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ISBN : 2362802094
Éditeur : MARCHAISSE (06/09/2018)

Note moyenne : 3.5/5 (sur 7 notes)
Résumé :
Anne Dufourmantelle a péri le 21 juillet 2017 pour sauver des enfants de la noyade en Méditerranée, dont le propre fils de l'auteur.Elle était psychanalyste, philosophe, romancière, auteure d’une œuvre reconnue de par le monde. Sa notoriété culturelle ne suffit pourtant pas à expliquer l’émotion considérable qui s’est répandue à l’annonce de sa mort, en France et au-delà, jusqu’auprès de gens qui ne l’avaient jamais lue ni entendue.Ce récit de chagrin livre le portr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Krout
  15 octobre 2018
A Claire.

Ce n'est pas le livre que j'attendais, pas une biographie, c'est mieux, le titre est on ne peut plus explicite, bien choisi, pesé comme le seront les mots tout au long de ce dit. Il m'arrive alors que je suis traversé par une vague de tristesse. Enfin je lis. L'écriture est pure. Elle parle de la mort, de son incompréhension, de l'effet sur les proches, de ce moment où l'on perd pied, cette sensation d'étouffement, ce besoin de se raccrocher, comme l'on peut. La présence d'Anne Dufourmantelle habite chacune de ces pages tout comme je ressens qu'elle habite chacune de ces personnes, inconnues au point que je les confonds à des personnages.

Sensation d'être un intrus, là par hasard où je ne suis pas légitime, impression de m'immiscer dans un cercle d'intimes dont je ne fais pas partie, d'usurper l'écoute d'un récit beau et sensible au demeurant, la question n'est pas là. Par la pudeur du message, je ne regrette pas mon choix incongru. C'est seulement ces derniers mois par l'intermédiaire de Piatka que j'ai appris à la fois l'existence et la mort d'Anne Dufourmantelle. Par ses citations, commentaires et sa seule chronique (que n'a-t-elle pas écrit un billet sur celui-ci, elle aurait mieux...) elle m'avait donné l'envie de l'approcher, je sais reconnaître une belle personne même de très loin, c'est ainsi qu'à la première occasion j'ai plongé sans hésiter. Il n'empêche, je reste au bord du chemin, extérieur. C'est pourquoi mes mots me semblent vides, vains, loin de ceux du bouquin.

Ainsi pour moi la vie et la mort d'Anne Dufourmantelle s'entrechoquent. J'ai toujours pensé qu'une belle mort venait couronner une belle vie, je rejoins même les Pharaons pour qui la vie servait à préparer la mort, plus qu'une vérité c'est une de mes croyances. Et il n'y a pas beaucoup de plus belle mort à mes yeux que donner sa vie pour sauver ceux qu'on aime. Une déficience cardiaque, pour le même prix elle fauche une ou plusieurs personnes en voiture, mais toute sa vie l'a conduite vers une fin plus lumineuse. Une vie pleine comme la qualifiera si justement Guilhem le fils de l'auteur, dans ce rapprochement entre un père et un fils si tendrement raconté en cette perte ressentie de concert. Une vie pleine, j'avais envie d'ajouter et généreuse, c'eût été un pléonasme, l'une ne va pas sans l'autre. Pourquoi cela me paraît-il alors si difficile, quand mes grands-parents déjà me le montrait comme une évidence ?

J'en reviens à ce sentiment d'exclusion qui prédomine. Il vient de bien plus loin que la non connaissance des personnes. Peut-être mon rejet extrême de tout voyeurisme ? Je trouve indécents ces humains, et ils sont majoritaires, qui ralentissent fortement afin d'assouvir une curiosité, malsaine de mon point de vue, lorsqu'ils croisent un accident dans l'autre sens sur l'autoroute, et la colère mêlée au dégoût me monte si en plus mon regard en perçoit certains en train de photographier ou filmer. Ici ce n'est pas cela, aucune indécence car la pudeur du texte, un autre de ses mérites, gomme entièrement toute sensation de colère ou de dégoût. Il faut chercher probablement dans mon rapport singulier avec la mort que je considère comme un aboutissement, une porte que tout un chacun fini un jour inconnu par pousser, et qui se claque alors violemment derrière lui. Est-ce mon désir absolu de liberté qui me fait laisser les morts enterrer les morts, plutôt que de les vouloir retenir ne fût-ce que par pensée ?

