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ISBN : 2228906425
Éditeur : Payot et Rivages (06/04/2011)

Note moyenne : 4.26/5 (sur 23 notes)
Résumé :

Notre temps est placé sous le signe du risque : calculs de probabilités, sondages, scénarios autour des crachs boursiers, évaluation psychique des individus, anticipations des catastrophes naturelles, cellules de crises, caméras ; plus aucune dimension du discours social ou politique, voire éthique, n’y échappe. Aujourd’hui le principe de précaution est devenu la norme. En termes de vies humaines, d&#x... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
berni_29
  19 mars 2018
Anne Dufourmantelle, philosophe, romancière et psychanalyste, a écrit cet essai magnifique, Éloge du risque, autant pour dénoncer une société de consommation lisse et aseptisée, empêchant justement la prise de risque, que pour nous parler de joie, d'amour et d'errance.
Tour à tour, l'auteure visite les endroits où se pose le risque : la sphère privée, celle sociale, professionnelle, nous passons de l'intime au collectif. En quelques courts chapitres, elle explore nos vies amoureuses, les séparations qui s'ensuivent parfois, nous parle de la dépendance avec des mots magnifiques et étonnants, nous parle de notre vie sociale, de l'entreprise, de nos autres univers, de la vie associative, des engagements humanitaires, du langage c'est-à-dire les mots que nous disons et leur force performatrice...
Cet essai est en effet avant tout un éloge à l'amour et je l'ai reçu comme cela. Mais auparavant, Anne Dufourmantelle nous rappelle ce qui ne fonctionne plus dans notre monde. Elle pose un constat impitoyable : aujourd'hui, dans notre société, le risque est constamment cerné et annihilé par des codes et des logiciels et ce calcul nous étouffe, il aboutit à une servitude volontaire, peut-être bien plus dangereuse que si le risque s'avérait démontré. Par une forme de loyauté étrange à ces codes, nous sommes pris en otage dans cette forme surprenante de dépendance, consciente ou peut-être inconsciente. Notre société vise le risque zéro et elle y parvient, mais à quel prix ? Nos enfants ne prennent désormais aucun risque, puisqu'à chaque instant nous sommes derrière eux à empêcher le moindre geste qui pourrait les mettre en danger. Ici, loin de moi l'idée de laisser nos petits chérubins saisir des casseroles bouillantes à portée de mains, mais tout de même... Anne Dufourmantelle dénonce une société qui nous infantilise.
Ce livre est un livre d'amour et d'émancipation. Ainsi, venons donc au sujet amoureux. Anne Dufourmantelle nous incite à nous laisser porter par les risques à tomber amoureux et les risques de la passion amoureuse. Bien sûr, il y a un risque et nous le savons tous et plus nous nous prenons des revers amoureux et moins forcément nous prenons le risque d'y revenir dans les jours qui suivent, les mois, les années...
L'auteure nous dit de ne pas avoir peur d'aller vers nos passions négatives : la dépendance, l'angoisse, la tristesse, la peur, car elles sont nos alliées, c'est en explorant les bords et les abords de ces passions négatives, c'est en les visitant et les revisitant que nous pouvons nous déployer plus largement, et y compris aussi vers la joie.
Anne Dufourmantelle nous dit de prendre le risque d'aimer, de vivre afin de s'extirper de toute dépendance.
Anne Dufourmantelle nous rappelle aussi qu'il n'y a jamais eu autant de livres sur la recherche de l'autonomie de soi... On pourrait s'interroger sur le bien-fondé de ces ouvrages. Ici, je ne vais pas jouer les donneurs de leçons car il m'arrive aussi d'en acheter.
Nous avons à peu près peur de tout à chaque grande étape de la vie. Nous avons peur des risques à prendre. Cela commence par la peur d'être abandonnée en premier lieu. Lorsque l'enfant naît, son premier cri est un cri de peur. Sortant de la vie intra-utérine, il découvre d'emblée un monde qui lui est hostile. Les peurs nous rattrapent constamment. Ce n'est pas tant la peur qui est dangereuse, mais la peur de nos peurs. Il ne suffit pas d'être né pour être vivant. Pour autant, nous avons peur d'être vraiment vivant. Dans un apprentissage de la dépossession, notre foi, notre espérance, notre joie, notre manière de vivre et de rester en vie, permettent d'affronter ses peurs.
