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ISBN : 2268062171
Éditeur : Les Editions du Rocher (22/03/2007)

Note moyenne : 4.13/5 (sur 68 notes)
Résumé :
Il a seize ans, il aime les films américains et les filles. Il se sent puissant et se croit invincible grâce à la mitraillette qu'il a entre les mains. Johnny Chien Méchant, sans avoir les moyens de réfléchir, se place du côté des vainqueurs ; il vole, viole et tue avec une cruauté dont il n'est même plus conscient.

Laokolé a seize ans, elle aussi. Elle aime les mathématiques qui ordonnent le monde et rêve de devenir ingénieur. Ce matin, elle insta... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (13) Voir plus Ajouter une critique
fanfanouche24
  09 août 2017
Quelle lecture éprouvante... de par les thèmes abordés: la guerre civile dans le Congo de l'auteur...raconté à travers le récit alterné des deux bords: celui du bourreau, et celui de la victime. Représentés par deux adolescents de seize ans:
Johnny chien méchant, enfant-soldat, se sent puissant grâce à la mitraillette qu'il a entre les mains. Imbu de lui-même, vaniteux, il s'est mis d'emblée, et sans réfléchir du côté des vainqueurs...
Il fait le mal, fait actes de barbarie dans un état d'inconscience, de banalisation terrifiants !
De l'autre, son opposé, Laokolé, a seize ans, également. Elle aime les mathématiques, adorait aider son père (tué par les milices armées)à faire de la maçonnerie, construire des murs, etc. Elle rêve de devenir ingénieur. Elle se retrouve seule à défendre et protéger sa mère handicapée, mutilée
( par les mêmes milices qui terrorisent la population) , son petit frère, Fofo dans un sauve-qui-peut général !
En dépit de son courage, de son amour pour eux, elle les perdra tous deux... Cela ne l'empêchera pas de protéger plus faible qu'elle..dans sa fuite désespérée...
Un très beau portrait d'adolescente,rendue plus mature par la violence des évènements...
Nous passons alternativement, de la voix de "Johnny chien méchant" à celui de Laokolé...pour narrer la sauvagerie de cette guerre civile, où sévissent la cupidité, la barbarie des "nouveaux maîtres", qui affament, tuent, violent leurs propres compatriotes... au nom d'une dite nouvelle démocratie !!!
J'ai découvert il y a quelques mois, et avec un immense enthousiasme cet écrivain, avec un texte également très dur mais plus lumineux, "Photo de groupe au bord du fleuve". Les deux romans donnent un regard acéré, lucide sur un Congo ravagé par la guerre civile, la corruption généralisée
des gouvernants, la condition aberrante, inhumaine faite aux femmes et aux plus faibles[ dans ces années 1997 de guerre interne]

Dans ce roman très réaliste, il est aussi beaucoup question, à travers les angoisses de Laokolé [l'adolescente] du pourquoi de la présence persistante, gratuite, spontanée, de la bonté, de l'empathie, du bien que l'on fait à autrui, et cela même, au coeur de la barbarie la plus innommable.
Comme le quatrième de couverture l'exprime très justement: "Empathique et cruellement réaliste, Emmanuel Dongala rend hommage au fol espoir des innocents et à la ténacité des faibles"
Deux extraits que j'ai particulièrement choisis, très explicites...
"Trois femmes dans un camp d'Afrique centrale, qui essayaient d'aider l'humanité; trois forces fragiles qui refusaient de baisser les bras devant l'indifférence du monde.
Pourquoi faisaient-elles cela ? Pourquoi venir risquer leurs vies dans un pays où les gens étaient assez stupides pour ne rien trouver de mieux à faire que de s'entretuer pour le pouvoir et empêcher leurs enfants d'aller à l'école ? (...)
Qu'est-ce qui faisait que malgré la cruauté dont les humains étaient capables, il y en avait qui se sacrifiaient pour en aider d'autres ? Autrement dit, vu tout le mal que les êtres humains s'ingéniaient à réaliser, le bien ne devait plus exister, et pourtant il existe . Pourquoi ?" (p. 186)