Voilà qui aurait pu être un bel échange avec Anne si j'avais été dans son monde, déjà je partage entièrement au travers d'interviews, dénichées sur le net, son éloge du risque et la force de la douceur. Je dois maintenant m'éloigner du livre pour partager quelques mots du domaine de l'intime, mais le livre aussi relève de ce domaine. Lorsque j'ai répondu à Babounette ce samedi 6, je n'ai probablement pas eu les mots qu'elle attendait. Ce qu'elle m'annonçait je l'avais déjà assimilé, je savais depuis plusieurs semaines le cancer, et je savais depuis plus longtemps encore la manière courageuse dont Claire avait décidé d'affronter sa phase ultime si elle venait à se déclencher, seule la date arrêté du mardi 9 m'était inconnue. J'étais à un repas d'amis ce soir-là et puis j'y suis resté sans plus y être, spectateur en retrait comme lors de cette lecture, tout en n'ayant pas été avec Babounette et sans être non plus avec Claire, dans un état proche de la sidération.

Un des invités que je rencontrais pour la deuxième fois, une de ces personnes douées d'une véritable attention (comme l'était Anne d'après ce que j'ai lu, comme l'était Claire d'après ce que j'ai vécu à plusieurs occasions) est venu me repêcher avec tact, il s'est d'abord adressé à mon vis-à-vis et puis m'a intégré dans leur conversation. Je suis totalement dépourvu de ce talent, ce n'est pas que je ne vois pas les choses ou ne les sens pas, c'est une incapacité à trouver spontanément le mot juste, le geste qui touche. Ainsi s'explique, Claire, sans l'excuser, ni encore moins le justifier, ce coup de fil que tu as peut-être espéré en vain, qui n'est pas arrivé parce que je ne voulais pas m'imposer, et mon absence aujourd'hui au crématorium où je serais au mieux passé inaperçu, ne connaissant aucun de tes proches. Il n'empêche ce n'est pas tant le nombre des rencontres que leur profondeur qui importe et tu avais toi aussi cet art de rendre ces moments précieux.
Merci à Babelio et aux éditions Thierry Marchaisse pour ce livre plein d'humanité reçu par la Masse critique de septembre.
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andras
  05 juin 2019
Jean-Philippe Domecq a presque vu mourir sous ses yeux, sur la plage de Ramatuelle dans le Var, son amie, la philosophe et psychanalyste Anne Dufourmantelle qui a fait un arrêt cardiaque en allant secourir deux enfants qui se noyaient, dont le propre fils de JP Domecq. Les deux enfants sont, eux, sains et saufs. L'auteur revient sur ce dramatique accident et sur les jours qui ont suivi pour nous parler de la façon dont lui et et son fils ont vécu ce drame et bien-sûr pour nous parler d'Anne, cette personne à la fois mélancolique et solaire, singulière et tellement attentionnée envers les autres.
Le pari est assez risqué tant "l'amie" en question est connue dans le milieu de la psychanalyse, auteure de plusieurs livres dont précisément un "Eloge du risque" qui fait étonnamment écho à sa disparition. Et je trouve que ce pari est presque gagné, et de belle manière : les 90 ou 100 premières pages m'ont touché et je trouve que JP Domecq a su trouver des mots justes et donner une structure intéressante à son récit.
Toutefois la fin du livre est moins convaincante, à mon avis. Car l'auteur en vient à parler de ses projets personnels : il entend (ou entendait ?) ouvrir à la fin de l'été un cabinet de "thanatothérapeute". Il s'agit « de nous "guérir", non pas de la peur de la mort [...] mais de la peur de cette peur ». « Cette cure, un peu nouvelle (sic), était une variante de psychanalyse et ne rejettait aucunement celle-ci, bien au contraire (re-sic)... ». Et l'auteur nous dit qu'à la fin du livre qu'il se proposait de publier sur le sujet, Anne et lui avaient « prévu » d'ajouter un « long dialogue écrit où nous pèserions et poserions les objections à l'hypothèse ».
