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Jacques Borel (Autre)Samuel Silvestre de Sacy (Éditeur scientifique)
ISBN : 2070321479
Éditeur : Gallimard (06/02/1975)

Note moyenne : 3.3/5 (sur 82 notes)
Résumé :
Ces vers décrivent avec nostalgie une expérience du temps vécue à travers l'évocation d'un passé historique (Rome) et personnel.
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
michfred
  27 juillet 2015
Parti plein d'enthousiasme pour Rome,ville des "armes et des lois", paradis humaniste rêvé des philologues, haut lieu des échanges culturels entre les humanistes européens, convié à la cour du Pape, en qualité de secrétaire de son oncle évêque, Du Bellay l'angevin se morfond tristement...
Cruelle déception: rien qu'un champ de ruines plein de marchands du temple, des courtisans jaloux, intrigants ,ridicules...mais surtout: où est son petit Liré? où la douceur angevine? où l'ardoise fine?
Après les rêves bâtis sur la vision de la ville éternelle, ce sont les tristes réalités, d'une ville en chantier, chaotique, loin de ce que le poète avait imaginé.
Aux Antiquités de Rome succèdent alors Les Regrets. C'est toute l'amertume d'une déception qui se lit dans ce deuxième recueil..
La nostalgie à l'état pur et étymologique: le tourment du retour...
Dans la même édition, le premier "manifeste" poétique français Défense et Illustration de la Langue Française.
Les poètes humanistes et philologues de La Pléiade , tous fins latinistes et hellénistes grâce au talent du professeur de leur collège de Coqueret, le bien-aimé Dorat, revendiquent une refonte de la langue, fécondée par les apports du latin et du grec, une syntaxe plus pure, des modèles poétiques difficiles tel le sonnet hérité de Pétrarqu. Ils veulent des amours platoniciennes inspirées de Marsile Ficin mais pour des galanteries pas toujours platoniques, des thématiques renouvelées, une exigence et une culture toutes antiques...et résolument modernes!
Cette bande d'énergumènes agités, dont nous avons sagement ânonné les poèmes sur les bancs de notre école publique, venait de révolutionner la poésie!
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colimasson
  11 mai 2015
Qui a écrit ces vers célèbres ?

« Je ne chante (Magny), je pleure mes ennuis :
Ou, pour le dire mieux, en pleurant je les chante,
Si bien qu'en les chantant, souvent je les enchante :
Voila pourquoi (Magny) je chante jours et nuits » ?

Ils se trouvent dans les Regrets, inclus dans la lignée d'autres sonnets de bon cru.

Mon goût personnel tendrait à penser que la poésie des Regrets est largement surestimée mais ne nous limitons pas à une lecture immédiate et affective. Les poèmes de ce recueil dévoilent tout leur intérêt dans la perspective d'un cadre littéraire et politique qui renvoie d'une part au mouvement de la Pléiade et d'autre part à la déchéance de la Rome papale.

Joachim du Bellay, poète de la Pléiade, vivait à Paris avec ses semblables de plumes qui louaient unanimement la gloire de cette Rome antique qui avait permis à de grands auteurs comme Virgile ou Cicéron de construire leur oeuvre, jusqu'au jour où Du Bellay fut plus ou moins embarqué dans un voyage qui devait le conduire pendant trois ans à effectuer de menues tâches administratives dans la ville « mère des Arts » vantée par Ronsard. La réalité est bien souvent plus décevante que l'imagination et pour se lamenter, Du Bellay commença à rédiger les Regrets au cours de son séjour romain. Il le poursuivit encore lors de son retour et une fois rentré au bercail parisien. Ce recueil est donc celui du paradoxe : les lamentations sur l'exil composées en partie lors du retour offrent un espace d'expression à la fois pour la plainte, pour la satire et pour l'élégie, composition hétéroclite et incohérente si on la place dans la perspective purement biographique. Un autre paradoxe, et non des moindres, peut rendre le lecteur confus. Alors que Joachim du Bellay recommandait de prendre ses distances avec les sources d'inspiration antiques dans sa Défense et illustration de la langue française, il nous faut reconnaître qu'il déploie ici une poésie savante et riche de références à Ovide, Horace, Virgile ou Cicéron pour les anciens, mais aussi à Erasme ou à Ronsard, son compagnon et principal rival de la Pléiade. Les paradoxes se résolvent lorsque l'on déplace les Regrets du plan de la lecture biographique pour les placer sur le plan de la lecture littéraire. le recueil devient alors le manifeste d'une écriture poétique profondément originale, dans la lignée de cet humanisme qui accorde de l'intérêt aussi bien à l'individu qu'à la toile de ses sources d'inspiration.

