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Critiques sur Crime et Châtiment (204)
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Nastasia-B
  12 août 2014
Lorsque j'étais adolescente, il y avait un programme à la télévision qui réunissait assez facilement ma famille. de fait, parents et enfants trouvaient un égal plaisir à se repaître des enquêtes du lieutenant Columbo. C'était une série policière d'un genre assez nouveau pour l'époque. Contrairement à l'habitude, on savait dès le début qui était le coupable et quel était son mode opératoire.

Tout le génie de l'intrigue consistait donc, non pas à démasquer le coupable, mais à savoir comment ce diable d'inspecteur fouineur avec son air con-con inoffensif parviendrait à faire ployer le sang-froid du criminel qui semblait avoir réalisé le crime parfait.

Toujours avec ses airs de ne pas y toucher, par des maladresses calculées, par des questions anodines, par des détails apparemment sans lien avec l'affaire, par une rassurante bonhommie, par un art de faire croire qu'il tombe facilement dans le panneau, le roublard petit lieutenant de police jouait d'estoc et de taille dans la psychologie de son suspect jusqu'à l'excéder, jusqu'à l'exaspérer, jusqu'à lui faire cracher la boulette par inadvertance, jusqu'à le pousser dans ses derniers retranchements et le faire basculer de l'excès de confiance à l'angoisse de savoir son crime révélé au grand jour.

Eh bien cette série policière d'un genre nouveau (lors de sa création à la fin des années 1960), s'inspirait totalement de la technique narrative d'un roman cent ans plus âgé ; vous avez deviné je suppose : Crime Et Châtiment.

Effectivement, ici, Fiodor Mikhaïlovitch Dostoïevski ne cherche à aucun moment à nous dissimuler l'identité du criminel. Il essaie même très patiemment de nous faire pénétrer dans l'intimité de sa psychologie, de son quotidien, de son environnement physique et social, de ses pensées et de ses motivations, dans ses doutes et ses frayeurs d'avant ou d'après crime.

Le lieutenant Columbo de Crime Et Châtiment s'appelle Porphyre Petrovitch. (Il ne me semble pas que l'on nous donne son nom de famille, seulement qu'il est un cousin de Razoumikhine, autre personnage important du roman. Peut-être l'auteur a-t-il jugé préférable de ne pas embrouiller son lecteur en désignant deux personnages clés sous un même patronyme. En ceci, Dostoïevski diffère de William Faulkner qui lui n'eût certainement pas reculé devant la jouissance de baptiser d'un même nom quatorze Razoumikhine et dix-sept Raskolnikov différents !)

Pas d'erreur possible, avec Crime Et Châtiment, vous êtes dans du Dostoïevski pur jus, première pression à froid. du Dostoïevski typique, torturé, illuminé, proche de la folie, entre mystique et politique, mais, ce qui en fait son grand succès auprès des lecteurs, son approche un peu plus aisée que pour ses quatre autres grands romans, c'est qu'il se double d'une enquête policière, qu'on pourrait même catégoriser de thriller psychologique, ce qui le rend plus prenant, plus captivant que d'autres titres comme L'Idiot ou Les Possédés pour le néophyte qui découvre les grandes tragédies romanesques russes du XIXe siècle.

S'il ne fait pas de doute qu'avec ce roman Dostoïevski signe un roman policier, il ne semble pas non plus faire beaucoup discussion sur le fait qu'il s'agisse également d'un roman social et, d'une certaine manière, politique et philosophique.

Je pense qu'il serait une erreur que de s'attarder trop sur le protagoniste principal, Raskolnikov, pour comprendre l'essence et les motivations de l'auteur à s'embarquer dans un projet tel que Crime Et Châtiment. Je crois que le sujet principal est contenu dans le titre : le crime en général et le châtiment en général, pas l'histoire particulière d'un quelconque Raskolnikov, aussi intéressant et complexe soit-il.

Certes, le criminel, cela semble être lui et lui seul, mais quand j'y réfléchis plus attentivement, j'en vois au moins quatre des criminels — criminels à des degrés divers — quatre criminels, donc, et quatre châtiments distincts.

Le premier criminel auquel je pense, c'est l'ivrogne Marmeladov, coupable de faire sombrer sa famille dans la misère la plus noire, coupable de sucer comme un parasite le moindre rouble de ses proches pour s'aller mettre minable, pour se vautrer dans l'alcool, l'alcool, toujours l'alcool jusqu'à l'écoeurement, jusqu'à la déchéance, jusqu'à la honte.

