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ISBN : 2841728757
Éditeur : L'Atalante (18/10/2018)

Note moyenne : 3.65/5 (sur 10 notes)
Résumé :
La chair et la pierre sont de vieilles compagnes. Depuis des millénaires, la chair modèle la pierre, la pierre abrite la chair. Elle prend la forme de ses désirs, protège ses nuits, célèbre ses dieux, accueille ses morts. Toute l'histoire de l'humanité est liée à la pierre. Quand on a 25 ans, un master en communication, une mère à charge et un père aux abonnés absents, on ne fait pas la difficile quand un boulot se présente. Myriame a été embauchée pour faire de la ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Krout
  22 novembre 2018
Je me tairai dans mes murs pour une indispensable reconstruction. Aussi depuis un temps, je soigne mes priorités : repos, calme, sérénité, d'où mon absence prolongée sur Babelio. Ma dernière chronique date du 15 octobre sur L'amie, la mort, le fils, livre intime dont j'ai beaucoup apprécié l'écriture dans sa simplicité et sa pudeur. Récit plein d'humanité couvrant la mort d'Anne Dufourmantelle. Je n'aurais jamais eu l'occasion de rédiger cette chronique qui me tient tant à coeur n'eût été la masse critique de juin. A quoi bon revenir sur ce passé alors que mon billet autant que le livre de Jean-Philippe Domecq semblent voués à la confidentialité ?

Contraste saisissant qu'offrent les masses critiques dont je remercie Babelio pour l'organisation et les éditeurs. Je me suis aventuré dans celle intitulée mauvais genre et me suis vu attribuer dans ma petite sélection Entends la nuit. Il me reste deux jours pour honorer mon contrat ; voilà pourquoi, alors qu'il eût probablement été préférable que je reste muet comme une tombe, je m'extrais de mon sommeil du juste : dans cette nuit bien des nuages cachent les étoiles. Je n'en repère pour ma part que deux, et encore en cherchant bien.
Ceci ne veut trop rien dire quant au succès potentiel de ce produit parfaitement markété entre Cinquante nuances de Grey, Ange ou Démon et Tous ensembles (ou Ensemble c'est tout, je sais pus). De ma lucarne je peux même prédire, pour peu qu'il soit passablement poussé, un carton tel ses prédécesseurs en tête de gondoles des hyper-marchés. Vous m'excuserez de ne pas les nommer, mais je ne suis pas sponsorisé. Enfin vous trouverez, à défaut en librairie ou alors en vente en ligne, se sera alors une déception que de ne pas le voir référencé par la grande distribution.

"Est-ce que j'ai 25 ans ou 5 ?"p.330 A cette question que se pose bien tardivement la narratrice, je réponds : 13. Les plus délurées ont leurs premiers ébats diablement jeunes dans les grandes ville comme Paris. Nulle trace de cette poésie propre à l'enfance chez cette post-adolescente immature perverse narcissique jusqu'au bout des seins. Y-a-t-il seulement un hashtag #balancematruie, pour dénoncer ces Bimbos sans foi, ni loi, prêtes à se vautrer dans la luxure et le stupre, le chantage et la trahison afin de devenir reine de Sodome et Gomorrhe ? Auto-apitoiement et adulation béate du luxe accompagnent tout du long cette guimauve déballant les omniprésents fantasmes sexuels d'adolescente attardée.

Si encore un lémure, un démolisseur ou tout simplement une bonne fée, malheureusement absente dans cette capitalistique Fantasy, avait fait disparaître les chapitres 23 à 52 soit 158 pages sur les 357, le récit aurait gagné en mystère et densité. Enfin puisqu'il est aussi question d'architecture, de sauvegarde des bâtiments, vous l'aurez compris aux frivolités alambiquées du style Rococo, je préfère la pureté simple du Roman.
