AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizForum
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 207029286X
Éditeur : Gallimard (04/10/1976)

Note moyenne : 4.4/5 (sur 25 notes)
Résumé :
Devant le trésor de Saint-Denis ou les vitraux de Chartres, les fresques de Giotto ou les palais florentins, qui ne s'est interrogé sur les conditions sociales et les représentations mentales qui ont environné et inspiré le geste de leurs créateurs ? Cette vaste sociologie de la création artistique, chef-d'œuvre d'un grand historien doublé d'un écrivain, replace l'ensemble des hautes productions de l'Occident médiéval dans le mouvement général de la civilisation. E... >Voir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle
Critiques, Analyses & Avis (5) Ajouter une critique
rabanne
  09 septembre 2016
J'avais beaucoup aimé cet ouvrage de Georges Duby, l'un de mes médiévistes favoris. Ce n'est pas un ouvrage d'histoire de l'art, mais un livre sur l'art médiéval, dans son approche sociale et religieuse. Il couvre la période qui va du Xème siècle jusqu'à l'aube du XVème siècle
S'il y a "art" au Moyen âge, il n'est destiné qu'à Dieu seul, comme une sorte d'offrande-sacrifice (pour apaiser sa colère divine). Un art reflétant la féodalité du XIe siècle, par la vassalité du chrétien envers son Seigneur suprême. Ainsi de 980 à 1130, le monastère (ex : Cluny) fera l'apogée de l'art roman, symbole de piété et d'héroïsme, faisant émerger de l'idée de croisade à travers la sculpture.
De 1130 à 1280, La cathédrale s'impose. C'est l'église de l'évêque, donc de la ville. Un art urbain, royal et sacré est né : l'art gothique. Il met Dieu en lumière par la "théologie de la lumière" (ex : rosaces la Sainte Chapelle) et l' humanise (comprendre "lumière" au sens d' "intelligence" divine).
La troisième et dernière partie (1280-1420) est consacrée au "Palais", où l'art devient fécond et progressif, grâce au développement du commerce d'oeuvre d'art (rôle du mécénat). C'est également le triomphe de la peinture, qui va de pair avec la vulgarisation liturgique. La construction de chapelles privées atteste d'un christianisme qui s'individualise de plus en plus (identification au Christ, imitation) et s'adresse aux masses. Au XIVe siècle, l'esthétique profane s'affirme aussi, à mesure que croissent le désir de "possession du monde" (sic) et celui d'imposer sa loi (pouvoir politique) : l'art devient alors parure, parade, ostentation. Vers une indépendance grandissante et libératrice de l'artiste à la Renaissance...
NB : à lire l'excellent roman historique "Les Piliers de la terre" de Ken-Follett, parce qu'il nous plonge au coeur du XIIème siècle et de cette période passionnante des bâtisseurs de cathédrales ! :-)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          5010
Sarindar
  15 octobre 2014
Ne confondons pas tout à fait le livre et la série d'émissions télévisées baptisées : le temps des cathédrales - des émissions rendues possibles grâce à l'appui déterminant de Roger Stéphane ; elles furent, on s'en souvient, savamment présentées et commentées, d'une voix chaude et posée, par Georges Duby en personne ; série inoubliable, qui ne fut pas qu'un inventaire du patrimoine architectural et monumental religieux du Moyen Âge, mais l'occasion de comprendre comment de la puissance d'une religion qui imprégnait tout, sans tenir les commandes gouvernementales des pays de la zone européenne, on fit le symbole d'un pouvoir divin supérieur à toute activité humaine, que celle-ci fût ou non sacrée, en même temps qu'un moyen de sanctifier et protéger cette action dont on disait qu'elle était faite pour célébrer la gloire de Dieu, même si cette glorification servait parallèlement - ou principalement - l'orgueil des hommes sous les aspects de la dévotion et de la foi.
