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ISBN : 9782246773313
Éditeur : Grasset (01/09/2010)

Note moyenne : 2.88/5 (sur 16 notes)
Résumé :
P. mène une vie terne, d’une paresse vaguement agitée par de petites magouilles. Sa rencontre avec la belle Lola brise le cercle hésitant de son quotidien et le précipite dans une série de voyages fantasmagoriques – sont-ils rêvés ? réels ? – qui peuvent aussi bien commencer au détour d’un couloir qu’en franchissant le seuil d’une porte. Le bonheur semble résider dans cette fuite perpétuelle d’une réalité étouffante, surtout qu’aux côtés de P. est apparue une jeune ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
audlluc
  12 janvier 2016
Les premières pages ne m'ont pas emballée. Et puis j'ai lu à voix haute, et la magie, un temps, a opéré. le texte de Pierre Ducrozet est empreint de poésie et regorge de jolies phrases que je me suis empressée de consigner. Mais la magie ne dure pas, et j'ai totalement décroché avant la fin du livre. Je suis restée hermétique à sa fantasmagorie et n'ai pas réussi à me laisser porter dans l'absurde, l'abstrait. Je me suis perdue en chemin et en suis la première déçue car le propos m'intéressait.
A mi-chemin entre "le théorème d'Almodovar" d'Antoni Casas Ros et "la fête de l'insignifiance" de Milan Kundera, ce roman ne m'a pas semblé abouti et me laisse sur ma faim malgré des qualités pourtant évidentes.
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trust_me
  27 septembre 2010
Très poétique, ce premier roman est ambitieux dans sa construction. le thème général est classique : le mal être d'un jeune homme préférant se réfugier dans la fantasmagorie plutôt que dans la triste matérialité du présent et de l'avenir qui s'offre à lui. Mais Pierre Ducrozet n'hésite à bousculer le lecteur avec une narration très éclatée, passant d'une situation à l'autre, d'un lieu à l'autre sans transition. Il faut parfois s'accrocher pour trouver le fil conducteur. C'est clairement une volonté délibérée de l'auteur. Quelque part, il est dans la provocation : « qui m'aime me suive ! ».
Lien : http://litterature-a-blog.bl..
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Citations et extraits (11) Voir plus Ajouter une citation
petitourspetitours   23 août 2010
J’en étais alors à me regarder pousser les cheveux. Le soleil commençait à m’emmerder sérieusement, et la pluie aussi. Je m’étais spécialisé dans le cynisme bon marché et le chapeau négligé, j’en avais des dizaines, des gris, des mous, des recourbés. J’étais dans mon domaine, j’en aurais presque gagné ma vie. Je traînais sur les grands boulevards, dans les anciens faubourgs, je vivais de petites magouilles, de tourne-la-rue. Si on ne me voyait pas aux terrasses, c’est parce que mon café je le buvais moleskine, le bras sur la banquette, m’entortillant la barbe à la lecture inattentive des quotidiens. Paris commençait à me donner la nausée, ses faux airs, ses rues blanches. Bien sûr, je n’en montrais rien, je faisais comme si, comme tous, je marchais mains dans les poches, à l’aise, furieusement à l’aise, les gestes lents, mesurés, toute la panoplie. J’habitais sous les toits, dans une chambre mal fagotée de la rue des Martyrs, l’enseigne me convenait. Un Kandinsky jauni pendait au mur de l’entrée. Je ne savais que faire. Je photographiais parfois les rues prises dans le froid et puis je remontais les étages, les mains comme des pains lourds. Ça ou autre chose. Un ami m’avait passé un livre, les Chants de Maldoror, tu verras, m’avait-il dit. J’avais vu. Ça m’avait cramé les circuits. Les mots, des vipères – j’en finis par le déchirer, ce foutu bouquin, une nuit d’hiver à s’en esquinter la vie – page par page, oui, jusqu’à le jeter, ensanglanté, dans un coin de l’appartement. Je le laissai là et sortis, un sourire aux lèvres.
Je dormais peu, et surtout le jour. J’aimais me glisser sous les draps à l’heure où Paris s’éveille, s’agite comme une mouche prise au piège. Puis lorsque la ville tombait de fatigue, moi j’ouvrais les yeux et m’en allais traîner dans ses eaux troubles, à ma lueur.
– Tu as toujours eu un goût du tragique, me dit le miroir.
– Et toi du dédain, je réponds.
– A chacun sa manière de survivre.
