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Dominique Fernandez (Autre)
EAN : 9782070368938
220 pages
Éditeur : Gallimard (06/02/1973)
  Existe en édition audio
3.94/5   1909 notes
Résumé :
Le jeu brûle tout. Il est la passion. Il est le rêve.
L'enfer et la démesure. Le révélateur des abîmes de l'âme et l'ignoble concentré de la comédie bourgeoise. Il est l'argent!
Autour de ses tapis, le général déchu se fait l'esclave du marquis et attend le décès de la richissime Baboulinka, sa tante. Hypothèques... Héritages...
Intrigues... Corruption morale sur fond de bonnes manières. Qui donc résistera à ce tourbillon de folie?
Dans c... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (143) Voir plus Ajouter une critique
3,94

sur 1909 notes

CorinneCo
  20 avril 2016
La petite bille noire roule, roule, fait des petits bonds de cabri avant de s'immobiliser dans une case. Ceux qui sont autour, qui suivent sa farandole, retiennent leur souffle et peut-être ferment-ils les yeux pour ne pas voir. Tous sont soumis à ce « hasard ». Vont-ils perdre ou
gagner ? Pour perdre et gagner à nouveau ou tourner le dos et partir ? Dostoïevski fait dire à un de ses protagonistes qu'il faut du courage pour tourner les talons et s'enfuir de la table de jeu. Alexeï Ivanovich, malgré toutes ses promesses, finit par se retourner, telle la femme de Loth. Frappé d'immobilisme, comme englué à sa condition de joueur il ne peut plus rien pour lui-même. Car la petite bille noire n'est-elle pas la main du Destin frappant au hasard et scellant l'humain à sa condition ? Peut-il l'infléchir ?
Dostoïevski trace une fatalité implacable dans l'âme de ses personnages. Ils sont tous dans le bain du jeu de la vie. Ce sont des pions, des numéros qui ont l'illusion d'avoir un libre arbitre, une volonté farouche de contrôler leur existence. Mais ce n'est que fourvoiement. Dostoïevski pose la question dans ce petit roman :
Pourquoi toute cette agitation ? Pour cette absurdité qu'est la vie ? Pleine de mensonges, de faux-semblants, de peu de gloire ? Comment supporter tout ceci sinon en s'en moquant ? En riant ?
Alexeï Ivanovich rit souvent, de lui-même, des autres. Il est plein d'allant avec une pointe de cynisme. Jeune homme très intelligent et lucide, il se laisse emporter par sa destinée comme un fétu de paille balloté par le vent. Parce qu'il croit toujours se « refaire », comme tous les joueurs. Il a toutefois des doutes sur sa santé mentale. Peut-être qu'en fait, il ne se trouve pas dans cette ville d'eau en Allemagne mais dans un asile de fou et qu'il y écrit ce qu'il croit vivre ?
Voici une petite histoire cocasse et pathétique qui a sa part de cruauté et d'obscurité. Tout va vite, on se croirait parfois dans une bouffonnerie : Un général russe désargenté qui n'attend que la mort de la grand-mère pour faire main basse sur l'héritage. Car c'est un général russe vieillissant, amoureux d'une jeune demi-mondaine parisienne cupide. le décor est planté. le général néglige ses enfants, fait des dettes ; doit de l'argent à un escroc français, Des Grieux, qui se dit de descendance noble. Et la grand-mère que tout le monde avait déjà enterrée, arrive. L'effervescence monte d'un cran.
Alexeï Ivanovich est le précepteur des enfants du général. Il se consume d'une passion violente pour la belle-fille de celui-ci : Polina. Ses supposés rivaux sont Des Grieux et Mr Astley, son ami anglais. Mais le fervent Alexeï est un joueur dans l'âme. Joueur de ses sentiments, de ses envies, de sa vie en général. Avec, quand l'occasion s'en présente, un renoncement presque effrayant. Plutôt un panache désespéré. Dostoïevski fut longtemps un
dépendant du jeu. Quand il dicta « le Joueur » il arpentait encore les tables des casinos ; donc, c'est aussi une confession en creux. Fédor Dostoïevski dit : Alexeï Ivanovich c'est moi. Il porte ma folie, mon amertume, mes splendeurs, ma lucidité, mes contradictions et mes passions dévorantes. Il incarne l'âme russe.