La seconde criminelle, c'est sa femme, Catherine Ivanovna, elle qui utilise ses enfants pour les tâches les plus avilissantes et même, la plus avilissante de toutes, obliger la fille de son mari, Sophie, à se prostituer. le criminel, c'est aussi ce très trouble et très obscur Svidrigaïlov, dont on nous fait entendre qu'il n'est probablement pas pour rien dans le décès brutal de sa femme.

C'est trois-là, augmentés de Raskolnikov bien évidemment, représentent quatre facettes différentes du crime en général. On pourrait encore leur adjoindre les fourbes desseins de Loujine mais je n'insiste pas car ces quatre-là présentent de réelles similitudes.

La première d'entre-elles, c'est le sentiment de culpabilité. Il existe la loi, il existe le crime avéré ou la honte publique, mais il existe pire encore que tout ça, il existe le propre sentiment de culpabilité, un fardeau qui pèse des tonnes et qui vient de nous-même, une chape de plomb qui vous enfonce chaque jour un peu plus, jusqu'au genoux, jusqu'au ventre, jusqu'au cou, un sentiment qui vous fait ployer mieux que n'importe quelle loi, mieux que n'importe quel doigt inquisiteur de la justice, mieux que l'oeil réprobateur de n'importe quelle divinité, jusqu'à vous aplatir, jusqu'à vous broyer de l'intérieur, jusqu'à vous faire rendre gorge, jusqu'à vous faire implorer grâce.

Marmeladov se fait honte au dernier degré d'avoir sombré si bas ; Catherine Ivanovna ne sait plus où se mettre quand elle pense à ce qu'endure Sophie ; Svidrigaïlov a l'argent qui lui brûle les doigts, cet argent qu'il détient de son épouse morte, Svidrigaïlov voudrait avoir l'air léger, détaché mais même en rêve la culpabilité le ronge, le corrode.

Raskolnikov est extraordinairement plus complexe. Il navigue entre remords et regrets, d'être allé si loin et d'être allé si peu loin, lui qui se voyait la carrure taillée pour les grandes oeuvres politiques, le voilà criminel aux abois, par manque de feu, par manque de force, par manque d'ambition réelle, mais surtout sous l'accablement exercé par le poids de la culpabilité, notamment vis-à-vis de sa mère et de sa soeur.

Dostoïevski nous entraine avec son Raskolnikov sur le terrain idéologique, le socialisme, le nihilisme, le progrès social, le projet révolutionnaire, des terrains sur lesquels il nous remmènera souvent, dans beaucoup de ses romans, un peu comme s'il devait régler des comptes avec le Dostoïevski qu'il a été, le jeune homme politiquement engagé qui fut déporté au bagne durant quatre années et qui, au moment où il écrit ses romans, ne croit probablement plus en grand-chose.

Ne subsiste que la culpabilité, l'impasse, comme dans Les Possédés, et la soif de rédemption qu'elle suscite. L'heure est alors venue de payer l'addition pour avoir cru pouvoir s'extraire de sa condition. L'heure est venue de subir le châtiment, ce qui me permet de trouver une transition commode pour aborder le second point commun des personnages sus-mentionnés, c'est qu'il ne semble exister que deux issues possibles, deux alternatives et deux seulement : le châtiment suprême, d'une certaine façon le soulagement le plus facile, le plus immédiat, et l'autre, le difficile, le dur à gagner, celui de s'humilier à la face du monde et de chercher son salut dans les canons de la religion, de faire sa conversion de Saul en Paul. Et au terme de ce châtiment, peut-être, une faible lueur : la rédemption...

On pourrait encore disserter durant bien des heures sur les motivations et les significations de cette oeuvre buissonnante, foisonnante mais remarquablement bien construite, où l'on retombe sur ses pieds, on l'on va là où l'auteur a décidé de nous conduire.

Sans être une fan absolue, j'avoue prendre beaucoup de plaisir à cette lecture (voir le P.S.) qui porte le sceau des grands chefs-d'oeuvres puisqu'elle ouvre plus de portes chez son lecteur à la clôture du roman qu'elle n'en a ouverte au départ par sa seule intrigue. Alors, une nouvelle fois, chapeau Dostoïevski.

