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ISBN : 2330119941
Éditeur : Actes Sud (01/05/2019)

Note moyenne : 3.69/5 (sur 117 notes)
Résumé :
Miraculé du massacre des 43 disparus d’Iguala dans la nuit du 26 septembre 2014, le jeune Álvaro qui n’a plus rien à perdre fuit le Mexique dans une course poursuite avec le destin pour finir par se jeter dans la gueule d’un grand fauve de la Silicon Valley versé dans le transhumanisme. Roman rhizome, exploration tentaculaire des réseaux qui irriguent et reformulent le contemporain, L’invention des corps prend le réel en filature pour mieux nous forcer à ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (49) Voir plus Ajouter une critique
Kittiwake
  13 octobre 2018
Comment peut-on en 304 pages aborder autant de thèmes (de la Shoah à Hiroshima, en passant par le massacre d'Iguala au Mexique, et l'intérêt des cellules souches, l'arrivée d'internet et des réseaux sociaux dans notre monde moderne, de l'histoire, des réflexions sociologiques, et et tout ça sur une base de polar scientifique, au coeur du transhumanisme?
Pourtant j'ai cru devoir renoncer après les premières pages. Cette historie de prof d'informatique traqué et de massacre d'étudiants ne correspondait pas du tout à ce que j'espérais y trouver. le test des 80 pages a vaincu mes réticences , et même avant les 80 pages. Car rapidement on est entrainé dans une intrigue foisonnante, qui permet à l'auteur de très adroitement développer des chapitres d'histoire récente de notre civilisation et de les replacer dans un contexte temporel qui démontre bien la vertigineuse accélération des savoir-faire technologiques, pour le meilleur et pour le pire.
Deux camps, deux visions du monde, les nouveaux Robin des bois bousillent les réseaux informatiques des riches en quête d'immortalité, pour un thriller déjanté et hyperpointu, avec en trame de fond le thème du corps humain, de ses limites, celles même que l'on essaie de repousser en s'appuyant sur les avancées scientifiques , pour le meilleur e pour le pire.
A noter également une solide documentation tant dans le domaine de l'informatique que de la biologie.

Récompensé par le prix de Flore en 2017, et sélectionné pour le prix du roman d'écologie, ce roman est une vraie réussite tant sur la forme que sur le fond.
Lien : https://kittylamouette.blogs..
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Kickou
  02 mars 2018
La richesse des sujets abordés et la densité de son écriture sont telles que je ne sais par où commencer ma note sur ce roman ... Alors je résume : Alvaro Beltran est un jeune professeur mexicain de programmation informatique, en 2014, il échappe, traumatisé, au massacre de 43 étudiants par la police mexicaine. Il s'enfuit en Californie, où il rencontre Parker Hayes, un milliardaire de la Silicon-Valley qui lui propose de devenir le cobaye d'une expérience transhumaniste. Là, il retrouve aussi Adèle Cara, une biologiste recrutée par Hayes pour ses compétences en manipulations génétiques ... Cette fiction est le prétexte à une mise en abîme sur la naissance et l'Histoire d'Internet, et des questions qui découlent de cette modernité ; Transhumanisme et Utopie libertaire, ces deux termes étant contradictoires et antagonistes. On y croise donc des personnages en opposition, certains inventés et d'autres à l'identité avérée (voir Wikipédia, je sais ! On n'y échappe pas).
L'écriture est dense, sans fioriture, tous les mots ont un sens, pourtant la poésie émerge parfois ; une poésie biologique, organique (on est pourtant loin de Baudelaire). Quelques maladresses, comme des larsens. Les chapitres sont alternativement de factures littéraire classique, des flash-back datés ou comme des clins d'oeil au Web ; des sortes d'hypertextes rappelant l'Histoire de la « Toile » ou les fantasmes de l'immortalité. Il y a, certes, plus de questions que de réponses (personnellement je préfère ça), et l'ironie n'est jamais loin. C'est à la fois un roman actuel (je n'aime pas le mot Moderne), un road-trip, un roman d'amour, une réflexion sur notre société hyper connectée et sur un Humanisme qui reste éternellement à construire.
J'ai beaucoup aimé ce bouquin, et je pense (ou j'espère) que je l'aurais longtemps en mémoire, donc 5*. Allez salut.
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thisou08
  12 janvier 2018
Ce livre fait partie de la sélection du Prix des Lecteurs de la Fête du Livre de Bron 2018.
