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ISBN : 2749161363
Éditeur : Le Cherche midi (22/08/2019)

Note moyenne : 4.04/5 (sur 13 notes)
Résumé :
Jeanne,
Je pars demain pour Damas. Voilà tant d'années que je ne suis pas allé voir la guerre pour montrer son visage. Et j'ai peur, de nouveau, depuis ce que j'ai vu au Rwanda, peur de ne pas réussir à capter son regard, peur de ne faire que des instantanés qui ne montrent pas la guerre et ne représentent que ses fruits. Alors, tout en livrant aux agences ces clichés mineurs qui feraient les unes de la presse, j'ai prolongé une oeuvre, restée secrète, consti... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (15) Voir plus Ajouter une critique
GeorgesSmiley
  03 septembre 2019
Enguerrand s'en était allé guerroyer armé de son appareil photo. Il en mourut et ne légua à Jeanne que quatre négatifs et quelques notes…
« Sa passion pour les images date de l'école communale, celle de la rue Saint-Jacques puis de la rue Victor Cousin, celle des blouses grises et des plumiers, du lait chocolaté de Mendès France et de la mort de Piaf. Les premières images avaient été celles de la récompense, déposées comme une hostie dans la paume de la main à la fin de chaque semaine, le samedi, peu avant midi, car le travail avait été bien fait, les leçons apprises et les cahiers tenus. »
Au croisement de la photographie et de la peinture d'un côté, de l'action humanitaire, du reportage de guerre et des horreurs de celle-ci de l'autre, voici un roman ambitieux, sorte d'enquête culturelle complexe et sophistiquée à propos de quatre clichés, plutôt quatre compositions réalisées par un photographe de guerre récemment disparu. Qu'a-t-il vu, qu'a-t-il voulu voir et transmettre, quelle symbolique se dissimule dans cette oeuvre d'art singulière (qui «ouvre une dimension vertigineuse ») auquel le roman emprunte son titre ?
Les références guerrières (Rwanda, Bosnie, Afghanistan, Irak) et picturales s'enchaînent, Vierge de l'Annonciation, Ucello, Vélasquez, Picasso sont convoqués, décortiqués et révélés car le photographe pourrait bien s'être inspiré de certaines de ces oeuvres pour traduire en photo sa vision tragique et esthétique de la guerre.
L'auteur ne ménage pas son lecteur car comment décrire photographies et peintures avec seulement des mots ? Il le fait avec conviction, pédagogie et talent, la limite de l'exercice se situant plutôt dans la capacité du lecteur à reconstituer ce qu'on lui dépeint. Pas question de se laisser aller, la concentration doit être maximale pour réussir ce travail d'imagination.
D'autant qu'ici ou là, on n'échappe pas à quelques passages contestables, certains un peu (pour ne pas dire beaucoup) abscons : « C'était un son muet expulsé par sa gorge où il était resté tapi, une bulle de silence, vide, où elle se sentait enfermée, bâillonnée par un vacarme assourdissant qui mettait tout à coup sa vie en pièces. » et « ce qu'écrivait Enguerrand dans sa lettre sur le silence visuel de la photographie, ce coup d'arrêt donné par la fixité de l'image, comme une musique énigmatique qui s'adresse à l'oeil et lui permet d'entendre le mutisme des choses. » Ouf !...
…ou un autre frisant le mauvais goût, comme ce passage où l'un des clichés révèle sa filiation avec Picasso : « « C'est l'oeil de Guernica, d'où jaillissent les bombes, le choc et l'effroi, l'effrayante lumière qui sacrifie le taureau et aveugle le cheval…Oui, c'est l'oeil de Guernica ! » Alors qu'elle sautait de joie en criant : « C'est l'oeil de Guernica ! » Gilles la serra dans ses bras en sautant avec elle. » Difficile, pour moi, de voir les deux amis sauter de joie dans de telles conditions.