Ceci dit, ce que j'exprime ici n'est qu'un avis, un misérable petit avis, qui ne représente pas grand-chose et qui ne prend de sens, si sens il y a, qu'en regard des autres, des très nombreux autres qui jalonnent les pourtours de Babelio.

P. S. : deux chapitres me paraissent particulièrement exceptionnels quant à leur intensité d'écriture. Il s'agit tout d'abord du double meurtre au chapitre VII de la première partie, et ensuite de la rencontre suffocante entre Dounia et Svidrigaïlov au chapitre V de la sixième partie. Assurément, deux morceaux d'anthologie.
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Gwen21
  02 août 2016
Quelle belle claque littéraire !

Lecture achevée, je ne peux m'étonner d'apprendre que Victor Hugo comptait parmi les écrivains favoris de Dostoïevski. Il y a bien dans "Crime et Châtiment" une part de ses "Misérables", et dans la figure de Raskolnikov, quelques uns des traits de Jean Valjean.

Au cours de ma lecture, j'ai eu l'occasion de visiter à Saint-Pétersbourg le dernier appartement habité par Dostoïevski, et ce fut comme si je m'étais profondément imprégnée de sa personnalité, sentiment assez troublant je dois dire. Je peine à trouver les mots qui exprimeraient avec justesse la multitude d'émotions ressenties au fil des quelques 700 pages de ce roman finalement assez condensé, aux allures de huis-clos. Le sentiment d'oppression, la peur, le dégoût, la colère, l'affection, la pitié font quoi qu'il en soit partie du cortège.

Et que dire de la plume de l'auteur ? On comprend immédiatement à lire sa prose pourquoi les Russes sont aujourd'hui encore si attachés à son oeuvre qui dénote une compréhension profonde de l'ordre social et des misères humaines. Roman psychologique aux allures de polar, quête idéologique en butte avec une société qui tarde à s'émanciper et à se renouveler, "Crime et Châtiment" a connu un grand succès dès sa parution en 1866, malgré la noirceur de son thème, plutôt iconoclaste pour la période.

Un classique qui n'est pas prêt de sombrer dans l'oubli.


Challenge 19ème siècle 2016
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Under_the_Moon
  21 février 2013
Epoustouflant !

Difficile de nier l'évidence : en lisant Dostoïevski on se trouve face à un maître de la littérature.
(Et très clairement, Crime et Châtiment fait partie des romans qu'il faut avoir lu dans sa vie)

Qui n'a jamais été si en colère qu'un jour il a été tenté de dire qu'il tuerai quelqu'un ? le thème du meurtre en soi n'est pas une nouveauté dans la littérature. Ce qui l'est en revanche, c'est la manière dont l'auteur a traité ce thème.

Dans un premier temps, c'est la rage de Raskolnikov qu'on voit, convaincu que sa logeuse, l'horrible Aliona Ivanova est non seulement cruelle mais (comme le disent les étudiants socialistes à la taverne) "inutile". Un jugement très lourd à porter sur un de ses semblables. Comment peut-on en arriver à une telle sentence ? Chacun d'entre nous n'est-il pas l' "inutile" (ou pire!) de quelqu'un d'autre ? Qui a raison ? Aliona Ivanovna est décrite de telle façon qu'il est impossible pour le lecteur d'éprouver une quelconque compassion à son égard. Petit tyran cynique de son immeuble, si tous se moquent d'elle, elle a tout de même son rôle dans cette communauté, rôle qu'elle exerce de manière très zélée d'ailleurs. Mais, au fond, qu'est-ce qui peut justifier q'un être humain prenne la vie d'un de ses semblables ? le geste de Rodia était-il vraiment nécessaire ?

De là s'en suivent de longues errances dans la démence pour notre personnage principal - le lecteur aussi peut se perdre entre rêve et réalité. D'abord opposé à l'idée de rédemption, que ce soit sur le plan judiciaire ou religieux, il finit bien sûr par faire pénitence pour racheter son âme.

J'ai été très admirative sur les questions philosophiques que pose cette oeuvre. le jeu du chat et la souris entre Porphiri et Rodia. La description de la vie quotidienne pour ces pauvres diables à Saint Pétersbourg faite de violence - pas nécessairement physique. Et surtout, j'ai été fascinée par la rage et la fougue qui anime chacun de ses personnages. Il y a énormément de tension dans ce récit, l'atmosphère est lourde et presque oppressante, et avec tout cela, Dostoïevski réussit à en sortir quelque chose de beau.

