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EAN : 9782246859963
546 pages
Éditeur : Grasset (31/08/2016)

Note moyenne : 3.69/5 (sur 18 notes)
Résumé :
« Je rencontrais une écriture qui crevait la surface protectrice de la vie pour toucher l'âme, le corps qui souffre ce qu'un être humain ne doit pas souffrir. Les mots peuvent dire ce qu'il est à peine supportable de voir, et de concevoir. Et ils peuvent ramener l'amour que Charlotte Delbo avait eu pour toutes celles, ceux qu'elle avait vu souffrir. La lucidité, la capacité de dire et d'écrire était là. Une langue pouvait rendre ce qui avait eu lieu. Le trou que fai... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Jall
  24 mai 2017
Charlotte Delbo : la vie retrouvée n'est pas vraiment une biographie. Ghislaine Dunant a consacré 10 ans de sa vie à connaître Charlotte Delbo , décédée en 1985, et lui consacre par ce livre paru en 2016 un hymne plein d'amour.
En 597 pages, l'auteur évoque la vie de Charlotte Delbo, certes, mais aucunement sous l'angle "people". On suit surtout les engagements, les idéaux de cette femme si droite, si honnête intellectuellement. On aborde aussi l'analyse littéraire de cet écrivain connu (si peu) en France par ses témoignages de déportation (alors qu'elle est étudiée aux Etats-Unis et a été invitée à de nombreuses reprises pour des conférences devant étudiants dans ce pays) qui a pourtant écrit d'autres oeuvres, notamment pour le théâtre.
Ce travail remarquable, qui a obtenu le prix Femina de l'essai, rend justement hommage à Charlotte Delbo. Grâce au fonds Delbo récemment mis à disposition à la BNF, Ghislaine Dunant a pu se procurer des documents inédits et éclairants, sur la vie intellectuelle de l'auteur notamment. La part belle est faite sur la période où Charlotte Delbo était secrétaire de Louis Jouvet. Période qui a eu une influence capitale dans sa vie. Les personnages de théâtre notamment et des conversations imaginées avec Louis Jouvet lui ont permis de tenir à Auschwitz !
On apprend aussi beaucoup des relations entre Charlotte Delbo, souvent décrite comme résistante communiste, et le Parti, relations empreintes de pragmatisme. Charlotte Delbo avait des idéaux mais ne se laissait pas manipuler.
J'ai assisté à une présentation de ce livre par son auteur, en librairie, après l'avoir lu. Une personne présente disait qu'il y avait un avant et un après la lecture de Charlotte Delbo. Je souscris totalement à ces propos.
Je recommande vivement aux babelionautes de découvrir cet auteur précieux, puis de lire cet ouvrage que lui consacre Ghislaine Dunant. Vous pourrez ainsi partager l'admiration profonde exprimée dans cet essai.
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mfrance
  29 juillet 2019
Hommage à Charlotte Delbo, cet ouvrage se présente non comme une biographie mais plutôt comme un arrêt sur les temps forts de son existence et de son oeuvre. Tout d'abord secrétaire de Louis Jouvet pendant plusieurs années, ce qui confortera son amour pour le théâtre, elle sera arrêtée avec son mari, communiste, en février 1942, alors que tous deux travaillaient à la préparation du premier numéro des Lettres Françaises.
Lui sera fusillé en mai 1942. Quant à elle, d'abord internée en France pendant dix mois,elle fera partie du convoi du 24 janvier 1943 qui la mènera à Auschwitz-Birkenau où elle demeurera presque un an avant d'être transférée à Ravensbrück durant seize mois jusqu'à sa libération en avril 45 et son retour en France en août de la même année.
Ce parcours terrifiant, elle s'en délivrera dans l'urgence en écrivant d'un jet, à chaud, non, en crachant sur le papier, "Aucun de nous ne reviendra", son expérience du camp, ce monde d'épouvante, ce cri de détresse quasi indicible qu'elle devait arracher d'elle même, pour elle et ses compagnes. "J'ai écrit, écrit d'un jet. Portée. Et le livre est sorti de moi dans une inspiration profonde. Il me fallait l'écrire tout de suite dans la palpitation, dans le frémissement du présent."
