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ISBN : 2714481566
Éditeur : Belfond (31/10/2019)

Note moyenne : 3.81/5 (sur 8 notes)
Résumé :
Quelle étrange expérience que celle de la lecture de "L'obscène oiseau de la nuit" !

Vous pénétrez dans un univers à la texture indéfinissable, emportés par le narrateur dans le tortueux dédale de son esprit. Ce narrateur, c'est El mudito, un soi-disant sourd et muet au physique ingrat et malingre, sorte d'homme à tout faire de la Maison, vaste demeure labyrinthique dans laquelle se côtoient de vieilles servantes à la retraite, quelques bonnes soeurs ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
zaphod
  03 juin 2015
Je me souviens d'une discussion à propos du cliché et du conventionnel en littérature.
Nous nous disions que les grand chef d'oeuvres sont rarement issus de nulle part, et qu'ils racontent parfois des histoires très classiques, peu originales.
A la limite, on pourrait dire qu'au niveau intrigue, le "Da Vinci Code" est plus original que "Roméo et Juliette". A se demander si parfois l'originalité n'est pas néfaste. Peut-être qu'un chef d'oeuvre se doit de posséder une dimension universelle, et que par définition, un excès d'originalité ne peut tendre vers l'universalité.
Pourtant, parfois, on rencontre une oeuvre vraiment originale à tout point de vue. Une oeuvre qui vous touche, vous remue, une oeuvre d'une beauté étrange, inquiétante.
Pour moi, "L'oiseau obscène de la nuit" est un tel livre. C'est peut-être du à ma piètre connaissance de la littérature sud-américaine, mais ce livre me frappe par sa singularité autant que par son âpre beauté, et par son style flamboyant.
Le seul point de comparaison auquel je pourrais me raccrocher est le fabuleux "Pedro Paramo" de Juan Rulfo. Sauf que ce qui était un condensé de poison d'une efficacité redoutable chez Rulfo, est ici un fleuve de scories en fusion qui vous emporte dans des tourbillons où toute résistance, toute tentative de contrôle est ridiculement vaine.
Vous êtes pris dès la première page dans un courant maléfique qui va vous secouer pendant 436 pages et vous recrachera épuisé, comme vidé de toute substance, doutant de votre propre réalité.
"L'oiseau obscène de la nuit" est un long délire aux marges de la folie.
Tenter de débrouiller les nombreux fils qui composent ce livre est une mission quasiment impossible. Et vouloir trop analyser et clarifier les choses pourrait nuire à votre expérience de lecture. Il vaut mieux rester dans l'incertitude.
Disons simplement que ce qui fonde ce récit, le fleuve souterrain qui le parcourt de bout en bout, même si de nombreux affluents viennent s'y mélanger, c'est la relation de dualité/unicité établie entre Humberto et Jeronimo.
Jeronimo de Azcoitia est le dernier descendant mâle d'une grande lignée aristocratique.
La famille d'Humberto, par contre, est d'extraction populaire. Et le père d'Humberto voue une admiration sans borne aux Azcoitia. Il n'y a pour lui qu'un moyen d'exister, de devenir quelqu'un: c'est de leur ressembler, de s'en rapprocher le plus possible, de grappiller tout ce qu'on peut de leur identité, jusqu'à devenir soi-même une image (inversée?) d'Azcoitia.
Humberto va donc réussir à devenir le secrétaire particulier de Jeronimo, et, par une infinité de moyens subtils, à prendre peu à peu possession de lui.
A moins que ce ne soit lui qui soit possédé. Car évidemment, tout a un prix, et Humberto devra lui aussi, abandonner sa propre individualité avant d'en endosser une autre.
Ayant compris cela, Humberto tentera de se soustraire à ce destin en se cachant dans la Casa de Ejercicios Espirituales de la Encarnacion, ancien lieu de retraite de la famille Azcoitia, dont l'architecture est aussi tortueuse que le nom, et où peu de gens osent maintenant pénétrer.