XIXème siècle oblige, les portraits féminins sont assez stéréotypés - alors que les personnages masculins sont bien plus complexes et plus travaillés. D'un côté, la mère effacée soucieuse du bien-être de ses enfants au point que cela la rend aveugle, la soeur virginale qui incarne avec Sonia l'abnégation de soi (sur le plan moral pour l'une et physique pour l'autre) et enfin, la catin au coeur pur et pieuse méprisée par les "bonnes gens". Mais c'est quelque chose que l'on pardonne assez aisément à l'auteur. Il était dans l'air de son temps ....

Et je pense qu'il va falloir que je m'arrête là, car ce livre m'a tellement passionnée que j'en parlerai volontiers pendant des heures. Et ça finirait par faire une critique vraiment très longue (et indigeste!). Juste une petite remarque : la note du traducteur (André Markowicz) de l'édition Babel est très intéressante et si vous en avez l'occasion, je vous encourage à la lire.
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gouelan
  01 avril 2015
Raskolnikov, ancien étudiant, vit pauvrement dans une chambre misérable. Dans sa terrible solitude et son accablement, il va inventer une théorie selon laquelle la société est composée de deux catégories d'individus. La catégorie inférieure; composée d'hommes soumis, posés, conservateurs et ayant pour seul but de perpétrer le monde. Et la catégorie de « vrais hommes » qui ont le talent et le don de dire une parole nouvelle, de mener l'humanité vers un but, vers une nouvelle organisation. Cette seconde catégorie de surhommes aurait alors tous les droits pour mener à bien leur mission ; même celui de tuer. Si l'idée est grandiose, le crime est permis et même nécessaire.

Raskolnikov se sent investi d'une mission, il se sent trop intelligent pour rester dans l'ornière. Il veut devenir un « Napoléon ». Il ne sera peut-être pas maitre du monde dans le présent, il sera sans doute d'abord supplicié. Mais plus tard, comme beaucoup de ces grands hommes destructeurs, il sera mis sur un piédestal et adulé.

Raskolnikov a tout pour réaliser ce projet fou. Il est intelligent, hautain, insensible, vaniteux, orgueilleux, audacieux, arrogant. Mais il est aussi mélancolique, généreux. Sa faille : il se pose des questions qu'un « Napoléon » ne se poserait pas. « L'homme est-il un pou ? », « Ai-je le droit de prendre ce pouvoir ? ». En lui, se confrontent deux personnages.

Son action manque de décorum, elle n'est pas glorieuse, elle n'est pas grandiose. On ne pourra que se moquer de lui et considérer qu'il a pêché comme le plus ordinaire des hommes, le plus vil. Il en a honte et n'assume pas le poids de ce fardeau. Il est trop fier pour reconnaitre son échec.
Le chemin est encore long, pour lui, pour accéder à la réalité de ce monde.

Raskolnikov est odieux et détestable dans sa conception d'un monde nihiliste, où l'homme devient un tout puissant, un surhomme qui a sa propre loi. le pouvoir appartient, pour lui, à ceux qui osent s'en emparer sans s'embarrasser de scrupules moraux.

J'ai aimé l'univers de Dostoïevski qui a su explorer l'âme humaine. Dans cette oeuvre, il nous démontre admirablement la bassesse de cet homme vaniteux et méchamment intelligent. Un monde sans valeur, ignorant le bien et le mal, sans moralité est un monde du néant. Raskolnikov ne pourra se sauver que par la mort ou la résurrection de l'homme qui est en lui. Un homme de foi, un homme ordinaire.



