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EAN : 9782253003137
283 pages
Le Livre de Poche (01/06/1975)
4.07/5   526 notes
Résumé :
"Les Croix de bois", chef-d’œuvre de Roland Dorgelès, engagé volontaire, est un témoignage exceptionnel sur la Grande Guerre.

Avec un réalisme parfois terrible mais toujours d'une généreuse humanité, la vie des tranchées nous est décrite dans toute son horreur et aussi bouffonnerie, son quotidien et ses moments.
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Critiques, Analyses et Avis (66) Voir plus Ajouter une critique
4,07

sur 526 notes
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tiptop92
  28 mai 2022
Roland Dorgelès - Les Croix de bois - 1919 : le groupe de combat est la cheville ouvrière de l'armée française. Quelques hommes placés sous l'autorité d'un caporal et qui constituent en se multipliant par milliers les cellules d'un gigantesque corps ordonné. "Les Croix de bois" raconte l'histoire d'une de ces entités plongées dans l'enfer d'une guerre que les soldats ne comprennent pas. Chacun sent bien que le massacre perpétué ne profite qu'à une minorité assise sur des privilèges que la populace va payer cruellement de son sang pendant quatre ans. le boche est détesté non pas pour son but de guerre qui échappe il faut bien le dire à tout le monde mais parce qu'il tue et démembre les camarades, les frères, les pères, d'autres français. Quelque part dans le reclus de la tranchée les combats deviennent des confrontations presque domestiques contre les voisins indélicats qui occupe la tranchée d'en face. Chaque escouade est alors une petite famille, souvent turbulente, râleuse mais solidaire dans les épreuves qui l'accablent. Jacques c'est Roland Dorgelès lui-même, un jeune biffin rempli des idéaux de reconquête distillés dans une école qui depuis le conflit de 1871 conditionne la jeunesse à espérer la revanche par les armes sur les horribles prussiens. Engagé volontaire il va combattre au milieu de ce groupe hétéroclite qui mélange des soldats issus de tous les territoires et de toutes les classes sociales. L'ensemble des combats est rapporté avec un réalisme éreintant qui transforme le lecteur en témoin oculaire de l'infâme boucherie. Car ici il est vraiment question de chair à canon quand on voit avec quel entêtement la hiérarchie envoie ces hommes se faire tuer. On se bat partout pour quelques mètres de terrain, dans les tranchées à coup de pelles et de couteau, dans les villages au milieu des maisons éventrées par les obus et même dans les cimetières cachés dans les tombes ou subsistent encore des cadavres en décomposition. Et ces troufions courageux crèvent souvent dans les pleurs appelant leur mère pour les plus jeunes ou s'affligeant pour les autres d'une femme ou d'un enfant qu'ils ne reverront plus. Quand les soldats sont tués ils sont remplacés par des adolescents dont on ne veut même pas connaître le nom tellement ils disparaissent vite déchiquetés eux aussi par les obus et les balles. L'absurdité se mêle à la cruauté quand la compagnie doit tenir une position que les allemands sont en train de miner sans que le commandement s'inquiète de l'évacuer. Aucune compassion n'est à attendre des généraux, il faut juste tenir ou mourir. Et alors que les médailles sont distribuées comme des petits pains sur le bord du Jourdain, chaque soldat sait que la seule récompense à attendre dans cet enfer c'est une croix de bois sur le monticule de terre qui leurs servira de dernière demeure. de par son humanisme qui semble au milieu du chaos murmuré par les millions de victimes, "Les Croix de bois" est le pendant terrible du chef d'oeuvre d'Enrich Maria Remarque "A l'ouest rien de nouveau" dont il partage l'épouvantable proximité avec ces hommes ordinaires plongés dans une des pires hécatombes de l'histoire de l'humanité... terrifiant
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Denis_76
  23 septembre 2019
RESPECT !
Ils ont sauvé la France, ils ont versé leur sang pour que nous restions libres.
C'est plus qu'un vibrant hommage aux poilus de 14 : c'est une auto-biographie. Car il y était, Roland Lécavelé, dit Roland Dorgelès, biffin dans les tranchées de l'Artois et de l'Argonne.
.
Les croix de bois sont celles que les soldats plantaient après avoir enterré leurs copains de sections.
.
Jacques est mobilisé dans l'infanterie. Il observe une amitié improbable entre les "copains" de l'escouade , et notamment entre Sulphart, le vieux de la vieille qui charrie tout le monde, et Demachy, le nouveau, parfumé. Il y a aussi Bouffieux, l'éternel planqué qui trouve toutes les astuces pour ne pas monter en première ligne, puis Vieublé, le Parigot provocateur, Fouillard le râleur, Broucke le Chti, qui va au poste de veilleur à la place de Bouffieux-le-trouillard et qui meurt une minute après, Bréval, le cabot, Morache, le lieutenant qui la ramène alors qu'il se planque lors de l'attaque...
Et puis il y a les "Boches", les shrapnels allemands, nos obus calculés trop courts qui tuent les nôtres, nos 75 contre leurs 88, et les tranchées et les goulots, les attaques, les champs et les trous d'obus couverts de morts.
Et surtout il y a les copains qu'on voit tomber raides morts, ceux, trop blessés pour fuir vers l'arrière, qui appel lent faiblement pour que les copains les ramènent dans les tranchées :
"Et maintenant, ils ressuscitaient l'un après l'autre, ils semblaient tous se lever pour un suprême appel : Bréval, Vairon, Fouillard, Noury, Bouffioux, Broucke, Demachy... Et leurs voix répondaient : Mort, mort, mort..."
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Paul Emile, mon grand-père paternel Lorrain est né Allemand entre 1870 et 1914 : il a fait la Légion pour se battre avec les Français et redevenir Français ;
Albert, mon grand-père maternel Normand a fait la guerre de 40 ; leur d'une attaque, ils n'étaient plus que trois, il a ramené ses deux camarades en Normandie, l'un des deux sur son dos.
