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Critique de Pois0n


Pois0n
  06 janvier 2020
Une pile de livres abandonnés dans le hall de l'immeuble. Un roman qui se passe à l'île Maurice. le genre du roman ? de la « blanche ». Bon, tant pis, je prends quand même. On n'est jamais à l'abri d'une bonne surprise. Que le truc ait été primé par les dinosaures poussiéreux de l'Académie aurait dû me pousser à la méfiance. Mais, que voulez-vous, impossible de résister à la curiosité.

Une chose est sûre : le bal du dodo porte bien son nom, non pas à cause de l'oiseau éponyme ni du bal en question mais bien parce que la majorité du récit est d'un ennui soporifique.

Il n'y a pas vraiment d'histoire ici, hormis celle d'une famille, dont les vies des membres nous sont narrées dans le désordre le plus complet, passant de l'un à l'autre à la faveur d'une idée, d'un élément commun. Il faut reconnaître une chose : l'enchaînement se fait avec fluidité, de la même façon que l'on change de sujet sans s'en rendre compte au cours d'une conversation. Mais ça ne rend pas le contenu plus palpitant, hélas.

Le petit mot de l'autrice en début d'ouvrage donne le ton : il s'agit d'une fiction ayant pour sujet « une communauté dont on ne parle jamais », à savoir les descendants des colons français installés à Maurice. Une communauté fonctionnant en vase clos, englués dans des traditions venues tout droit au 18e siècle et possédant de l'argent à ne plus savoir qu'en faire. Et à la lecture, on comprend mieux pourquoi l'on n'en parle jamais tant les « problèmes » de ces gens n'en sont pas ; constitués majoritairement de qu'en-dira-t-on, de guerres des clans – toujours dans la bienséance –, d'alliances avantageuses – sans amour – et d'histoires de coeur bousculant généralement tout le reste. Un véritable monde parallèle, où l'on ne tolère pas la moindre goutte de sang étranger et où le simple fait d'aller se promener dans le fief des expats' indiens constitue un scandale. Ambiance.

Encore heureux que la plume de Geneviève Dormann ne les épargne pas, égratignant même généreusement ses personnages rarement sympathiques. Entre les aigris, le provocateur, les paumés, les égoïstes, les déserteurs, tout ce que l'humanité compte de plus faux-cul semble rassemblé chez les de Carnoët. Et, la plupart du temps, on se fait royalement ch*** en lisant leur parcours... hélas, pas uniquement parce qu'il ne s'y passe pas grand-chose. Si les descriptions étoffées sont un point fort lorsqu'il s'agit des paysages – quoiqu'à ce stade, on frôle parfois le guide touristique, elles ont trop souvent tendance à plomber un récit déjà pas franchement passionnant sans toujours apporter d'informations intéressantes. Comme lorsque l'on a droit à une page entière pour expliquer... tout ce que l'un des personnages *ne fait pas*.
Néanmoins, les deux passages historiques s'avèrent, eux, bien plus intéressants à lire. La description y laisse un tout petit peu plus de place aux évènements, juste assez pour se retrouver directement immergé aux côtés de ces lointains ancêtres. le texte se révèle donc plus fluide, sa précision devient soudain un point fort.

Mais, même si ces deux parties sont très longues et apportent une bouffée d'air vraiment bienvenue, elles n'en restent pas moins qu'une petite partie du roman et si je n'avais pas pour habitude de ne jamais abandonner une lecture « dans le doute », j'aurais sûrement lâché le truc avant 150 pages.

Parce qu'au bout de 150 pages, Bénie, que l'on peut considérer comme l'héroïne, le liant du récit, est toujours dans l'avion où elle est montée en page 1. Ça vous donne une idée de la longueur des digressions. Il faut attendre le tout dernier tiers du livre pour que la narration se focalise sur elle, sur son présent. Forcément, maintenant qu'on sait tout ou presque des de Carnoët, on en vient enfin aux faits. Même si tout reste très lent, très dilué, l'intégration progressive du fantastique au récit en rehausse nettement la saveur. Au début, on a des doutes. Simple hallucination ou imagination partie en vrille, sans doute. Mais, petit à petit, plus moyen de nier l'évidence. de toutes façons, on est à Maurice, où tout semble possible. La fin s'avère donc bien meilleure que le début, même si, pour en arriver là, la lecture aura été plus que laborieuse.

Le truc fleure parfois les relents de colonialisme ou un soupçon de sexisme mais, heureusement, jamais pour glorifier. Difficile de faire autrement avec une histoire ayant pour cadre la bonne société franco-mauricienne du 18e siècle à nos jours. On appréciera même la modernité parfois étonnante d'un livre datant pourtant d'il y a plus de trente ans : si le passage avec les stewards du premier chapitre laisse craindre le pire, on a par la suite l'agréable surprise de croiser plusieurs (!!!) personnages LGBT dans le récit, intégrés de façon naturelle et surtout sans être résumés à leur identité ou leur orientation sexuelle. Champagne !

Malgré tous les points négatifs soulevés plus haut, malgré l'ennnnnnuiiiiiiii ressenti pendant la majorité de la lecture, il est en fin de compte impossible de qualifier le bal du dodo de mauvais roman. C'est une saga familiale, une compilation de tranches de vie. Peut-on reprocher à une romance de trop s'attarder sur une histoire d'amour ? A un roman d'aventure de contenir trop de scènes d'action ? Alors difficile d'attaquer le bal du dodo sur son manque de consistance. Sur sa lourdeur, oui. Sur son aspect décousu (quoique celui-ci assure aussi sa fluidité), assurément. Mais de faire de son sujet principal ce qui, ailleurs, n'aurait été que la garniture du récit ? C'est précisément le but. Alors oui, c'est un livre longuet, qui aime prendre le chemin des écoliers au lieu d'en venir directement aux faits, se perdre dans les méandres d'interminables digressions ; un livre qui peut plaire pour peu que l'on aime ce genre de choses, mais qui laissera les autres, dégoûtés, assommés, sur le bord de la route. Un livre qui n'était de toute évidence pas fait pour moi mais pourra en séduire d'autres pour les mêmes raisons qui ont fait que je n'ai pas accroché. D'où la moyenne.
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