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popie21
  12 février 2017
Comment critiquer un tel monument? Depuis longtemps déjà, je n'osais m'attaquer à cet auteur majeur et puis le Père Noël m'a forcé la main, aucun regret, bien au contraire ! En effet, non seulement la lecture n'en est pas difficile mais quelle profondeur.
Le narrateur, à travers l'histoire de Raskolnikoff, se propose de nous confronter aux contradictions de la morale qui nous agitent parfois. L'assassinat est-il toujours un crime? Si l'on considère les actes de la victime, peut-on considérer qu'en tout cas, elle mérite la vie? Et n'est-ce pas le fait des Grands Hommes que de prendre cette décision pour le bien commun? Voilà le dilemme tranché (à la hache) par Raskolnikoff, qui se veut un destin hors du commun, et rien ne semble pouvoir le faire changer d'avis . Pourtant, ses actes ne laissent pas de le hanter et peut être devrait-il y voir un message de son inconscient? En tout cas, depuis, plus rien ne peut le rendre heureux, il a comme perdu sa vie en ôtant celle de quelqu'un d'autre. Cela pose la question des droits que l'on peut, ou non, s'octroyer à soi-même en dépit de la Loi et de la morale (comme de se faire justice soi-même par exemple) et plus généralement peut être de la peine de mort.
Le narrateur, pour finir, nous propose l'amour comme voie de rédemption. Je ne sais si cela est possible mais il se peut après tout que la découverte du véritable amour lui rende l'Humanité que sa raison et ses actes lui avait fait perdre. Quoiqu'il en soit, c'est pour moi un bijou de finesse psychologique, philosophique et littéraire et une ouverture certaine à l'introspection. A lire et à relire !
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michemuche
  25 juillet 2019
Il y a parfois dans notre univers littéraire des auteurs qui impressionnent qui nous font dire " je n'y arriverais pas" bref des écrivains qui nous intimident.
Ce fut le cas pour moi avec Dostoïevski et son roman " crime et châtiment".
Peut-être que ce sont les auteurs du 19ème siècle qui m'impressionnent.
Bienvenue dans " crime et châtiment", un roman crépusculaire.
Vous connaissez surement l'intrigue, Rodion Raskolnikov un étudiant pauvre va commette un meurtre. La victime est une vieille usurière.
Après tout le monde regorge de poux, alors un de plus ou un de moins.
C'est ce que pense notre étudiant en rupture de banc qui se voit comme Napoléon avec le pouvoir de vie et de mort sur des gens supposés indignes de vivre.
Dostoïevski nous fait entrer dans le cerveau malade de Rodion. On le suit dans un Saint- Pétersbourg mal famé, dans les bouges infames où la fièvre et la famine se partagent les rôles. La descente aux enfers d'un homme rongé par son secret.
Et voila qu'au détour d'un chapitre apparait Sonia.
Sonia, c'est un peu le personnage de Fantine des "misérables" de Victor Hugo, un coeur énorme dans un corps fragile, une lumière qui vient éclairer ce roman, une petite flamme que le moindre souffle pourrait éteindre.
Quel roman !!
Quelle vie que c'est choisi Raskolnikov.
" Mais ici commence une nouvelle histoire, histoire de la rénovation progressive d'un homme, histoire de sa régénération graduelle, de son passage pas à pas d'un univers dans un autre"...


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kuroineko
  21 juin 2019
A l'image de la Montagne magique de Thomas Mann ou encore de Middlemarch de George Eliot, Crime et Châtiment fait partie de ces livres qui, de façon irrationnelle, me font peur tout en m'attirant.

J'ai pourtant fini par tourner la première de couverture... et me suis fait irrémédiablement happée dans les méandres ténébreux de la psyché de Raskolnikov. Dostoïevski pousse très loin l'étude introspective de son personnage, amené à assassiner une vieille femme acariâtre, âpre usurière et mauvaise comme une teigne. Néanmoins un être humain à qui il a ôté la vie. Certes, des meurtres, il en arrive fréquemment à Pétersbourg comme ailleurs. Pourtant, avec Raskolnikov, on aborde une personnalité de criminel différente. Si le vol représente un des buts de l'ancien étudiant desargenté, sa véritable motivation est très loin au-dessus de ce matérialisme somme toute vil et "banal".

Dostoïevski associe à son héros toute une galerie de personnages dont les interventions vont influer avec plus ou moins de force sur un Raskolnikov en proie à un état de paroxysme nerveux après son acte. Cette situation l'emporte même aux frontières de la folie, ce que constatent et craignent ses proches, à commencer par l'indéfectible Razoumikhine, autre étudiant pauvre mais d'un tout autre tempérament. La mise en contraste de ces deux jeunes hommes forme d'ailleurs une part importante du roman où l'un choisit le labeur quand Raskolnikov s'enfonce à sa sortie de l'université dans une oisiveté noire et morbide.