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boudicca
  12 décembre 2018
Cela faisait longtemps qu'on avait pas entendu parler de Catherine Dufour au sein des littératures de l'imaginaire (la dernière sortie SF de l'auteur datait de 2009 et elle s'était depuis consacrée à d'autres écrits comme un guide pour les petites filles qui ne veulent pas finir princesses, ou encore une une vie sexuelle de Lorenzaccio). L'auteur nous revient donc cette année chez l'Atalante avec un roman de fantasy urbaine présenté par l'éditeur comme un « anti-Twilight tout en humour ». C'est à la suite d'un article réalisé pour le monde diplomatique et consacré aux deux phénomènes littéraires que sont « Twilight » et « Cinquante nuances » que Catherine Dufour a eu l'idée d'écrire sa propre romance torturée. Pari risqué, car l'équilibre est souvent difficile à trouver entre la transposition pure et simple et la parodie sans nuances. L'auteur s'en sort cela dit remarquablement bien et nous livre ici un texte qui, quoique bourré d'humour, n'en dépeint pas moins une histoire d'amour tragique, tout en abordant quantité de thèmes en lien avec la société d'aujourd'hui. [Je précise que, même si je vais prendre garde à ne pas trop en révéler sur l'intrigue, je suis néanmoins obligée de mentionner dans le dernier paragraphe deux ou trois éléments qu'on ne découvre qu'un peu tardivement dans le récit.] le roman met en scène Myriam, une jeune femme qui vient d'être embauchée sur Paris par une boîte dans laquelle elle est censée faire de la veille informatique. Là, elle se retrouve confrontée à un homme en particulier, un des grands pontes de l'entreprise, avec lequel elle ne communique que par mails et coups de fil interposés. La relation commence assez mal, pourtant, très vite, Myriam se sent irrésistiblement attirée par cet étrange jeune homme aux manières vieillottes mais impeccables, qui manifeste pour elle un intérêt appuyé. Déjà difficile en raison de leurs positionnements hiérarchiques respectifs, la situation de nos deux tourtereaux va se complexifier encore davantage lorsque notre héroïne va apprendre la véritable nature de son patron...
Le roman reprend tous les codes des romans/films du style « Twilight » ou « Cinquante nuances », notamment en ce qui concerne les personnages. On retrouve en effet un homme au statut « élevé » (parce que plus riche et plus beau que les autres) autour duquel plane une aura de mystère, et une héroïne un peu paumée qui ne s'intéresse que de loin aux choses de l'amour et qui va laisser cet homme charismatique prendre les commandes de sa vie. de ce point de vue là, Catherine Dufour reste fidèle à ses inspirations, ce qui pourra, dans un premier temps, ennuyer ou agacer une partie de son lectorat. Et puis, au fil du récit, l'auteur s'écarte de plus en plus de la trame classiquement adoptée par ce type de romance pour nous délivrer un tout autre message. L'héroïne, d'abord, se révèle rapidement bien plus dégourdie et autonome que les femmes qui l'ont précédé dans ce rôle (même si, étant donné la passivité des donzelles mises en scène par Stephenie Meyer et E. L. James, ce n'était pas franchement difficile). Certes, Myriam tombe bel et bien sous le charme de son irrésistible patron surnaturel, au point de le laisser prendre un certain nombre d'initiatives à sa place, mais elle n'en garde pas moins tout au long du récit un recul qui lui permet de prendre conscience de l'étrangeté et de la nature malsaine de cette relation dont elle tente de reprendre le contrôle. Si l'héroïne se révèle aussi attachante, c'est aussi et surtout grâce à son sens de la répartie qui lui permet de remettre régulièrement à sa place son « prince charmant » au moyen de répliques bien senties dans lesquelles elle ne s'embarrasse d'aucune politesse et ne recule devant aucun tabou. le fait que la narration soit endossée par la jeune femme pendant toute la durée du roman implique inévitablement que le pendant masculin du duo soit plus en retrait (ce qui permet d'ailleurs de renforcer le mystère qui entoure sa personne). Celui-ci remplit pour autant parfaitement son rôle de prince charmant prédateur, se montrant tour à tour vulnérable ou tyrannique, effrayant ou charmant.