Les Regrets est un puissant témoignage de cette période poétique et historique de transition, qu'on lira sinon pour le plaisir, au moins pour l'anecdote.
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vincentf
  03 novembre 2012
Au début, Du Bellay agace un peu. Il n'arrête pas de se plaindre, de geindre, de regretter sans bouger. Mais il sort de sa torpeur, et nous avec, quand il commence à parler du monde qui l'entoure, cette Rome qui n'est plus que l'ombre d'elle-même, le ridicule de ceux qui s'y pavanent, le règne de l'apparence et le luxe sans gloire des parvenus qui se croient importants. La plume de du Bellay passe de la mélancolie au curare, piquant élégamment ses contemporains ou rêvant de l'ingrate patrie qui s'éloigne, défendant sa langue qui peut, à l'instar des langues antiques, tout dire et bien le dire. Sa langue pourtant, à Du Bellay, nous semble trop corsetée, pas encore assez affirmée, et on la lit désormais comme lui lisait les langues anciennes.
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frandj
  15 février 2017
Joachim du Bellay fut l'un des grands poètes de la Pléiade, presque aussi célèbre que Ronsard. Malheureusement, il est mort très jeune, à 37 ans. J'ai entre les mains ce livre de poche (appartenant à une collection très attractive), qui contient de la poésie et aussi de la prose: "Défense et illustration de la langue française". Je ne commenterai ici que "Les Antiquités de Rome" et "Les regrets", tous deux publiés en 1558.
Le premier recueil est court; il évoque la découverte de Rome par Du Bellay arrivant dans la Ville Eternelle dans l'équipage du cardinal homonyme: le poète, pétri d'humanités classiques, se plait à glorifier l'antique Rome et surtout à déplorer sa chute finale. le second recueil, plus long, est composé de 191 sonnets: le poète y exprime sa très forte nostalgie du pays natal, alors qu'il séjourne encore à Rome. Ces plaintes déchirantes et répétées sont souvent adressées à un personnage déterminé (souvent un poète français).
Dans la présente édition, l'orthographe (qui, en fait, était fantaisiste au temps de du Bellay) est conforme aux usages de notre époque: c'est une bonne chose. Mais la langue, qui est celle du XVIème siècle, peut surprendre le lecteur non averti; heureusement, un lexique placé à la fin de l'ouvrage traduit certains mots complètement tombés en désuétude. Certaines tournures et le style peuvent paraitre assez vieux jeu ou un peu académiques.
On trouve de grandes beautés dans ces poèmes, surtout dans "Les regrets". Quelques sonnets, comme "Heureux qui comme Ulysse…" par exemple, sont restés gravés dans la mémoire collective. D'autres méritent d'être (re)découverts. Toutefois, pour être tout à fait franc, j'ai été légèrement déçu par ma relecture: il me semble que j'avais mieux aimé ces sonnets, quand je les avais étudiés à l'école.
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chartel
  31 août 2016
L'école de la République ne pouvait que mettre à l'honneur le héraut de la langue vulgaire, la future langue d'une France une et indivisible qui mettra à l'index toutes les autres littératures du territoire national porteuses (soi-disant) de troubles et de séditions. Du Bellay est donc toujours inévitable dans le parcours d'un élève. Il est vrai que sa langue est belle, sonnante et rieuse, surtout dans sa prose de "Défense et Illustration de la Langue française" où, à l'inverse du rythme imposé des sonnets des Regrets et des Antiquités de Rome, elle se donne le droit de s'éterniser, de s'épaissir et de durer. Une si belle langue qu'on ne peut s'empêcher de la lire à haute voix.
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Citations et extraits (39) Voir plus Ajouter une citation
colimassoncolimasson   13 janvier 2016
Ô marâtre nature (et marâtre es-tu bien,
De ne m’avoir plus sage ou plus heureux fait naître),
Pourquoi ne m’as-tu fait de moi-même le maître,
Pour suivre ma raison et vivre du tout mien?