Dostoïevski même s'il encense « l'esprit russe », est féroce avec ses contemporains et avec lui-même. L'abîme… toujours l'abîme…
Il dicta ce roman très rapidement, ne prenant pas la peine de l'écrire. Je ne peux que remercier le traducteur de l'avoir livré tel quel, sans chercher à corriger pour « faire de la belle littérature » ; c'est de toute façon étincelant. La langue vibrionne, moderne, brute, accrochée à la pensée d'Alexeï Ivanovich, le narrateur ; nous sommes suspendus à ses lèvres. C'est un
tourbillon, un mouvement de roulette fou. Phrases inachevées, répétitions, ping-pong verbal, pensées déroulées d'un seul jet. Comme jetées sur une table de jeu. Un récit qui se clôt brusquement comme si tout avait été misé.
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PhilippeCastellain
  13 mars 2017
Le Joueur' a la réputation d'être le texte le plus abordable de Dostoïevski. C'est vrai, mais il a de mon point de vue un deuxième intérêt : il illustre parfaitement le curieux rapport de l'auteur aux femmes.
Car enfin, c'est son texte le plus autobiographique ! le démon du jeu, il connait, il en a tâté. Des nuits entières à suivre des yeux la bille de la roulette, des fortunes gagnées et aussitôt perdues, il en a connu. L'oubli de toute préoccupation extérieure, à n'en pas savoir si l'Europe est en guerre ou en paix mais que le rouge est sorti quinze fois de suite la semaine précédente, il en est passé par là aussi. Et qui le tirera de tout cela ?
Une femme ! Une certaine Anna Grigorievna Snitkina… Qu'il avait embauché pour relire le manuscrit du Joueur. Et dont il perdit pas mal d'argent au cours de rechutes. Et certes il ne la connaissait pas encore, mais on n'en constate pas moins que ses personnages féminins sont curieusement stéréotypés.
Il y a d'abord et avant tout la femme détruite, devenue elle-même destructrice. Ici c'est Pauline, dont le narrateur est amoureux, qui elle aussi l'aime, et qui pourtant, après une nuit d'entente parfaite le rejette brutalement et l'abandonne à Mademoiselle Blanche et au jeu. C'est Nastasia Philipovna dans l'Idiot, c'est Grouchenka et Liza dans ‘Les frères Karamazov', c'est Katerina Marmeladova dans ‘Crime et Châtiment'…
La deuxième catégorie, c'est la femme plus âgée, qui joue un rôle stabilisateur et n'en cultive pas moins une excentricité. C'est ici la grand-mère, que tout le monde espère voir mourir et qui surgit brutalement, jaillissant comme un coup de tonnerre avec sa suite et ses domestiques, écrasant tout par sa présence, remettant chacun à sa juste place… Et in fine perdant une fortune au casino. A rapprocher de la mère de Raskolnikov, de la tante du prince Michkine…
Mademoiselle Blanche n'est, je pense, pas tant à voir comme un personnage féminin que comme l'incarnation du vice français pour Dostoïevski. Corruptrice, comme l'élégance de la pensée française ayant séduit la cours des tsars au XVIIIème, et in fine dévoreuse comme la Grande Armée. Seule la Baboulinka, incarnation de l'âme russe, peut résister à son pouvoir de corruption.
Des archétypes dont les modèles sont à chercher dans le passé de l'écrivain. Heureusement pour lui, c'est une femme d'un tout autre acabit qu'il embaucha pour coucher sur le papier ce manuscrit… Et il y a grand à parier que c'est elle qui l'empêcha de finir comme son héros !
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peloignon
  09 janvier 2013
Pour reprendre la célèbre distinction kantienne, tous les romans de Dostoïevski sont dénués de beauté puisqu'ils sont consacrés au sublime. C'est d'ailleurs particulièrement le cas dans ce roman, où se déploie dans une tension presque insoutenable la facticité humaine la plus médiocre.