Je ne peux m'empêcher d'entendre dans ces mots qu'Anne Dufourmentelle avait de fortes objections à cette idée de "thanatothérapie", objections dont JP Domecq se garde bien de nous faire part. Les a-t-il d'ailleurs entendues ? Rien n'est moins sûr, tant son assurance à ce sujet semble intacte. L'auteur évoque alors les Egyptiens, le Styx, Pascal... et il revient sur l'image de l'aura qu'il lui semble avoir perçu très physiquement lorsque le corps d'Anne gisait sur la plage : « Sur ce qui fut sa dernière plage, j'ai revécu par elle comment le sacré vint aux hommes. ».
Même si cette (brève) tentative de récupération post mortem me gêne un peu, je trouve que JP Domecq ne manque pas de talent.
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topocl
  03 octobre 2018
Anne de Fourmentelle, psychanalyste, philosophe, écrivain, femme -phare de son cercle d'amis, est morte sur la plage, après avoir sauvé de la noyades les enfants-adolescents de ceux-ci. Jean-Philippe Domecq, lui-même écrivain, est de ceux là, son fils doit la vie à cette amie si chère.
Il n'a trouvé d'autre voix que d'écrire les instants, l'émotion, le chagrin qui ont marqué les quelques semaines allant du moment où il a été prévenu, où il a assisté avec les autres aux derniers instants sur la plage, puis intimement vécu ce choc après lequel rien ne sera plus jamais pareil.
Il y a les faits dont la précision rattachent à la vie, qui, implacable, continue, et une émotion, une pensée, un cri, face à ce cataclysme qui bouleverse un petit microcosme. Si le portrait d' Anne qui parcourt les pages n'est pas la meilleure partie, il y a une belle pudeur lyrique qui conduit cet homme sur un chemin où il fait le choix de refuser le deuil, l'apaisement, en tout cas pour un temps.
Merci à Babelio et aux éditions Thierry Marchaisse, dans le cadre de l'opération Masse Critique
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clairelili
  04 octobre 2018
Anne Dufourmantelle est décédée tragiquement en juillet 2017 en portant secours à des enfants qui se noyaient, dont le fils de Jean-Philippe Domecq. Ce dernier raconte les derniers instants de son amie, puis son chagrin et celui des proches, tout en se remémorant les moments forts de leur amitié. Il dresse le portrait d'une femme charismatique, d'une intelligence et d'une générosité exceptionnelles. Un livre touchant et juste qui ne cherche pas à consoler ("Et s"il y a bien une obscénité désormais, ce serait de "faire le deuil" de mon amie ! Non, non, la fidélité ça existe, on a au moins ça.") mais restitue un peu de l'aura d'une personne dont l'oeuvre et la vie furent remarquables.
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Sovane
  01 mars 2019
Un hommage à Anne Dufourmantelle, psychanalyste de talent morte l'année dernière en tentant de sauver des enfants de la noyade. Parmi le petit groupe de rescapés, le fils de Jean-Philippe Domecq, Guilhem. Après la sidération le travail de deuil commence, avec en toile de fonds la culpabilité latente du jeune garçon. Dans cette émouvante ode à l'amie trop tôt disparue l'auteur fait renaitre cette femme solaire à la mélancolie discrète. Un texte qui mêle auto-fiction et réflexion sur la mort et la grâce.
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critiques presse (1)
Bibliobs   24 août 2018
Il y dresse un portrait magnifique d'Anne Dufourmantelle, gisante ensablée à la beauté paisible, souriante et suffocante que, s'agenouillant, Frédéric Boyer embrassa une dernière fois et sur le front de laquelle, ensuite, Jean-Philippe Domecq posa ses lèvres.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
PiatkaPiatka   29 septembre 2018
Ainsi, nous l’avions bien discernée, Anne ; ainsi il y a un magnétisme des êtres que notre rationalité occidentale ne peut certes appréhender mais qui constitue une autre dimension humaine, qui elle aussi crée de la valeur, les avancées, fait l’Histoire.
