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EAN : 9782742703432
176 pages
Éditeur : Actes Sud (14/02/1995)
3.8/5   20 notes
Résumé :
Amsterdam, fin du siècle dernier. Keetje a neuf ans. Dans sa famille, la misère s'est implantée à demeure : elle va s'aggravant à chaque nouvel enfant, et l'usure et le découragement de ses parents rendent de plus en plus fréquents les jours de famine et de détresse...
C'est avec violence et simplicité que Neel Doff, des années plus tard, raconte ses années noires d'enfance et d'adolescence. Avec précision, "tatouée" par la misère, elle prend la plume pour év... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Mimeko
  13 mars 2021
En quarante-trois chapitres très courts, Neel Doff évoque une enfance dans une famille nombreuse dans les années 1870, une enfance qui ressemble énormément à la sienne. Petite fille à Amsterdam, troisième d'une fratrie de neuf enfants, la narratrice grandit entre sa mère, constamment à la recherche de nourriture, toujours entre deux grossesses, un peu froide et qui parle d'elle en l'appelant "créature enfantine" et un père cocher, qui fait difficilement face, s'adonnant à la boisson et qui propose - dans un moment de détresse - d'abandonner les enfants pour recommencer dans une autre ville ou un autre pays...Et c'est avec la famille au complet qu'ils vont déménager à Anvers puis Bruxelles. 
C'est après l'âge de cinquante ans que Neel Doff publie directement en français, jours de famine et de détresse, son roman autobiographique, une sorte de roman picaresque où l'on suit la petite fille d'abord à Amsterdam puis en Belgique. Une évocation très vivante et surtout instructive dans cette fin du XIXème siècle, des conditions de vie misérables du petit peuple et des ouvriers qui tentent de survivre, entre travail des enfants, gage des valeurs mises au clou régulièrement, crédits chez les commerçants, déménagements à la cloche de bois pour non paiement des loyers.
Une narration où Neel Doff réussit, malgré les difficultés ou les drames, à toujours garder une lueur d'espoir, faisant preuve de débrouillardise ou de sacrifice, en alternant malgré la misère et la faim, des moments heureux comme ceux où, assise sur les marches des maisons au bord des canaux d'Amsterdam, elle dévore les livres mais également de détresse quand la mère doit gager régulièrement robes et vieilles frusques pour acheter un pain noir pour nourrir ses neuf enfants. Un roman alternant le sombre et l'espoir et une belle découverte de ce roman de Neel Doff, le premier de sa trilogie autobiographique.
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michfred
  08 mars 2015
Neel Doff a fui la Hollande et surtout la misère : elle la retrouve toujours plus flamboyante en Belgique, où elle s'est réfugiée avec toute sa famille.
Témoignage pudique et déchirant, superbement écrit -le français n'est pas sa langue maternelle, c'est la langue de son accession, laborieuse et douloureuse à un début d'indépendance et de confort.
Le livre se présente comme une succession de fragments, de tableaux arrachés à la mémoire de la faim et du froid, si viscéralement inscrite dans la chair.
Les pans d'ombre, les ellipses, les silences, rendent ces bribes exhumées de la nuit encore plus frappantes , encore plus terribles.
du Zola, mais du Zola vécu, du Zola au féminin,du Zola retenu par la honte et craché par la colère, tout à la fois. .
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moncoinlivresque
  23 mars 2017
Neef Doff, ce nom m'était encore inconnu il y a peu et pourtant, aujourd'hui il est gravé dans mon esprit. Neel Doff, l'auteure et la narratrice de « Jours de famine et de détresse » a fui la Hollande avec sa famille durant le 19 ème siècle pour se rendre en Belgique, en quête d'une vie meilleure.
Ce livre nous dépeint alors le quotidien de cette jeune néerlandaise qui connaîtra tour à tour la pauvreté, la mendicité, la maltraitance, l'exploitation, la prostitution…Construit sous la forme d'une autobiographie romancée, ce roman se découpe en plusieurs petits chapitres successifs, tels des fragments de vie qui sont offerts à nos yeux incrédules…Tant de souffrance, d'horreur … la faim, le froid, la misère qui semble s'insinuer partout et ne plus vouloir vous quitter. le lecteur suffoque par moment, d'où l'intérêt des courts chapitres qui lui permettent, en passant d'un thème à un autre, de reprendre son souffle…
Ce roman ne tombe cependant jamais dans le misérabilisme, il est criant de douleur, déchirant et pudique à la fois, mais se veut réaliste et authentique.
Lorsque j'y réfléchis, il est assez difficile d'imaginer qu'une telle histoire ait pu exister. La misère, nous savons qu'elle existe, nous savons qu'elle court les rues, les chemins…qu'elle est partout, mais à notre époque d'opulence, comment la concevoir réellement telle qu'elle est ? Et cette famille, qui fuit la misère en Hollande pour finir par la retrouver en Belgique, le sort semble s'acharner sur elle… Des parents blessés, désabusés et abîmés par la vie et ses coups, qui conduisent pas à pas leurs enfant vers le pire de ce que la vie a à offrir… Quel sera le prix à payer pour sauver sa peau ? Peut-on en sortir indemne ?