L'un des principaux atouts du roman tient cela dit moins à la qualité de l'histoire d'amour dépeinte qu'aux thématiques sociétales mises en avant par l'auteur. Les circonstances dans lesquelles se rencontrent les deux personnages servent ainsi surtout de prétextes pour aborder la situation du monde de l'entreprise aujourd'hui. Catherine Dufour nous dépeint une compagnie dans laquelle tous les employés sont contrôlés et surveillés en permanence par leur hiérarchie et leurs collègues, et où la quête de rentabilité aboutît à des situations complètement absurdes (états lamentable des toilettes pour que les employés y passent le moins de temps possible, logiciel de surveillance installés sur les ordinateurs…). Et le pire dans tout cela, c'est qu'il ne s'agit même pas des délires d'un auteur de SF paranoïaque mais bien de techniques employées dans certaines entreprises aujourd'hui. L'auteur aborde également la précarité dans laquelle ces sociétés maintiennent leur personnel, composé très majoritairement de femmes (évidemment, puisqu'on peut les payer moins cher !). le roman aborde aussi de manière plus subtile un sujet qui n'est jamais traité dans ce type de romance, à savoir les différences en terme de « classes sociales » des deux amants. On a en effet constamment à faire à un homme appartenant à l'élite de la société et qui va tenter de faire entrer la pauvre petite employée/lycéenne/étudiante de base (rayez la mention inutile) dans son monde, dont elle doit bien sûr apprendre les codes. Ce fantasme de l'homme richissime tombant sous le charme d'une femme de « petite » condition n'est évidemment pas nouveau, mais l'auteur lui donne ici une réponse pour le moins inattendue qui m'a, personnellement, beaucoup plus amusée que toutes les versions proposées précédemment (qui finissent quasiment toutes par un happy-end hautement improbable). Cette profondeur, le roman de Catherine Dufour la tient, entre autre, de ses nombreuses influences, parmi lesquels on peut citer, par exemple, Balzac (dont certains vers ont été choisis pour servir de titre au roman) ou encore Shakespeare (et notamment le personnage de Richard III dont on retrouve ici certains répliques).
Parmi les autres points positifs, il convient également de mentionner la qualité du décor qui occupe une place centrale dans le récit. Loin de se limiter au rôle de paysage plaqué en simple fond, la ville de Paris est au contraire très bien utilisée par l'auteur qui nous la fait arpenter d'une manière peu commune. le café de Flore, l'académie française, les catacombes, le toit de l'Opéra Garnier, la tour Saint-Jacques… : c'est qu'on en voit, des monuments de la capitale, au cours des pérégrinations de nos deux héros. ! Des monuments que l'on connaît tous mais que l'auteur nous dévoile ici sous un tout autre jour, faufilant ses personnages dans les rares interstices urbains qui existent encore aujourd'hui. Ces ballades dans les murs de Paris sont évidemment l'occasion de rappeler à la fois quelques uns des épisodes les plus importants de l'histoire de la ville (la Révolution, le siège des Prussiens…), mais aussi des anecdotes plus croustillantes ou plus sanglantes qui participent à rendre le décor vraiment vivant aux yeux du lecteur. Tout cela n'aurait évidemment pas pu être possible si l'auteur n'avait pas fait le choix de mettre en avant une créature surnaturelle dont le sort est intimement lié aux murs et aux pierres, à savoir les lémures. Évoqués dès l'Antiquité par les Romains, les lémures sont les spectres d'hommes et de femmes ne parvenant pas à trouver le repos et hantant par conséquent la demeure dans laquelle ils ont péri. Considérés comme des esprits malfaisants, ils sont souvent assimilés à d'autres créatures horrifiques tels que les fantômes ou encore les vampires, et c'est avec eux que notre héroïne va avoir maille à partir. L'idée est originale, et le traitement qu'en propose l'auteur encore davantage, ce qui donne lieu à des scènes parfois franchement cocasses qui permettent au roman d'adopter de temps à autre un ton plus léger. Cela fournit également à l'auteur l'occasion d'aborder des thèmes eux aussi peu communs, à savoir la préservation du patrimoine ou encore les politiques d'urbanisme (qui trouvent ici une justification pour le moins… étonnante).
