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EAN : 9782879298283
112 pages
Editions de l'Olivier (05/04/2012)
3.81/5   13 notes
Résumé :
"Rappelons, comme c'est l'usage, les principes formels auxquels toute Shaggå.doit obéir : sept séquences rigoureusement comparables en volume et en intention ; un sujet qui privilégie l'incertitude, qui ne règle pas la question de l'action, accumule les ambiguïtés concernant les motifs de la prise de parole, l'identité et le statut du ou des auteurs ; et un parti pris de détachement, d'intemporalité, de tranquillité poétique et même d'inertie."

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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
« 3. Herbes qui tremblent sous le soleil de onze heures
La chevelure-de-l'absente,
la traitine, la missargue, la traînelâche,
la cabote ou demi-cabotine, la tierce-cabote,
la poupairissée, la vavaise,
la manche-de-hulotte, la bouche-perdue,
la titubiaine, la méfronce, la trigaude-du-peuple,
la trigaude-écarlate,
le landrain, le pied-robuste,
la catenonce, la toute-mouvante, la bayaresse, le luhault,
la mocassine ou mocasse-des-sources, la mocasse-aimable,
la bucciniaise,
la buccinie-poivrée, la religieuse, la Tonche, …»

Retour en Post-Exotisme avec Manuela Draeger.
Aujourd'hui : la Shaggå, rappels de contextes et exercices pratiques (récitation de trois exemples de cette forme de littérature orale). A défaut d'écouter une version audio (probablement inexistante) de ce livre, sachez qu'il est difficile de résister à la tentation de vocaliser soi-même le texte…

La présentation de cet opus post-exotique, paru en 2012, est bien plus éclairante que ce que je pourrais en dire avec mes mots. En voici une bonne partie :
«Rappelons, comme c'est l'usage, les principes formels auxquels toute Shaggå doit obéir : sept séquences rigoureusement comparables en volume et en intention ; un sujet qui privilégie l'incertitude, qui ne règle pas la question de l'action, accumule les ambiguïtés concernant l'identité et le statut du ou des auteurs; et un parti pris de détachement, d'intemporalité, de tranquillité poétique et même d'inertie.

Les trois Shaggås qui composent ce livre sont des sortes de réquisitoires lyriques, en forme d'inventaires et de légendes. Des prisonnières prennent la parole du fond de leur geôle pour déclamer ou murmurer amoureusement des appellations d'herbes imaginaires; deux détenues victimes de viols revisitent le mythe du golem à la lumière de leurs propres obsessions ; ou encore un comité de soutien, au nom de la liberté, fait l'appel des innombrables ivraies inconnues qui sont menacées par le bétail, les voyageurs et les bergers.

Qu'elles soient vivantes ou disparues, toutes ces femmes témoignent de la violence des hommes, et, pour exprimer leur rupture avec le monde qui les entoure, elles inventent un langage littéraire étrange et somptueux. »

Je lis régulièrement Antoine Volodine et ses multiples avatars post-exotiques. J'aurais pu penser être en pays connu. Mais ces trois textes ne ressemblent à rien de ce que j'ai déjà pu lire de lui, à l'exception peut-être du début de « Terminus Radieux » qui comprend aussi une énumération de végétaux inventés.

Ce livre étrange et poétique est une expérience hors-norme, vous l'aurez compris. Il s'adresse en priorité aux familiers de cet univers littéraire.
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Plus le lecteur pénètre dans l'oeuvre monde d'Antoine Volodine et des écrivains post exotiques, plus fortes sont les visions et la puissance d'évocation des récits de ce choeur de prisonniers, de ces personnages incarcérés et écrasés qui racontent, après la défaite, leur rêve d'égalité, de liberté et de construire quelque chose de beau pour cette planète.

Paru en 2012 et deuxième livre "pour adultes" de Manuela Draeger, «Herbes et golems» est une oeuvre construite en tryptique, où deux Shaggås, en forme de litanies des herbes sauvages et imaginaires de la steppe, encadrent la «Shaggå du golem presque éternel», histoire kafkaïenne d'un golem emprisonné qui protège son intégrité et sa propre existence grâce à un mot qu'il tient enfermé et secret sous sa langue.

«Sous ma langue demeure la puissance du mot. Tout indique que le mot agit sur mon corps, qu'il repousse et repoussera perpétuellement les attaques du temps, de l'humidité, du désespoir ou de l'ennui. le mot contrarie ma transformation en poussière.»