L'ouvrage est bien plus dense que le texte des émissions où il s'agit d'illustrer par l'image et par le verbe : les pages du livre sont chargées, remplies d'exemples qui illustrent le propos, de descriptions d'éléments et d'ensembles qui semblent caractériser un style dans ses évolutions ou servir de charnière entre deux manières ou deux époques, et le discours en est plus difficile à suivre, du moins au début. Dans le livre, tout comme dans la série télévisée, il est d'abord question des lieux où s'enracine l'art monumental religieux du Moyen Âge : dans la référence pas complètement oubliée à la Rome impériale, dans l'équilibre provisoire trouvé sous Charlemagne fondateur d'un Empire qui n'allait pas durer bien longtemps, dans la volonté de l'Eglise catholique d'incarner un pouvoir souverain, d'essence divine, placé au-dessus des pouvoirs laïques et temporels, invités à rendre la seule justice humaine sous le regard des ministres de Dieu sur Terre. Dissipant les discours convenus sur les "terreurs de l'An Mille", Duby en vient à montrer comment a éclos puis s'est développé l'art roman, puis il procède de même pour l'art gothique, en soulignant que ce qui était d'abord caché, préservé, réservé à l'élite des orants et des officiants autour de l'espace consacré du choeur, où seuls les moines et les prêtres, les abbés et les évêques avaient droit de se trouver, dans un contact privilégié avec le monde divin, est devenu lieu d'enseignement et d'exégèse par la représentation aussi bien que par la parole, et que l'on est passé progressivement de l'image d'un Dieu en colère et d'un Dieu de punition à un Dieu compatissant, et que, du portail du terrible jugement dernier figuré au tympan de l'église de Moissac, on est, petit à petit arrivé à un temps où, dépassant le besoin de se repentir et de revenir aux sources par l'austérité de l'art cistercien et la simplicité de l'art franciscain, la terreur entretenue a fait place à la joie et à la confiance du bourgeois heureux de voir s'élever, par ses dons généreux, l'art de l'envolée spirituelle sous les hautes voûtes de cathédrales gothiques vouées à monter toujours plus haut vers le ciel, jusqu'aux limites du possible. Les temps heureux sont repérables dans le décor sculptural et dans les verrières et les rosaces qui renvoient l'image d'une société en expansion et rayonnant de tous ses feux et de tous ses fastes. du XIIe au XIIIe siècle, la foi semble tranquillement bercer les hommes dans des certitudes que rien ne semble pouvoir ébranler. Mais le XIVe siècle et le début du XVe siècle marquent le retour du doute et de la peur, les épreuves et les malheurs de la guerre de Cent Ans et de la propagation de la peste, avec leur cortège de morts, amènent les hommes à regarder en face la souffrance, à montrer le visage de la mort dans toute sa crudité, et à multiplier les images du Christ supplicié sur sa croix, vision doloriste qui mettra du temps à s'estomper. La fin du XVe siècle voit en partie reculer ce phénomène, en un temps où les puissants veulent transformer les châteaux crènelés, devenus inutiles avec le développement de l'artillerie, en belles demeures princières. le goût du beau, et celui du luxe reviennent, mais le religieux, s'il semble encore dominant, est en train de perdre la partie, alors que l'artiste apprend à s'émanciper de ce cloisonnement dans la relecture des événements humains sous le seul regard de Dieu et à représenter enfin l'individu pour lui-même, à l'identifier et à l'immortaliser dans la réalité de ses traits, victoire totale sur les représentations stéréotypées, figées et hiératiques des époques antérieures.
L'humanisme était déjà en train de poindre.
François Sarindar, auteur de : Lawrence d'Arabie. Thomas Edward, cet inconnu (2010)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          398
5Arabella
  19 juillet 2016
Le sous-titre explicite bien le propos de Georges Duby : il s'agit de parcourir l'art du moyen âge (à l'exclusion du haut moyen âge) mais en reliant l'évolution de cet art à l'évolution de la société, de ses représentations, de ses valeurs. le texte est d'une grande densité, il vaut mieux connaître déjà cette époque, avoir en tête les dates, et une certaine connaissance des personnages, car Georges Duby cite un certain nombre d'événements ou personnes, mais ne les explicite pas.
Le texte est découpés en trois périodes, avec ses spécificités et particularités, même si tout est toujours en mouvement, en perpétuel changement et évolution.