Pari réussi pour Catherine Dufour qui nous offre avec « Entends la nuit » un roman qui n'échappe pas à quelques écueils mais qui se révèle dans l'ensemble cohérent et surtout très rafraîchissant. Une histoire d'amour improbable dénuée de toute mièvrerie, une héroïne avec du mordant, des promenades extraordinaires dans les murs de Paris, des problématiques liées au monde de l'entreprise : autant d'ingrédients détonnant que l'auteur est parvenu à arranger de manière surprenante pour un rendu réussi. A noter que la scène finale n'exclue pas une suite, chose que l'auteur ne réfute d'ailleurs pas…
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FungiLumini
  20 novembre 2018
J'ai découvert ce livre grâce à la chronique du blog Just a Word et je dois dire qu'il m'intriguait énormément. J'ai donc été ravie d'être sélectionnée pour le lire lors de la dernière masse critique Babelio (merci à eux et à la maison d'édition d'ailleurs 😉 ). Je trouve la couverture assez grandiose dans son design, représentant à la fois une statue de loin, mais les plans de Paris de près. Une illustration qui correspond parfaitement au récit et qui nous plonge sous terre grâce aux rabats de la couverture.
Après une vie de bohème à Amsterdam, Myriame vient de signer un CDD à la Zuidertoren, à Paris. Ce changement radical de mode de vie lui est difficile, mais elle a besoin de stabilité financière dans son quotidien. Un boulot de bureau, pas forcément amusant, mais qui paie. L'entreprise elle-même est un peu étrange, dirigée par des patrons hautains et distants, et gouvernée par l'application Pretty Face, un système de messagerie instantanée et de vidéo-conférence en direct et en continu : tout le monde voit tout le monde tout le temps. Zuidertoren is watching you ! le bureau attribué à Myriame est un vieux cagibi humide qui sent mauvais. Quoi de plus engageant pour commencer un nouveau travail?
Heureusement, les choses vont s'améliorer pour notre protagoniste. Elle va rencontrer un de ses patrons sur Pretty Face, Duncan Vane, et rapidement sympathiser avec lui. Une étrange liaison va commencer entre eux, à distance, puisque Duncan dit être en Écosse. Les événements bizarres se succèdent autour de Myriame, mais aussi les heureuses coïncidences, comme le fait qu'on lui attribue rapidement un logement de société. Que cache cette entreprise et ses dirigeants, mais plus important encore, quels secrets Myriame dissimule-t-elle?
Je ne le dis pas du tout péjorativement, mais j'ai eu l'impression avec ce livre de lire Twilight version adulte et délurée. On a cette jeune fille qui débarque dans une nouvelle vie, très différente de celle qu'elle a connue auparavant. Elle se rapproche peu à peu du bel inconnu (riche qui plus est). Quand elle découvre la vraie nature de son compagnon et qu'il lui dit de s'éloigner de lui, elle reste quand même et se met d'ailleurs souvent en danger de mort, juste pour être avec lui. Cet amour inconditionnel au premier regard de la part de l'un comme de l'autre est tellement puissant qu'il semble pouvoir tout surmonter. La fin n'est cependant (heureusement) pas du tout du même style, je vous rassure.
J'ai beaucoup aimé la plume de l'auteure : assez directe, elle nous immerge totalement dans les actions et pensées de la protagoniste. On est dans son courant de conscience, toutes ses angoisses, ses peurs, mais aussi ses interrogations et parfois les réflexions un peu niaises ou drôles qu'elle se fait dans sa tête et qui n'auraient jamais dû en sortir sont ici couchées sur papier. Nous savons absolument tout ce qui lui vient à l'esprit et j'ai trouvé cela original et peu courant.