Ce lieu absolument démentiel est la matrice de cette histoire; le chaudron dans lequel sept vieilles femmes, sept sorcières vont mélanger les ingrédients infects par lesquels va prendre naissance l'être abominable qui va incarner cette fusion des contraires.
C'est alors un terrible jeu de masques, de miroirs, de faux-semblants, d'interchangeabilité, où se fondent et se confondent les identités.
Pour devenir quelqu'un, conquérir une nouvelle identité, il faut d'abord n'être personne. Les corps ne sont plus que des enveloppes, des carcasses que l'on peut pénétrer et habiter, tels des masques de carnaval.
A certains moment, on se prend même à douter de l'identité du narrateur qu'on avait pourtant identifié avec certitude quelques pages auparavant. Mais les personnages eux-mêmes ne sont pas certains d'être ce qu'ils sont.
Donoso est un magicien du style. Il y a dans ce bouquin des choses que je n'avais jamais lues ailleurs, comme par exemple, de longues phrases dont la première moitié représente le point de vue d'un premier personnage, et la seconde moitié, le point de vue d'un autre personnage, et cela sans que le procédé paraisse lourd ou nuise au sens. Au contraire, cela apporte un éclairage particulier sur l'histoire, et cadre parfaitement avec le thème du flou identitaire et de la substitution.
Ce qu'il y a de génial, c'est que ces thèmes traversent tout le livre sur différentes strates de langages, par exemple, une même expression qui revient dans la bouche de plusieurs personnages, un mot ou un lieu qui en remplace un autre, un détail ou un évènement qui se répète dans des circonstances différentes. Grâce à une parfaite correspondance entre style et sujet, cette infinité d'éléments s'imprègne dans le lecteur, ce qui fait qu'il a plus l'impression de ressentir les thèmes que de les comprendre intellectuellement.
On termine ce livre comme on sort d'un trip, lessivé, dans un état fiévreux, et incapable de se rappeler exactement tous les endroits déments qu'on a traversés.
Et on se dit que oui, il y a bien un écho en nous; ces fantasmes, ces peurs obscures et ancestrales, cette nuit qui nous ronge, cette chose étrange et effrayante qui grandit en nous; elle est là, la terrible universalité.
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Waterlyly
  19 décembre 2019
Humberto, issu d'une famille humble, voue une admiration sans borne à Jeronimo Azcoitia. Cette attraction poussera Humberto à donner le meilleur de soi-même pour décrocher le poste de secrétaire auprès de Jeronimo. Commence alors un long changement de personnalité de la part d'Humberto, pour ressembler au plus près à la personne qu'il idolâtre tant.
C'est un bien maigre résumé et peu représentatif du cheminement tortueux de l'intrigue que je vous livre ici, tant la densité de ce roman est inouïe. Je ne suis pas spécialement au fait de la littérature de José Donoso, et je dois bien dire que j'ai du aller me renseigner à son sujet, tant j'ignorais quasiment tout de cet écrivain. Et pour cause, inexplicablement, ce roman est passé quelque peu inaperçu à l'époque de sa sortie.
La première de couverture nous annonce qu'il s'agit là de l'un des meilleurs romans hispanophones de tous les temps. Évidemment, il ne m'en fallait pas plus. Et mon rendez-vous avec la plume de cet auteur est passé par toutes les étapes possibles et imaginables. En effet, j'ai ressenti la peur de ne pas savoir apprécier la juste valeur de ce récit, le commencement d'un attachement unique avec ce style particulier, pour finalement finir conquise par l'univers proposé. Mais que de chemin parcouru pour en arriver, là, je dois bien le dire.
Ce roman est véritablement une expérience de lecture comme je n'en ai jamais eue. Il faut impérativement qu'en tant que lecteur, vous acceptiez de vous laisser porter par ce récit et que vous acceptiez le fait de ne pas tout maîtriser, voire comprendre. C'est ce que j'ai essayé de faire au départ et j'ai eu énormément de mal à rentrer dans l'univers proposé par Donoso. C'est parfois si irréel, si onirique, que je me suis demandée si réellement cela valait le coup de poursuivre cette lecture. La réponse est un grand oui, pour peu que j'ai accepté de me laisser porter.