Anne Dufourmantelle nous dit que l'homme est en train de perdre son libre-arbitre, à peine consciemment, mais c'est très bien organisé. Il est très difficile d'être libre dans une société de consommation qui valorise beaucoup la dépendance aux objets.
Aller vers cette liberté intérieure est difficile. On s'enferme dans des protections non seulement inutiles mais qui nous fragilisent plus encore. Il est parfois difficile de se singulariser.
Anne Dufourmantelle nous dit que le chagrin d'amour est une des plus belles choses à vivre ; c'est à cet endroit qu'on explore les limites de son être et la perception du monde qui est nouvelle. Les textes, la lecture, peuvent nous aider à traverser cela autrement que comme une calamité ou un enfermement. Les mots de cette femme apaisent.
Elle nous incite donc à prendre le risque d'aimer, de vivre, de créer. Ce temps du risque, celui des résistants, serait le contraire miraculeux de l'aliénation. Notre pays a connu des résistances. Aujourd'hui, l'actualité nous montre d'autres formes de résistances. Elles sont souvent ailleurs. Serions-nous près à prendre le risque de nous indigner, de nous lever, de nous engager, si aujourd'hui nous étions menacés ? Mais au fond, sommes-nous vraiment lucides sur notre situation. Anne Dufourmantelle, d'une certaine manière, pose un regard cruel sur ce que nous sommes.
Pour moi c'est une auteure à découvrir absolument, elle est une philosophe de la liberté.
Dans ce livre empreint de poésie, j'ai vu un engagement émouvant de l'auteure. Je vous encourage à regarder aussi des vidéos où elle parle de cet engagement. Ces instants sont très forts et vous serez sans doute, comme moi, impressionnés par la douceur de sa parole.
Anne Dufourmantelle a trouvé la mort le 21 juillet dernier, sur une plage de Méditerranée, dans des circonstances tragiques en portant secours à un enfant qui était en train de se noyer. Au cours de ce sauvetage, elle a succombé à un arrêt cardiaque. Elle avait 53 ans.
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Pirouette0001
  27 novembre 2018
Composé de courts chapitres qui nous invitent à prendre le risque de notre vie, de vivre tout simplement, mais de vivre véritablement , l'écriture d'Anne Dufourmantelle n'en est pas moins compliquée. Trop peut-être pour passionner tout le monde et c'est bien dommage. Avec moins de digressions psychanalytiques ou de références aux mythes grecs, ce livre pourrait, devrait être mis dans toutes les mains.
Reste le propos de base : osons. Ne pas risquer, c'est déjà être mort et donc, vivons, en majuscules.
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virgidoc2
  23 mars 2013
Risquer de perdre du temps, risquer de se perdre, risquer l'éblouissement, risquer le rire...Oui Anne Dufourmantelle nous interroge. J'aime ses propos et ses réflexions mais ce qui m'a le plus étonné chez elle - moi qui la découvre - c'est sans aucun doute sa qualité d'écriture. J'aime les mots et les suites qu'elle livre, proches certaines fois de la poésie. Cela ne retire rien à la réflexion bien au contraire ça l'alimente. A noter tout partciluièrement pour les amoureux des lettres : le chapitre sur le rapport entre le lecteur et la littérature. Lire permet d'"entrer dans cette zone de ravissement où ce qui est affecté en nous nous échappe absolument"...
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clairelili
  29 juin 2017
Entre réflexion philosophique et étude psychanalytique, cet ouvrage nous rappelle les difficiles vérités du doute, de la passion, de la peur, de la liberté... Et de tant d'autres risques qui font une vie réellement vécue. Bel antidote à l'abrutissement solitaire ou collectif.
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JCLDLGR
  29 octobre 2018
Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué. ...un style avec beaucoup de bruits (mots redondants, citations, diversions, concepts parfois très anciens croisés avec des points de vue actuels...)
Heureusement que chaque chapitre suit une idée et dépasse rarement 5 pages. Beaucoup de citations et de diversions qui éclairent plus ou moins le propos.
Difficile de s'y retrouver dans cette profusion de concepts philosophiques passés à la moulinette de la psychanalyse.  Je me suis accroché !
Dommage parce que, venant d'une femme qui s'est tuée en sauvant une vie, la démonstration est un peu atténuée par le style. Quelques pépites très poétiques comme sur le rire et le rêve.