Pas un morceau de pain à manger. Pas de vêtements. A peine de quoi s'abriter…Les descriptions sont saisissantes. le lecteur y voit du Zola…il en ressent la force du récit…à la différence qu'ici, tout est vécu. Les conditions terribles dans lesquelles vivaient les ouvriers et leur famille à la fin du 19 ème siècle nous sont ici racontées sans filtre. La fiction chez Zola a laissé place à des bribes d'existences chez Neel Doff et ce qui était déjà difficile à lire chez l'un devient effroyable chez l'autre.
La plume de l'auteure est fluide, sans fioriture…le français n'est certes pas sa langue maternelle, mais elle le maîtrise très bien.
En conclusion : Neel Doff nous offre un roman autobiographique poignant et criant de vérité sans pour autant tomber dans les travers du larmoiement. Elle livre ici beaucoup d'elle et de son époque, de cette « mondialisation » qui a tant apporté et tant détruit pour y parvenir… Elle se dévoile sans fard comme la jeune fille qu'elle était et décrit avec tant de vraisemblance sa vie, que les idéaux du lecteur se brisent à chaque chapitre.
Vous ne pouvez rester insensible à cette histoire et à ces personnes…ils retourneront tout votre être.
Merci encore à Babelio et aux éditions Espace Nord pour ce poignant moment de lecture.
Lien : http://moncoinlivresque.fr/j..
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paulotlet
  06 mars 2012
Ce livre poignant constitue l'autobiographie de Neel Doff, jeune néerlandaise immigrée en Belgique aux alentours de 1870, et qui connaîtra les affres de la pauvreté et de la matraitance, de la prostitution à l'exploitation dans d'improbables usines comme celle où on travaille la laine à l'aide d'acide sulfurique pour en faire du feutre à chapeaux. le récit est assez pudique; l'auteure ne se situe pas dans le registre de la plainte ou du misérabilisme; elle raconte les faits, elle évoque ses sentiments successifs et comment elle a fini par se sortir de cette vie sans vie. Bien qu'écrit directement en français (Neel Doff est passée à deux doigts du prix Goncourt 1911) le roman est écrit dans une langue très fluide.
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Sycorax
  26 février 2017
Je tiens tout d'abord à remercier les éditions Espace Nord et Babelio pour m'avoir permis de remporter ce livre dans le cadre de Masse critique de janvier 2017.
J'ai pris plaisir à lire cette autobiographie romancée car même si elle dépeint le quotidien fait de misère noire d'une famille néerlandaise du 19e siècle, elle n'est ni misérabiliste à l'excès, ni démonstrative contrairement à ce que pourrait laisser croire le résumé.
L'auteur sait rendre son récit vivant par un style délicatement suranné (ce texte date tout de même des années '10), sans être trop ampoulé (on n'est pas en train de lire Proust, qui était d'ailleurs contemporain de Neel Doff).
Son récit est très serré (le livre compte moins de 170 pages) et scandé sous forme de courts chapitres portant chaque fois un titre propre (une thématique par mini chapitre), qui confèrent une respiration à cette histoire de misère noire dans laquelle est engluée la famille de la petite fille qui parle. C'est un peu comme si le passage d'un chapitre à l'autre permettait au lecteur abasourdi par tant de pauvreté, de reprendre son souffle avant de se replonger en apnée dans les événements rapportés.
Il est assez incroyable d'imaginer à notre époque d'opulence qu'une telle misère ait pu exister, qu'elle ait pu être acceptée par les contemporains, qu'une telle malchance puisse ainsi coller à une famille comme du chewing-gum sous la semelle.
Cela m'a beaucoup rappelé certains romans de Zola, car on y découvre ce que pouvait être la vie des petites gens de l'aube de l'ère industrielle dans toute l'Europe occidentale, cette même ère industrielle que l'on appelle désormais "mondialisation" mais qui continue de broyer les existences des êtres, ici ou ailleurs sur le globe.
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
paulotletpaulotlet   06 mars 2012
Mon père nous a abandonnés en plein hiver, laissant ma mère avec neuf enfants sans aucune ressource. Ma mère alla trouver le curé, qui bientôt intéressa plusieurs dames à notre sort. Elles furent tout de suite d’accord pour me mettre, jusqu’à ma majorité, dans un établissement de bienfaisance. Notre ahurissement fut intense. Ma mère, s’étant rendue à cet établissement pour les arrangements à prendre et ayant vu des petites filles qu’on y élevait, vint nous dire que ces enfants avaient l’air si matées et s’inclinaient si profondément devant la supérieure, et ceci... et cela... Bref, l’idée seule de savoir sa petite Keetje ainsi aplatie lui serrait la gorge. Quand elle dut signer un acte par lequel elle aurait renoncé à tout droit sur moi, elle refusa. Zut ! Elle aimait mieux que j’eusse faim avec elle ! En somme, nous en avions vu bien d’autres ! Ce nous fut un grand soulagement de nous être décidés à crever de faim ensemble…

