AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontresLe Carnet

Hélène Tronc (Éditeur scientifique)
EAN : 9782070337477
208 pages
Gallimard (14/09/2006)
4.26/5   51 notes
Résumé :

"Vous avez vu comment d'un homme on fit un esclave ; vous verrez comment un esclave devint un homme. " En 1845, à vingt-sept ans, Frederick Douglass, ancien esclave américain, publie l'un des récits les plus puissants contre l'esclavage. Il y raconte son enfance sur la plantation, la séparation des familles, la violence omniprésente, son départ pour la ville et la révélation qui le met sur la voie de la liberté... >Voir plus
Que lire après La vie de Frederick Douglass, esclave américain, écrite par lui-mêmeVoir plus
Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
Frédéric DOUGLASS est né esclave. Après s'être libéré de ses chaînes il décide que personne n'est plus apte à raconter l'esclavage que quelqu'un l'ayant vécu. C'est donc à l'âge de 27 ou 28 ans, sa date de naissance précise lui étant inconnue, impossible d'être plus précis, qu'il prend la plume pour nous raconter sa vie.

Evidemment ce récit nous donne des éléments précieux sur la façon dont étaient traités les esclaves aux Etats Unis et sur le mode de vie qui leur était imposé. Les maîtres traitaient et géraient leurs esclaves comme on gère un cheptel. Dressage, reproduction, vente, achat, prêt, location, échange et ce sans aucune considération pour les liens familiaux ou sentimentaux qui pouvaient exister entre les ces êtres humains auxquels on niait toute humanité. le tout sous couvert de christianisme dont l'interprétation est d'ailleurs dénoncée par l'auteur. Bref c'est à vomir !

Plusieurs choses m'ont interpellé lors de ma lecture. Tout d'abord comment un esclave a-t-il pu apprendre à lire et écrire sachant que l'intérêt des « propriétaires » était de les laisser dans l'ignorance ? Mais très vite l'auteur lève le voile sur ce mystère. Ensuite ce qui m'a frappé c'est la qualité de l'écriture et les références à Shakespeare et à la Bible. Frederick DOUGLASS semble avoir rattrapé les lacunes dues à l'absence d'éducation dans son jeune âge et ce grâce à sa volonté et sa détermination.

Ensuite ce qui m'a frappé c'est la qualité de la réflexion et son analyse de la nature humaine. Elle dénote d'une grande intelligence d'autant qu'il n'a reçu aucune instruction. Il est entièrement autodidacte et certainement bien plus intelligent que certains des hommes dont il fut la propriété. Frédérick DOUGLASS ne se contente pas de nous relater sa condition d'esclave et ses conditions de vie il analyse les relations maître / esclave et en déduit les éléments sur lesquels reposent cette relation. Il raconte combien l'esclavage abruti le maître autant que l'esclave et combien il change la nature humaine. A force d'observation il décortique les mécanismes qui permettent à des hommes de maintenir d'autres hommes sous leur joug. Comment l'homme blanc arrive à convaincre l'homme noir que sa condition d'esclave est ce qu'il y a de mieux pour lui et de plus naturel ? Comment il lui fit croire que quand il est livré à lui-même il utilise sa liberté à mauvais escient ? C'est pervers et cruel mais c'est aussi bien ancré et de tels mécanismes ont fait tristement leurs preuves.

Refusant de se laisser briser malgré les tentatives de son propriétaire et bien décidé à se défaire de sa condition d'esclave Frédérick DOUGLASS s'est servi de son intelligence pour devenir un homme libre et surtout pour faire quelque chose de cette liberté. Initialement à la fin de son livre il ne racontait pas comment il s'était échappé afin d'éviter les représailles contre certaines personnes et pour ne pas dévoiler un stratagème pouvant être utilisé par d'autres. le temps passant et l'esclavage ayant été aboli Frédérick DOUGLASS a fini par dévoiler les détails de son évasion. Rien de rocambolesque mais il ne faut oublier qu'à chaque instant il risquait au mieux d'être fouetté au pire d'être pendu.

Malgré la dureté des évènements il n'y a pas d'atermoiement de la part de l'auteur qui raconte son histoire avec un certain détachement et beaucoup de dignité. Un témoignage qui ne fait pas dans le sensationnel mais qui m'a fait une forte impression.

