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Jane Fillion (Traducteur)
ISBN : 2752903111
Éditeur : Phébus (31/10/2007)

Note moyenne : 3.79/5 (sur 45 notes)
Résumé :
Branwell est l'enfant maudit de la famille Brontë. L'unique frère de Charlotte, Emily et Anne était pourtant promis à un brillant avenir. C'est lui qui construisit le monde imaginaire de la fratrie, inventa les jeux qui nourrissaient l'imagination de ses soeurs, lui qui les inviterait à la création, à l'écriture. Mais l'enfant prodige devint peu à peu un poète déchu, s'aidant d'alcool et d'opium pour surmonter la folie, tandis que les trois soeurs accédaient la reno... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
LiliGalipette
  27 septembre 2012
Dans la famille Brontë, je voudrais les soeurs : Charlotte, Emily, Anne. Je voudrais le frère : Patrick Branwell. Pioche… C'est un peu ce que la postérité garde comme souvenir de la fratrie des Brontë. On parle bien peu de Patrick Branwell Brontë, mort à 31 ans. Daphné du Maurier décide de sortir du néant ce garçon si prometteur. Et l'on sent bien tout l'intérêt qu'elle porte à la fratrie et aux oeuvres des Brontë.
Élevé avec ses cinq soeurs dans le presbytère de son père, il souffre de la mort de sa mère et de deux de ses soeurs. Son enfance est durablement marquée par la perte et la peur de la séparation. Constamment entouré des soins inquiets de son père et de sa tante, le jeune Branwell grandit en maître absolu sur ses soeurs, même les aînées. Dans leurs jeux d'enfant, ils sont Brannii, Tallii, Emmii et Annii et ils prêtent vie à des soldats de bois qui seront les héros des histoires qu'ils ne cesseront d'inventer. Les quatre enfants font montre d'une précocité intellectuelle étonnante et d'une imagination débordante. Dans le secret de la salle d'étude, ils inventent le monde d'Angria. Tout ce qu'ils entendent ou voient est transformé et déposé dans leur monde imaginaire. Pas un voisin n'échappe à leur puissante reconversion de leur plume.
Mais si les trois soeurs sauront mener leur vie en parallèle de cet univers fantasmagorique, Branwell se laissera dévorer par sa création littéraire et par son personnage principal, le superbe Alexander Percy. « Branwell se glissait à volonté dans l'enveloppe de ce personnage romantique qui répondait à ses secrètes aspirations. » (p. 97) Plus faible que ses soeurs, le fils Brontë est incapable d'acquérir et de conserver son indépendance. Ses carrières de portraitiste, de précepteur et même de chef de gare avortent toutes et le jeune homme se complaît dans un monde où il est une éternelle victime. En réalité, Branwell est rongé par un déséquilibre nerveux que ne corrigent pas les excès d'alcool et de laudanum. Lentement, il se détruit et détruit tout son potentiel créateur. Son talent se nécrose sous les effets de la névrose. Finalement, il semble bien que Branwell Brontë soit le seul auteur de sa déchéance et l'acteur de sa propre malédiction. « Il aspirait à savourer dans la réalité les joies de son monde infernal. » (p. 200) Patrick Branwell Brontë est un génie qui s'est sabordé, incapable de supporter le succès de ses soeurs. Son esprit trop vif était prisonnier d'un corps marqué par les vices.
Ce monde est infernal au sens dantesque puisque Branwell est prisonnier de cercles infinis de terreur et de douleur. Mais il l'est aussi au sens des bibliothèques : un enfer, c'est la réserve où sont conservées les oeuvres mises à l'index parce que jugées odieuses ou immorales par une société. Les enfants Brontë avaient « le sentiment étrange, à demi conscient, que le produit de leur imagination avait quelque chose de répréhensible, qui encourrait la réprobation, le blâme de tous ; ils baptisèrent leur création “le monde infernal”, comme si Satan lui-même en était le Grand Instigateur. » (p. 47) Les chroniques angrianes sont-elles un enfer littéraire ? Sans aucun doute puisque personne n'est autorisé à les lire, si ce n'est pas leurs auteurs.
Au-dessus de la fratrie plane la figure du père. Mr Brontë est à la fois Papa, bon et protecteur, mais aussi le Pasteur, sévère et rigoriste. L'amour se mêle de terreur et, plus tard, de rejet quand Branwell rompt ses liens avec la religion. Et dans la solitude de sa chambre à l'étage, le jeune homme maudit les siens et les accuse de ses faiblesses et de ses échecs.
