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ISBN : 2742703438
Éditeur : Actes Sud (14/02/1995)

Note moyenne : 3.88/5 (sur 16 notes)
Résumé :
Amsterdam, fin du siècle dernier. Keetje a neuf ans. Dans sa famille, la misère s'est implantée à demeure : elle va s'aggravant à chaque nouvel enfant, et l'usure et le découragement de ses parents rendent de plus en plus fréquents les jours de famine et de détresse...
C'est avec violence et simplicité que Neel Doff, des années plus tard, raconte ses années noires d'enfance et d'adolescence. Avec précision, "tatouée" par la misère, elle prend la plume pour év... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
michfred
  08 mars 2015
Neel Doff a fui la Hollande et surtout la misère : elle la retrouve toujours plus flamboyante en Belgique, où elle s'est réfugiée avec toute sa famille.
Témoignage pudique et déchirant, superbement écrit -le français n'est pas sa langue maternelle, c'est la langue de son accession, laborieuse et douloureuse à un début d'indépendance et de confort.
Le livre se présente comme une succession de fragments, de tableaux arrachés à la mémoire de la faim et du froid, si viscéralement inscrite dans la chair.
Les pans d'ombre, les ellipses, les silences, rendent ces bribes exhumées de la nuit encore plus frappantes , encore plus terribles.
du Zola, mais du Zola vécu, du Zola au féminin,du Zola retenu par la honte et craché par la colère, tout à la fois. .
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Sycorax
  26 février 2017
Je tiens tout d'abord à remercier les éditions Espace Nord et Babelio pour m'avoir permis de remporter ce livre dans le cadre de Masse critique de janvier 2017.
J'ai pris plaisir à lire cette autobiographie romancée car même si elle dépeint le quotidien fait de misère noire d'une famille néerlandaise du 19e siècle, elle n'est ni misérabiliste à l'excès, ni démonstrative contrairement à ce que pourrait laisser croire le résumé.
L'auteur sait rendre son récit vivant par un style délicatement suranné (ce texte date tout de même des années '10), sans être trop ampoulé (on n'est pas en train de lire Proust, qui était d'ailleurs contemporain de Neel Doff).
Son récit est très serré (le livre compte moins de 170 pages) et scandé sous forme de courts chapitres portant chaque fois un titre propre (une thématique par mini chapitre), qui confèrent une respiration à cette histoire de misère noire dans laquelle est engluée la famille de la petite fille qui parle. C'est un peu comme si le passage d'un chapitre à l'autre permettait au lecteur abasourdi par tant de pauvreté, de reprendre son souffle avant de se replonger en apnée dans les événements rapportés.
Il est assez incroyable d'imaginer à notre époque d'opulence qu'une telle misère ait pu exister, qu'elle ait pu être acceptée par les contemporains, qu'une telle malchance puisse ainsi coller à une famille comme du chewing-gum sous la semelle.
Cela m'a beaucoup rappelé certains romans de Zola, car on y découvre ce que pouvait être la vie des petites gens de l'aube de l'ère industrielle dans toute l'Europe occidentale, cette même ère industrielle que l'on appelle désormais "mondialisation" mais qui continue de broyer les existences des êtres, ici ou ailleurs sur le globe.
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paulotlet
  06 mars 2012
Ce livre poignant constitue l'autobiographie de Neel Doff, jeune néerlandaise immigrée en Belgique aux alentours de 1870, et qui connaîtra les affres de la pauvreté et de la matraitance, de la prostitution à l'exploitation dans d'improbables usines comme celle où on travaille la laine à l'aide d'acide sulfurique pour en faire du feutre à chapeaux. le récit est assez pudique; l'auteure ne se situe pas dans le registre de la plainte ou du misérabilisme; elle raconte les faits, elle évoque ses sentiments successifs et comment elle a fini par se sortir de cette vie sans vie. Bien qu'écrit directement en français (Neel Doff est passée à deux doigts du prix Goncourt 1911) le roman est écrit dans une langue très fluide.
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moncoinlivresque
  23 mars 2017
Neef Doff, ce nom m'était encore inconnu il y a peu et pourtant, aujourd'hui il est gravé dans mon esprit. Neel Doff, l'auteure et la narratrice de « Jours de famine et de détresse » a fui la Hollande avec sa famille durant le 19 ème siècle pour se rendre en Belgique, en quête d'une vie meilleure.