J'ai adoré la créature fantastique décrite dans ce récit, à la fois fascinante et effrayante. le lémure est la Ville, il est l'immeuble, il est le mur. Nous vivons en lui, mais il peut aussi se matérialiser avec une apparence humaine. Il doit cependant régulièrement se « réarranger » avec de la matière organique (animaux, humains…), ce qui enlève un peu de son glamour à cet être éternel, vampire de béton et de chair fraiche. Bien que Myriame soit une femme au caractère bien trempé, elle va de plus en plus loin avec son compagnon lémure, allant jusqu'à se promener à l'intérieur des murs de la capitale française. Une visite hors du commun des lieux phares de Paris qui a cependant ses désavantages. Un rêve qui peut basculer d'un moment à l'autre dans le pire des cauchemars et Myriame l'apprendra à ses dépens. Douceur et volupté se mêlent avec violence et trahison et donnent un tout détonnant !
Si j'ai beaucoup aimé la fin en soi, je l'ai trouvée un peu plus « brouillon » par rapport au reste du livre. J'étais même un peu perdue sur certains éléments. Tout se déroule assez vite et le fil des pensées de la protagoniste n'est plus aussi clair, mais dans une certaine mesure, cela représente bien son état d'esprit du moment, entre confusion, angoisse et détermination.
Un nouveau travail, une rencontre virtuelle et des événements étranges vont amener Myriame à revoir sa vision de Paris. Elle explore l'univers à la fois fascinant et sordide des lémures, esprits de la ville. Entre douceur, décadence et violence, le récit nous emmène à la découverte de la capitale française comme on ne l'a jamais vue. Une plume immersive qui nous conte une romance plus qu'improbable entre une humaine et un immeuble !
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JustAWord
  08 octobre 2018
Cela faisait neuf ans qu'on l'attendait : Catherine Dufour revient enfin à la littérature de l'Imaginaire après quelques détours par l'Histoire (L'Histoire de France pour ceux qui n'aiment pas ça), le théâtre (La Vie sexuelle de Lorenzaccio) et les grandes dames (Le Guide des métiers pour les petites filles qui ne veulent pas finir princesses). Point de futur post-apocalyptique arôme punk comme avec Outrage et Rébellion mais un retour vers le fantastique à l'humour grinçant et contagieux qu'elle affectionne tant.
Entends la nuit, publié cette fois aux éditions L'Atalante, explore Paris et ses vieilles pierres pour dénicher les lémures, des êtres inquiétants mais aussi étrangement sexy…
C'est le CDD de votre vie !
Tout commence avec l'arrivée de Myriame, une jeune femme au caractère bien trempé, à la Zuidertoren, une société parisienne coincée entre les immeubles grisâtres de Bercy. Joie et bonheur, Myriame accède au rêve capitaliste moderne : le CDD (et peut-être un jour le CDI, soyons fous !). En prime, un bureau qui porte le chiffre 327 avec des murs glacés façon Igloo pleureurs et un logiciel espion nommé Pretty face qui s'assure que vous travaillez comme il faut derrière votre écran. Sur Pretty face, Myriame aperçoit un homme étrangement attirant, un visage trop beau pour être vrai, un Loki peu loquace. Rapidement, elle comprends que derrière Loki se cache Sir Duncan Vane, l'un des dirigeants de la Zuidertoren. Lorsque celui-ci commence ouvertement à lui faire des avances et qu'elle tombe peu à peu dans ses filets, c'est le coup de foudre assuré…littéralement !
Le monde du travail, monstre moderne
Catherine Dufour troque les vampires de Twilight pour des aristocrates suradaptés au monde capitaliste moderne, écrasant leurs employés et les gardant bien sagement dans le pas cadencé du monde de l'entreprise. Dans Entends la nuit, c'est d'abord par la situation peu enviable de nouvelle employée dans une grande boîte lambda que Catherine nous entraîne. Bien vite, elle bascule cependant dans l'étrange et donne aux supérieurs hiérarchiques des atours surnaturels, des bêtes intrigantes et distantes que l'on ne comprend pas et qui effraient autant qu'elles attirent. Dès lors, le roman se focalise sur la romance quasi-sadomasochiste entre Duncan Vane et Myriame, un noble froidement séduisant et une femme ordinaire au caractère revêche. Petit à petit, on comprend que Duncan n'est pas humain et que Myriame vient de mettre le pied dans un nid de serpents.