Mon père et moi-même avons fait le service militaire.
J'aime mon pays, mais ne suis pas prêt à tuer pour lui.
L'invasion par des étrangers n'est pas l'idéal, on a vu ça sous Hitler, mais Dieu soit loué, en Europe on a compris la valeur de la vie humaine.
Je dis comme Micromégas : "Pourquoi se battre pour une motte de terre ?"
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Il n'y a plus qu'à faire comprendre au reste du monde la valeur de la vie humaine ;
il n'y a plus qu'à faire comprendre PRATIQUEMENT aux riches le malheur des pauvres ;
il n'y a plus qu'à faire comprendre PRATIQUEMENT à tout le monde la valeur "écologie".
.
Il y a encore du boulot !
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majolo
  02 mars 2014
Ce livre est un Chef d'oeuvre, une référence pour comprendre ce que fut cette guerre, broyeuse de vie entre toutes, concentré absurde de peur et de souffrance. Je dédie s'il est possible, cette lecture, à mon arrière-grand-père mort en avril 1915 à l'âge de 22 ans fauché par un éclat d'obus, et à ma grand-mère, alors âgée d'un an, dont la vie fut à jamais marquée par l'absence de ce père tant regretté. Les lettres qu'il a écrites du front racontent la même immense terreur et la même terrible résignation que celles des personnages de Roland Dorgelès. A lire, malgré l'horreur, car au cœur du désespoir, restent l'humour, la camaraderie, l'amitié et le courage. Chef d'oeuvre, je vous dis.
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Fortuna
  09 mai 2014
Roland Dorgelès a écrit ce roman en 1919 en hommage aux soldats français mobilisés lors de la première guerre mondiale qui fit des millions de victimes. Ce conflit, qui a pris une ampleur jamais atteinte auparavant, fut une immense boucherie, dénoncée par la suite comme inutilement meurtrière, voir barbare. Mais cela ne remet pas en cause le courage et le sacrifice de tous ces jeunes qui y ont laissé leur vie, leur santé ou une partie de leur corps.
C'est le récit de quelques semaines du quotidien de ces soldats – dont la majorité sera tuée – les tranchées, les marches dans la boue, le bruit de la guerre, la pluie, le froid, les poux, l'omniprésence de la mort. Mais aussi quelques bons souvenirs autour d'un repas, les blagues, l'optimisme de la jeunesse, la camaraderie, la volonté de vivre.
Un très beau texte, émouvant, témoignage d'un vécu qui le rend d'autant plus poignant. Un écrivain à découvrir.
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Deleatur
  19 décembre 2018
Est-il encore besoin de présenter ce roman ? Prix Fémina 1919, il figure parmi les classiques de la littérature de tranchée, ces livres mi-romans mi-mémoires qui évoquent la Grande Guerre au prisme de l'expérience combattante. Dans cette poignée d'incontournables, il y a bien sûr Ceux de 14, de Maurice Genevoix (dont je n'ai lu à ce jour que de simples extraits... je dois réparer ça à la première occasion...). Il y a le Feu, de Barbusse ; j'y mettrais aussi Capitaine Conan (Vercel) ; et côté allemand il faudrait évidemment citer A l'ouest rien de nouveau (Remarque) et Orages d'acier (Junger). J'en oublie forcément ici.
Comme ses frères, Les Croix de bois ne tient pas de la littérature d'invention, c'est bien ce qui en rend la lecture si particulière et si poignante. Il n'y a pas d'autre histoire que le quotidien d'une compagnie, ballottée de première ligne en cantonnements de repos, et dont l'effectif fond comme neige au soleil dans les assauts et les bombardements. C'est la guerre au jour le jour, à hauteur de poilu, dans toute son incommensurable violence et sa stupéfiante brutalité. C'est aussi une guerre dont le sens échappe radicalement à ceux qui la font. Les tableaux hallucinés se succèdent, ponctués de quelques respirations où l'on veut croire encore qu'il restera possible de reprendre son existence, « après ». Mais la mort, bien sûr, est toujours présente. Elle colle aux semelles des personnages dès le titre du roman et dès sa première page, où défile le bataillon tout pavoisé, « fleuri comme un grand cimetière ».
Presque tous ont disparu à la fin du livre. Ceux qui s'en sont tirés découvrent qu'on ne leur a pas gardé leur place au chaud pendant ces années d'absence. le roman est désabusé, c'est le moins que l'on puisse dire, et on voit bien comment il va nourrir le pacifisme français de l'entre-deux-guerres. A cet égard, l'adaptation cinématographique qu'en fit Raymond Bernard en 1931 me paraît très fidèle, et en tous points digne du livre. Peut-être est-il possible de souligner parfois une pointe de grandiloquence dans le texte (par exemple, le célèbre « au secours, au secours, on assassine des hommes! »). Peut-être aussi peut-on faire remarquer que la littérature, dans sa générosité, permet aux personnages d'échapper à la déshumanisation si souvent évoquée dans les témoignages et les pages d'histoire. Mais Dorgelès ne cherche pas à faire oeuvre d'historien ni de journaliste. Il aime sincèrement ses personnages et les entoure de sa chaleur jusqu'à leur dernier souffle. En cela, Les Croix de bois se rapproche beaucoup plus d'A l'Ouest... que d'Orages d'acier, dont la sécheresse m'a finalement déçu tandis que je le relisais il y a quelques mois.
Dorgelès achève son récit sur un chapitre aussi bref que bouleversant. le narrateur tombe le masque, c'est bien l'auteur qui parle, essayant de retrouver les visages et les rires de ses camarades. C'est là que le titre prend vraiment son sens, et que se dévoile peut-être le pire : la seconde mort qui attend tous ces hommes, lorsqu'on les oubliera.
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Citations et extraits (83) Voir plus Ajouter une citation
VilloteauVilloteau   25 février 2013
Voici la feuille blanche sur la table, et la lampe tranquille, et les livres... Aurait-on jamais cru les revoir, lorsqu'on était là-bas, si loin de sa maison perdue ?