"Comment expliquer que je me souvienne en détail de toutes les scènes de cruauté dont j'avais été témoin, même témoin éloigné, alors que rien ne me restait d'un acte d'humanité qui me touchait directement ? Est-ce à dire que le mal laissait plus de traces dans nos mémoires que le bien ? "(p. 163)
J'ai en tête de lire son dernier texte, qui semble différent, même si le contexte social reste toujours prégnant dans l'histoire racontée. Je souhaitais nommer, "La Sonate à Bridgewater"... qui reste une perspective de "bonheur de lecture"... La plume et le ton de Emmanuel Dongala,
me touchant infiniment !
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PiertyM
  04 avril 2014
Chien méchant n'est pas qu'un personnage de roman, ni mythique, mais il fut un vrai guerrier fabriqué par la guerre de 1997 qui a sévi le Congo.
La violence de sa nature et sa témérité l'ont rendu célèbre bien évidemment sous le nom de son sobriquet de guerrier chien méchant.
Aussi méchant que le chien, les actes morbides de ce guerrier ont été portés tellement haut par les rumeurs qu'ils ont semblé faire partis d'un mythe...et que même sa mort miraculeusement mystérieux a parcouru les oreilles Brazzavilloises sous diverses versions ...
Enfin, nous en sommes encore à la période de guerre avec Johnny chien Méchant d'Emmanuel Dongala où notre héros est un enfant soldat, un adolescent à qui l'arme a fait connaitre le plaisir d'accéder à un pouvoir notamment celui de décider de la vie ou de la mort de ceux qui croisent sa route et pour mieux faire répandre ou asseoir son pouvoir il se fait appelé par Chien Méchant, car, il des années plutôt, à Brazzaville, personne n'osait franchir un portail où il y avait l'inscription "Attention, interdit d'entrer, ici chien méchant" ...
Une fois de plus Dongala aborde un sujet assez osé comme dans Photo de groupe au bord du fleuve bien que je reconnais que celui-ci est le premier à être publié. Un sujet glissant au la liberté d'expression n'a pas encore fait long chemin dans la plupart des ^pays africains.

Le livre nous décrit deux univers, deux mondes ou deux façons d'aborder les problèmes de la guerre. Deux narrateurs ayant deux objectifs différents dans la situation telle qu'elle se présente. Nous suivons simultanément deux récits opposés qui nous permet d'avoir deux regards sur la guerre: le premier est celui de l'oppresseur et le deuxième est celui de la victime.
D'un côté, Johnny le guerrier nous parle de sa mission pendant la guerre, de ses ambitions de devenir chef de groupe, prouver par là de sa volonté d'être un bon guerrier capable de conduire la guerre comme il se doit jusqu'à la victoire. Ensuite Il veut émerger, se rapprocher du grand chef...
Et de l'autre côté Laokolé une adolescente fuis la guerre avec sa mère qui est privée de ses deux jambes. La fille est obligée de la transporter dans une brouette, elle doit en même temps veiller à la sécurité de son petit frère...
C'est un livre très violent où les scènes, bien qu'elles fassent partie des faits réels, sont trop crues, épouvantables...
J'ai aimé le style, cette force d'imagination qui a su prendre corps sur une réalité très poignante!
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JeanPierreV
  23 novembre 2017
« Johnny chien méchant »....fait partie de ces livres écrits pour bousculer notre tranquillité de lecteur, nous déranger...l'un de ces livres qu'on n'oublie pas, tant ils sont criants de vérité, tant ils sont porteurs d'indignation diverses.
Tout oppose d'une part Lufua Liwa, Matiti Mabé qui prendra le nom de Johnny Chien Méchant comme nom de guerre, et d'autre part Laokolé, une jeune ado de seize ans, amoureuse de la vie...Ils sont les deux personnages principaux du roman.
Laokolé fuit avec son frère Fofo. Avant de quitter la maison, elle a enterré une malle contenant tous les objets ayant même une petite valeur ou une valeur affective. Elle fuit sans trop savoir où et transporte, dans une brouette, sa mère gravement blessée aux jambes à la suite d'un précédent pillage au cours duquel son papa a été tué.
Ils ont tous deux le même âge, 16-17 ans, le premier veut tuer, piller, violer, participer activement à la guerre qui oppose les Mayi-Dogos aux Dogo-Mayis. Il doit contrôler un quartier et obéit à Pili-Pili, un gamin de son âge torturant les femmes en leur mettant du piment dans les yeux, un gamin devenu Général Giap par la grâce de la guerre : il est général car c'est le plus intelligent : il a tout de même fait le CM1 ! Non mais...
Laokolé, quant à elle est une ado travailleuse, ouverte d'esprit, uniquement préoccupée par sa mère et son frère, ne demandant qu'à vivre.
Dans cette guerre tribale tout est permis, viols, pillages, tueries...une guerre née d'une opposition de dirigeants politiques du pays. Ces milices incontrôlables luttent contre des ennemis qu'ils nomment "les tchétchènes". On s'entretue pour un oui ou un non, pour une arme, une voiture, un mot de trop...et ces gamins-soldats ne craignent pas la mort : ils sont protégés des balles par des gris-gris qu'ils portent au cou ou aux bras, par des miroirs collés sur les tee-shirts, des miroirs qui renverront les balles. Ces milices se battent sans même trop savoir pourquoi et pour qui ils se battent. Chien Méchant ne recule devant aucune ignominie, aucun crime, aucun pillage..et même s'il sait à peine lire pillera les bibliothèques ! En les commettant il a l'impression d'exister, d'assouvir son besoin d'être un chef, d'être craint et respecté. D'être reconnu. D'être un homme.
Fuir, fuir vite et loin devient la préoccupation de chacun. Des soldats occidentaux, des casques bleus tentent de ramener l'ordre, de sauver d'abord leurs compatriotes. Et les victimes des combats tentent quant à eux de gagner les camps tenus par les organisations caritatives occidentales qui elles aussi sont aussi partie intégrante de l'Afrique. Emmanuel Dongala ne les épargne pas.
Par une alternance des chapitres, les regards de Laokolé et de Johnny Chien Méchant nous font vivre cette guerre, ses horreurs, les crimes gratuits, les espoirs et pleurs pour l'un, la hargne et la violence pour l'autre. Ces deux ados sont, en fait, tous deux victimes de cette guerre. Ils sont victimes de plus forts qu'eux, vivant cachés, loin des balles et des violences, d'hommes ou d'organisations qui utilisent combattants et victimes, afin d'assouvir leurs ambitions. le propre de toute guerre....les soldats font la guerre, les généraux et hommes politiques les gagnent.
Souvent dérangeant du fait de cette violence, et de la peinture qu'Emmanuel Dongala fait de l'action et du comportement des Occidentaux.
Johnny chien méchant nous permet de revoir les images qu'année après année nous avons reçues du Kosovo, de Sarajevo, du Proche-Orient, de l'Afrique. Et nous en recevrons demain encore.
Un message universel et intemporel