Mânes and woman
Au lieu de réutiliser directement le mythe du vampire, Catherine Dufour ressuscite celui du lémure, fantôme malfaisant de la mythologie romaine, et celui des mânes, les esprits des ancêtres. Elle transforme momentanément sa romance en une (re)découverte de ces légendes oubliées et tente d'en faire l'ombre tutélaire des mythes plus modernes tels que le vampire, la goule ou le zombie, simples incarnations de ces anciennes divinités. Entends la Nuit reprend ensuite le chemin de la romance et montre le jeu de séduction dangereux qui se joue entre Myriame et Vane. Cette ennuyeuse romance pourrait égarer plus d'un lecteur…s'il n'y avait pas le truculent humour et le franc-parler d'une Catherine Dufour pleinement consciente du potentiel parodique et bouffon de la situation qui permet tout juste à ce cache-cache amoureux de ne pas virer au Twilight-bis faussement rebelle. Myriame n'est pas Bella et reste toujours lucide sur la pulsion de mort qui l'habite et lui fait côtoyer un monstre, un vrai, capable de l'absorber purement et simplement s'il le souhaite. Avec des répliques féroces et un rythme finement calibré, Catherine Dufour se tire de ce mauvais pas pour soutirer des sourires complices au lecteur.
Le sang des pierres
Mais surtout, la vraie originalité d'Entends la nuit, c'est de replacer Paris au centre du jeu. Oubliez la quête du sang, ici la pierre fait la loi. Incarnés dans les murs et les catacombes, les lémures offrent un lustre nouveau au patrimoine parisien, rappel inattendu de la puissance du temps et de ces grandes bâtisses qui nous observent vivre et mourir à travers les siècles. Normal dès lors que les lémures se comportent comme des nobles d'un autre temps, figures déplacées dans un monde moderne qui ne croit plus en eux. Modernité et patrimoine se tirent la bourre à qui mieux mieux et finalement la romance pourrait bien se trouver ailleurs que dans les draps de Myriame. Peut-être qu'Entends la nuit aime davantage Paris qu'elle n'aime ses frivolités amoureuses qui finiront inévitablement dans les flammes. Peut-être.
On frôle la catastrophe ! Catherine Dufour se met en tête d'écrire une romance fantastique avec toutes les scènes langoureuses que cela présuppose mais…non, Catherine Dufour reste Catherine Dufour avec son humour caustique qui emporte finalement le tout. Ajoutez une délectable métaphore sur le monde du travail et un amour de Paris qui flamboie à travers les créatures fantastiques hantant ces pages et vous obtenez un roman addictif et drôle à souhait.

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Brize
  04 décembre 2018
A 25 ans, Myriame se voit contrainte d'abandonner sa vie de bohême pour rentrer à Paris, dans le minuscule appartement de sa mère malade. Titulaire d'un master en communication, elle prend un boulot alimentaire dans une importante société, Zuidertoren, située dans un vieil immeuble parisien. Rapidement, elle constate qu'elle a été repérée par un personnage aperçu dans une des vignettes du logiciel de flicage Pretty Face, où chacun voit les visages de tous les employés filmés devant leur ordinateur. L'homme en question s'avère être Duncan Vane, un des hauts responsables de la boîte, doté de la même beauté glaciale que ses pairs. Myriam remarque qu'il fait preuve de capacités quasi extralucides quand il s'agit d'avoir connaissance à distance de son environnement de travail. En outre, comme il s'intéresse à elle, il ne tarde pas à lui proposer un studio qui va se révéler plein de surprises …
Rien d'étonnant à ce que le roman rappelle, par certains de ses aspects, « Fifty Shades of Grey » ou « Twilight » : l'auteur explique dans une interview les avoir lus deux fois, pour rédiger un article destiné au Monde Diplomatique ! Mais on est loin, ici, d'une oeuvre en mode fanfiction : Catherine Dufour aime brocarder les clichés qu'elle utilise. Myriame n'a en effet rien d'une oie blanche et ne s'en laisse pas aisément compter : ce n'est pas un patron qui va l'impressionner (quelque impressionnant qu'il puisse être). Elle n'a pas de mots assez durs pour railler ce et ceux qui l'entourent, l'occasion pour l'auteur de fustiger les travers d'une société où il est difficile pour les jeunes de se faire une place. Quant à la thématique vampirique, elle la détourne ici vers un chemin inattendu, pavé de très vieilles pierres : les amateurs d'anciennes architectures parisiennes apprécieront …
J'ai aimé emprunter ainsi une voie faussement familière, appréciant les surprises réservées par les détours du périple. Il a cependant fini par me lasser, parce que les désirs de Myriame ne me convainquaient guère. Je m'attendais aussi à quelque chose de réellement surprenant concernant l'héroïne (compte tenu de ses allusions régulières à un élément nous échappant), mais la « révélation » n'avait rien d'extraordinaire. Bref, un bilan mitigé, pour un roman fantastique dont l'originalité est cependant indéniable, autant que la causticité du propos social. Mais « le goût de l'immortalité », seul livre de l'auteur que j'aie déjà lu, m'avait, lui, fait l'effet d'un joyau noir.