Il court, il court, Alvaro, pour échapper à l'horreur d'Iguala où furent massacrés 43 étudiants, pour échapper aussi à son pays, le Mexique !
Et moi, je cours , je cours, je cours derrière lui. Il a soif, j'ai soif ; il a faim, j'ai faim ; il a peur, j'ai peur.
Et lorsqu'il s'arrête enfin, je m'arrête aussi.
Est-il content d'être arrivé en Amérique ? Non. Alors, je ne le suis pas non plus.
Sa vie, soudain, s'est arrêtée. J'attends qu'elle redémarre pour le suivre à nouveau, pour courir à nouveau.
En attendant, Alvaro s'ennuie... et moi aussi.
Puis l'auteur quitte celui que je considérais comme le héros de l'histoire et part un peu dans tous les sens, avec de nouveaux personnages, et, surtout, de nouvelles technologies qui sont loin, très loin de ma compréhension.
Je m'égare donc un peu, dans la chronologie, dans les personnages etc mais je patiente.
Forcément Alvaro va se remettre à courir.
Et bien non, mais il va faire mieux et j'applaudis !!!
Conclusion : pour moi, très peu de bons moments de lecture, juste quand Alvaro est présent. Et ce n'est, hélas, pas souvent.
Sentiment très mitigé donc pour ce livre...
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rosulien
  04 décembre 2017
Non, ce livre n'est pas un chef d'oeuvre. Beaucoup de maladresse et de confusion Une écriture un peu facile, une construction qui peut déboussoler. Pourtant, la lecture reste passionnante en raison des sujets traités. On suit avec grand intérêt la fuite d'Alvaro du Mexique vers la Californie.On apprend beaucoup sur la politique et la vie mexicaine. Notre héros, brillant informaticien, va ensuite se retrouver dans la Silicon Valley ,non pas pour devenir hacker mais pour servir de cobaye , uniquement attiré par l'argent.C'est l'occasion d'une digression pour nous faire découvrir une histoire rapide de l'histoire de l'informatique à travers tous les grands noms qui font maintenant notre quotidien Google ,Facebook et les autres y compris les pionniers de cette épopée sans fin. Ces gens célèbres, riches et blasés qui , pour certains , n'ont qu'une seule peur, celle de la mort et qu'une seule ambition: créer l'immortalité. Nous ne sommes pas dans la science fiction, Nous rentrons dans le concret avec de découvertes bien réelles notamment sur les cellules souches .C'est tout à fait passionnant car tout à fait plausible. Il y a déjà beaucoup de chercheurs qui travaillent sur le sujet au quotidien avec , comme but ultime, de rajeunir nos cellules , de trouver des traitements en cancérologie ou dans d'autres maladies invalidantes. Avec ,bien sûr, le risque réel, à moyen terme, d'aller plus loin jusqu'à une immortalité mythique.
L'intérêt de ce livre foisonnant et un peu confus est de nous faire comprendre qu'il ne s'agit pas d'élucubrations d'un auteur de science-fiction mais bien d'une hypothèse certes encore lointaine mais pas si farfelue .L'avenir nous dira si c'est un livre prémonitoire
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nathiec44
  04 septembre 2017
L'épopée d'Alvaro m'a happée dès les premières pages, un livre que je n'ai pas lâché.
Alvaro, jeune mexicain toujours en décalage avec les autres, avec son corps, découvre par hasard l'informatique ; il va alors explorer, exploiter, maîtriser car il est très doué à tel point qu'il est repéré et recruté par des hackers pour truquer une élection (bizarre, un contexte qui me parle….). Son parcours va l'amener à donner des cours d'informatique à des jeunes en difficulté et c'est là qu'il se retrouve au coeur des évènements d'Iguala où 43 étudiants vont disparaître tragiquement. Rescapé, Alvaro se réfugie à Los Angeles. Il est approché puis recruté par Parker Hayes, un magnat de la Silicone Valley qui a fait fortune en mettant en place le paiement en ligne Casflow. Alvaro découvre très vite qu'il n'est pas recruté pour ses compétences informatiques mais pour servir de cobaye à des tests et essais sur les cellules souches. C'est là qu'il croise Adèle, jeune biologiste française, engagée aussi par Parker, en charge des essais cliniques sur Alvaro. Adèle est vite fascinée par Alvaro, son corps tendu et hermétique, sa peau, ses blessures. Adèle doit prélever des cellules souches sur Alvaro pour un projet de thérapie régénérative. En effet, Parker a une obsession : retarder le vieillissement, la mort, faire progresser les thérapies à partir de cellules souches. C'est le personnage « savant fou » du récit, il détient la fortune et le pouvoir, tous les moyens à disposition pour lui permettre d'accéder à l'immortalité et vaincre sa hantise du corps. Parker s'inscrit dans le courant transhumaniste.