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Rodin_Marcel
  06 juin 2017
Dongala Emmanuel – "Johnny Chien Méchant" – Actes Sud / Babel, 2017 (ISBN 978-2-330-07919-2)
Réédition d'un roman publié en 2002 aux éditions Le Serpent à plumes.

Des auteurs africains francophones nous livrent maintenant de plus en plus souvent des romans qui atteignent un haut degré d'excellence tant dans l'écriture littéraire que dans l'articulation de l'intrigue ou la création de personnages complexes magistralement campés, comme c'est ici le cas.
Hélas, trois fois hélas, c'est encore et toujours sur fond d'atrocités, de guerre, de vols, de viols hélas exacts reflets de massacres qui n'en finissent pas.

Ce roman est d'autant plus important que l'auteur ose poser les questions fondamentales que la bien-pensance se complaît à occulter : cette barbarie sans fin provient-elle uniquement de "manipulations des grandes sociétés exploitantes" ou comprend-elle une part provenant des spécificités africano-africaines d'affrontements inter-ethniques ?
L'auteur pose crûment la question en plein milieu de son récit (pp. 250-253), en se gardant de toute réponse tranchée.

Quant aux rôles endossés par de "bonnes âmes" occidentales, ils sont cruellement dépeints sans fard, entre la journaliste avide de sensationnel (p. 170-176), les humanitaires abandonnant les gens, et la scène atroce des casques bleus et autres soldats intervenant pour sauver le précieux caniche...

Le plus consternant sans doute réside dans cette monstrueuse coupure – hélas trop véridique – entre le destin de ce pôvre garçon devenu un chien de guerre, et cette fille qui voudrait poursuivre ses études : qui sauvera les garçons ?

En 1962, René Dumont publiait "L'Afrique noire est mal partie" : il serait faux d'écrire que ce livre n'a pas pris une ride, puisque tout n'a fait qu'empirer, du Mali au Burundi, du Congo à Madagascar, de l'Éthiopie au Zimbabwe, sans oublier la Côte d'Ivoire...