Le monde infernal de Branwell Brontë n'est pas une biographie, ni une fiction. Je le vois comme un roman familial, une chronique historique et littéraire, mais aussi une bibliographie et un palimpseste familial puisque chaque personne réelle dissimule un personnage à venir dans une des oeuvres des soeurs Brontë. le travail de Daphné du Maurier est colossal : elle compare les poèmes du frère et des soeurs, opère de judicieux recoupements entre les textes de chacun. L'influence des uns et des autres est donc palpable, à un moment ou un autre, dans la production finale des soeurs Brontë. Est-il si vain de penser qu'Emily n'a pas écrit seule Les hauts de Hurlevent ? Et les amoureuses malheureuses de Branwell ne sont-elles pas la source d'Agnes Grey ? Si vous ne croyez pas à cette intertextualité familiale, vous apprécierez en tout cas les poèmes présentés en anglais, puis traduits en français, ou la correspondance des Brontë, disséminée dans le texte de Daphné du Maurier. Ce document est rigoureux, très exigeant, très riche également. C'est enfin l'hommage passionné d'une lectrice qui a tenté de repousser les ombres de l'oubli du front froid d'un jeune homme perdu. Et c'est sans aucun doute une de mes meilleures lectures de ces derniers mois.
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scarlett12
  15 février 2018

Patrick Branwell Brontë est le 4ème enfant de la fratrie Brontë et le seul garçon parmi les six enfants.
Il est le plus chéri de ses parents et de ses soeurs. Enfant surdoué, HP dit-on maintenant, il est aussi nerveux, instable et épileptique.
Confronté très jeune à la mort, sa mère décède lorsqu'il n'a que 3 ans, il est pris en charge par Maria, l'aînée de la famille alors que celle-ci n'a que 6 ou 7 ans et qui lui sert de petite mère. Un peu plus tard, Maria et Elisabeth sont envoyées en pension et, quoique choyé et idolâtré par son père, Maria lui manque, d'autant plus que les deux aînées reviennent du pensionnat pour mourir au presbytère dirigé par son révérend de père. Deuxième deuil déjà pour ce jeune enfant qui vit au presbytère entouré d'un cimetière où sont enterrées sa mère et ses deux soeurs aînées.
Branwell, s'enferme alors dans des mondes imaginaires qu'il partage avec Charlotte, Emily et Anne. Son imagination sans limites en fait le chef incontesté. Ayant créé, parmi leurs nombreux mondes, celui d'Angria à partir de petits soldats de bois offerts par son père, il en distribue un à chacune de ses soeurs. C'est d'eux qu'émergèrent les héros que ses soeurs introduisirent plus tard dans leurs romans. le soldat qui pour Charlotte incarnait Wellesley, duc de Wellington, se transforma en Rochester, aimé par Jane Eyre. Parry, celui d'Emily, devint Heathcliff et Ross, le soldat d'Anne, personnifia Arthur Hutingdon dont la femme s'enfuit à Wildfell Hall.
Branwell, quant à lui choisit Alexander Percy qui demeura ignoré et inconnu.
Ils rédigeaient tous quatre des aventures écrits en lettres minuscules, pour leurs personnages. Vivant dans des mondes complètement imaginaires, Charlotte et Emily durent toutefois en sortir pour se rendre à leur tour en pension. Seuls demeurèrent au presbytère Anne pour son jeune âge et Branwell qui, chéri de son père, reçut une instruction plus poussée que ses soeurs, il en fallait bien tant pour le petit génie. Charlotte avec laquelle il avait le plus d'affinités, lui manqua cruellement à son tour.
Avec le temps, ses soeurs trouvèrent chacune un emploi de gouvernante tandis que Branwell se vit refuser l'entrée à la National Portrait Gallery, que ses innombrables poèmes ne trouvèrent aucun éditeur et que finalement engagé aux chemins de fer,il se fit renvoyer à deux reprises. Il faut dire que ses nerfs fragiles ne jouaient pas en sa faveur et que l'absorption d'alcool et de laudanum n'arrangèrent pas le problème.