Commenter  J’apprécie          5812
Frederick Douglass nous raconte avec force détails sa vie d'esclave, dès sa plus tendre enfance. Comment ne pas éprouver de compassion pour cet enfant retiré à sa mère très tôt ? Cette dernière, après sa journée de labeur, parcourait des kilomètres à pied pour aller le voir. Bien entendu, elle n'y arrivait que pour le voir dormir et repartait presque aussitôt pour ne pas se faire attraper par le maître qui remarquerait son absence le matin. L'auteur avoue que, lorsqu'il apprit son décès, (elle était morte de maladie et d'épuisement), il n'éprouva aucun sentiment. C'est dur, certes, mais quand on y réfléchit bien, comment cet enfant qui n'a que très peu vu sa mère, et encore de nuit, pourrait-il s'y attacher ? Dans ce monde brutal, il n'y a pas de place pour les sentiments. On apprend alors que Frederick sera ensuite placé par le propriétaire chez un couple âgé, certainement pour apprendre les rudiments du "bon esclave". La dame, au début, essaiera même de lui apprendre à lire. Enfin une once d'humanité dans ce système. Cependant, son mari le lui interdit vite, craignant très certainement que le propriétaire ne l'apprenne. Et à partir de là, la dame deviendra pire que le mari. La violence entraîne la violence n'est-ce-pas ?

Le tournant dans la vie de Douglass sera lorsqu'il apprendra que certains défendent leurs droits, les fameux abolitionnistes. Dès lors, il n'aura de cesse de sortir de sa condition.

Ce livre est passionnant ! En effet, quoi de mieux qu'un témoignage pour apprendre ce qu'il pouvait se passer dans ses immenses propriétés américaines ? Douglass ne nous épargne rien. Et l'écriture est très fluide, très agréable à lire. Je vous le conseille, vraiment !
Lien : http://www.lydiabonnaventure..
Commenter  J’apprécie          540
20 ans avant l'abolition de l'esclavage aux Etats-Unis, Frederick Douglass publiait un témoignage dans lequel il parlait de son expérience en tant qu'esclave, dans le sud et dans le nord du pays. A cette époque, les partisans de l'abolition de l'esclavage se servent des "slave narratives", les témoignages d'esclaves, pour étayer leurs argumentaires. Après la lecture de celui-ci, on en comprend aisément l'utilité.

La première remarque que je tiens à faire sur ce texte est qu'il est très bien écrit, et avec beaucoup d'élégance.
Les évènements qu'il relate valent tous les livres d'histoires que l'on peut trouver sur le sujet. On peut dire de ce témoignage qu'il est "complet" car il aborde tous les sujets qui permettent de connaître la vie d'un esclave dans les plantations du sud et dans les maisons du nord. En commençant par la différence qu'il existe entre les esclaves et les maîtres selon l'endroit où l'on se trouve.
Ce qui rend ce témoignage si marquant, c'est qu'il ne fait pas que narrer des évènements et décrire des conditions de vie mais il analyse aussi les procédés qui entretiennent l'esclavage et ceux par lesquels les êtres humains sont brisés pour ne devenir que des esclaves. Douglass explique de façon très simple et très clair comment le langage presque politiquement correct enferme les esclaves. Ou encore, comment avec perversité, les maîtres se servent d'un semblant de liberté donné à leurs esclaves pour leur donner la sensation que , finalement, ils sont bien mieux que s'ils étaient libres. Ce qui pourra expliquer pour des non initiés aux sujets pourquoi des thèmes comme l'alcool ou l'aliénation des liens familiaux hante la littérature afro-américaine moderne.

Autre point, presque touchant, c'est l'analyse minutieuse que l'auteur livre lorsqu'il nous dit en quoi le fait d'avoir appris à lire et à écrire a certes libéré son esprit, mais qu'en se libérant il n'en est devenu que plus malheureux.

