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ISBN : 2296051049
Éditeur : Editions L'Harmattan (13/02/2008)

Note moyenne : 4.5/5 (sur 4 notes)
Résumé :

" Toutes les femmes sont blanches, tous les Noirs sont hommes, mais nous sommes quelques-unes à être courageuses ". Sous ce titre magnifique paraissait en 1982 aux Etats-Unis une anthologie de textes fondateurs des études féministes noires : un titre qui dénonçait la double exclusion des femmes noires d'un féminisme blanc et bourgeois et d'un nationalisme noir sexiste. Ces féministes noires ont créé un mou... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
de
  19 janvier 2012
« Toutes les femmes sont blanches, tous les Noirs sont des hommes, mais nous sommes quelques unes à être courageuses. » voilà le titre d'un anthologie parue en 1982 aux États-Unis qui dénonçait la double exclusion des femmes noires d'un féminisme blanc et bourgeois et d'un nationalisme noir sexiste (quatrième page de couverture).
L'anthologie présentée par Elsa Dorlin est plus limitée mais permet d'aborder de nombreuses questions laissées en friche par une partie du mouvement féministe. L'auteure nous rappelle quelques éléments historiques dont « la caractéristique du féminisme noir aux États-Unis tient à la généalogie même des mobilisations féministes au XIXe siècle : généalogie inextricablement liée aux mouvements abolitionnistes » ou « c'est bien au nom de cette féminité blanche, ou plutôt de cette norme racisée de la féminité que les défenseurs du suffrage féminin vont se battre pour les droits civiques. »
Il convient de ne pas se tromper sur le sens des mots « Par Black féminism, il ne faut pas entendre les féministes ”noires”, mais un courant de pensée politique qui, au sein du féminisme, a défini la domination de genre sans jamais l'isoler des autres rapports de pouvoir, à commencer par le racisme ou le rapport de classe. »
L'introduction ne se veut pas seulement historique, mais directement politique dans le double sens de la réflexion et de l'action « l'identité politique ne doit pas, et ne peut pas constituer un préalable à l'action politique, mais doit se construire, – y compris dans la conflictualité inhérente à toute coalition – dans le devenir des mouvements. »
Compte tenu de la nature de l'ouvrage et de la diversité des textes, je me bornerais à trois citations sur les ”marges” des argumentaires, en espérant inciter les lectrices et les lecteurs à découvrir ces textes choisis de « la troisième vague du féminisme Noir ».
Aude Lorde : « ce ne sont pas nos différences qui nous immobilisent, c'est le silence. »
Barbara Smith : « Trop souvent les concepts du progrès historique sont invoqués, aussi bien par la gauche que par les féministes, afin de créer une échelle des ”libertés civilisées”. »
Laura Alexandra Harris : « Si l'on admet que le désir peut-être alimenté par la honte que nous nous inspirons à nous-mêmes, le honte que nous inspirent nos propres désirs, la question n'est peut-être pas tant de savoir comment surmonter cette honte et ces désirs, que de se coltiner à ces désirs honteux pour les rendre dynamiques, résistants, les transformer, pourquoi pas, en position politique. »
Je reste dubitatif sur les références/liens avec l'Afrique d'aujourd'hui, par delà la traite, l'esclavage et le temps. En absence de débats approfondis, tant sur la notion de ”peuple” africain-américain que sur les liens entre ”racines” socio-culturelles et imaginaires d'identification, les formulations choisies me semblent a-historiques et entraînent les auteures sur une pente essentialiste.
Quoiqu'il en soit, la mise à la disposition du public français de ces quelques textes permet un enrichissement des réflexions féministes « Car les outils du maître ne détruiront jamais la maison du maître ». Il serait souhaitable que d'autres textes et ouvrages soient enfin traduits.
Comme indiqué dans l'introduction : « Il s'agit de reconnaître, d'exprimer et d'admettre les conflits, les tensions et les colères au sein du féminisme, en tant qu'ils ne nuisent pas à l'unité du sujet politique du féminisme, mais qu'ils nous contraignent à ne pas forclore dans une identité ”femmes” déclinée selon le genre, la sexualité, la couleur, la religion, la classe, … au gré de nos luttes, de nos réflexions ou de nos intérêts personnels et collectifs. »
Un travail d'édition complémentaire sur les productions des féministes ”du courant luttes de classe” serait lui aussi bien nécessaire en ces temps d'institutionnalisation universitaire des études sur les rapports sociaux de sexe ( de genre).