Ce texte, elle le gardera vingt ans secret avant qu'il ne soit publié..... En outre, au sortir de la guerre, dans l'euphorie de la victoire, elle pensait, à juste titre sans doute, qu'il n'était pas temps de publier ce genre de témoignage que le public n'était pas prêt à recevoir ! d'ailleurs, même à sa parution, ce qu'elle contait paraissait inadmissible à entendre.
Voyageant tout d'abord en Grèce, elle s'était promis ce voyage si elle "s'en sortait". Elle avait également décidé qu'il était temps pour elle de se reconstruire en se créant belle et bonne vie, ce qu'elle fit.
Par ailleurs, cette femme autodidacte, deviendra avec acharnement témoin de son temps, dénonçant les mensonges communistes dans "un métro nommé Lénine" après son séjour en Urss, puis la guerre d'Algérie dont les excès lui rappelaient les abominations nazies.
Adepte du verbe cru et de la parole vraie, elle ne se gênera pas pour dire ce qu'elle avait envie de dire dans des articles, publiés ou non.
Et c'est aux Etats-Unis, où elle séjournera avant d'aller y travailler et y vivre qu'elle sera reconnue en tant qu'écrivain, témoin de la Shoah.
Cette femme, comment se fait-il qu'elle soit restée méconnue pendant si longtemps ?
Peut-être parce qu'elle n'était pas une résistante de premier plan, ni une communiste déclarée, pas plus qu'une intellectuelle avérée, et n'appartenait pas au cénacle très fermé de l'intelligentsia parisienne ?
Peut-être parce qu'elle était autodidacte et considérée d'abord par ses fonctions de secrétaire de Louis Jouvet en un premier temps puis d'assistante du philosophe Henri Lefebvre ensuite ?
Pourtant "Aucun de nous ne reviendra" recevra des critiques élogieuses à sa sortie en 1965, mais ne bénéficiera que d'une audience très restreinte.
Alors lisez Charlotte Delbo et tout d'abord sa trilogie "Auschwitz et après" et écoutez "cette voix douce et mutilée, vive, écorchée, poignante et obsédante comme un songe indélébile" selon François Bott, le chroniqueur littéraire de l'Express qui fit un éloge vibrant de "Aucun de nous ne reviendra" dans son billet de mars 1965. Il deviendra un ami fidèle de Charlotte Delbo, lui ouvrira les colonnes de son journal pour s'y exprimer et chroniquera chacun de ses livres.
Cette voix, Ghislaine Dunant nous aide à l'entendre en reproduisant dans son ouvrage de larges extraits des textes de Charlotte Delbo. Alors, n'attendez plus, écoutez-là, lisez-là !
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marieclaude64
  20 novembre 2016
C'est à partir des écrits analysés en profondeur que G.Dunant a pu écrire une biographie très personnelle de Charlotte Delbo.
le premier souci de Ch. Delbo est de dire. Non pas expliquer mais dire ce qu'elle a vu, elle cette jeune femme , secrétaire de Jouvet et emmenée à Auschwitz. le dire avec des mots les plus précis possibles, ciselés dans et par la douleur. Des mots pour dire l'incommunicable.
Ensuite, se pose la question de savoir quel est le moment propice pour publier ces textes. A quel moment ceux qui n'ont jamais connu ces moments indicibles seront-ils prêts à les recevoir, ces écrits qui disent une réalité qu'ils préfèrent ignorer ? Charlotte attend vingt avant de les publier. Et ses livres auront peu de succès.
Mais, comment vivre après Auschwitz ? Comment revenir à une vie normale ? Charlotte se reconstruit lentement. Sa remontée est traversée par des moments de dépression. Pour continuer à vivre, elle choisit le dédoublement : une mémoire qui est restée à Auschwitz et une vie retrouvée. Car Charlotte aime la vie : le théâtre, les voyages, les amis qu'elle reçoit dans sa maison-gare à la campagne. Charlotte se reconstruit par ses engagements : la fidélité à l'amour porté à son mari exécuté en 1942, des valeurs, des positions politiques qu'elle défend dans des lettres publiées dans des journaux comme le Monde.
Charlotte Delbo, une personnalité hors du commun que nous fait découvrir cette belle biographie littéraire et personnelle.
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Labibliogirly
  03 février 2017
Cette biographie est vibrante d'empathie, elle rend hommage à la belle langue de Charlotte Delbo, à cette femme solaire et attachante. On ressent à la lecture l'admiration de Ghislaine Dunant pour cette femme indomptable.