Un témoignage fort et très intéressant à découvrir.
Commenter  J’apprécie          290
Le témoignage autobiographique de la vie de Frederick Douglass, né esclave sur une plantation du Maryland est un incontournable des Slave Narratives. Un parcours extraordinaire de "maître en maître", pourtant quotidien de nombreux esclaves, entre violence gratuite et apprentissage par divers subterfuge de la lecture et de l'écriture. Cette vision de l'intérieur du système aberrant de l'esclavage est exposée de manière tellement simple qu'il n'en est que plus horrifiant.
Le plus intéressant concerne toute la rhétorique sur la nécessité de maintenir les esclaves dans l'ignorance pour pour favoriser et préserver un système déshumanisant basé sur la terreur, l'exploitation et l'injustice. Également passionnant, la choquante justification religieuse des propriétaires de plantations dans le sud et le paradoxe de la religion en terre d'esclavage... Douglass ajoute d'ailleurs un court chapitre de clôture désirant expliquer pourquoi il peut apparaître comme sans respect pour la religion. Ce qui n'est pas le cas, puisqu'il explique sa différenciation de la religion mascarade des esclavagistes et la religion chrétienne elle-même.
Un petit livre à ne pas manquer, droit au but, dont simplicité apparente du témoignage ne met que plus en évidence la complexité de l'esprit de l'auteur et son questionnement constant face à la condition qui a longtemps été la sienne et celle de millions d'autres.
Commenter  J’apprécie          110
Frederick Douglass né Frederick Augustus Washington Bailey immerge la lectrice blanche et européenne que je suis dans un monde inconnu. "Vie d'un esclave américain" raconte son parcours personnel, de sa condition d'esclave à celle d'homme noir libre dans une société américaine raciste du XIXe siècle.
Sur la photo de couverture, il y a son portrait. Il est altier avec un regard sombre. On y lit toutes les épreuves traversées.
Sa narration est sobre, parfois pudique et aussi discret lors de certains évènements afin de protéger les hommes et femmes qui l'ont accompagné, aidé dans sa conquête de la liberté. Frederick Douglass est né dans le Maryland. Il ne connait pas la date exacte de sa naissance mais sait qui est sa mère. de son père, il souffre de le savoir blanc. Il a vécu loin de sa mère, ne l'a vu que quelques fois avant qu'elle ne meure. Les nourrissons esclaves sont enlevés à leur mère pour qu'elle puisse être disponible dans les champs de coton. Les esclaves étaient mal nourri et très peu vêtus. Les enfants circulaient nu jusqu'à ce qu'ils soient en âge de travailler, même l'hiver.
Frederick Douglass explique la conduite de ses différents maîtres. Son discernement, son intelligence se perçoivent dans sa description fidèle et mesuré de son expérience. L'apprentissage de la lecture a développé en lui un nouveau rapport au monde, l'a émancipé en quelque sorte. C'est à Baltimore que s'engage pour Frederick Douglass une nouvelle représentation de sa condition d'esclave et se forme son désir de liberté.
Edifiant.
Commenter  J’apprécie          40

Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
Les petits blancs savaient leur âge. Je ne pouvais imaginer pourquoi je devais être privé d'un pareil privilège. Il ne fallait pas songer à interroger mon maître là-dessus. Il aurait trouvé des demandes de cette espèce, de la part d’un esclave, inconvenantes et déplacées; il y aurait vu l'indice d'un esprit inquiet. D'après le calcul le plus approximatif que je puisse faire, je dois avoir maintenant de vingt-sept à vingt-huit ans. Je base ma supposition sur ce qu'un jour j'ai entendu dire à mon maître, en 1835, que j'avais alors à peu près dix-sept ans. Ma mère se nommait Henriette Bailey. Elle était fille d'Isaac et de Babet Bailey, qui étaient tous deux nègres et d'un teint très foncé. Ma mère était plus noire que ma grand-mère, ou mon grand-père. Quant à mon père, il était blanc. Tous ceux à qui j'ai entendu parler de ma parenté admettaient ce fait. On disait tout bas que mon maître était mon père. Cette opinion était-elle fondée, c'est ce que je ne puis dire ; car les moyens de le vérifier me furent enlevés.
Commenter  J’apprécie          312
O, why was I born a man, of whom to make a brute! The glad ship is gone; she hides in the dim distance. I am left in the hottest hell of unending slavery. O God, save me! God, deliver me! Let me be free! Is there any God? Why am I a slave?
Commenter  J’apprécie          140
A city slave is almost a freeman, compared with a slave on the plantation. He is much better fed and clothed, and enjoys privileges altogether unknown to the slave on the plantation.
Commenter  J’apprécie          80
Slaves sing most when they are most unhappy. The songs of the slave represent the sorrows of his heart; and he is relieved by them, only as an aching heart is relieved by its tears.
Commenter  J’apprécie          40
By far the larger part of the slaves know as little of their ages as horses know of theirs, and it is the wish of most masters within my knowledge to keep their slaves thus ignorant.
Commenter  J’apprécie          20