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critiques presse (2)
Bibliobs   24 juillet 2017
« Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve», on connaît la phrase d'Hölderlin. Une vérité déployée dans toutes ses dimensions par ce très bel «Eloge du risque» signé Anne Dufourmantelle.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Bibliobs   02 août 2011
COUP DE COEUR. «Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve», on connaît la phrase d'Hölderlin. Une vérité déployée dans toutes ses dimensions[..].
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (19) Voir plus Ajouter une citation
PiatkaPiatka   12 décembre 2014
La nuit est notre amplitude secrète. L'espace de notre folie intime, mutique. La nuit enregistre nos peurs et nous en délivre, le jour, par l'effet d'une amnésie bienfaitrice dont l'angoisse est le reste insécable. La nuit est notre vérité, elle nous intime à rejoindre un lieu plus ancien qu'on appelle parfois l'âme, et dont la langue nous est indéchiffrable.
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PiatkaPiatka   08 novembre 2014
On veut l'intensité sans le risque. C'est impossible. L'intensité c'est le saut dans le vide, la part d'inédit, ce qui n'a pas encore été écrit et qui pourtant en nous est en attente, de précisément ça. La passion est une disposition qui nait en nous depuis l'enfance, que l'on peut faire croître ou diminuer mais totalement altérer, jamais.

Au risque de la passion
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DanieljeanDanieljean   18 mai 2018
Absolument ! L’incertitude est ce dont la névrose a le plus horreur. Toute notre organisation névrotique (et nous sommes tous névrosés) consiste à faire barrage à l’inattendu. L’inconscient est un GPS qui intègre toutes les données de votre généalogie, de votre enfance et de ce que vous avez vécu. Il vous indique des chemins et des routes qu’il trouve plus sûrs ou moins encombrés. Si vous lui donnez un itinéraire ou un lieu inconnu, il va tout faire pour que vous n’y alliez pas parce qu’il y a trop de risques. Par contre, ce qui est sympathique avec l’inconscient c’est que, de la même manière qu’un GPS, il va intégrer la nouvelle route la deuxième fois, il va y aller. L’inconscient fonctionne dans la répétition.

Cette capacité à l’inattendu c’est quelque chose qu’il faut trouver dans l’aptitude à être au présent. Et le lâcher prise est fondamental. Le problème, c’est que cela ne se décide pas. Ce n’est pas une question de volonté. Le lâcher prise n’empêche pas la vigilance. Au contraire, il l’appelle. Le risque met sur le qui-vive, puisqu’il y a du danger. Cela met en éveil . Il faudrait lutter contre les deux piliers de la névrose qui, pour éviter l’inattendu, se repose à 90% sur deux grosses ficelles – à savoir « la vie commence demain » ou dans deux heures ou dans une heure. C’est-à-dire qu’elle vous dit : « Oui, bien sûr, on va changer ci et ça ». Elle est très accommodante, la névrose. Elle veut bien changer, mais pas tout de suite. L’autre ficelle, c’est le tout ou rien. « C’est noir ou blanc ». D’où l’idée qu’il n’y a pas de petit choix, comme s’il n’y avait pas de gris entre les deux. Or, dès que vous commencez du gris, vous amorcez quelque chose.
+ Lire la suite
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PiatkaPiatka   05 novembre 2014
" Risquer sa vie " est l'une des plus belles expressions de notre langue. Est-ce nécessairement affronter la mort - et survivre...ou bien y a-t-il, logé dans la vie même, un dispositif secret, une musique à elle seule capable de déplacer l'existence sur cette ligne de front qu'on appelle désir ?
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PiatkaPiatka   07 décembre 2014
Quand nous souffrons de ce qui fait symptôme, nous croyons que cette souffrance nous empêche de vivre, alors qu'en réalité elle négocie pour nous le prix de la réalité.
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Videos de Anne Dufourmantelle (11) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Anne Dufourmantelle
Anne Dufourmantelle // Parole publique, parole privée Anne Dufourmantelle, Michaël F?ssel, Mazarine Pingeot Colloque des Rencontres Philosophiques de Monaco 2017 Le temps de la conversation Conférence : Parole publique, parole privée avec Anne Dufourmantelle, Michaël F?ssel, Mazarine Pingeot, modérée par Raphael Zagury-Orly
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