Charlotte est fille d'immigrés italiens, autodidacte, qui aime passionnément la littérature, elle a été la secrétaire de Louis Jouvet au théâtre de l'Athénée. Elle retranscrit toutes ses pièces et ses cours. La guerre arrive, elle entre en résistance au côté de son mari Georges Dudach, ils sont communistes, arrêtés en 1942, leur sort est scellé, lui sera fusillé au Mont Valérien, elle va partir le 24 janvier 1943 du Fort de Romainville pour Auschwitz-Birkenau.

A son retour en mai 1945, elle écrit à son mentor Louis Jouvet "Trois années de méditation avec la mort et l'espoir tour à tour m'ont donné le pouvoir d'évoquer et de susciter les êtres dans leur vérité".

Pour se reconstruire, en 1946 elle rédige une trilogie remarquable. Elle raconte avec une grande délicatesse, la vie, le destin et la souffrance des femmes qui l'ont accompagnée dans cet enfer. Son écriture est d'une grande légèreté, elle se rapproche de la méthode narrative du théâtre classique, ses textes ne ressemblent pas aux autres écrits concentrationnaires. Pour l'édition de ses livres, elle va attendre quinze ans, et malheureusement le public n'était pas au rendez-vous, peut être pas prêt à recevoir une telle oeuvre.

Cette femme solitaire, n'appartenant à aucun parti, avec le soutien de quelques amis, ne va jamais renier ses opinions, et ses idées. Elle défendra toute sa vie, ses camarades, la résistance et son expérience terrible de la déportation contre les idées négationnistes.
Lien : http://labibliogirly.over-bl..
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jcjc352
  18 avril 2018
Ce livre intéressant pour découvrir la vie de cette femme pratiquement inconnue (surtout de moi... et de quelques autres ...assez nombreux apparemment, d'ailleurs) Toutefois au bout d'un moment l'empathie de l'auteure deviens vite étouffante. A force de vouloir prouver que cette femme est exceptionnelle (résistante communiste mais qui ne se laisse pas abuser par les camarades , martyre d'Auschwitz ,revenante parmi les morts qui a beaucoup plus souffert que les autres (sauf les juives) mais notamment plus que les hommes résistants qui eux ont eu la chance d'être fusillés, femme de théâtre qui en remontrait à Jouvet, femme écrivain qui n'a cure d'être publiée , dont les livres ne se vendent pas sauf auprès d'une élite parisienne et new_yorkaise mais qu'il faut absolument considérer comme une auteure mageure, rebelle parmi les rebelles, femme aimante les hommes mais bien mal remerciée par ces dernier...etc...etc... on a l'impression qu'elle se l'approprie et se met à sa place, pense à sa place, parle à sa place, éprouve à sa place, suppose à sa place à tel point qu'il me semble que Dunant et Delbo c'est la même chose: elles sont indissociables Dommage pour Delbo car pour la vie qu'elle a vécue ,horreur des camps et lutte toute sa vie pour être elle-même elle méritait mieux que ça Ce livre la dessert plus qu'elle ne la valorise mais a fait certainement beaucoup cogiter dans la petite élite intellectuelle parisienne (surtout les éditeurs) c'est l'essentiel Tant pis pour le public plus large auquel j'appartiens qui aurait aimé un traitement plus humain et moins intellectuel
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critiques presse (2)
Lexpress   18 octobre 2016
Ghislaine Dunant redonne vie à Charlotte Delbo, rescapée d'Auschwitz-Birkenau, qui raconta avec une délicatesse inouïe le destin des femmes qui l'ont accompagnée dans cet enfer.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Telerama   16 septembre 2016
Une biographie prodigieuse défriche la vie de Charlotte Delbo, déportée qui passa le reste de sa vie à témoigner. D'une grande justesse.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (9) Voir plus Ajouter une citation
SZRAMOWOSZRAMOWO   25 octobre 2016
Je marche dans le jardin, j’ai contourné le grillage sur un talus qui longe l’ancienne voie de chemin de fer, là plus de barrière. Dans ce jardin à l’abandon, il est difficile de sentir sa présence. J’ai fait tout ce trajet pour venir jusqu’ici comme si le lieu allait me donner quelque chose d’elle que je ne trouvais pas ailleurs.