Ce livre nous dépeint alors le quotidien de cette jeune néerlandaise qui connaîtra tour à tour la pauvreté, la mendicité, la maltraitance, l'exploitation, la prostitution…Construit sous la forme d'une autobiographie romancée, ce roman se découpe en plusieurs petits chapitres successifs, tels des fragments de vie qui sont offerts à nos yeux incrédules…Tant de souffrance, d'horreur … la faim, le froid, la misère qui semble s'insinuer partout et ne plus vouloir vous quitter. le lecteur suffoque par moment, d'où l'intérêt des courts chapitres qui lui permettent, en passant d'un thème à un autre, de reprendre son souffle…
Ce roman ne tombe cependant jamais dans le misérabilisme, il est criant de douleur, déchirant et pudique à la fois, mais se veut réaliste et authentique.
Lorsque j'y réfléchis, il est assez difficile d'imaginer qu'une telle histoire ait pu exister. La misère, nous savons qu'elle existe, nous savons qu'elle court les rues, les chemins…qu'elle est partout, mais à notre époque d'opulence, comment la concevoir réellement telle qu'elle est ? Et cette famille, qui fuit la misère en Hollande pour finir par la retrouver en Belgique, le sort semble s'acharner sur elle… Des parents blessés, désabusés et abîmés par la vie et ses coups, qui conduisent pas à pas leurs enfant vers le pire de ce que la vie a à offrir… Quel sera le prix à payer pour sauver sa peau ? Peut-on en sortir indemne ?
Pas un morceau de pain à manger. Pas de vêtements. A peine de quoi s'abriter…Les descriptions sont saisissantes. le lecteur y voit du Zola…il en ressent la force du récit…à la différence qu'ici, tout est vécu. Les conditions terribles dans lesquelles vivaient les ouvriers et leur famille à la fin du 19 ème siècle nous sont ici racontées sans filtre. La fiction chez Zola a laissé place à des bribes d'existences chez Neel Doff et ce qui était déjà difficile à lire chez l'un devient effroyable chez l'autre.
La plume de l'auteure est fluide, sans fioriture…le français n'est certes pas sa langue maternelle, mais elle le maîtrise très bien.
En conclusion : Neel Doff nous offre un roman autobiographique poignant et criant de vérité sans pour autant tomber dans les travers du larmoiement. Elle livre ici beaucoup d'elle et de son époque, de cette « mondialisation » qui a tant apporté et tant détruit pour y parvenir… Elle se dévoile sans fard comme la jeune fille qu'elle était et décrit avec tant de vraisemblance sa vie, que les idéaux du lecteur se brisent à chaque chapitre.
Vous ne pouvez rester insensible à cette histoire et à ces personnes…ils retourneront tout votre être.
Merci encore à Babelio et aux éditions Espace Nord pour ce poignant moment de lecture.
Lien : http://moncoinlivresque.fr/j..
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ChristelleH
  05 mars 2017
Jours de famine et de détresse
Entre témoignage et roman hyperréaliste, cette lecture donne à réfléchir sur les conditions terribles des ouvriers de la fin du 19è siècle. Emile Zola n'est pas loin, même si, cette courte oeuvre n'a pas la même ambition littéraire.
En une quarantaine de petits chapitres qui sont autant de tableaux presque indépendants les uns des autres, Neel , l'auteure (et la narratrice) raconte la misère quotidienne de ses parents et de leurs 9 enfants, aux Pays-Bas puis en Belgique. Des parents blessés par leur vie misérable, désabusés, incompétents, inconscients qui mènent leurs enfants vers la mendicité et pire, la prostitution. Parents et enfants souffrent de la faim : ils peuvent passer plusieurs journées à ne rien manger, faute d'un bout de pain dur. Les descriptions de cette faim qui fatigue les grands comme les petits de cette famille et qui rend hagard sont terribles à lire. La pauvreté les étreint et ne les lâche plus : plus d'abri, pas de vêtements…
Intéressant et poignant, puisqu'on sait que c'est autobiographique.
Je remercie l'opération Masse Critique de Babelio de m'avoir offert ce petit roman.
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
paulotletpaulotlet   06 mars 2012
Mon père nous a abandonnés en plein hiver, laissant ma mère avec neuf enfants sans aucune ressource. Ma mère alla trouver le curé, qui bientôt intéressa plusieurs dames à notre sort. Elles furent tout de suite d’accord pour me mettre, jusqu’à ma majorité, dans un établissement de bienfaisance. Notre ahurissement fut intense. Ma mère, s’étant rendue à cet établissement pour les arrangements à prendre et ayant vu des petites filles qu’on y élevait, vint nous dire que ces enfants avaient l’air si matées et s’inclinaient si profondément devant la supérieure, et ceci... et cela... Bref, l’idée seule de savoir sa petite Keetje ainsi aplatie lui serrait la gorge. Quand elle dut signer un acte par lequel elle aurait renoncé à tout droit sur moi, elle refusa. Zut ! Elle aimait mieux que j’eusse faim avec elle ! En somme, nous en avions vu bien d’autres ! Ce nous fut un grand soulagement de nous être décidés à crever de faim ensemble…