Finalement, engagé comme précepteur dans la même maison qu'Anne, il en fut vite chassé pour comportement inadéquat. Daphné du Maurier le soupçonne d'avoir été amoureux d'une des filles de la maison, Lydia, qui s'enfuit bientôt avec un comédien qu'elle épousa en cachette. Branwell, honteux de son manque d'audace et n'osant s'avouer sa défaite, prétendit alors avoir eu une liaison amoureuse avec Mrs Robinson, la mère de la jeune fille, elle aussi prénommée Lydia. de mensonges en crises de schizophrénie, il perdit alors tout sens de la réalité et de l'imaginaire.
Etre torturé et songeant de plus en plus à la mort, il passa ses jours désoeuvré et accentua sa consommation alcoolique additionnée de laudanum. Cela fit évidemment vaciller davantage le peu de raison qu'il lui restât.
Un élément est fort interpellant : un soir dans un bistro il sortit des feuilles manuscrites de son chapeau et les lut à ses camarades de beuverie, il s'agissait ni plus ni moins de passages des "Hauts de Hurlevent", ébauche du fameux roman attribué plus tard à Emily ... alors, feuillets volés à sa soeur ou au contraire, Emily s'attribua-t-elle les idées de Branwell ? Il est vraisemblable qu'ils y contribuèrent tous deux, Branwell représentant le fameux Heathcliff ...
Bien que ses soeurs lui dissimulèrent l'édition de leurs livres, il s'en douta et en conçut une amertume telle qu'il se considéra plus que jamais comme un raté et n'aspira plus qu'a son trépas. Branwell, génie méconnu, mentor de ses soeurs mourut à 31 ans, probablement de tuberculose et sa vie fut un vrai gâchis où, trop fragile pour vivre une vie réelle, il gaspilla toutes ses géniales aptitudes dans des mondes imaginaires sans réaliser le moindre de ses dons.
Peut-être est-ce une maladie nerveuse génétique ou bien, ce monde de deuil où il fut contraint de vivre mais plus probablement l'aboutissement d'un enfant trop choyé, considéré, à juste titre comme un génie, et qui ne réussit pas à faire adhérer ses mondes imaginaires à la réalité. Dommage pour lui, pour son entourage et pour la postérité que le gaspillage de tant de dons qu'il transmit finalement à ses soeurs sans en jouir lui-même ...
Pauvre Branwell ...
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Rebus
  04 août 2015
A travers la courte vie de Branwell, Daphne du Maurier nous raconte la vie singulière et tragique des Brontê, dans leur presbytère isolé du Yorkshire.
Branwell, le seul garçon des six enfants du couple Brontë, est très tôt marqué par la mort : d'abord celle de sa mère, puis celle de ses soeurs aînées, Maria et Elizabeth. Des pertes tragiques qui le feront s'interroger sur sa foi, lui, fils de pasteur.
Enfant, il fut le pygmalion, le dieu vivant de ses soeurs : c'est lui qui insuffla ce vent de la création littéraire, dans leur petite salle d'étude. Ils créent ensemble ce monde infernal, peuplé de personnages inspirés de la réalité, flamboyants et passionnés.
Enfant brillant, fils unique sur qui repose tous les espoirs du père, Patrick Brontë, Branwell adulte ne parviendra jamais à concrétiser une quelconque réussite : il échoue à la Royal Academy, en tant que portraitiste, il ne sera jamais publié, il sera renvoyé de ses postes de précepteur et de chef de gare.
Il se perdra dans l'alcool et le laudanum et mourra à 31 ans de la tuberculose. Officiellement, il ne saura jamais que ses trois soeurs ont chacune publié un roman, et que Charlotte est le célèbre auteur de Jane Eyre.
Pendant ma lecture, je suis tombée par hasard sur une représentation du fils prodigue : son départ douloureux loin de sa famille, et son retour, riche et important. Je n'ai pu m'empêcher de penser à Branwell : chaque retour au presbytère est pour lui synonyme d'échec.
Daphne du Maurier a accompli un travail titanesque : l'ouvrage est très documenté, on sent à chaque page l'amour et l'intérêt qu'elle porte à cette famille.
Une biographie très intéressante et indispensable pour les admirateurs des Brontë.
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Missbouquin
  26 octobre 2012
Lu pour le petit club de lecture que nous organisons mensuellement avec George et Lili Galipette, je remercie plus particulièrement cette dernière de nous l'avoir proposé car je ne l'aurais jamais lu de moi-même (au-delà du fait que je ne connaissais pas son existence le mois dernier !). C'est l'occasion de réitérer mon enthousiasme pour ce genre de club et de lectures partagées, toujours riches d'échanges et de découvertes .. Oui la lecture peut être un plaisir collectif !