On parlait de sa vie comme d'une chose morte, la certitude de ne plus revenir nous en séparait comme une mer sans limites, et l'espoir même semblait s'apetisser, bornant tout son désir à vivre jusqu'à la relève. Il y avait trop d'obus, trop de morts, trop de croix; tôt ou tard notre tour devait venir.

Et pourtant c'est fini... La vie va reprendre son cours heureux. Les souvenirs atroces qui nous tourmentent encore s'apaiseront, on oubliera, et le temps viendra peutêtre où, confondant la guerre et notre jeunesse passée, nous aurons un soupir de regret en pensant à ces années-là.

Je me souviens de nos soirées bruyantes, dans le moulin sans ailes. Je leur disais: "Un jour viendra où nous nous retrouverons, où nous parlerons de nos copains, des tranchées, de nos misères et de nos rigolades... Et nous dirons avec un sourire "C'était le bon temps !"

Avez-vous crié, ce soir-Ià, mes camarades! J'espérais bien mentir, en vous parlant ainsi. Et cependant... C'est vrai, on oubliera. Oh! je sais bien, c'est odieux, c'est cruel, mais pourquoi s'indigner: c'est humain... Oui, il y aura du bonheur, il y aura de la joie sans vous, car, tout pareil aux étangs transparents dont l'eau limpide dort sur un lit de bourbe, le coeur de l'homme filtre les souvenirs et ne garde que ceux des beaux jours. La douleur, les haines, les regrets éternels, tout cela est trop lourd, tout cela tombe au fond...

On oubliera. Les voiles de deuil, comme des feuilles mortes, tomberont. L'image du soldat disparu s'effacera lentement dans le coeur consolé de ceux qu'ils aimaient tant. Et tous les morts mourront pour la deuxième fois.

Non, votre martyre n'est pas fini, mes camarades, et le fer vous blessera encore, quand la bêche du paysan fouillera votre tombe.

Les maisons renaîtront sous leurs toits rouges, les ruines redeviendront des villes et les tranchées des champs, les soldats victorieux et las rentreront chez eux. Mais Vous ne rentrerez jamais.