En effet, les personnages sont ici réduis à de creux grains de poussières, vivotants dans l'impression trompeuse d'une appartenance propre en attendant que le hasard provoque leur mouvement : « Par moment, j'ai encore l'impression que je suis pris dans ce tourbillon, que l'orage va se déchaîner, me saisir au passage avec son aile et que, perdant l'équilibre et le sens de la mesure, je vais me mettre à tourner, tourner, tourner… » (p.179)
La passion règne en maître, elle emporte tout et décide tout, faisant et défaisant l'échelle hiérarchique sans aucune entrave. On y voit un général renvoyer son précepteur pour une peccadille et revenir le jour suivant le supplier de le sauver; des femmes mépriser et admirer un même homme selon l'efficacité avec laquelle il peut leur offrir quelque prestige reconnu; une vielle vivant en réclusion et qu'on aimerait voir morte devenir soudain la reine du bal sitôt qu'elle se présente, etc.. Tout ce tourbillon absurde où chacun s'entre dévore force le lecteur à vivre l'instabilité absolue de l'atmosphère passionnelle qui m'apparaît être le véritable sujet du roman.
Quant au jeu, l'exposé psychologique en vaut franchement le détour. L'état d'inconscience du joueur en action, frappé de plein fouet par la vitesse inouïe où se déroule l'enchaînement machinal du jeu est rendu de manière très frappante. le cynisme du mécanisme qui se déploie dans les salles de jeu, comme le fait que le pire qui puisse arriver pour faire le joueur compulsif soit qu'il gagner une forte somme le premier coup, (dans la mesure, évidemment où notre classe sociale nous en fait sentir la valeur (p.37)) et que même les joueurs les plus aguerris savent à quel point il est presque « impossible de s'approcher de la table de jeu sans immédiatement subir la contagion de la superstition »(p.39) font sentir quelque chose comme un vertige devant ce gouffre. Quant à l'état du joueur compulsif, il se montre, dans l'extrait suivant, au coeur de l'horizon clair obscur d'un obsédé, dans un rare instant de semi-conscience: « Je vis dans une angoisse continuelle; je joue très peu à la fois et j'attends, je fais des calculs; je reste des journées entières près de la table de jeu…mais cependant il me semble que je me suis endurci, que je me suis embourbé dans la fange » (p.245). Sitôt qu'elle est prise par la passion, le jeu devient implacable et irrésistible, comme le fer et la poussière de l'existence, une aimant.
Toutes ces descriptions sentent le vécu et l'auteur, qui s'est sorti d'une vie de joueur, ne pouvait conclure autrement qu'en présentant la possibilité de s'en sortir. Aussi, pour arrêter le jeu, comme pour n'importe quelle autre passion digne de ce nom, Dostoïevski nous indique qu'il « suffirait, une seule fois, d'avoir du caractère et, en une heure, je peux changer toute ma destinée. L'essentiel, c'est le caractère » (p.255). le caractère qui rendrait la vie aux creux grains de poussières, qui pourrait libérer de l'emprise des vents et marées que le hasard voudra bien apporter, tout est là. Mais cette possibilité n'y est qu'évoquée.
Reste donc à savoir comment le caractère peut devenir effectivement possible...mais est-ce, justement, à savoir?
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FredMartineau
  22 septembre 2019
C'est toujours un plaisir pour moi de me replonger dans les auteurs du 19e, d'autant celui-ci faisait parti de mes écrivains préférés au lycée. le joueur de Fiodor Dostoïevski était parfait pour m'imprégner à nouveau de son travail, tandis que je visitais Saint-Pétersbourg, il y a quelques jours, la ville où il vécut, écrit, mourut . Son ancien appartement fut un point de passage obligé...
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viou1108_aka_voyagesaufildespages
  02 décembre 2015
Oserais-je l'avouer, il m'aura fallu 38 ans avant de lire mon premier Dostoïevski. Pas très courageuse, l'ampleur de son oeuvre m'a toujours effrayée. Et puis là, au (jeu de) hasard d'une brocante, j'ai parié quelques centimes sur ce « Joueur ». Sait-on jamais, me disais-je, il ne suffit parfois que d'une faible mise pour décrocher la timbale. Mystère (oui je sais, il faudrait dire « science ») des probabilités. Eh bien non, pas de « bingo » en l'occurrence, ce n'est pas grâce à ce court roman que je vais devenir « Dosto-aholic ». Pourtant en général j'apprécie les analyses psychologiques des personnages, mais cette fois je les ai trouvés excessifs, pour ne pas dire grotesques, et par conséquent pas attachants pour un sou. Et j'ai beaucoup de mal à comprendre comment une addiction peut dépouiller un être humain de tout libre-arbitre. Oui je sais, je suis trop raisonnable.