Au travers de la narration de Mudito, l'auteur égrène une intrigue compliquée, particulière, d'une rare densité. Je ne sais pas si j'ai toujours compris ce que voulait faire passer l'auteur, ou si simplement il a laissé plus d'une fois discourir ses pensées au gré du papier. Malgré tout, l'histoire est remarquable et réellement complexe. On ne peut pas reprocher un manque de profondeur ici, loin de là.
La plume m'a paru vraiment belle, poétique même par moments. Elle est très en accord avec les autres romans hispanophones de l'époque contemporaine de Donoso. Ce n'est pas une plume compliquée, ce sont plutôt les cheminements que prend Donoso qui le sont, rendant cette lecture peu aisée, il faut bien le dire.
Un roman d'une rare densité qui constitue une réelle expérience de lecture. Il ne faut pas être pressé pour lire ce récit, et surtout, il faut accepter de se laisser porter, sinon il vous sera impossible d'apprécier ce livre. Même s'il est âpre à la lecture, il en vaut vraiment la peine, et c'est dommage de ne pas le découvrir.
Lien : https://mavoixauchapitre.hom..
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SophieChalandre
  30 décembre 2016
Parmi tous les grands romans parus en Amérique hispanique pendant les fertiles années appelées le Boom latino-américain, il en est un particulièrement étonnant qui est passé quasiment inaperçu à sa sortie à côté des autres grands (Marelle, Conversation à la cathédrale, Peau neuve, Cent ans de solitude), aussi discrètement que son auteur entre les "phares" (Julio Cortázar, Mario Vargas Llosa, Carlos Fuentes, García Márquez) qui leur donnèrent vie. Je me réfère bien sûr à L'Obscène oiseau de la nuit du chilien José Donoso, un roman superbement proustien dans lequel il nous donne une histoire aussi séduisante qu'abyssale. - Jorge Eduardo Benavides
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manonlitaussi
  17 décembre 2019
Un livre déroutant. Une découverte pour moi fan des éditions vintage Belfond. J'étais très intriguée par ce livre et ce sentiment ne m'a pas quitté durant la lecture. J'étais complètement déroutée par une sorte de jeu avec le narrateur homme qui se féminise et devient la 7ème sorcière qui occupe la maison de la famille Azcoitia. Un narrateur muet mais qui est aussi parfois sourd  ou aveugle, un narrateur omniprésent auprès de la galerie de personnages, un narrateur qui m'a parfois répugnée. La famille Azcoitia, en pleine décadence qui cherche désespérément à avoir un héritier 
Et je ne pourrai pas résumer le livre car je dirai forcément une bêtise. Je dois avouer ne pas avoir tout cerner.. Je crois que j'ai été perdue dans l'histoire très souvent ne sachant plus qui me la racontait. 
Heureusement certains points essentiels pour mon plaisir de lecture étaient là. Une ambiance, une maison où règne le surnaturel, un style très sensuel. Une lecture (très) exigeante , perturbante… un peu à l'image du livre. 

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SophieChalandre
  03 février 2017
Parmi tous les grands romans parus en Amérique hispanique pendant les fertiles années appelées le Boom latino-américain, il en est un particulièrement étonnant qui est passé quasiment inaperçu à sa sortie à côté des autres grands (Marelle, Conversation à la cathédrale, Peau neuve, Cent ans de solitude), aussi discrètement que son auteur entre les "phares" (Julio Cortázar, Mario Vargas Llosa, Carlos Fuentes, García Márquez) qui leur donnèrent vie. Je me réfère bien sûr à L'Obscène oiseau de la nuit du chilien José Donoso, un roman superbement proustien dans lequel il nous donne une histoire aussi séduisante qu'abyssale. - Jorge Eduardo Benavides
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