C'était le bon temps.
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MalivriothequeMalivriotheque   02 juillet 2014
C'est vrai, on oubliera. Oh ! je sais bien, c'est odieux, c'est cruel, mais pourquoi s'indigner : c'est humain... Oui, il y aura du bonheur, il y aura de la joie sans vous, car, tout pareil aux étangs transparents dont l'eau limpide dort sur un lit de bourbe, le coeur de l'homme filtre les souvenirs et ne garde que ceux des beaux jours. La douleur, les haines, les regrets éternels, tout cela est trop lourd, tout cela tombe au fond...
On oubliera. Les voiles de deuil, comme des feuilles mortes, tomberont. L'image du soldat disparu s'effacera lentement dans le soeur consolé de ceux qu'ils aimaient tant. Et tous les morts mourront pour la deuxième fois.
Non, votre martyre n'est pas fini, mes camarades, et le fer vous blessera encore, quand la bêche du paysan fouillera votre tombe.
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LydiaBLydiaB   17 mai 2010
Un tas de colis devant lui comme un éventaire de camelot, le fourrier appelait les lettres en souffrance, au milieu d’une cohue de soldats qui jouaient des coudes et s’écrasaient les pieds. C’était à notre porte, entre le lavoir communal, si petit que trois laveuses n’auraient pas tenu sous son auvent, et la maison du notaire, qui portait en sautoir une écharpe rouge de vigne vierge. Grimpés sur le banc de pierre, nous écoutions.

— Duclou Maurice, 1re section.

— Il a été tué à Courcy, cria quelqu’un.

— Vous en êtes sûr ?

— Oui, des copains l’ont vu tomber devant l’église… Il avait reçu une balle. Maintenant, hein, je n’y étais pas…

Dans le coin de l’enveloppe, au crayon, le fourrier écrivit : « Tué. »

— Marquette Édouard.

— Il doit être tué aussi, dit une voix.

— T’es pas louf, protesta un autre… Le soir qu’on dit qu’il s’est fait descendre, il est allé à l’eau avec moi.

— Alors, demanda le fourrier, il serait à l’hôpital. Mais on n’a pas reçu sa fiche.

— À mon idée, il a été évacué par un autre régiment.

— Mais non, il était blessé ; les Boches ont dû le ramasser.

— C’est malheureux, c’est toujours ceux qui ont rien vu qui ont le plus de gueule.

Tout le monde parlait à la fois dans un tohu-bohu d’affirmations contradictoires et de démentis insultants. Le fourrier, pressé, les mit d’accord.

— J’m’en fous. Je le porte « disparu »… Brunet André, 13e escouade…

— Présent pour lui.
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araucariaaraucaria   23 mars 2020
Les fleurs, à cette époque de l'année, étaient déjà rares; pourtant on en avait trouvé pour décorer tous les fusils du renfort et, la clique en tête, entre deux haies muettes de curieux, le bataillon, fleuri comme un grand cimetière, avait traversé la ville à la débandade.
Avec des chants, des larmes, des rires, des querelles d'ivrognes, des adieux déchirants, ils s'étaient embarqués. Ils avaient roulé toute la nuit, avaient mangé leurs sardines et vidé les bidons à la lueur d'une misérable bougie, puis, las de brailler, ils s'étaient endormis, tassés les uns contre les autres, tête sur épaule, jambes mêlées.
Le jour les avait réveillés. Penchés aux portières, ils cherchèrent dans les villages, d'où montaient les fumées du petit matin, les traces des derniers combats. On se hélait de wagon à wagon.
- Tu parles d'une guerre, même pas un clocher de démoli!
Puis, les maisons ouvrirent les yeux, les chemins s'animèrent, et retrouvant de la voix pour hurler des galanteries, ils jetèrent leurs fleurs fanées aux femmes qui attendaient, sur le môle des gares, le retour improbable de leurs maris partis. Aux haltes, ils se vidaient et faisaient le plein des bidons. Et vers dix heures, ils débarquaient enfin, à Dormans, hébétés et moulus.
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akhesaakhesa   20 novembre 2016
Il a fallu la guerre pour nous apprendre que nous etions heureux.Oui,il a fallu connaître la misere.Avant nous ne savions pas,nous etions des ingrats...
Maintenant,nous savourons la moindre joie,ainsi qu'un dessert dont on est prive.Le bonheur partout:c'est le gourbis ou il ne pleut pas,une soupe bien chaude,la litiere de paille sale ou l'on se couche,l'histoire drole qu'un copain raconte une nuit sans corvee...
Le bonheur?Mais cela tient dans les deux pages d'une lettre de chez soi,dans un fond de quart de rhum.Pareils aux enfants pauvres,qui se construisent des palais avec des bouts de planche,le soldat fait du bonheur avec tout ce qui traine.
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Roland Dorgelès - Entretiens dans "Entretiens avec" (1966).
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