La première période qui va de 980 à 1130 est intitulée le monastère. C'est dans ces derniers que s'est réfugié l'art, suite à la dislocation de l'état sous les poussés de diverses invasions (vikings, hongroises, sarrasines). L'art est une offrande à Dieu, un Dieu terrible, le monastère est un lieu de prière pour apaiser ce Dieu, c'est d'ailleurs le seul lieu de prière, les moines étant les intermédiaires indispensables. Et les offrandes de riches seigneurs et chevaliers (illettrés) affluent pour permettre aux moines de remplir leur office dans des conditions dignes de Dieu. L'art roman et Cluny (et tous les monastères fondés sous sa bannière) en sont les symboles les plus représentatifs.
La période de 1130- 1280 est intitulée La cathédrale. Dans cette époque, les seigneurs locaux, ont quelque peu perdus de leur superbe, le pouvoir royal s'est réaffirmé, la croissance de la population, des facteurs économiques ont permis l'essor des villes, une autre forme de production des richesses. L'art demeure néanmoins pour l'essentiel un art liturgique, au service de Dieu, et géré par les clercs. Et se manifeste dans l'éclosion des cathédrales gothiques, dans lesquelles Dieu est lumière. Un dieu moins terrible, plus humain, et qui accepte la participation des croyants non clercs à la prière et à la liturgie, même si c'est encore comme des figurants de second plan.
La troisième période qui va de 1280 à 1420 est intitulée le palais. L'art quitte le domaine de Dieu et investit celui des hommes. Paradoxalement, le XIVem siècle est un siècle de régression sur de nombreux plans, guerres, épidémies, famines, un grand recul démographique. La richesse quitte de plus en plus le grand domaine rural pour se concentrer dans les villes, et en tout premier lieu italiennes. Les mécènes de l'art ne sont plus les mêmes, et ils n'ont plus les mêmes demandes. L'art, comme la société s'individualise, ne s'adresse plus à une collectivité, et se laïcise. En partie grâce à des philosophes comme Guillaume d'Ockham, qui pose que l'homme ne peut atteindre Dieu que par un acte de foi, une adhésion de l'âme à des vérités indémontrables, mais qu'il ne peut comprendre le monde que par ce qui dans ce dernier est susceptible d'observation directe, d'un raisonnement à partir de l'expérience. Ce qui ouvre la voie à une approche scientifique.
Ce petit texte ne donne pas réellement la richesse de ce livre, mais je ne me sens pas capable de faire mieux, sauf à passer vraiment énormément de temps. Une lecture d'une grande richesse à laquelle il faut revenir plusieurs fois.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
klakmuf
  29 juillet 2013
Un livre pour érudits, assez difficile pour ceux qui ne sont pas familiers de l'histoire de l'art, ni de celle du bas Moyen Age en Europe. Mais pour ceux qui parviendront à surmonter ces handicaps, l'ouvrage constitue une merveilleuse invitation à (re)découvrir le patrimoine architectural Gothique de notre pays.
Commenter  J’apprécie          135
domrl
  20 mars 2013
Un livre passionnant sur l'art des cathédrales où l'on apprend énormément énormément sur l'art, la religion. Un livre naturellement très érudit mais qui se lit comme un roman..
Commenter  J’apprécie          40
Citations & extraits (2) Ajouter une citation
rabannerabanne   09 septembre 2016
A ce moment, dans Florence, alors que Ghiberti s'apprêtait à rédiger sur son oeuvre des Commentaires, comme César sur ses victoires, Masaccio plaçait son propre visage parmi celui des apôtres du Tribut. Un visage d'homme. Le visage aussi de la liberté de l'artiste.
Commenter  J’apprécie          180
rabannerabanne   09 septembre 2016
Carré, coordonné aux quatre points cardinaux et aux quatre éléments de la matière créée, le cloître arrache un pan de cosmos au dérèglement qui naturellement l'affecte. Il le rétablit dans des proportions harmonieuses. A ceux qui ont choisi de s'y retirer, il parle le langage accompli, achevé de l'autre monde.
Commenter  J’apprécie          32
Videos de Georges Duby (29) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Georges Duby
01 Le Temps des Cathédrales - L'Europe de l'an Mil - (G Duby) 1978
autres livres classés : moyen-âgeVoir plus
Acheter ce livre sur

AmazonFnacPriceministerLeslibraires.frGoogle





Quiz Voir plus

Mots croisés

Il est résisitible

Ag
Ui
Or
Phi
Fe
Do

10 questions
47 lecteurs ont répondu
Thèmes : Mots-croisés , mots , Mots et locutions , le monde , AppréciationCréer un quiz sur ce livre