Nous étions livrés à une charité étroitement méthodique, qui nous classait à jamais parmi les vagabonds et les « outcast ». Mon père ne donna pas signe de vie pendant les six mois que dura son escapade. Un dimanche matin, il ouvrit la porte et rentra, le sac au dos... L’attitude de ma mère disait : « Tu viens nous ôter le pain de la bouche ! » On sut en effet que mon père était revenu et on ne nous donna plus rien. Ma mère avait un mari jeune et vigoureux, n’est-ce pas ? ... très capable de travailler pour les neuf enfants qu’il avait envoyés dans le monde.

- Que vont-ils devenir ? Que vont-ils devenir ?

- En voilà des histoires ! Qu’est-ce que cela peut bien te faire ce qu’ils deviennent, pourvu que tu t’en tires ? Du moment où tu as des livres à lire, tu te moques bien du reste ! Si tu aimais tant les enfants, tu ne les cognerais pas comme tu fais !

Je bondis devant ma mère en rugissant.

- Mais je veux qu’ils apprennent, qu’ils apprennent ! Ne vois-tu pas qu’ils deviennent des vagabonds ? qu’ils finiront en prison ? Ne comprends-tu donc pas où nous allons maintenant qu’ils grandissent ?

La simplicité avec laquelle mes parents s’adaptaient à cette situation me les faisait prendre en une aversion qui croissait chaque jour. Ils en étaient arrivés à oublier que moi, la plus jolie de la nichée, je me prostituais tous les soirs aux passants. Sans doute, il n’y avait pas d’autre moyen pour nous de ne pas mourir de faim, mais je me refusais à admettre que ce moyen fût accepté sans la révolte et les imprécations qui, nuit et jour, me secouaient. J’étais trop jeune pour comprendre que chez eux la misère avait fait son œuvre, tandis que j’avais toute ma jeunesse et toute ma vigueur pour me cabrer devant le sort.
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MimekoMimeko   12 mars 2021
- Le dimanche, chez nous, il y a de la langue de cheval bouillie avec des pommes de terre.
Barend le regarda du coin de l’œil.
- Dis donc morveux, fous-toi de ton aïeule, mais pas de moi !
Kees, tout déconfit, le considéra sans répondre. Barend partit vexé, en disant cependant :
- Allons, à tantôt.
(...)
- Comment, bêta, tu lui as dit que nous mangeons de la langue de cheval ? Mais on va crier après nous !
L'enfant ignorait qu'on se cachait de manger de la viande de cheval.
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MimekoMimeko   11 mars 2021
Ces deux êtres, de race et de nature différentes, s'étaient épousés pour leur beauté et par amour; leurs épousailles furent un échange de deux virginités; ils eurent neuf enfants. Pour le surplus, peu de leurs goûts et de leurs tendances s'accordaient, et, avec la misère comme base, il en résultat un gâchis inextricable.
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MimekoMimeko   11 mars 2021
Après ma neuvième ou dixième année, je ne me rappelle plus grand-chose de sympathique chez nous. La misère s'était implantée à demeure; elle allait s'aggravant à chaque nouvel enfant, et l'usure et le découragement de mes parents rendaient de plus en plus fréquents les jours de famine et de détresse.
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MimekoMimeko   13 mars 2021
Le chef de service, un grand homme de cinquante à cinquante cinq ans, les cheveux blond-roux partagés au milieu par une raie, la barbiche grisonnante, aux grandes mains semées de tâches de rousseur, avait l'air d'un lourd mâtin qui va, dans les buissons, croquer les poulets d'autrui.
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