D'autres sont beaucoup plus clairs, plus évocateurs, ne nous privons pas : « Son regard voyageait de ville en ville, leur nom venant l'un après l'autre au bout de ses lèvres : Bassora, Kerbala, Ramadi, Bagdad, Tikrit, Samarra, Mossoul. Elle y associait celui des lieux disparus, enfouis dans les sables, celui des temps très anciens des cités de Sumer, du pays d'Elam et de l'Assyrie : Ur, Suse, Babylone, Mari, Ninive… lumière fossile du premier éveil de l'humanité, de la première récolte et de la première écriture. Léa connaissait cette Mésopotamie, ce « pays entre deux fleuves », berceau d'une civilisation dont elle avait fait deux ans plus tôt le sujet de son mémoire d'histoire de l'art, un art considéré non pour sa beauté mais pour son expression du sacré. Elle avait voulu comprendre sa stupéfaction en découvrant les figurines De Mari, aux yeux exorbités, leurs pupilles dilatées par l'insondable obscurité du ciel où leur regard restait fixé pour l'éternité. Elle aimait aussi cette écriture cunéiforme, ordonnée comme un semis de clous sur l'argile fraîche, ces traces d'aigrettes sur le sable encore mouillé qui racontaient les crues, l'orge et le bétail, la bataille, les rois et les dieux. »
Pour finir, les questions débattues entre Gilles, le galeriste et Jeanne, l'humanitaire au long cours, interpellent : A-t'on le droit de rechercher la beauté dans une scène de guerre, peut-on faire de l'art avec la détresse et le malheur, à quel moment le témoignage devient-il voyeurisme, sommes-nous tous (photoreporters, diffuseurs, ONG, commerçants, paisibles citoyens), à des degrés divers, des profiteurs de guerre ? A chacun de choisir son camp. Sans rien dévoiler de la chute, disons que je partage l'opinion de Jeanne.
Un roman singulier, original, sophistiqué, érudit, dérangeant et questionnant. Somme toute, ça fait pas mal de raisons pour l'ouvrir.
Merci Lecteurs.com #Explorateursrentréelittéraire
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isa-vp
  14 septembre 2019
S'il suffisait de prendre en photo les horreurs de la guerre pour faire un bon cliché, alors la photographie ne serait pas un art mais un simple instantané de la réalité.
Enguerrand, le photographe de guerre, veut aller plus loin, il veut montrer le fond des choses, sa propre interprétation de la noirceur, et à sa mort il n'aura réalisé que quatre clichés majeurs, quatre compositions qui devraient révolutionner notre regard sur la guerre.
Et c'est aux deux personnes qu'il aime le plus, son ancienne compagne l'humanitaire Jeanne et son ami le galeriste Gilles, qu'il confie la responsabilité de les transmettre au monde.
Le roman alterne entre le récit du passé sur les lieux de guerre, le journal d'Enguerrand et le récit du présent où ses amis découvrent son parcours. Cela donne à la fois une histoire romancée et un reportage journalistique, avec de difficiles scènes de violence, de sensuelles scènes d'amour et des descriptions d'ambiances saisissantes de réalisme.
Je suis tombée sous le charme de la superbe écriture de Denis DRUMMOND et il m'est arrivé de relire plusieurs fois certaines phrases tant elles étaient vivantes et imagées et me comblaient de plaisir littéraire.
Je me suis passionnée pour cette opposition entre le bruit de la guerre sur le terrain et le silence des photos qui la représentent. de plus, je n'avais jamais imaginé la dimension de ces témoignages photographiques et l'importance de l'interprétation de l'artiste qui nous les transmet. C'est pour moi une découverte de la photographie comme un art majeur et de la trace qu'elle peut laisser dans l'histoire.
Mais une question m'interpelle après avoir refermé le livre : Si l'on représente le Mal par ce regard sur la guerre, peut-on trouver cela beau ? Et, pour aller plus loin, quelles sont les limites de l'art ?
Passionnant, magnifiquement écrit, lumineux, ce grand roman laissera son empreinte dans ma vie de lectrice.
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Christlbouquine
  15 septembre 2019
Je suis restée tout au long de cette lecture en lisière du récit sans parvenir à y pénétrer complètement.
Pourtant le sujet était tentant et il y a un certain nombre de moments qui ne demandent qu'à être émouvants. Mais une surenchère de style grandiloquent et de recherche d'esthétisme dans les descriptions finit par nuire à l'émotion.
Enguerrand, photographe spécialiste de la guerre a disparu. En guise de testament, il a laissé à son ex-compagne Jeanne, ses journaux intimes ainsi que quatre négatifs pris sur quatre scènes de guerre (Rwanda, Bosnie, Afghanistan et Irak). Il l'a chargée d'organiser une exposition avec un galériste, Gilles.
Ces clichés et ces carnets sont des témoignages cruciaux de ces guerres modernes qui émaillent les XXème et XXIème siècles.
Le récit entremêle les journaux d'Enguerrand, le présent avec la rencontre des deux personnages de Jeanne et Gilles et les propres souvenirs de Jeanne, ancienne collaboratrice du HCR.
Ce sont ces incessants enchevêtrements entre les différentes époques qui m'ont principalement perdue dans la narration. Couplés à un style un rien trop pompeux dans lequel aucune phrase n'est simple et où l'auteur glisse chaque fois trop d'emphase que ce soit dans les dialogues ou dans les descriptions. Pour exemple cette phrase tirée d'un des carnets : « Une fois les militaires partis, la forêt se figea dans un silence qu'aucun d'entre nous n'avait jamais entendu, un silence comme un cri qui ne sort pas, lourd, épais, celui qui accompagne l'inclinaison du monde devant l'abandon de Dieu. »
C'est beau mais totalement désincarné.