Outre l'intrigue principale, l'auteur mêle avec maestria les destinées et récits d'autres protagonistes, offrant ampleur et profondeur à un roman qu'on ne peut considérer que comme magistral. Il s'en dégage certes une certaine noirceur, mais quel force dans chaque page du volume! le tout dans une écriture fluide, très abordable et qui rend l'expressivité des dialogues et des situations exposées particulièrement vraisemblable et marquante.

Je suis heureuse d'avoir surmonté ma timidité face à Dostoïevski; il eut été fort regrettable de passer à côté d'un tel chef-d'oeuvre de la littérature russe et mondiale.
Il me reste encore pas mal de titres qui m'effraient, mais l'envie de partir à leur découverte se fait définitivement plus forte.
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ibon
  27 octobre 2017
Un classique du XIXème siècle comme on en trouve peu: rythmé avec des descriptions... brèves. de là, cette impression de filer de page en page- il en contient tout de même 600- et de retrouver, après chaque pause, ce roman policier comme on retrouverait un ami. Sa parution en feuilleton doit y être pour quelque chose, on ressent la dynamique du récit avec un suspense renouvelé à chaque chapitre.

Le personnage principal est Raskolnikov. Un jeune étudiant qui médite, doute, fuit les autres et ses études à l'université car il ploie sous les dettes. Son ambition de devenir quelqu'un le dévore. Mais ce solitaire est imprévisible, sur un coup de tête, après avoir épuisé toutes ses ressources, il se prépare à commettre l'impensable.
C'est ainsi qu'en appliquant sa théorie qui l'autoriserait à assassiner le pou de la société -la féroce prêteuse sur gages Alela Ivanovna- pour le bien-être d'autrui que les ennuis prennent une autre dimension. N'est pas Napoléon qui veut, même s'il y fait référence, il est conscient que les "assassins de l'histoire" ont plus de droit que lui. Raskolnikov a une haute estime de lui mais sans le sou ni le réseau et peut-être pas le courage, il se désespère.

La question centrale du livre, qui est le droit de tuer le parasite de la société non seulement pour la délivrer mais aussi pour se libérer soi-même de contraintes qui nous empêche de progresser, ne devrait pourtant pas faire débat. A cette époque comme aujourd'hui on ne peut transiger sur l'interdiction d'assassiner.

Pourtant j'ai été pris dans cette intrigue et même par ce questionnement qui engage son auteur. A travers le personnage de Raskolnikov, Dostoievski se vengerait-il de cette société qui ne reconnait pas encore son génie à sa juste mesure et de ce fait l'oblige à vivre dans le besoin et surtout loin de ses créanciers? le doute est permis.

C'est aussi un roman social. Une fois de plus avec Dosto, le Pétersbourg de la fin du XIX est vu du côté des "pauvres gens". Et parmi eux, les moins considérés: on y rencontre des poivrots et des prostituées. La question de l'argent y est central. L'argent permet de corrompre et d'asseoir son pouvoir mais l'ignoble fiancé de Dounia va tomber sur un os avec la rencontre avec Raskolnikov qui voit clair dans son jeu.
le contexte politique de l'époque appuie ce propos avec le développement des idées du socialisme qui vont bouleverser la société russe dans la génération suivante.

Au delà de ce débat original sur le meurtre permis, ce roman est vraiment plaisant à lire car on est étonné de savoir jusqu'à quel point les personnages dépassent leur folie. On ne s'attend pas à lire des situations atteindre un tel paroxysme. Comment peut-il écrire cela?
Tout simplement un chef d'oeuvre peut-être parce que Dostoïevski y a mis son sang et son coeur.
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fredho
  27 août 2013
Raskolnikov, un jeune étudiant pauvre s'octroie « le droit de tuer » une vieille usurière malfaisante car il juge que le monde serait meilleur sans elle.

Consciente qu'aucun commun des mortels n'a le droit de juger si quelqu'un doit mourir, j'ai malgré tout pris parti pour ce jeune étudiant, non pas que je défende son horrible crime (tout crime n'est pas défendable mais tout homme a le droit d'être défendu) mais j'ai eu envie de protéger celui qui l'a commis.
Raskolnikov n'a pas tué pour voler mais a tué pour lui, en accomplissant son crime il pensait aider l'humanité, obtenir le respect des hommes et ainsi être proclamé au même rang des grands hommes qui ont marqué l'histoire. « Oui je voulais devenir un Napoléon, voila pourquoi j'ai tué ». Il s'aperçoit bien vite qu'il n'a rien de différent des autres hommes et que son meurtre n'a pas changé le cours des événements...