Toujours est-il que le récit se déroule à Roulettenbourg, ville d'eaux prussienne courue par la haute société de la vieille Europe. S'y trouvent un général russe et sa suite, parmi laquelle Alexis, précepteur des jeunes enfants de la famille, et narrateur de l'histoire. Le général, fauché comme les blés, tente de se refaire au casino, quand tout à coup surgit l'espoir de l'héritage d'une grand-mère richissime et agonisante. Supputation de pactole qui fait voleter les prétendants autour de Pauline, fille aînée du général, et de vulgaires « coureuses de dot » autour de celui-ci, veuf pour le plus grand bonheur potentiel de celles-là. Imaginez donc le désastre quand la grand-mère arrive, bien vivante, à Roulettenbourg, et se prend elle-même au jeu de la roulette. Voilà l'héritage en bien mauvaise posture. Pour ne rien arranger, Alexis, qui vit un compliqué « je-t'aime-moi-non-plus », épuisant et difficilement compréhensible pour le lecteur, avec Pauline, se voit chargé de surveiller, voire conseiller la grand-mère au casino, mais est à son tour atteint de la frénésie des tables de jeu.
Dostoïevski emmène tout ce petit monde (déjà sur la pente de la décadence) à sa perte, égratignant méchamment les seconds rôles français au passage. Il décrit les affres de l'addiction au jeu et à l'amour, qui embourbent les personnages dans des relations malsaines dès lors qu'inégales et/ou tissées par l'appât du gain.
Il paraît qu'Alexis serait le double littéraire de Dostoïevski, qui aurait largement puisé dans son passé de joueur invétéré pour écrire ce roman. Il paraît aussi que « Le joueur » aurait servi à son auteur à exorciser son démon du jeu. A en lire la préface de Michel Butor (édition du Livre de Poche de 1936), cela n'aura pas suffi. Mais cela n'aura pas empêché Dostoïevski d'écrire par la suite ses romans les plus célèbres...
Lien : http://www.voyagesaufildespa..
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Citations et extraits (143) Voir plus Ajouter une citation
CephaleeCephalee   11 octobre 2021
- Comment ! Vous ici, chez moi !
- Quand je viens, dit-elle, je viens tout entière.
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PiertyMPiertyM   12 octobre 2013
….ce que j’ai vu chez ces gens-là révolte ma nature tartare. Par Dieu ! je ne veux pas de telles vertus ! J’ai eu le temps de faire dans les environs un bout de promenade vertueux. Eh bien, c’est tout à fait comme dans les petits livres de morale, vous savez, ces petits livres allemands, avec des images ? Ils ont dans chaque maison un vater très vertueux et extraordinairement honnête, si honnête et si vertueux qu’on ne l’approche qu’avec effroi ; le soir, on lit en commun des livres de morale. Autour de la maison, on entend le bruit du vent dans les châtaigniers ; le soleil couchant enflamme le toit et tout est extraordinairement poétique et familial... Je me souviens moi-même que feu mon père, sous les tilleuls, dans son jardinet, pendant les beaux soirs, nous lisait aussi, à ma mère et à moi, de pareils livres... Eh bien ! chaque famille ici est réduite par son vater à l’esclavage absolu. Tous travaillent comme des bœufs, tous épargnent comme des Juifs. Le vater a déjà amassé un certain nombre de florins qu’il compte transmettre à son fils aîné avec sa terre ; pour ne rien détourner du magot, il ne donne pas de dot à sa fille, à sa pauvre fille qui vieillit vierge. De plus, le fils cadet est vendu comme domestique ou