L’herbe est si haute, le feuillage des arbres se presse contre la maison, les mauvaises herbes recouvrent l’ancien quai, il n’y a plus âme qui vive qui fasse sentir une présence, je n’y sens rien de Charlotte Delbo et je scrute cette petite gare à l’abandon dont on a clos les ouvertures. Comme si j’étais en face d’une énigme.
Elle ne donne pas dans son livre le nom du camp, Auschwitz. À la première page qui évoque l’arrivée des convois, elle l’appelle « la plus grande gare du monde ». Ceux qui arrivent cherchent le nom du lieu. « C’est une gare qui n’a pas de nom. Une gare qui pour eux n’aura jamais de nom ». Dans le livre qu’elle consacrera à l’histoire de chacune des femmes de son convoi, elle écrira : les deux premiers mois au camp, « cent cinquante sont mortes sans savoir qu’elles étaient à Auschwitz. » Quand elle rentre en France définitivement, elle achète la plus petite gare du monde et fait poser le nom du lieu sur les murs.
Elle ne vendra jamais cette maison, elle ne s’en séparera pas. Elle y vient pour y vivre avec la chaleur de ses amis, il y a trois chambres à l’étage pour les loger. Elle fait venir des camions de terre pour remblayer le tracé de la voie, là où passaient les rails et le train. Elle eut toutes les peines à y faire pousser des fleurs, les mauvaises herbes abondaient, elle passait des après-midi entières à désherber cette longue plate-bande, seules les saxifrages poussèrent, elle s’amusait de leur surnom, « le désespoir du peintre ».
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mfrancemfrance   01 août 2019
Mais tout l'afflige dans cette ville, écrit-elle au moment de quitter Moscou, la laideur, la vulgarité, l'abandon. Ne jamais voir une jolie robe, une démarche gracieuse, de belles fleurs, des couleurs fraîches, un joli sourire, et voir ces dents abîmées, ces prothèses qui déforment les bouches - rien n'échappe à son regard. Elle ne supporte plus l'absence de ce dont elle a besoin et aura besoin toute sa vie, des fleurs, un joli bouquet, un geste gracieux, une allure qui la charme, un exemple de l'art de s'habiller, l'arrangement d'une vitrine, la beauté gratuite qui se goûte d'un regard. "Il y a un moment où on ne peut plus supporter tant de laideur. C'est aussi le moment où on s'y habitue, où on cesse de la voir. "
Page 190
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paul208paul208   30 juin 2016
Le vent est léger, il glisse sur les feuilles, entre les branches. La pluie est tombée dans la nuit, elle imprègne l'herbe, les arbres, de temps en temps une goutte tombe, rien d'autre ne se passe, et tout est silence. Je suis arrêtée par le grillage qui entoure le jardin, une boîte aux lettres métallique est suspendue de guingois, l'emplacement du nom est vide.
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mfrancemfrance   01 août 2019
"Ce n'est rien de mourir / en somme / quand c'est proprement / mais dans la diarrhée/ dans la boue / dans le sang / et que ça dure / que ça dure longtemps"
Extrait de Une connaissance inutile - Charlotte Delbo (p 35)

page 134
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Tsubaki31Tsubaki31   05 décembre 2018
J'étais entrée dans la cellule où Hans allait me dire adieu, avec les mots qui sont ceux de tous les adieux, car c'était un éternel adieu, impossible de s'y méprendre, et la présence d'Ondine l'attestait, elle qui oublierait; et de savoir que moi aussi je devrais oublier me déchirait le cœur. Et pourtant c'était l'évidence puisque je vivais, (...) cela voulait dire que je l'oubliais déjà (...). J'appelle oubli cette faculté qu'a la mémoire de rejeter dans l'insensible le souvenir d'une sensation chaude et vivante, de transformer en images qui ont perdu leur pouvoir enivrant ou atroce, le souvenir de l'amour vivant, de l'amour de chair et de chaleur.
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Videos de Ghislaine Dunant (2) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Ghislaine Dunant
A l'occasion de la rentrée littéraire 2016, Ghislaine Dunant présente sa biographie de Charlotte Delbo sous-titrée "La vie retrouvée" (Grasset).
En savoir plus sur "Charlotte Delbo, la vie retrouvée" : http://www.myboox.fr/livre/charlotte-delbo-9782246859956
Musique : Cannon_Silent Partner
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