« Ai-je vraiment tué la vieille ? C'est moi que j'ai assassiné, moi et pas elle, moi-même, et je me suis perdu à jamais... Quant à la vieille, c'est le diable qui l'a tuée et pas moi... »
À ces mots, nous sentons la souffrance que lui procure son crime, Raskolnikov assume mal son geste, il perd tout sens des réalités, il erre dans des pensées d'une profonde noirceur et sombre dans la paranoïa.
Raskolnikov n'éprouve aucun remord ni culpabilité d'avoir assassiné l'usurière, mais il n'arrive pas à vivre avec ainsi pour soulager sa conscience il se confesse à Sonia une jeune prostituée très pieuse. le jeune homme essaie de se justifier auprès de la jeune fille mais cette dernière ne comprend pas les motivations de son meurtre et y décèle trop d'incohérence, elle pense qu'il est fou. Malgré tout elle l'incite à racheter son crime et se repentir, elle l'encourage à se dénoncer à la police...

Dostoïevski nous livre une analyse psychologique puissante sur l'avant, le pendant, l'après crime de Raskolnikov. Il y a tellement de choses à dire sur ce chef d'oeuvre surtout sur les nombreux personnages de ce roman, l'auteur décortique leur âme dans une atmosphère pesante. Il aborde des thèmes forts comme la religion, la responsabilité de nos actes, la rédemption, mais témoigne également de la souffrance d'un peuple opprimé en nous plongeant dans les bas-fonds misérables des quartiers de St Pétersbourg du XIXè où prédominent l'alcoolisme, la pauvreté, la famine, la prostitution, la maladie, un récit d'une authenticité bouleversante.
Un livre majeur magistralement bien écrit, il y a des passages d'une telle beauté qu'à sa lecture on ressent des frissons.
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Kittiwake
  20 octobre 2014
Découverte tardive d'un monument de la littérature : il n'est jamais trop tard! Autour d'un événement banal, l'assassinat de deux femmes par un étudiant indigent et perturbé, Dostoïevski rédige un roman dense, riche et profus.
Chronique sociale de la Russie tsariste, qui permet à l'auteur de critiquer ouvertement le socialisme :
Pour eux [les socialistes], l'humanité n'évolue pas suivant une loi historique et vivante qui amène finalement une société normale, mais au contraire, c'est un système social, sorti de quelque cerveau matérialiste, qui organise toute l'humanité et en fera rapidement une communauté de justes et purs.
Il souligne également la précarité, l'alcoolisme, la piètre condition des femmes en cette fin de dix-neuvième siècle.

C'est aussi le portrait d'un personnage complexe, décrit par son ami comme :

Sombre, triste, altier et fier ; dans les derniers temps et peut-être même avant, impressionnable et hypocondriaque . Généreux et bon. Il n'aime pas exprimer ses propres sentiments… Terriblement refermé. Tout l'ennuie ; il demeure étendu sans rien faire ; il ne s'intéresse à rien de ce qui intéresse les autres . il a une très haute opinion de lui-même, et, semble-t-il, non sans raison…

La détresse le conduit à commettre l'irréparable, et il entraine malgré lui dans son sillage sa famille et ses amis.

Tous les personnages souffrent dans ce roman : de maladie, de traitrise, d'indigence.. Et malgré tout, le lecteur a plus d'opportunité de cogiter que de se morfondre. C'est une lecture lente, parce que tout est matière à s'arrêter pour réfléchir.

Le roman fait alterner des dialogues qui sont très théâtraux et les longs passages analytiques.
La traduction de l'édition présente laisse à désirer (гимназия n'es pas le gymnase mais le lycée, on comprend donc mieux qu'une jeune fille le quitte avant la fin de ses études!) et mes connaissances en russe ne sont pas suffisamment précises pour déjouer tous les pièges…

Enfin, et grâce à Nastasia-B, le petit inspecteur Porphyre Petrovich, plus rusé que ballot, s'est définitivement incarné sous les traits d'un future conducteur d'une 403 vintage!

Lien : http://kittylamouette.blogsp..
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