comme soldat, et c’est autant d’argent qu’on ajoute au capital. Ma parole !... Tout cela se fait par honnêteté, par triple et quadruple honnêteté ; le fils cadet raconte lui-même que c’est par honnêteté qu’on l’a vendu. Quoi de plus beau ? La victime se réjouit d’être menée à l’abattoir ! D’ailleurs, le fils aîné n’est pas plus heureux. Il a quelque part une Amalchen avec laquelle il est uni par le cœur, mais il ne peut pas l’épouser parce qu’il n’a pas assez de florins. Et ils attendent tous deux sincèrement et vertueusement. Ils vont à l’abattoir avec le sourire sur les lèvres ; les joues de l’Amalchen commencent à se creuser ; elle sèche sur pied. Encore un peu de patience ; dans vingt ans la fortune sera faite, les florins seront honnêtement et vertueusement amassés. Alors, le vater bénira son fils, un jeune homme de quarante ans, et l’Amalchen, une jeunesse de trente-cinq, à la poitrine plate et au nez rouge. À ce propos, il pleurera, il lira de la morale et puis... il mourra. L’aîné deviendra à son tour un vater vertueux, et la même histoire recommencera. Dans cinquante ou soixante-dix ans, le petit-fils du premier vater continuera l’œuvre, amassera un gros capital et alors... le transmettra à son fils ; celui-ci au sien, et, après cinq ou six générations, naît enfin le baron de Rothschild, ou Hoppe et Cie, ou le diable sait qui. Quel spectacle grandiose ! Voilà le résultat de deux siècles de patience, d’intelligence, d’honnêteté, de caractère, de fermeté... et la cigogne sur le toit ! Que voulez-vous de plus ? Ces gens vertueux sont dans leur droit quand ils disent : ces scélérats ! en parlant de tous ceux qui n’amassent pas, à leur exemple. Eh bien ! j’aime mieux faire la fête à la russe ; je ne veux pas être Hoppe et Cie dans cinq générations ; j’ai besoin d’argent tout de suite ; je me préfère à mon capital...
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CorinneCoCorinneCo   06 mai 2016
- Et bien, mon petit monsieur, pourquoi tu restes planté à me faire des yeux ronds ! criait la grand-mère en s'adressant à moi, on ne sait plus dire bonjour, comme tout le monde ? Ou tu es monté en grade, ça te ferait peine ? Ou tu ne m'as pas reconnue, peut-être ! Tu entends, Potapytch, fit-elle au petit vieux chenu, frac, cravate blanche, poupine calvitie, son valet de chambre qui l'accompagnait dans cette expédition, tu entends ça, il ne m'a pas reconnue ! Ils m'avaient enterrée ! On en a eu, des télégrammes : elle est morte, ça y est, non, pas tout à fait ? Je suis au courant de tout ! Et moi, tu vois, fraîche comme une rose.
- Voyons, Antonida Vassilievna, comment pourrais-je moi, vous vouloir du mal ? répondis-je d'un ton joyeux quand je revins à moi, c'est la surprise, rien d'autre.... On serait surpris à moins, quand même, c'est tellement inattendu....
- Qu'est ce qu'il y a de surprenant ? J'ai pris le train, me voilà. C'est tranquille dans le wagon, pas de secousses. Tu étais sorti te promener ?
- Oui, je suis allé jusqu'au casino.
- On est bien, ici, dit la grand-mère en regardant autour d'elle, il fait bon, il y a de beaux arbres. Ça me plaît bien ! Ils sont là, tous ? Et le général ?
- Oh, à cette heure-ci, je crois qu'ils sont tous là.
- Ah, parce qu'ils ont des heures, ici, et tout le tremblement..... Ils jouent les princes. Ils ont un équipage, il paraît, les seigneurs russes ! On se retrouve sur la paille, on file à l'étranger ! Et Prascovia, elle est là, elle aussi ?