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Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
boudiccaboudicca   07 novembre 2018
La voix continue, crissant dans les ténèbres. Elle me raconte les gigantesques incendies ravageant les hameaux de paille au pied des châteaux de pierre, vaporisant les taudis pour se débarrasser des pauvres, morts ou vivants. Et plus tard, les bulldozers qui écrasent les places, les rues, les cours, les cimetières, les halles, les docks, les ossuaires et les carrefours, qui gomment les villages, les villes, les lieux et leur mémoire – pour les remplacer par des tours qu'on fait imploser tous les trente ans, ville nouvelle, ville vide, sans histoire et sans esprits – tandis que beaux quartiers, châteaux et palais sont sanctuarisés. Alors c'est ça. Lutte des classes minérale.
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Charybde2Charybde2   11 novembre 2018
– Alors ? J’espère que tu as dit oui !
Bien sûr que j’ai dit oui. Comme si j’avais le choix. J’ai dit oui à tout, au contrat à durée déterminée et au salaire à trois chiffres. Mes chaussures neuves me font mal jusque dans les gencives.
– J’ai signé le contrat de mon sang, ça te va ? Elle est comment, cette Ikovna, en supérieure hiérarchique ? Je veux dire, au quotidien ? Plutôt carrée, hein ?
Sacha, un nouveau collègue complètement blond, éclate d’un rire énorme.
– Iko ? Elle est pleine de coins, oui ! Mais tu vas vite te rendre compte que le titre « supérieur hiérarchique » n’est pas pour elle, à la Zuidertoren. Ici, on réserve ça aux gens du sixième étage. Tu les verras bientôt, ils descendent souvent à la cafète le lundi et ils ont un look très hiérarchique. Iko, ce n’est qu’une… bah, une cadre, quoi.
Ce que raconte Sacha étant complètement dénué de sens, je me contente de hocher la tête.
– Si tu me montrais l’appli métier ?
– C’est parti ! Assieds-toi.
L’application est simple, je la connais déjà. De toute façon, tous ces logiciels de data mining se ressemblent. Par contre, l’écran de veille qui surgit dès que je lâche le clavier trente secondes est… Je colle mon nez dessus.
– Qu’est-ce que c’est que ce truc ?
C’est une mosaïque de visages. Qui bougent. Certains téléphonent, d’autres se grattent le menton.
– C’est Pretty face, notre logiciel de flicage maison, ricane Sacha. Ta cam est là.
Son ongle effleure le haut de l’écran.
– Tous les employés de la Zuidertoren sont filmés en continu. Ça permet aux cadres genre Iko de voir d’un seul coup d’oeil quel chargé d’études se cure le nez ou finit sa nuit au lieu de bosser. N’oublie pas de le déconnecter quand tu vas boire un café. Officiellement, « Pretty face permet de faciliter la synergie entre les partners. » Mais moi, j’appelle ça du flicage.
Moi aussi, seulement je n’ai pas assez d’ancienneté pour le dire.