Cela m'a gênée pour entrer dans les textes attribués à Enguerrand et qui racontent la guerre. Je me suis tout de même demandée si ce n'était pas une manière de tenir à distance les horreurs décrites mais pour ma part cela m'a empêchée d'entrer dans le récit.
Par ailleurs, l'érudition qui se glisse tout au long du livre avec, par exemple, les parallèles entre la peinture classique et les photos d'Enguerrand, ne m'ont pas vraiment convaincue et la finalité des mises en scène de ces quatre photos reste pour moi assez obscure. Tout comme la relation qui se noue entre Gilles et Jeanne et pour laquelle je ne me suis pas vraiment passionnée.
Pour finir, je ne ressors pas non plus de cette lecture avec l'impression d'avoir appris des choses sur les conflits que le livre évoque. Bref, un rendez-vous manqué.
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tichoulit
  29 août 2019
Tout commence par un courrier posthume, reçu par Jeanne de la part d'Enguerrand, un photographe de guerre rencontré lors d'une de ces missions d'aide aux réfugiés. Un courrier contenant les lettres qu'ils se sont envoyées depuis des années, un carnet de notes de ses voyages dans les pays en guerre ainsi que des négatifs de photographie. Jeanne est déterminée à accomplir son dernier voeu : révéler à la face du monde ces 4 photographies de guerre. Des photos qui montrent l'horreur, la véritable vision de la guerre, bien plus que toutes celles qu'il a prises durant ces années de photojournaliste.
Dans les premières pages, il se passe tellement de choses ! On rencontre Jeanne qui évoque Enguerrand en lisant ses lettres. On la voit comme une femme nostalgique, mais combative, avec ses démons et le désir de faire la lumière sur le passé en rendant hommage à son ami. Pour cela, elle va se rapprocher de Gilles, un galeriste parisien réputé. Son objectif : organiser une grande exposition faisant la lumière sur le travail d'Enguerrand.
J'ai découvert en une centaine de pages des personnages forts, et un contexte de guerre terrible : le Rwanda. La première de ces féroces destinations. Autant dire que je suis happée par la construction de l'histoire qui fait des allers-retours entre les carnets, les lettres et le présent. Un récit qui en entremêle d'autres dans la forme et dans les pensées de trois personnages. Et ce n'est pas fini. Car la suite du roman ne nous épargne pas non plus : Bosnie, Afghanistan, Irak.
Le point fort du roman est d'aborder la guerre par le point de vue des images, de la photographie, de l'art. On s'interroge : Est-ce que l'image qu'on a des pays en guerre est vraiment ressemblante à la réalité ? À ce que vivent les gens ? Comment l'art et la photo peuvent transcrire l'horreur, la peur ? N'est-ce pas une vaste mise en scène qui nous permet de recueillir réellement ce qui a eu lieu, ce que les victimes ont vu de leurs propres yeux ? de questionnements foisonnants en narration d'une réalité terrible, le roman aborde la philosophie de l'art. La guerre n'est pas décrite par son aspect historique mais par des descriptions de sentiments et de la manière dont nous la ressentons à travers les images que la photo propose.
J'ai aimé m'imaginer les photos, des décors, l'ambiance pesante. Cela est rendu possible par la force des descriptions, des références, des comparaisons de l'auteure. C'est une écriture simple, rythmée, mais non dénuée de style.
C'est un roman fort, terrible par le sujet mais aussi envoûtant, car les mots suffisent à faire jaillir les photos dans l'imagination du lecteur. Une lecture passionnante et envoûtante, qui nous emmène dans un beau voyage à travers le temps et les images.