D'autres personnages vont entrer en scène dont Lin, surdoué aussi en informatique, garçon ou fille, peu importe, un corps sans véritable identité doté d'un cerveau hors normes qu'il (elle) rêve de connecter. Et puis Werner, gourou d'internet, visionnaire qui ne partage plus du tout la même vision que Parker, Werner a profité et usé son corps, il est parfaitement lucide et fasciné par les jeunes surdoués qu'il croise.
Un livre dense, une lecture très documentée. J'ai beaucoup appris sur les rêves et les principes fondateurs à l'origine de Google, Facebook ; il est aussi question des rêves d'immortalité qui ont jalonné l'histoire des hommes. Une foule d'informations qui m'a amenée à rechercher, à me questionner, belle prouesse littéraire, le propos est très ambitieux.
J'avoue avoir été un peu perdue parfois étant totalement hermétique au langage informatique, n'étant pas non plus scientifique de formation, et avoir trouvé quelques longueurs ; pour autant j'ai surmonté, creusé, pioché, me suis laissée emportée, inquiète du sort à venir d'Alvaro et Adèle, frissonnant pour leur survie lorsqu'ils s'opposent à Parker.
Quant à l'écriture, elle est précise, toujours en mouvement. le style épouse parfaitement l'action ; ainsi lorsque Alvaro est pris dans la fusillade d'Iguala ou lorsqu'il passe la frontière, le style devient haché, les phrases sont courtes, écrites dans l'urgence et les nerfs du lecteur sont mis à rude épreuve. Lorsque la tension s'apaise le style redevient fluide, les phrases s'étirent. de très belles pages.
Le lecteur curieux trouvera matière à chercher, s'informer, le lecteur fiévreux prendra conscience des limites du web et s'interrogera, tous les lecteurs seront séduits par le récit, la tension puis le rapprochement des corps d'Alvaro et Adèle.
Le final est saisissant, jusqu'aux dernières pages la tension est vive. Un grand moment de lecture !
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critiques presse (4)
Actualitte   16 août 2018
Véritable road movie des temps modernes, écrit dans une langue époustouflante d’inventivité et d’originalité, ce très grand roman se dévore avec avidité.
Lire la critique sur le site : Actualitte
LeFigaro   20 octobre 2017
Les livres sur le projet transhumaniste d'« améliorer » l'homme par la génétique et la technologie fleurissent en librairie. Des romanciers s'emparent aussi du sujet avec des intrigues réalistes et contemporaines, notamment Pierre Ducrozet.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Bibliobs   02 octobre 2017
Evolution d'Internet, expériences transhumanistes... “L'Invention des corps” fait à la fois chaud aux neurones et froid dans le dos.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LeMonde   25 août 2017
Pour « L’Invention des corps », le romancier a composé un récit en réseau qui brasse informatique, génétique, transhumanisme – et violence. Ebouriffant.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (20) Voir plus Ajouter une citation
PickItUpPickItUp   07 décembre 2017
Lin trace des chiffres et des points, des virgules, des tirets, des lettres sur une feuille de papier. Deux jours plus tard, son père revient avec un ordinateur. [ ...] Lin commence à taper sur les touches et découvre que c'est encore mieux en vrai. Le code, c'était beau par écrit, mais en actes, c'est magique.
Il se penche sur le clavier.
Tim Berneers-Lee, lui, se relève, il veut relier tous les ordinateurs du CERN entre eux, non seulement au sein du bureau de Genève, mais dans le monde entier. Il pianote sur le clavier de son ordinateur NEXT. Comment faire accepter le système qu'il vient d'imaginer à tous les utilisateurs, sans l'imposer par la force, ce qui serait totalement contraire à l'éthique de ce réseau ? Si tout le monde ne suit pas, ça ne marchera pas.
Si ton système est le meilleur, il s'imposera de lui-même, dit le directeur.
Depuis qu'Arpanet a été créé par les dirigeants de l'armée américaine, en 1969, un réseau a lentement pris forme autour de quelques noeuds, reliant en premier lieu les centres militaires et quelques universités. Très peu de personnes ou d'institutions y ont accès, la structure tient la route mais elle est intrinsèquement limitée.