Lectures complémentaires possibles : Sous la direction d'Elsa DORLIN : Sexe, race, classe, pour une épistémologie de la domination (Actuel Marx, Confrontation, PUF, Paris 2009) euros ; Féminisme(s) Penser la pluralité (Cahiers du genre N°39, L'Harmattan 2005) ; Féminisme(s) Recompositions et mutations (Cahiers du genre hors série, L'Harmattan 2009)
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Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
Sodapop_CurtisSodapop_Curtis   20 août 2014
Quelques figures intellectuelles africaines-américaines, comme le philosophe Cornell West, interviennent dans le débat pour dénoncer la manipulation des autorités − blanches ou noires − qui entretiennent ce nouveau mythe du "patriarcat noir", comme la seule solution au racisme. Le point culminant est atteint en 1995, à l'occasion de la One Million Man March, organisée à Washington DC par la Nation of Islam. Marche de la fierté masculine noire, femmes et homosexuels ont été exclus ou interdits de tribune. Là encore, le patriarcat n'est pas tant le fait de la Nation of Islam que de la société américaine elle-même. En effet, l'adhésion zélée d'une partie du mouvement noir à un idéal hétérosexiste témoigne de la prégnance et de la validité de cet idéal pour la société américaine en général : les privilèges blancs étant perçus comme inextricablement liés à un "ordre sexuel". La logique raciste incite les groupes altérisés à une parodie grotesque. Si le sexisme et l'homophobie sont laissés sur le chemin des luttes de libération noire, il y a de quoi se méfier. L'"ordre racial" assure doublement les conditions de sa reproduction : maintenir le "patriarcat blanc" comme une norme dominante, dont on détourne le regard en s'attachant à la violence du "patriarcat noir" qui le parodie − disqualifiant ainsi efficacement les revendications d'égalité des hommes noirs, stigmatisés comme "sexistes".
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AgathaMMAgathaMM   05 avril 2015
Chaque fois qu'en parlant avec un homme Noir, je soulevais la question de l'humanité des femmes Noires, j'obtenais la même réaction. Les hommes Noirs, du moins ceux que je connaissais, semblaient complètement incapables de considérer les femmes Noires comme des personnes. Je connais une jeune femme noire qui, pour se conformer au modèle féminin de douceur et de gentillesse que lui présentaient les frères de la "nation", a un jour salué chaleureusement un type croisé sur le Riverside Drive (Manhattan). Il répondit en la violant. Quand elle a demandé aux frères ce qu'elle devait faire, ils lui ont dit de ne pas aller à la police et de garder le bébé, alors qu'elle n'avait que dix-sept ans.
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AgathaMMAgathaMM   05 avril 2015
Lorsque, vers l'âge de treize ans, Veronica Chambers avoue à sa mère un moment de dépression, celle-ci lui reproche son manque de gratitude vis-à-vis de tous ses privilèges en martelant que la dépression est le domaine réservé des "filles blanches". Les femmes Noires sont fortes et ne dépriment pas, et, poursuit la mère, sa fille ne pourra pas compter sur la vie pour rendre heureuse (Chambers 1976, 72).
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AgathaMMAgathaMM   05 avril 2015
Les sœurs préféraient la boucler et refusaient de voir la réalité, pourtant de plus en plus difficile à ignorer: beaucoup de frères partageaient leur temps entre une sœur de quartier et une blanche de centre-ville, celle-là même qu'ils prétendaient haïr ardemment. Les plus décomplexés en parlaient avec franchise: "La femme blanche me laisse être un homme".
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AgathaMMAgathaMM   05 avril 2015
Morgan écrit "strongblackwoman" (femmenoireforte) en un seul mot et l'abrège en S.B.W, pour signaler ainsi que ce stéréotype s'est mué en identité acceptée et reconnaissable par les femmes Noires. Cette évolution linguistique renforce l'idée que "forte", "noire" et "femme" sont les éléments insécables d'une identité apparemment unique.
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