Bref, j'en reviens à ce cher Branwell, frère des célèbres soeurs Brontë, enfant chéri de son père (plus stimulé, plus instruit que ses soeurs), à l'intelligence vive et à l'imagination prolifique. Toutes les portes lui semblaient ouvertes. Mais quand il meurt à 31 ans, on l'a oublié. C'est cet oubli que Daphné du Maurier a voulu combler en complétant, d'une manière romanesque, la biographie des soeurs Brontë écrite cent ans plus tôt par Elizabeth Gaskell. Histoire de rendre hommage à cet homme qui fut en partie à l'origine des vocations littéraires de ses soeurs.
En effet, dès leur enfance, les quatre Brontë sont très liés, surtout après la mort de leurs deux soeurs aînées, dans un pensionnat glacial. Ils se serrent les coudes, Branwell avec Charlotte, Emily avec la petite Anne. Ils inventent un monde infernal, totalement imaginaire mais extraordinairement bien construit, avec un pays inventé, des aventures, des personnages hauts en couleur. Des personnages que l'on retrouvera dans les romans de Charlotte et d'Emily … « et de quelles couleurs plus vives que les siennes il peignait les scènes de son monde infernal !«
Mais le risque pour ces enfants étaient d'arriver à passer de la fiction à la réalité. Et quand Branwell approche de sa vingtième année, le choc est rude : il n'a écrit que des poèmes rejetés par les journaux, il a été refusé à l'Académie Royale des arts, il est incapable de finir ses textes. Non encadré (à la santé fragile, son père n'a jamais voulu l'envoyer au collège), il ne se prend pas en main. C'est un échec, qu'il va noyer dans l'alcool et le laudanum. « Frustration à l'idée qu'à vingt ans il était incapable de gagner sa vie; que cette éducation reçue à la maison, et dont son père se montrait si fier, ne l'avait préparé à rien. »
Ses rêves, il continue à les verser dans son grand roman épique, à travers le personnage d'Alexander Percy qui est tout ce qu'il a toujours voulu être … « Percy, son mauvais génie, l'habitait maintenant tout entier, lui enlevant tout empire sur lui-même, ne laissant plus que l'enveloppe d'un Branwell vidé de tout jugement et moralement épuisé. » Il a besoin d'une vie active mais sans argent, il est condamné à déperir au presbytère familial.
La figure du père est importante tout au long du texte : « Branwell, enfant, était l'orgueil et l'espoir de son père et de ses soeurs, mais lorsqu'il fut adulte, il n'en fut plus de même. » Et plus loin : « il avait déçu un père qui l'adorait; déçu une soeur qui avait la plus chère compagne de son enfance: c'était leurs reproches muets, leurs soupirs étouffés qui faisaient le plus souffrir sa conscience. ». Il est déjà dur de ne pas être à la hauteur de ses propres ambitions, mais décevoir son entourage est encore pire pour un être aussi sensible que Branwell …
Et le coup final qui est porté avec le succès de ses soeurs et surtout de Charlotte, dont il était la plus proche, qui devient mondialement connue. En 1845, quand leurs premières publications paraissent, on assiste aux sont derniers éclats du talent de Branwell. le manque d'argent, la dépression, les crises d'angoisse, l'épilepsie achèveront le travail de destruction de cet homme fragile. le monde lui a refusé une place qu'il n'a pas eu la force de prendre. « le laudanum (avec ses 10% d'opium) représentait une libération. »
C'est donc une entreprise très intéressante à laquelle s'est attaquée Daphné du Maurier, nous fournissant ainsi un document essentiel sur cette figure méconnue, richement illustrée par des poèmes et textes de Branwell lui-même ou de ses soeurs.
Je n'ai pu m'empêcher de faire le parallèle avec le film que je suis allée voir il y a quelque temps, Les Soeurs Brontë, qui date de 1979, avec Isabelle Huppert, Isabelle Adjani et Marie-France Pisier. André Techiné, le réalisateur, nous a offert une très belle illustration de cet ouvrage justement, par l'histoire des Brontë dans laquelle Branwell apparaît régulièrement … Je ne peux que vous le conseiller !
Lien : http://missbouquinaix.wordpr..