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PiatkaPiatka   12 septembre 2018
On n’a aucune envie de guérir d’un chagrin - le chagrin est tout ce qu’il y a de fidèle.
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rkhettaouirkhettaoui   15 janvier 2019
Je la connais, Anne, l’ai souvent vue en vingt ans, dans des contextes différents et variés, je la connais. Eh bien, elle était dans sa beauté à elle, rien qu’à elle, mais « beauté » est trop vague ou lyrique, alors comment dire ? elle était au maximum d’elle – en fait je me suis dit : « telle qu’en elle-même », et j’en suis gêné parce que l’expression fait référence, mais là ce n’en était plus une : c’était exactement Anne, Anne au mieux d’elle-même – ses longues paupières closes qu’on trouvait légèrement orientales, ses pommettes galbées haut, sa bouche largement affinée qui forme comme un infime sourire je ne vais pas dire « énigmatique », mais quand même c’est cela. Elle était belle, oui, à sa façon, et puis c’est plus que ça, ce n’est pas « belle » qui compte, c’est beaucoup plus que ça, c’est autre chose, mais quoi, on l’a sous les yeux, là, en pleine lumière – j’en sens encore le frisson tout au long de mon corps –, c’est peut-être pour ça que je viens de me mettre à écrire, je ne peux pas laisser cela comme ça.
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PiatkaPiatka   16 septembre 2018
La mort n’est rien à côté d’une mort.
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rkhettaouirkhettaoui   15 janvier 2019
Nous étions entrés dans un monde irréel. C’était l’itinéraire que nous avions très souvent pris, toutes ces années, dans l’état songeur et indolent qu’on a après baignades et bains de soleil, retours de plage vers la maison pour ensuite, chaque soir, nos dîners…
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Videos de Jean-Philippe Domecq (15) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jean-Philippe Domecq
Maison de la poésie (4 juin 2019) - Texte et Lecture de Alban Lefranc, extrait du Dictionnaire des mots parfaits (dirigé par Belinda Cannone et Christian Doumet, éd. Thierry Marchaisse, parution mai 2019).
Le Dictionnaire des mots parfaits :
Pourquoi certains mots nous plaisent-ils tant ? S?adressant à notre sensibilité, à notre mémoire ou à notre intelligence du monde, ils nous semblent? parfaits. Bien sûr, parfait, aucun mot ne l?est ? ou alors tous le sont. Pourtant, chacun de nous transporte un lexique intime, composé de quelques vocables particulièrement aimés. Après ceux consacrés aux mots manquants et aux mots en trop, ce troisième dictionnaire iconoclaste invite une cinquantaine d?écrivains à partager leurs mots préférés. Il vient parachever une grande aventure collective où la littérature d?aujourd?hui nous ouvre ses ateliers secrets.
Auteurs : Nathalie Azoulai, Dominique Barbéris, Marcel Bénabou, Jean-Marie Blas de Roblès, François Bordes, Lucile Bordes, Geneviève Brisac, Belinda Cannone, Béatrice Commengé, Pascal Commère, Seyhmus Dagtekin, Jacques Damade, François Debluë, Frédérique Deghelt, Jean-Michel Delacomptée, Jean-Philippe Domecq, Suzanne Doppelt, Max Dorra, Christian Doumet, Renaud Ego, Pierrette Fleutiaux, Hélène Frappat, Philippe Garnier, Simonetta Greggio, Jacques Jouet, Pierre Jourde, Cécile Ladjali, Marie-Hélène Lafon, Frank Lanot, Bertrand Leclair, Alban Lefranc, Sylvie Lemonnier, Arrigo Lessana, Alain Leygonie, Jean-Pierre Martin, Nicolas Mathieu, Jérôme Meizoz, Gilles Ortlieb, Véronique Ovaldé, Guillaume Poix, Didier Pourquery, Christophe Pradeau, Henri Raynal, Philippe Renonçay, Pascale Roze, Jean-Baptiste de Seynes, François Taillandier, Yoann Thommerel, Laurence Werner David, Julie Wolkenstein, Valérie Zenatti
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