Je vois les deux chemins, et ce mal, et de bien :
Je sais que la vertu m’appelle à la main dextre,
Et toutefois il faut que je tourne à senestre,
Pour suivre un traître espoir, qui m’a fait du tout sien.

Et quel profit en ai-je ? Ô belle récompense !
Je me suis consumé d’une vaine dépense,
Et n’ai fait autre acquêt que de malet d’ennui.

L’étranger recueillit le fruit de mon service,
Je travaille mon corps d’un indigne exercice,
Et porte sur mon front la vergogne d’autrui.
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colimassoncolimasson   21 janvier 2016
Si les larmes servaient de remède au malheur,
Et le pleurer pouvait la tristesse arrêter,
On devrait, Seigneur mien, les larmes acheter,
Et ne se trouverait rien si cher que le pleur.

Mais les pleurs en effet sont de nulle valeur :
Car soit qu’on ne se veuille en pleurant tourmenter,
Ou soit que nuit et jour on veuille lamenter,
On ne peut divertir le cours de la douleur.

Le cœur fait au cerveau cette humeur exhaler,
Et le cerveau la fait par les yeux dévaler,
Mais le mal par les yeux ne s’alambique pas.

De quoi donques nous sert ce fâcheux larmoyer ?
De jeter, comme on dit, l’huile sur le foyer,
Et perdre sans profit le repos et repas.

-Sonnet 52-
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colimassoncolimasson   16 mai 2015
Ceux qui sont amoureux, leurs amours chanteront,
Ceux qui aiment l’honneur, chanteront de la gloire,
Ceux qui sont près du Roy, publieront sa victoire,
Ceux qui sont courtisans, leurs faveurs vanteront ;

Ceux qui aiment les arts, les sciences diront,
Ceux qui sont vertueux, pour tels se feront croire,
Ceux qui aiment le vin, deviseront de boire,
Ceux qui sont de loisir, de fables escriront,

Ceux qui sont mesdisans, se plairont à mesdire,
Ceux qui sont moins fascheux, diront des mots pour rire,
Ceux qui sont plus vaillans, vanteront leur valeur ;

Ceux qui se plaisent trop, chanteront leur louange,
Ceux qui veulent flater, feront d’un diable un ange :
Moy, qui suis malheureux, je plaindray mon malheur.

-Sonnet 5-
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colimassoncolimasson   04 février 2016
Veux-tu savoir, Duthier, quelle chose c’est Rome ?
Rome est de tout le monde un publique échafaud ;
Une scène, un théâtre, auquel rien ne défaut
De ce qui peut tomber ès actions de l’homme.

Ici se voit le jeu de la fortune, et comme
Sa main nous fait tourner ores bas, ores haut :
Ici chacun se montre, et ne peut, tant soit caut,
Faire que tel qu’il est, le peuple ne le nomme.

Ici du faux et vrai la messagère court,
Ici les courtisans font l’amour et la cour,
Ici l’ambition et la finesse abonde :

Ici la liberté fait l’humble audacieux,
Ici l’oisiveté rend le bon vicieux,
Ici le vil faquin discourt des faits du monde.

-Sonnet 82-
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colimassoncolimasson   18 mai 2015
« Vu le soin ménager, dont travaillé je suis,
Vu l’importun souci, qui sans fin me tourmente,
Et vu tant de regrets, desquels je me lamente,
Tu t’esbahis souvent comment chanter je puis.

Je ne chante (Magny), je pleure mes ennuis :
Ou, pour le dire mieux, en pleurant je les chante,
Si bien qu’en les chantant, souvent je les enchante :
Voila pourquoi (Magny) je chante jours et nuits.

Ainsi chante l’ouvrier en faisant son ouvrage,
Ainsi le laboureur faisant son labourage,
Ainsi le pelerin regrettant sa maison,

Ainsi l’aventurier en songeant à sa dame,
Ainsi le marinier en tirant à la rame,
Ainsi le prisonnier maudissant sa prison.

-Sonnet 12-
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Vidéo de Joachim Du Bellay
Comme le marinier, que le cruel orage - Joachim Du Bellay
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