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WolandWoland   22 septembre 2017
[...] ... Un soir, à Baden, je lui annonçai que je voulais le quitter ; le soir-même, je me rendis à la roulette. Oh ! comme le cœur me battait ! Non, ce n'était pas à l'argent que je tenais ! Je voulais seulement que le lendemain tous ces Hinze, tous ces maîtres d'hôtel, toutes ces belles dames, de Baden, parlent de moi, racontent mon histoire, m'admirent, me complimentent et s'inclinent devant ma nouvelle chance au jeu. C'étaient là des rêves et des préoccupations d'enfant ... mais ... qui sait ? peut-être rencontrerais-je aussi Paulina, lui raconterais-je mes aventures, et elle verrait que je suis au-dessus de tous ces absurdes coups du sort ... Oh ! non ! Ce n'était pas à l'argent que je tenais ! Je suis persuadé que je l'aurais encore donné à gaspiller à une Blanche quelconque et me serais à nouveau exhibé pendant trois semaines à Paris, traîné par une paire de chevaux achetés seize mille francs. Je sais bien que je ne suis pas avare ; je crois même que je suis prodigue ... et pourtant, avec quelle émotion, quel serrement de cœur je prête l'oreille aux annonces du croupier : trente-et-un, rouge, impair et passe ou quatre, noir, pair et manque ! Avec quelle avidité je regarde la table de jeu où sont éparpillés des louis d'or, des frédérics et des thalers, les pièces d'or empilées qui s'écroulent sous le râteau du croupier en tas chatoyants comme la braise, ou les longs rouleaux de pièces d'argent qui entourent le plateau. Avant même d'atteindre la salle de jeu, dès que j'entends tinter les pièces, je suis près à défaillir. ... [...]
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tamara29tamara29   02 juin 2013
Et puis, vous savez quoi ? Il est dangereux pour nous de marcher l'un à côté de l'autre ; j'ai senti plusieurs fois des envies irrépressibles de vous battre, de vous défigurer, de vous tordre le cou. Vous penserez que je n'oserai pas ? Vous finirez par me rendre vraiment malade. C'est du scandale, peut-être, que j'aurai peur ? Ou de votre colère ? Mais, qu'est-ce que j'en ai à faire, de votre colère ? Je vous aime sans espoir, et je sais qu'après ça, je vous aimerai encore mille fois plus. Si je vous tue un jour, il faudra bien que je me tue moi-même ; eh bien, je resterai le plus longtemps possible sans me tuer, pour ressentir le plus longtemps possible cette douleur monstrueuse d'être sans vous. Vous savez le plus incroyable ? Chaque jour, je vous aime un peu plus, et c'est pourtant presque impossible. Après cela, comment ne serais-je pas fataliste ?
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Videos de Fiodor Dostoïevski (52) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Fiodor Dostoïevski
Michel Eltchaninoff, Françoise Lesourd et Anne Coldefy-Faucard présentent la pensée du philosophe Nikolaï Fiodorov.
Totalement inconnue en France, la pensée utopiste de Fiodorov a influencé la culture du XXe siècle russe et demeure à ce jour une référence importante en Russie. de nombreux écrivains y trouveront des échos de leurs préoccupations, de Tolstoï à Dostoïevski ou à Vladimir Soloviov. Parmi ses héritiers, le futuriste Velimir Khlebnikov et les écrivains Andreï Platonov ou Maxime Gorki, mais également des savants comme Tsiolkovski, le père de l'aéronautique soviétique. Ses idées trouveront indirectement leur expression dans des textes de la science-fiction soviétique ou dans le cinéma d'Andreï Tarkovski et son adaptation de Solaris (1972). La pensée de Fiodorov se situe au croisement des nouvelles disciplines émergentes de son temps, telles que la linguistique et l'anthropologie, mais également la sociologie, l'agriculture, l'économie. Il est attentif aux phénomènes sociaux engendrés par l'urbanisation, l'appauvrissement de la campagne, et pressent, comme d'autres penseurs de son époque, l'avènement d'une crise mondiale majeure. Exhortant l'humanité à s'unir pour vaincre la mort, Fiodorov lui assigne aussi le devoir moral de ramener à la vie toutes les générations disparues, ces victimes du « progrès » : c'est « l'oeuvre commune ». Sur le climat, objet d'attention privilégié, ou encore, sur les transformations biologiques que connaîtra l'humanité, sa réflexion se rapproche de la question du transhumanisme, qui connaît actuellement un véritable engouement dans la Silicon Valley et ses grandes entreprises. Utopique, la pensée de Fiodorov ? Sans doute. Il n'en demeure pas moins que les idées, les interrogations du philosophe sont toujours aussi stimulantes, particulièrement lorsqu'elles sont exposées avec la spontanéité de la Correspondance: les rapports avec la nature, les questions de météorologie, l'urbanisation excessive, la maladie, la mort, la faim, la conquête de l'univers…
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