Nous étions livrés à une charité étroitement méthodique, qui nous classait à jamais parmi les vagabonds et les « outcast ». Mon père ne donna pas signe de vie pendant les six mois que dura son escapade. Un dimanche matin, il ouvrit la porte et rentra, le sac au dos... L’attitude de ma mère disait : « Tu viens nous ôter le pain de la bouche ! » On sut en effet que mon père était revenu et on ne nous donna plus rien. Ma mère avait un mari jeune et vigoureux, n’est-ce pas ? ... très capable de travailler pour les neuf enfants qu’il avait envoyés dans le monde.

- Que vont-ils devenir ? Que vont-ils devenir ?

- En voilà des histoires ! Qu’est-ce que cela peut bien te faire ce qu’ils deviennent, pourvu que tu t’en tires ? Du moment où tu as des livres à lire, tu te moques bien du reste ! Si tu aimais tant les enfants, tu ne les cognerais pas comme tu fais !

Je bondis devant ma mère en rugissant.

- Mais je veux qu’ils apprennent, qu’ils apprennent ! Ne vois-tu pas qu’ils deviennent des vagabonds ? qu’ils finiront en prison ? Ne comprends-tu donc pas où nous allons maintenant qu’ils grandissent ?

La simplicité avec laquelle mes parents s’adaptaient à cette situation me les faisait prendre en une aversion qui croissait chaque jour. Ils en étaient arrivés à oublier que moi, la plus jolie de la nichée, je me prostituais tous les soirs aux passants. Sans doute, il n’y avait pas d’autre moyen pour nous de ne pas mourir de faim, mais je me refusais à admettre que ce moyen fût accepté sans la révolte et les imprécations qui, nuit et jour, me secouaient. J’étais trop jeune pour comprendre que chez eux la misère avait fait son œuvre, tandis que j’avais toute ma jeunesse et toute ma vigueur pour me cabrer devant le sort.
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michfredmichfred   08 mars 2015
Quand le berceau fut dans le couloir avec tout ce qu'on pouvait y remiser, ma mère me dit de garder les petits, qu'elle irait chercher un gîte pour la nuit. J'ai perdu le souvenir de ce que fit mon père. Ma mère resta très longtemps absente. Il commençait à faire noir dans ce couloir, où on nous laissait sans lumière, par crainte d'incendie. Quelques-uns des enfants pleuraient de faim et de froid; d'autres s'endormirent dans les coins, sur le carreau. Moi, je berçais le bébé dans mes bras, mourant de frayeur et d'inquiétude.
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