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Charybde2Charybde2   11 novembre 2018
Le soir, je pourrais faire des semelles avec mon moral : une eau glacée transpire des murs, je suis assaillie par des vents coulis et Vane n’est pas venu sur Pretty face de la journée. Tout à mon auto-apitoiement, je me recroqueville au bord du fauteuil et fixe l’écran avec rancune en soufflant dans mes poings ; Vane est là. Il porte une veste anthracite. Il est beau et sinistre comme mon bureau. D’ailleurs, il a la même couleur cadavérique que les murs. Ses paupières sont noires, sa bouche est violette ; il a l’air concentré. Je suis si contente de le revoir que je tape :
– Bonjour, sir Vane. Encore merci. Vous m’avez sauvé la vie.
Il répond quatre mots :
– Je vous en prie.
Son image disparaît. Ce salaud s’est déconnecté. Encore !

Le lendemain matin, j’ai à peine allumé mon poste que la messagerie miaule.
– Bonjour, mademoiselle.
C’est signé Vane. Je n’ai même pas le temps de commencer à m’indigner que la messagerie miaule à nouveau.
– Me pardonnerez-vous le laconisme dont j’ai fait preuve hier ? Je devais terminer un dossier qui ne souffrait pas de délai.
Son phrasé graisseux me fatigue. Qu’est-ce qui explique cette volte-face aussi brutale que les autres ? Un orage qui approche ? Une étude qui retarde ? Foutu coquet. De toute façon, je n’ai pas le choix : je dois répondre aimablement. Mon CDD en dépend.
– Que puis-je pour votre service ?
J’envoie, je lève les yeux vers l’écran et je plonge dans les siens. Bon, je connais la suite : il va être charmant et, dès que je serai charmée, me renvoyer aux misères de mon néant. J’ouvre un logiciel et Pretty face disparaît. Dix secondes plus tard :
– Aurez-vous le temps de répondre à quelques questions ?
Parce que j’ai le droit de disposer de mon temps ? Je crache deux petits jets de fumée par le nez et j’écris :
– Monsieur.
Je laisse mes mains embrayer – elles ont leur style.
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Charybde2Charybde2   11 novembre 2018
Le bureau 327 est de plus en plus vivable. Séché, briqué, décoré. Contente de mon œuvre, je caresse les murs du bout des doigts et respire le parfum du bois ciré. J’allume l’ordinateur et finis tranquillement mon café devant Pretty face – Vane est là. Ses paupières sont baissées vers son clavier. Avec ses sourcils en V dans son visage très pâle, il ressemble plus que jamais à un elfe noir. Il pourrait être beau s’il était plus expressif qu’un parpaing. Pour une fois, il porte quelque chose de normal : un col roulé bleu marine. Je m’aperçois qu’il a les épaules plutôt larges – je me force à ouvrir un dossier.
Pendant qu’une moitié de mon cerveau épluche une enquête de satisfaction totalement ennuyeuse, l’autre moitié pousse des soupirs d’angoisse. Finalement, j’abandonne. Il y a quelque chose d’étrange dans l’air aujourd’hui. Et dans la lumière. Elle a jauni. Je décide de prendre une pause.
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FungiLuminiFungiLumini   20 novembre 2018
– Je suis un lieu, je protège, j’enferme. Je suis juste une âme perdue en quête d’un corps.
Je dois avoir l’air complètement abrutie.
– Je suis un spectre. Je hante. Je suis un dieu. Je crée et je détruis. Je suis un démon. Je possède et je dévore.
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Avec Mélanie Fazi, Catherine Dufour et Rachel Bocher
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Les Amants de la Littérature

Grâce à Shakespeare, ils sont certainement les plus célèbres, les plus appréciés et les plus ancrés dans les mémoires depuis des siècles...

Hercule Poirot & Miss Marple
Pyrame & Thisbé
Roméo & Juliette
Sherlock Holmes & John Watson

10 questions
3059 lecteurs ont répondu
Thèmes : amants , amour , littératureCréer un quiz sur ce livre