– Et tu survis ?
– Mieux que toi, apparemment.
J’avais été, plus jeune, un rêveur rivé à sa fenêtre et à quelques songes clairs. Un idiot de plus, qu’on aurait acheté avec quelques pacotilles, quelques mots bien jetés. Mais fatigué de ne rien voir venir, j’avais troqué mes ailes rapiécées pour une veste en cuir noir et une furieuse envie d’en découdre. Si les choses ne se donnaient pas, se refusaient ainsi chagrines, eh bien j’irais les chercher. Je passerais sur l’autre rive. Les sous-sols, les filles, la musique : je m’appliquais à laisser jaillir à gros bouillons les fleuves que j’avais jusqu’alors déviés. Tout ce qui pouvait m’emmener au-dessous du dégoût quotidien m’était bon. Peut-être trop, j’y perdis quelques plumes. Et je finis dans la crasse, tout près du ciel.
– Je les ai récupérées pour m’en faire une belle veste d’hiver.
– Tant mieux.
Mais quand Paris, parfois, se pliait sous mes pieds pour une grâce nocturne, on aurait dit, alors, que tout n’était peut-être pas perdu.

On en était là, ou tout comme. Les petites entourloupes, à droite à gauche – une voiture ou deux, quelques serrures à refaire, monsieur, ce n’est pas sérieux, et puis des emprunts, oui, quelques-uns –, m’avaient permis de m’acheter un veston gris perle, de parfaire ma silhouette et de m’offrir quelques côtelettes d’agneau à l’ail et aux herbes de Provence. Tout n’était pas si mal, mon radiateur au poil. Des filles m’honoraient parfois de leur présence, on fumait ensemble et on buvait du vin rouge en écoutant la nuit.
Maldoror n’était plus qu’un vilain souvenir. Je m’approchai, un matin, de mon appareil photo, noir dans sa housse, mais il m’échappa des mains et je le retrouvai quelques minutes plus tard blotti dans un coin, en flagrant délit d’indifférence. Je le saisis de force et descendis dans les rues pour traquer l’ombre, mais rien. J’en avais pourtant capté, des fusées, mais la main n’était plus là – comme n’était plus la patience, plonger dans le silence ouh ! je préférais les boulevards et la fumée nicotine. Et ce que j’aimais, surtout, c’était me glisser dans une peau de pêche, aux mains tournantes, m’oublier quelques instants. Ça oui, ça valait la peine.

J’étais donc à peu près seul. La présence des hommes m’ennuyait profondément. Seul Pierrot, un grand type à l’œil fauve, m’accompagnait parfois dans ma balade, mais nos conversations s’arrêtaient à l’angle – je filais sans un mot sous les réverbères.
Je poursuivais mes petites affaires, sans hâte, essayant d’enfouir ma rage de n’être qu’à moitié sous des marches aveugles, des allées et venues, des fumées d’Indiens, sans trop y croire. Un jour, je volais, je grillais les feux, j’étais Dieu, le suivant j’en revenais à ma condition d’insecte aux ailes broyées par le va-et-vient des camions. Où construire sa colonne, mon cher, si les axes ne cessent de se déplacer, si les girouettes n’indiquent jamais le même nord ? Il faudrait donc chaque jour renoncer à être le même et entamer le travail de zéro.
– Bonjour madame, je voulais vous commander un bouquet d’iris, à livrer dès que possible au 34, rue d’Enghien.
– Monsieur, je crois que vous vous êtes trompé de numéro.
– Que voulez-vous dire ?
– Ce que je viens de dire, en substance.
– Vous n’avez pas d’iris ?
– Pas vraiment. Nous sommes une entreprise de pompes funèbres.
– Mais j’ai pourtant tapé le numéro du fleuriste !
– Non. C’est juste à côté, au 12.
– Ah bon, très bien. Mais vous n’auriez pas d’autres fleurs, par hasard, je ne sais pas, des bégonias, des chrysanthèmes ?
– Non, monsieur. Nous avons des morts.
Les éléments n’étaient décidément pas de mon côté.
Alors je repris le parti de rêver, beaucoup, comme je le faisais enfant pour oublier le noir partout autour de moi. Je rêvais sans trêve, à doses industrielles, en marchant, en chantant, en buvant mon café, sous la couette, les nuages. N’existant qu’à peine, je me rêvais autre. Je vivais à côté.
– Allô, P. ?
– Oui.
– On est sur un coup, tu rappliques ?