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OhOceane
  19 avril 2011
J'étais attirée par ce titre d'abord parce que j'associe constamment Du Maurier et les Brontë, je ne sais pourquoi, certainement l'écriture, le souffle, l'imaginaire un peu sombre. le Monde Infernal de Branwell Brontë n'est pas un roman comme les autres. Il s'attache aux faits, à la vie particulière de ce jeune homme tragique. Branwell est le frère oublié des soeurs Brontë. Enfin, oublié, c'est une façon de parler : méconnu plutôt.
L'oeuvre des trois soeurs est connue, mais je ne soupçonnais pas l'importance de ce frère dans leur processus de création. Branwell est un être fantasque, créatif, fascinant. Aussi torturé que génial. Et là où ses soeurs ont su trouver un épanouissement dans la création intellectuelle, il a rencontré la souffrance, le questionnement tragique et l'incessante torture de l'artiste maudit. Car son génie ne le conduit qu'à la frustration et à la destruction pour lui-même. L'amour des trois soeurs pour ce frère est éclatant et sans faille, et leur oeuvre porte la trace de cet amour. Il reste dans l'ombre, mais paradoxalement il les éclaire d'une lumière créatrice, quand lui se consume dans l'autodestruction. Glass Town, cette fabuleuse construction de mondes imaginaires qui a contribué à l'éveil littéraire des soeurs Brontë, est en grande partie le fait de Branwell. Et c'est étrange comme ce fils préféré, ce frère adulé pour son talent, son génie même, propre à enflammer l'imagination de ses soeurs, ce frère donc ne saura pas affronter le monde, le vrai, celui du dehors, celui des amours déçues, des amitiés contrariées, le monde où il faut se contraindre à des tâches ingrates d'employés pour qui a en son esprit une véritable fatrasie. Comment survivre en ce monde, sans l'aide de l'alcool et du laudanum ? Comment surmonter la perte de l'amour, l'échec, les blocages, la vanité de la création, sans ces béquilles indispensables ? La folie et la maladie s'emparent du corps et de l'esprit du petit frère devenu grand. Branwell n'était pas fait pour ce monde. Qui d'ailleurs peut y survivre, s'il ose se déciller les yeux ?
Daphné du Maurier plonge au coeur de cet amour et du désespoir. L'écriture fine et ciselée (merci la traductrice, Jane Fillion, de la famille de Nathan Fillion ???) sied à merveille au récit. le tout est documenté, comme il se doit pour une biographie, mais il bénéficie surtout du talent de romancière de l'auteur, qui dépeint le tragique et la descente aux enfers avec une plume captivante. Du Maurier rend hommage à un de ces confrères artiste génial oublié et malheureux. Un jeune homme que l'on regarde tomber, tomber, d'une chute si longue et si douloureuse, tomber et finir à 30 ans, convoqué par la mort, comme il se caricaturera lui-même. C'est peu dire que j'ai été touchée par ce récit. Je me sens proche de Branwell, plus encore que de ses soeurs, non pas que je m'associe à sa souffrance de génie frustré, mais je connais ces affres par lesquelles il est passé. Cette idée que le monde réel (IRL comme on dirait maintenant) n'est pas fait pour soi. L'idée que le prix à payer est trop lourd pour le regarder en face, car à le regarder justement, on en voit que les détails, ceux du diable. La beauté inaccessible, la laideur des coeurs, la vacuité des esprits et la mesquinerie des âmes. Pourquoi tout cela saute-t-il aux yeux de certains, au point que cela encombre le cerveau, qu'on ne voit plus que ça presque, et qu'il faille batailler pour apercevoir une lumière, une raison d'espérer, un but, quelque chose à aimer, et qui vous soigne en retour.
Branwell est un être d'exception, un vrai, un de ceux qui comprennent ces vérités, qui s'affranchissent des petitesses qui font le bonheur des autres. Il est de ceux qui veulent embrasser un destin, et qui n'y arrivant pas suffisamment, s'embrasent dans les flammes de la déception, de la frustration. Quand l'esprit bruisse de trop de pensées, de trop d'idées, quand le cerveau devient une machine qui s'emballe, hors de contrôle, la seule façon de survivre un peu, un tout petit peu, c'est d'embrumer l'esprit, de le noyer d'alcool ou de psychotropes quelconques juste pour avoir la paix. Même si c'est une paix illusoire, et l'antichambre à la paix éternelle.
Daphné du Maurier a pénétré cet esprit, l'hommage qu'elle lui rend m'a laissé émue et conquise.