Dans la première partie, «Shaggå de la voix et des herbes», sept femmes incarcérées ou peut-être déjà mortes disent, de derrière la porte de leur cellule, des noms d'herbes imaginaires qui célèbrent le pouvoir de la poésie, du rêve et du langage face à l'oppression, dont l'énumération, d'une force hypnotique, crée des images de la steppe immense et de tout l'univers post exotique : l'ysisse-cannelée, la gardienne –d'Orbise ou la Jeanne-des-barbelés…

Chacune de ces Shaggås est précédée de son propre commentaire au nom poétique, et dans le premier d'entre eux, «Nos litanies étranges», on peut lire notamment ceci :
«Parmi les femmes qui prennent successivement la parole, beaucoup nous ont quittées. Chacune d'elles prononce avec aisance et amour, en articulant à la perfection, cent onze appellations d'herbes imaginaires. Les actrices réelles sont déjà mortes, les herbes sont vivantes mais imaginaires. Nommer aujourd'hui les unes les autres est un geste élémentaire, normal dans la tradition post-exotique, un hommage que chaque prisonnière leur rend. Nous redonnons voix à celles qui l'ont perdue, nous donnons sève à celles que nulle n'a connues. C'est bien le moins que nous puissions faire.»

La dernière shaggå, «Shaggå de la révolte des humbles simples», construite elle aussi en forme d'énumération poétique, célèbre avec l'humour du désastre caractéristique du post exotisme, les herbes sauvages menacées par la marchandise et la domestication, désherbants, cultures fourragères et marchandes dominantes et aussi invasions des bergers et de leurs bêtes, comme l'explicite le savoureux «Communiqué du comité de soutien aux ivraies» qui la précède.

«Le comité de soutien aux ivraies a une fois pour toutes défini son credo et sa ligne politique sur la base d'une indépendance sourcilleuse. Son choix fondamental est une attitude de respect, d'égalité, de fraternité et de défense inconditionnelle, de magnanimité absolue et volontairement partiale envers les herbes sauvages, les herbes folles, les herbes inconnues et les herbes essentiellement libres de la steppe immense sous le ciel immense.
Le comité de soutien aux herbes innommées et aux ivraies ne prend pas la parole pour se mettre en valeur ou pour assurer la promotion d'on ne sait quels arrivistes de parti et bureaucrates en herbe. Il prend la parole avec pour objectif exclusif de provoquer, chez ses auditeurs et auditrices, une profonde révolution culturelle – une révision de leurs comportements face aux ivraies.»

«Herbes et golems» dit la puissance de l'écriture, et l'essence de la fiction post exotique qui est d'élever une oeuvre-monde, le lieu somptueux d'une résistance hors d'atteinte pour les oppresseurs.
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critiques presse (1)
Liberation
18 juin 2012
Le livre est construit comme un triptyque, s’ouvrant et se fermant sur de longues listes d’herbes imaginaires tandis qu’un texte central raconte une histoire de golem […]. Comme à son habitude, Volodine gère la juxtaposition des histoires avec l’habileté d’un joueur de bonneteau.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations et extraits (2) Ajouter une citation
Outre des achats sur le marché et de petits travaux ménagers, mon maître me chargeait, en effet, les derniers temps, de dératiser les sous-sols et de lutter, sous les combles, contre des invasions de chauves-souris et d'hirondelles. J'ai toujours éprouvé une grande compassion pour ces bêtes et c'est pourquoi, en dépit des instructions qu'il me donnait, je me contentais de souiller les pans de mon habit, ou mes chaussures, avec des plumes, des pelotes alimentaires ou des toiles d'araignées, sans nullement déranger les animaux que pourtant j'avais été envoyé pour exterminer. Je restais pendant des heures dans les caves et les greniers, inerte ou presque, laissant vivre autour de moi les créatures qui devaient y vivre, pressant sous ma langue le mot, perdu et immobile dans la pénombre, dans la tranquillité piaillante des créatures humbles. Je me sentais là plus à ma place qu'ailleurs, plus libre, moins monstrueux.
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Se taire, le principe essentiel pour garder le mot en bouche.
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Video de Manuela Draeger (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Manuela Draeger
Rencontre animée par Pierre Benetti
Depuis plus de trente ans, Antoine Volodine et ses hétéronymes (Lutz Bassmann, Manuela Draeger ou Eli Kronauer pour ne citer qu'eux), bâtissent le “post-exotisme”, un ensemble de récits littéraires de “rêves et de prisons”, étrangers “aux traditions du monde officiel”. Cet édifice dissident comptera, comme annoncé, quarante-neuf volumes, du nombre de jours d'errance entre la mort et la réincarnation selon les bouddhistes. Vivre dans le feu est le quarante-septième opus de cette entreprise sans précédent et c'est le dernier signé par Antoine Volodine. On y suit Sam, un soldat qui va être enveloppé dans les flammes quelques fractions de seconde plus tard, quelques fractions de seconde que dure ce livre, fait de souvenirs et de rêveries. Un roman dont la beauté est forcément, nécessairement, incandescente.
À lire – Antoine Volodine, Vivre dans le feu, Seuil, 2024.
Son : Axel Bigot Lumière : Patrick Clitus Direction technique : Guillaume Parra Captation : Claire Jarlan
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