Quelques romans reflétant ce même douloureux sujet :
Appanah Natacha – "Tropique de la violence" ;
Condé Maryse – "En attendant la montée des eaux" ;
Chab, Jean Ely – "La vallée du saphir" ;
Konaté Moussa (1951-2013), – "Meurtre à Tombouctou" ;
Faye Gaël – "Petit pays"

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Belem
  11 mars 2013
Emmanuel Dongala décrit l'horreur des enfants-soldats, une double horreur en fait, puisqu'il y a l'horrible pouvoir que confère une arme – asservir ou tuer – , et que ce sont là des enfants qui les tiennent. On peut trouver que les scènes sont crues, extrêmement violentes, mais ce n'est pas de les décrire dans un roman qui est choquant. Ce qui est choquant, c'est que nous sommes arrivés à un tel degré de pourriture de la société du fric et de l'individu-roi, que cette violence gratuite existe réellement. La barbarie est devenue le lot de biens des populations dans le monde, et c'est cela que décrit l'écrivain : il en ressent le besoin, il en témoigne.
Dans « Allah n'est pas obligé », Ahmadou Kourouma racontait la vie d'enfants-soldats au Sierra Leone ou au Libéria d'une manière sans doute moi crue, plus subtile. Mais ce qu'y apporte Dongala, c'est le point de vue de la victime, puisque les deux personnages principaux racontent chacun son propre vécu des mêmes scènes, Laokolé représentant les victimes, et "Johnny chien méchant" représentant la meute de ces enfants dirigés par un chef de guerre.
L'espoir persiste avec Dongala, car cette barbarie n'est pas inéluctable, et les victimes peuvent se montrer porteuses d'une autre humanité. Ce livre est de ceux qui ouvrent une réflexion sur la nature humaine. Mon humble avis, c'est que l'humanité n'aurait pas survécu jusqu'à aujourd'hui si sa nature profonde était égoïste et violente. Au contraire, la nature profonde de l'humanité est généreuse et affable, et les ordres les mieux établis, les plus violents, peuvent toujours être renversés.
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Citations et extraits (20) Voir plus Ajouter une citation
fanfanouche24fanfanouche24   09 août 2017
L'air frais m'a donné un coup de fouet. Et j'ai ressenti une joie m'envahir. Joie d'être vivante. Joie d'avoir survécu. Joie de continuer à vivre. L'air frais a aussi ravivé l'enfant, puisqu'elle s'est mise à pleurer. C'était bien ainsi car un enfant qui pleure est un enfant qui vit. Et je me suis souvenue que ma petite fille n'avait pas de nom. Or toute existence dans l'univers commençait par un nom. J'ai plongé ma mémoire dans le riche patrimoine de la langue de mon grand-père et j'en suis revenue avec le mot le plus pur de la tribu, le mot le plus beau reflétant parfaitement ce moment : kiessé ! la joie ! Mon enfant, je te nomme kiessé ! Et j'ai regardé vers le ciel: elles étaient là, diamants brillants, couronnant nos têtes . Que ferions-nous sans les étoiles ? (p. 376-377)
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fanfanouche24fanfanouche24   08 août 2017
J'ai donc demandé à mon cerveau de se taire. De faire autre chose. Lire par exemple. Lire un livre sous les sifflements de roquettes comme on lit un roman avec de la musique en arrière-fond. Un livre peut vous faire oublier la mort. Cette pensée m'a fait sourire. (p. 259)
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fanfanouche24fanfanouche24   06 août 2017
Comment expliquer que je me souvienne en détail de toutes les scènes de cruauté dont j'avais été témoin, même témoin éloigné, alors que rien ne me restait d'un acte d'humanité qui me touchait directement ? Est-ce à dire que le mal laissait plus de traces dans nos mémoires que le bien ? (p. 163)
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fanfanouche24fanfanouche24   03 août 2017
Maman m'avait souvent dit, quand elle revenait fatiguée d'avoir vendu au marché toute la journée, qu'elle se sentait instantanément détendue, relax, dès qu'elle franchissait la porte de notre maison, car les murs d'une maison délimitaient un espace de paix, de sécurité et de sérénité. Ce qu'elle ne savait pas c'est qu'à l'inverse, un mur pouvait aussi être une barrière. (p. 129)
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fanfanouche24fanfanouche24   03 août 2017
Souvent, par un phénomène bizarre, quand les gens avaient trop peur, ils n'avaient plus peur et pouvaient agir avec une audace que même les gens les plus téméraires jugeraient suicidaire. (p. 99)
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