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critiques presse (2)
Actualitte   06 août 2018
Si vous voulez vous délecter de cette ambiance morbide et romantique, alors lisez le récit de Daphné du Maurier. Peut-être alors, étendus sous le soleil brûlant de Provence, éprouverez-vous des frissons et la froidure du vent du Yorkshire ? Par ce temps de canicule, ce serait bien.
Lire la critique sur le site : Actualitte
LeFigaro   28 juin 2018
En 1960, Daphné du Maurier, à travers le portrait de l'oublié de la famille, brosse le portrait en creux des célèbres sœurs.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (72) Voir plus Ajouter une citation
scarlett12scarlett12   15 février 2018
Branwell renta à Haworth bouillonnant de projets d'avenir. Il ne parlait plus que de Leyland, d'art et de Londres ; et dans les secrètes chroniques de leur colonie angriane apparut un nouvel Alexander Percy, décrit cette fois par Charlotte, qui devait également avoir admiré le Satan de Leyland à l'exposition de Leeds.
L'expression serait pensive, voire calme, n'étaient le rictus sarcastique de la bouche et l'éclat inquiétant de l'oeil dont le regard - mélange de suprême dédain et de profond savoir - vous glace le sang dans les veines ... Pour moi ce visage incarne précisément l'image que nous nous faisons de Lucifer, l'ange rebelle : on y retrouve le même orgueil glacé ; la même puissance d'intelligence ; la même beauté froide mais parfaite ... Quant à son regard ... sombre et sardonique, il n'a rien d'humain ... J'eus l'impression qu'il lisait dans mon âme et tremblai de laisser percer un sentiment qui déchaînerait ses sarcasmes, exciterait le souverain mépris qu'exprimait chaque trait de son visage. Northangerland a dans les veines une goutte de fiel qui se répand dans ses membres, stagne autour de son coeur, forteresse de toute vie, et transforme le sang glorieux des Percy en un amer et âcre poison ...
Branwell, au cours de sa description de la fondation du royaume d'Angria (quelque vingt-trois pages d'une écriture microscopique et serrée), prête à Percy les plaintes suivantes :

Contemplant ma vie passée,
Je ne vois qu'orages et luttes stériles,
Vagues de douleur, d'espoir, de souffrance,
Retombant pour s'élever à nouveau !
Déjà mon orbite s'incline vers le soir
Où s'accumulent des ombres épaisses
Passant de la jeunesse à l'aube
Au méridien de la vie, sinistre et glacé.
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LiliGalipetteLiliGalipette   27 septembre 2012
« avec le sentiment étrange, à demi conscient, que le produit de leur imagination avait quelque chose de répréhensible, qui encourrait la réprobation, le blâme de tous ; ils baptisèrent leur création “le monde infernal”, comme si Satan lui-même en était le Grand Instigateur. » (p. 47)
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TestiflyTestifly   22 septembre 2013
"Paix dans la mort et joie dans la vie"

Heureux sont les morts, ne les plains pas,
Car si leur vie est achevée, leur tâche l'est aussi,
Et désirs et douleurs ne les tourmentent plus ;
Jamais, sur leur couche terrestre, ils ne connurent
Ce profond sommeil sans rêve qu'est le leur ;
Dans les tombeaux creusés sur la rive inconnue
Dont les Ténèbres et le Silence scellent les portes :
Détourne d'eux ta tête penchée
Et plains le mort vivant - dont l'âme s'est enfuie -
Déserté pas la vie, dédaigné par la mort,
Lui pour qui le Ciel est vide au-delà des nuées,
Lui que jamais n'illumine une lueur d'Espoir,
LUI, la proie de ce ver qui le ronge...
De la mort INEXORABLE, des ténèbres de la tombe.
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nathalie_MarketMarcelnathalie_MarketMarcel   29 juin 2015
Il avait déçu un père qui l’adorait ; déçu une sœur qui avait été la plus chère compagne de son enfance : c’était leurs reproches muets, leurs soupirs étouffés qui faisaient le plus souffrir sa conscience. Anne représentait pour lui un lien avec Thorp Green et Emily… Emily ne le plaignait ni le condamnait ; elle avait ce tact suprême de sembler ne s’apercevoir de rien.
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RebusRebus   04 août 2015
Je ne puis, sans sourire de moi-même, penser qu'à Halifax j'ai consacré trois jours à une affaire que j'aurais pu régler en trois heures; mais en vérité, quand je me retrouve seul en face de moi-même, j'endure de telles affres que je ne puis résister à la tentation de sortir de moi-même...
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