- On pourrait se déplacer comme dans une rue, et les vitrines présenteraient toute la mémoire du monde, dit Tim Berneers-Lee.
Lin commence à créer son propre code, celui d'avant l'ennuyait.
- ça y est, dit Tim Berneers-Lee. J'ai le nom.
Plusieurs mois ont passé, on est en mai 1990.
- Le World Wide Web. WWW, c'est effrayant, c'est bien.
Un an plus tard, en septembre 1991, alors que le projet World Wide Web vient d'être annoncé publiquement et mis en ligne en libre accès, Tim Berneers-Lee reçoit un message d'un certain Lin Dài, onze ans, qui lui propose ses services: " Je maîtrise le langage HTML, écrit-il, je veux participer à cette aventure, c'est la mienne aussi." Tim Berneers-Lee relit le message. Le langage HTML, basé, comme il l'a dit dans son intervention, sur le langage SGML, n'est accessible nulle part, comment ce gamin peut-il l'avoir appris ,

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mngemnge   07 décembre 2017
A travers cette folle histoire, aux allures à la fois de polar ou roman de science-fiction, l’auteur évoque les grandes découvertes scientifiques et techniques des XXème et XXème siècles : Internet, le réseau du Net, la science régénérative, les grandes expérimentations sur le cerveau, le transhumanisme, et même l’utopie de la création d’un nouveau pays.
Partout le corps est présent : corps mutilés ou morts , corps modifiés, transformés, corps bouillonnants de cellules, mais aussi corps libérés …
Des femmes et des hommes tentent de reculer les limites de la nature pour atteindre les limites de l’infini, conjurer la mort ; tandis que d’autres tentent de se réconcilier avec leur corps.
Il évoque également le San Francisco des années 70, et ses utopies, puis la progression vers un système marchand où l’argent et le profit sont rois, au détriment des valeurs prônées quelques décennies plus tôt.
L’écriture est très riche et dense, et aussi très variée. Elle change selon les évènements, les situations, les états d’âme des différents personnages.
Le déroulement de l’histoire est tantôt très rythmé, rapide, tantôt plus lent et descriptif.
Quelques pages sont consacrées à des « exposés » plus ou moins scientifiques.
Au plan de la structure, l’auteur a voulu rompre avec la linéarité du roman classique pour adopter ce qu’il désigne sous le nom « d’architecture rhizomique ».
Mon avis : c’est un ouvrage intéressant, très dynamique, à l’écriture très riche. Les thèmes abordés sont nombreux et intéressants ; cependant, l’auteur ne cite jamais ses sources lorsqu’il évoque des découvertes scientifiques et/ou technologiques, ce qui est gênant.
Quelques passages sont un peuennuyeux ; on note également certaines « redites ».
Au plan de la structure, l’idée théorique du rhizome est intéressante, mais son application pratique l’est moins : le roman reste confus, un peu brouillon, désordonné. Le lecteur a du mal à ne pas se perdre au milieu de tous ces rhizomes.
De même, il alterne les genres : roman d’aventures, polar, science-fiction, tout y est … là encore on s’y perd.
Le manque de sources scientifiques ajoute à la confusion : quand dit-il vrai et quand laisse-t-il son imaginaire s’emballer ?
On aurait aimé quelques chose de plus construit, de plus abouti, ou bien inversement un texte un peu fou, sans information documentaire.
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Charybde2Charybde2   13 août 2017
Le soir, el Cochiloco explique aux étudiants de première année réunis autour de lui le programme du lendemain. On essaiera à la gare de Chilpancingo, et si ça marche pas on va à Iguala. Il nous faut ces bus. Les visages sont fermés autour de lui. Les gars n’ont jamais fait ça, mais ils savent. Rien n’est donné ici, et moins encore aux étudiants rouges, contraints comme tous de trouver une poche d’air entre les narcos d’un côté et l’armée de l’autre. On sait ça tout de suite, on naît le souffle court, le visage vers le sol. On a le regard fermé des grands. On n’a jamais été un enfant. On sort, on commence à marcher, et c’est plié déjà. C’est pas qu’on vous frappe, c’est pas nécessairement qu’on vous fasse trimer, c’est le choses qui pèsent sur vous comme une enclume. C’est l’air qui vous assèche le cœur. Les humiliations aussi, tout le temps, et puis l’assaut final, le couteau qui vous saigne.