Merci Lecteurs.com #Explorateursrentréelittéraire
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asimondebessac
  08 septembre 2019
J'espère que ce livre fera du bruit, j'espère qu'il touchera un maximum de monde. C'est une oeuvre extraordinaire. Par sa beauté brute, il touche en plein coeur et sublime les actes les plus monstrueux. Quatre symboles de notre époque, de notre monde. le Rwanda, la Bosnie, l'Afghanistan et l'Irak sont ici placés devant l'objectif du photographe. Quatre guerres brûlantes, destructrices qui ont mis à feu et à sang des pays entiers. Denis Drummond a réussi le pari audacieux de sublimer la guerre à travers les clichés de son personnage principal, Enguerrand, grand photo-reporter indépendant. Cela commence par une lettre.... "Je te confie ce travail (...) Dans chacune des enveloppes, tu trouveras un négatif, le journal que j'ai tenu pendant cette période, ainsi que des notes. (...) Tu es seule détentrice des images." Oubliez les clichés qui font la Une de la presse internationale... imaginez quatre photographies uniques, créés dans un seul but : "ouvrir une dimension vertigineuse sur notre nature humaine." J'ai tout aimé dans ce livre : ce sujet si dur traité avec toute l'objectivité et la sincérité qu'il mérite, cette plume qui touche au sublime, cette histoire où dans la mort, l'amour parvient quand même à trouver sa place. Je l'ai lu il y a deux mois, quand nous avons reçu les tout premiers exemplaires au cherche midi et que j'y travaillais encore. J'y pense très souvent et je le relirai. C'est un livre qui marque par sa force et sa beauté. On ne peut pas, on ne doit pas fermer les yeux sur l'horreur de la guerre. Elle est partout. C'est un livre qui transpire le conflit, la mort... mais aussi l'espoir, la beauté, les rencontres et les amitiés hors du temps. La vie silencieuse de la guerre est une oeuvre sublime, à la plume délicate et élégante. Je vous le conseille et plus encore, je vous exhorte à le lire, pour mieux connaitre le monde qui nous entoure, pour réfléchir sur la situation, pour se rendre compte que la guerre n'est pas qu'affaire du passé, que partout, autour de nous, des conflits éclatent tous les jours, que les morts se comptent pas centaine, qu'il faut réagir, qu'il faut dénoncer, qu'il faut en parler... afin de toujours protéger notre humanité.
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critiques presse (1)
Bibliobs   20 août 2019
Avec « la Vie silencieuse de la guerre », Denis Drummond signe l’un des romans les plus ambitieux et déflagrants de la rentrée.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
GeorgesSmileyGeorgesSmiley   23 juillet 2019
Dans son journal, Enguerrand parle du massacre, mais il ne le décrit pas. Il ne le montre pas. Il ne l'a pas photographié.
La seule photo que nous connaissions de lui, à ce moment précis qu'il qualifie d'innommable est celle des corps souffrants mais vivants des hommes qui ont, pour un temps, échappé au massacre. Personne ne sait ce qu'il adviendra d'eux. La photo demande grâce de leur survie. Elle est à l'image du silence qui suit l'infigurable. Elle nous cache l'impuissance de Dieu, son absence.
Enguerrand prépare un ex-voto contre la guerre !
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GeorgesSmileyGeorgesSmiley   23 juillet 2019
Agés de quatorze ans, vrais jumeaux, la silhouette fine et le regard malicieux, ils étaient trop heureux de l'accompagner vers le nord. Alors que la tension semblait monter dans le village, Enguerrand savait qu'il prenait une grande responsabilité, mais les parents acceptèrent avec fierté, se disant que les uns et les autres se protégeraient mutuellement. La réalité était plus tragique. Enguerrand le comprit plus tard. Les parents savaient que les Hutus, leurs voisins de village, ceux qui tenaient les champs, écoutaient les appels de la radio à se débarrasser de la vermine tutsi et que, tôt ou tard, ils les exécuteraient tous. Ils se quittèrent avec la dignité de ne rien laisser paraître.
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GeorgesSmileyGeorgesSmiley   28 juillet 2019
Lui apparut alors qu'Enguerrand avait construit un magnifique cheval de Troie, mais que cette oeuvre était un piège, un piège offrant à l'horreur le masque de la beauté. Et cette beauté lui était devenue insupportable.
Ce paravent pour les morts n'était pas sa guerre à elle, la guerre vécue dans les camps de réfugiés. Leur laideur était sans fard. Rien ne pourrait les grimer. Leur tristesse inaugurale ne pouvait être consolée. Ces arrière-cours oubliées de la guerre n'étaient rien d'autre que des lieux de souffrance clos par la perte. Il n'y avait pas de place pour la beauté autre que celle des visages condamnés à vivre l'errance immobile d'un destin de mort-vivant.
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GeorgesSmileyGeorgesSmiley   22 juillet 2019
Sa passion pour les images date de l'école communale, celle de la rue Saint-Jacques puis de la rue Victor Cousin, celle des blouses grises et des plumiers, du lait chocolaté de Mendès France et de la mort de Piaf. Les premières images avaient été celles de la récompense, déposées comme une hostie dans la paume de la main à la fin de chaque semaine, le samedi, peu avant midi, car le travail avait été bien fait, les leçons apprises et les cahiers tenus. Les autres, quotidiennes, se succédaient accrochées au tableau noir, formant les grands espaces d'un voyage haletant entre la cour du Roi-Soleil et les ressources minières de l'Afrique-Equatoriale française.
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GeorgesSmileyGeorgesSmiley   22 juillet 2019
Il n'eut le temps que d'un seul cliché, celui de tous ces regards tendus dans la même direction, exprimant le même saisissement, la même terreur, au point d'effacer toute singularité, exprimant une attraction et un effroi comme s'ils percevaient ensemble, au même moment, avec la même intensité, que la guerre invente des horreurs.
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