– J’ai mal aux dents aujourd’hui.
– Hier, c’était la jambe.
– Ça doit venir de mon physique fragile.
– Allez, viens. Faut bien que tu payes ton loyer.
– T’as peut-être raison. Je change ma compresse et je débarque. Vous êtes où ?
– Au Mistral.
– A tout de suite.
Mon gagne-pain ne m’aidait pas vraiment à faire la part des choses. Tout cela ressemblait un peu trop à un mauvais film de gangsters. Je m’étais associé à des voyous de bas étage. Quand on se retrouvait autour d’une table pour parler finances, on aurait dit la famille Soprano au grand complet. Une bande de losers décidés à jouer du Beretta. Ça marchait parfois, convenons-en, quelques combines, quelques casses, de quoi payer la chambre et les factures, mais sans éclats. Moi, ça m’amusait de planquer un flingue dans ma doublure, j’avais l’impression de vivre un peu, de courir un danger, et j’aimais ça. J’avais jamais flingué personne, mais faire tourner le pruneau dans ma main, sentir la crosse contre ma poitrine, ça me suffisait.
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petitourspetitours   02 août 2010
J'en étais alors à me regarder pousser les cheveux. Le soleil commençait à m'emmerder sérieusement, et la pluie aussi. Je m'étais spécialisé dans le cynisme bon marché et le chapeau négligé, j'en avais des dizaines, des gris, des mous, des recourbés. J'étais dans mon domaine, j'en aurais presque gagné ma vie. Je traînais sur les grands boulevards, dans les anciens faubourgs, je vivais de petites magouilles, de tourne-la-rue. Si on ne me voyait pas aux terrasses, c'est parce que mon café je le buvais moleskine, le bras sur la banquette, m'entortillant la barbe à la lecture inattentive des quotidiens. Paris commençait à me donner la nausée, ses faux airs, ses rues blanches
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audllucaudlluc   12 janvier 2016
Le monde est trop petit, il faut l'élargir. Il y a des murs, des cloisons, des meubles partout, qu'il s'agit de retirer. [...] Mais elle a raison, bien sûr, je n'ai jamais su faire, jamais poussé quoi que ce soit. Parce que moi j'aurais voulu écarter la pellicule, me jeter dedans, la jolie pellicule du temps, pour pouvoir toucher les choses, connaître leur texture, enfin, ne plus être à côté. Où est donc l'autoroute pour le centre ? J'ai dû rater la bretelle.
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audllucaudlluc   12 janvier 2016
Tu ne t'es jamais demandé, mon cher, pourquoi tu rêves la nuit ? [...] Eh bien, je vais te le dire : c'est un souffle qu'on t'accorde avant de retourner au charbon. Le monde est à peu près insupportable, alors on soulève la soupape, tu prends l'air et tu reviens. Point. Rêver ce n'est pas être libre, c'est une pause pour supporter.
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petitourspetitours   03 août 2010
- Pourquoi faut-il toujours repartir ? On ne pourrait pas prendre le temps de ne rien faire ?
- On pourrait. Mais pourquoi s'ennuyer alors qu'on ne peut pas ?
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Extrait de la table ronde autour du livre «Bourlinguer» : des mémoires qui sont des mémoires sans être des mémoires. Avec Myriam Boucharenc, Pierre Ducrozet, Mathias Enard, Jean-Carlo Flückiger, Hélène Gaudy, Elodie Karaki. Les Rencontres de Chaminadour sont des rencontres littéraires qui ont lieu tous les ans à Guéret, dans la Creuse. Elles ont été créées par l'écrivain Pierre Michon et Hugues Bachelot. En 2016, une réalisatrice est venue filmer quelques aspects des rencontres et en a tiré un film documentaire de 23 minutes : Sur les Grands Chemins. Cette page propose une version coute de ce film ainsi que quelques extraits. Qui permettent de sentir ce que ces Rencontres ont d'unique en leur genre. Les Rencontres de Chaminadour sont des rencontres littéraires qui ont lieu tous les ans à Guéret, dans la Creuse. Elles ont été créées par l'écrivain Pierre Michon et Hugues Bachelot. En 2016, une réalisatrice est venue filmer quelques aspects des rencontres et en a tiré un film documentaire de 23 minutes : Sur les Grands Chemins. Cette page propose une version coute de ce film ainsi que quelques extraits. Qui permettent de sentir ce que ces Rencontres ont d'unique en leur genre.
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