiques présentes dans L'Amour, la Fantasia avec parfois un travail d'enquêteur pour le lecteur pour comprendre qui parle. L'auteur utilise d'ailleurs le pseudonyme "Isma" pour sa narratrice, ce qui signifie "le mot" avec un -a final pour le féminiser alors qu'Assia Djebar est déjà un nom de plume pour Fatima-Zohra Imalayène.
Comme pour L'Amour, la Fantasia, je n'ai pas accroché même si ce roman est peut-être plus simple pour entrer dans l'oeuvre de Djebar.
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Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
"Fugitive et ne le sachant pas" ; ou ne le sachant pas encore. Du moins jusqu'à cet instant précis où je relate ces allées et venues de femmes fuyantes du passé lointain ou récent... A l'instant où je prends conscience de ma condition permanente de fugitive - j'ajouterai même : d'enracinée dans la fuite- justement parce que j'écris et pour que j'écrive.
Je n'inscris pas, hélas, les paroles des noubas trop savantes pour moi. Je me les remémore : où que j'aille, une voix persistante, ou de baryton tendre ou de soprano aveugle, les chante dans ma tête, tandis que je déambule dans les rues de quelque cité d'Europe, ou d'ailleurs, alors que quelques pas dans la première rue d'Alger me font percevoir aussitôt chaque prison ouverte au ciel, ou fermée.
J'écris dans l'ombre de ma mère revenue de ses voyages de temps de guerre, moi, poursuivant les miens dans cette paix obscure faite de sourde guerre intérieure, de divisions internes, de désordres et de houle de ma terre natale.
J'écris pour me frayer mon chemin secret, et dans la langue des corsaires français qui, dans le récit du Captif, dépouillèrent Zoraidé de sa robe endiamantée, oui, c'est dans la langue dite "étrangère" que je deviens de plus en plus transfuge. Telle Zoraidé, la dépouillée. Ayant perdu comme elle ma richesse du départ, dans mon cas, celle de l'héritage maternel, et ayant gagné quoi, sinon la simple mobilité du corps dénudé, sinon la liberté.
Fugitive donc, et ne le sachant pas. Car, de trop le savoir, je me tairais et l'encre de mon écriture, trop vite, sécherait.
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Jugurtha et sa passion de la lutte ne seront pas inscrits, non plus, dans l'alphabet punique - Carthage n'est plus là, même si, cent ans plus tard, César tentera de la faire resurgir sur son aire stérilisée. Carthage n'est plus là, mais sa langue court toujours sur les lèvres des lettrés et des non-lettrés des cités déchues, pas encore romanisées. Justement, elle court ; elle ne se fixe pas : la langue punique danse et frémit et s'entend, cinq ou six siècles encore. Libéré des soldats de Carthage, des prêtres de Carthage, des sacrifices d'enfants de Carthage, libéré et mouvant, le parler punique transmue, et transporte, de vive poésie, les esprits des Numides qui hier faisaient la guerre à Carthage. Ils comprennent désormais qu'ils lui faisaient aussi l'amour - avec violence, avec amertume et désir de viol.
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La danse, en moi, s'interrompt quand quelqu'un, ou quelqu'une, se met à parler, à parler vraiment, à relater une joie, une souffrance, une écorchure entrevue. Alors le rythme s'arrête en moi : j'écoute, surprise ou secouée, j'écoute pour me rappeler, pour sentir soudain ce frôlement du réel. J'écoute aussi parfois la façon de se taire...
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Oui, après l'ensevelissement de tout ce qui s'exhume profond en moi, ténèbre d'un tumulte englouti derrière la civilité, derrière l'activité quotidienne et les allées et venues de mon corps absent, après ces longs, ces lents treize mois ainsi traversés, après cela, une sieste, une seule sieste, un jour de novembre dans la maison familiale - la radio émet un chant andalou, un rebec rauque soutient la voix tremblée du baryton, me parviennent, de la cuisine, des heurts de vaisselle, un choc sourd de bidons, puis un ruissellement continu, on doit lessiver le carrelage, une sonnerie vibre à la porte, des arrivants stationnent dans le vestibule, un enfant geint, des voix polies de parentes entrecroisent leurs saluts; un moment après, dans la chambre à côté, murmure d'une adolescente qui plie un linge soyeux, son rire léger est coupé net, elle referme prudemment la porte tout près, pendant ce temps je somnole, le corps émietté par une soudaine lassitude, tel l'épuisement d'une course qui se serait étirée des jours entiers, sans halte, telle la scansion d'un essoufflement arrivé à son terme, et je m'enfonce irrépressiblement dans un somme boueux, vorace. Je gis sur un étroit divan dans la bibliothèque de mon père; son tapis de prière est jeté à demi sur une chaise proche, les volets face à moi sont fermés; derrière, l'escalier du jardinet, avec son jasmin et ses roses trémières, me reste présent, écrasé sans doute par le soleil pas encore pâli. J'entends le chien dehors qui traîne, qui chasse les mouches - et je me noie, je m'endors dans la maison-vaisseau. Sieste de deux heures, ou de trois. Un jour ensoleillé de novembre. Un jour frileux.
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Je venais de comprendre que je maintenais, par l'intermédiaire de ma seule fille, la tradition à peine esquissée jusque-là chez l'aïeule (descendue définitivement de la zaouia pour la ville), chez la mère (tournant le dos spontanément à l'ancien, ouverte instinctivement au nouveau): je faisais de ma fille, prête alors à s'ancrer dans la terre de son père, une fugitive nouvelle.(Partie 3 : Un silencieux désir ; Du désir et se don désert)
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Videos de Assia Djebar (14) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Assia Djebar
L'écrivain prix Goncourt 2015 pour "Boussole (Actes Sud) Mathias Enard et l'écrivaine Kaouther Adimi ("Au vent mauvais", Seuil, 2022) rejoignent le Book Club pour parler de littérature algérienne : l'incontournable "Nedjma" de Kated Yacine, Assia Djebar, Mohammed Dib... L'occasion de partager avec les auditeurs et auditrices des lectures fondatrices de leur rapport à l'écriture et à l'Algérie.
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