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VALENTYNEVALENTYNE   10 février 2018
2001 tout avait débuté par ces corps qui tombaient du haut des deux tours, minuscules points qui se jettent et tournent, et tournent, et heurtent la paroi métallique, et qu’on ne distingue pas tant ils tournent, pitoyables marionnettes jetables qui glissent et tombent éternellement, disparaissant enfin dans la mer de fumée – hallucinante chute libre de 415 mètres qu’Adèle regarde médusée comme tous depuis le seuil de ce bar de Rome devant lequel elle s’est arrêtée, elle marche entre les ruines, dans les vestiges d’un lointain passé et le présent s’ouvre comme une béance sous ses pieds, des gens hurlent et courent, le siècle commence – ici aussi tout le monde lève les bras au ciel, ils savent que cette fumée ne s’arrêtera pas à Manhattan, ils savent que ça commence mal et que ça finira pire encore, et pendant ce temps de nouveaux corps se jettent du cent quatrième étage, un dernier message sur le répondeur et le pantin se désarticule dans l’air. Adèle a dix-neuf ans, et elle brûle d’une autre flamme, elle boit toutes les liqueurs, elle ne sort plus de la nuit mais elle sait, elle aussi, qu’il sera bien difficile d’expliquer comment on peut encore vouloir brûler, comment on peut vouloir l’ardeur, la folie, les erreurs, la violence des jours, quand ce champ lexical n’appartient plus aux poètes mais aux terroristes – de toute façon les poètes sont morts avec le siècle, ils ne servaient plus à rien ces gens là.
Adèle habite alors à Lyon sous les toits, elle découvre les mathématiques, la biologie, la physique et tout à coup elle comprend que la poésie pour elle c’est ça :
Tectonique des plaques fonction exponentielle première loi de Kepler–
– Tu viens ?
Au moment où elle commence à étudier les corps elle découvre le sien, qui se révèle très doux et très violent, elle le connaissait avant, elle avait couché avec des garçons mais elle ne savait rien, on se frottait par peur et sans savoir, c’était une rixe de peaux et d’appareils dentaires et on ne savait pas, là tout à coup elle comprend, ce sont quatre mains qui sont les passeurs, les tiennes les miennes, il a vingt ans, un nom mais peu importe, il sait faire, par quel miracle, il descend, elle oublie la nuit elle descend aussi.
– C’est comme des montres mais sans aiguilles.
Et c’est comme l’alcool aussi qu’elle avale avec fureur, l’idée n’est pas de boire mais de se recouvrir l’âme, il y a des fulgurances derrière et des nausées comme des plaines à traverser à cheval, on pressent là un mystère une clef pour accéder où, allez savoir.
– Embrasse-moi.
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KickouKickou   25 février 2018
p.235 citant Hakim Bey dans Zone d'Autonomie Temporaire : "Le réseau, anarchiste, proliférant, avait tout pour échapper au capitalisme, mais ce dernier a le génie d'assimiler tout corps étranger.
Le réseau est aujourd'hui un agent de ce capitalisme, qu'il déploie et duplique et propage, c'est un agent de la bêtise et de la vulgarité. "
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Videos de Pierre Ducrozet (10) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Pierre Ducrozet
Extrait de la table ronde autour du livre «Bourlinguer» : des mémoires qui sont des mémoires sans être des mémoires. Avec Myriam Boucharenc, Pierre Ducrozet, Mathias Enard, Jean-Carlo Flückiger, Hélène Gaudy, Elodie Karaki. Les Rencontres de Chaminadour sont des rencontres littéraires qui ont lieu tous les ans à Guéret, dans la Creuse. Elles ont été créées par l'écrivain Pierre Michon et Hugues Bachelot. En 2016, une réalisatrice est venue filmer quelques aspects des rencontres et en a tiré un film documentaire de 23 minutes : Sur les Grands Chemins. Cette page propose une version coute de ce film ainsi que quelques extraits. Qui permettent de sentir ce que ces Rencontres ont d'unique en leur genre. Les Rencontres de Chaminadour sont des rencontres littéraires qui ont lieu tous les ans à Guéret, dans la Creuse. Elles ont été créées par l'écrivain Pierre Michon et Hugues Bachelot. En 2016, une réalisatrice est venue filmer quelques aspects des rencontres et en a tiré un film documentaire de 23 minutes : Sur les Grands Chemins. Cette page propose une version coute de ce film ainsi que quelques extraits. Qui permettent de sentir ce que ces Rencontres ont d'unique en leur genre.
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