Video de Frederick Douglass (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Frederick Douglass
Frederick Douglass (1818-1895), le lion d’Anacostia : Une vie, une œuvre (France Culture). Photographie : American abolitionist and former slave Frederick Douglass. (Credit: Corbis/Getty Images). Production : Perrine Kervran. Avec la collaboration de Claire Poinsignon. Diffusion sur France Culture le 19 décembre 2015. Né d'une esclave noire et d'un maître blanc, lui-même esclave affranchi, Frederick Douglass devint l'une des plus grandes voix abolitionnistes américaines du XIXème siècle. Par Virginie Bloch-Lainé. Réalisation : Clotilde Pivin. Attachée de production : Claire Poinsignon. Avec la collaboration d'Annelise Signoret. Au 19ème siècle aux Etats-Unis, au cours des trente années qui précèdent l’abolition de l’esclavage en 1865, de nombreux esclaves affranchis racontent leur histoire. Publié et diffusé par les sociétés abolitionnistes, le récit d’esclave devient un genre littéraire. Steve McQueen a réalisé un film à partir de l’un de ces récits, “Twelve years a slave”, écrit par Solomon Northup. Mais la plus célèbre de ces autobiographies, depuis sa publication en 1845 jusqu’à aujourd’hui où elle a le statut de texte classique lu et étudié, c’est l’autobiographie de Frederick Douglass. Né en 1817 d’une mère esclave et d’un maître blanc, Douglass connaît vingt années d’esclavage, sur une plantation d’abord, puis en ville, à Baltimore il parvient à s’échapper. Surdoué, sachant lire et écrire, Douglass raconte la violence dont il fut victime. Il donne des conférences très remarquées car il est un orateur exceptionnel. Rapidement, Douglass est davantage qu’un témoin de l’esclavage. Il s’engage en politique auprès des Républicains et conseille Lincoln pendant la guerre de sécession. Il fonde trois journaux, dirige une banque réservée aux esclaves affranchis, s’enrichit, fait faillite, épouse deux femmes dont une blanche en seconde noce. Douglass est un self-made man américain jusqu’au bout des ongles, irascible et génial.
Avec :
Claire Parfait , professeur de civilisation américaine à l’université Paris-Diderot.
Marie-Jeanne Rossignol,professeur de civilisation américaine à l’université Paris-Diderot.
Agnès Derail, maître de conférences en littérature américaine à l’ENS (Ulm).
Cécile Roudeau, professeur de littérature américaine à Paris III.
Hubert Haddad, écrivain, auteur de “Théorie de la vilaine petite fille” (éd. Zulma), un roman dans lequel apparaît Frederick Douglass.
Bibliographie :
Frederick Douglass, “Vie de Frederick Douglass, esclave américain, écrite par lui-même”, traduit de l’anglais (États-Unis) par Hélène Tronc (Gallimard).
Hubert Haddad, “Théorie de la vilaine petite fille” (Zulma).
François Specq, “De l’esclavage en Amérique”, (éditions rue d’Ulm).
William Wells Brown, “Le récit de William Wells Brown, esclave fugitif, écrit par lui-même”, traduit, introduit et annoté par Claire Parfait et Marie-Jeanne Rossignol (Publications des Universités de Rouen et du Havre).
Solomon Northup, “12 ans d’esclavage”, traduit de l’anglais (États-Unis) par Philippe Bonnet et Christine Lamotte (éditions Entremonde).
Source : France Culture
+ Lire la suite
Dans la catégorie : EsclavageVoir plus
>Comportements économiques>Travail (Sociologie)>Esclavage (24)
autres livres classés : afro-américainsVoir plus
Les plus populaires : Littérature étrangère Voir plus


Lecteurs (176) Voir plus



Quiz Voir plus

Les écrivains et le suicide

En 1941, cette immense écrivaine, pensant devenir folle, va se jeter dans une rivière les poches pleine de pierres. Avant de mourir, elle écrit à son mari une lettre où elle dit prendre la meilleure décision qui soit.

Virginia Woolf
Marguerite Duras
Sylvia Plath
Victoria Ocampo

8 questions
1672 lecteurs ont répondu
Thèmes : suicide , biographie , littératureCréer un quiz sur ce livre

{* *}