AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
EAN : 9782207110447
368 pages
Éditeur : Denoël (10/01/2013)
3.61/5   92 notes
Résumé :
Jake Marlowe est le dernier de sa race.
Pourchassé par des tueurs fanatiques qui ont juré de lui trancher la tête, protégé contre son gré par une organisation secrète désireuse de vivre au grand jour, Jake a décidé d’arrêter de fuir. La prochaine pleine lune sera sa dernière.
« Va où tu peux, meurs où tu dois. »
Mais pour le vieux loup-garou suicidaire et blasé, rien ne va se dérouler comme prévu.
Par définition, l'amour est imprévisib... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (36) Voir plus Ajouter une critique
3,61

sur 92 notes

boudicca
  22 mai 2014
Si vampires et zombies ont depuis quelque temps la cote en littérature, on ne peut pas dire que le loup-garou bénéficie pour sa part d'une très grande popularité. Présent sous diverses formes dans la plupart des légendes du monde entier et dont les racines remontent jusqu'à la Grèce antique, le lycanthrope est pourtant une créature surnaturelle fascinante que Glen Duncan propose de remettre au goût du jour avec cet ouvrage paru dans l'excellente collection « Lunes d'encre ». Un roman écrit sous la forme d'un journal intime tenu par un certain Jake Marlowe, loup-garou depuis plus de deux-cent ans et auquel on apprend qu'il est désormais le dernier de sa race, tous les autres ayant été exterminé par un organisme chargé de lutter contre les phénomènes occultes. L'idée ne manque pas d'attrait et le résultat est plutôt convainquant malgré quelques défauts qui peuvent parfois gâter la lecture. Parmi eux on pourrait notamment regretter un léger problème de rythme (trop lent dans la première partie alors que la seconde donne à l'inverse l'impression d'avoir été un peu expédiée), ainsi qu'un style un peu lourd à certains moments (la faute à la traduction peut-être... ?) . Les nombreux passages dans lequel le protagoniste réaffirme encore et encore son envie de disparaître et sa lassitude à l'égard de la vie finissent pour leur part par devenir agaçant.
Au-delà de ces quelques bémols, « Le dernier loup-garou » possède cela dit d'incontestables qualités, à commencer par sa volonté de rendre à la figure du lycanthrope ses lettres de noblesse. Oubliez le gentil toutou à la Jacob dans Twillight et re-découvrez le véritable monstre des légendes d'antan. Car tout en réutilisant à sa sauce les éléments inhérents à toute histoire de loup-garou qui se respecte (les balles en argent, la pleine lune...), Glen Duncan amorce ici une réflexion captivante sur la nature profonde du loup-garou : les rapports entre l'homme et la bête, l'exhalation du loup lors de la mise à mort de la proie, puis le dégoût de l'homme face à sa monstruosité... L'auteur dispose également de beaucoup de talent dès qu'il est question d'évoquer les relations ambiguës entretenues entre le protagoniste et les différents personnages du récit, qu'il s'agisse de la profonde amitié l'unissant à son vieil ami Harley, de la compréhension qu'il partage avec l'un de ses chasseurs malgré les circonstances, et bien sûr de la relation qui l'unit à Talulla. Je serais toutefois un peu plus nuancée en ce qui concerne certains éléments de l'intrigue sur lesquels l'auteur passe un peu trop rapidement (les rapports entre vampires et lycanthropes, par exemple). de même, la fin du récit se révèle un peu trop prévisible et ne parvient ainsi pas à atteindre l'intensité dramatique à laquelle elle aspire.
Avec « Le dernier loup-garou » Glen Duncan rend un bel hommage à cette créature monstrueuse qui avait jusqu'à présent tendance à être éclipsée par ses consorts vampires, zombies et compagnie. Un hommage qui se poursuit, d'ailleurs, puisque la suite du roman (« Talulla ») vient d'être à son tour publiée par Denoël. Pour finir, un conseil de lecture destiné à ceux qui auraient été séduit par la figure du lycanthrope : l'excellent « Skin trade » de G. R. R. Martin.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          320
gruz
  20 février 2013
Un titre digne d'une série Z et un sujet qui sent très fort la littérature pour adolescent boutonneux.
Si vous pensez cela, vous ne pouvez pas être plus éloigné de la vérité.
Ce roman est un récit pour public (très) averti, un sombre roman pour adulte, rempli de sang, de sexe ...et de questions existentielles.
Difficile de donner un sang neuf à un tel mythe rabâché jusqu'à la moelle. Duncan y parvient, le plus souvent avec brio, et nous propose un éclairage sang pour sang inédit.
Le propos est sexuellement très explicite, la violence est omniprésente, mais l'angle d'attaque principal du roman consiste à décrire l'intimité de la bête.
Parce que l'animal à des choses à dire, l'animal se pose des questions quasi métaphysiques, l'animal éprouve des sentiments, l'animal a des doutes.
Ce roman est tel une giclée d'idées, l'auteur se lance plus souvent qu'à son tour dans des digressions sur le pourquoi et le comment, sur les sentiments (car ce roman, aussi étonnant que cela puisse paraître, est aussi une histoire d'amour), sur la culpabilité et la solitude (je rappelle que nous sommes face au dernier de la race).
Tout n'est pas parfait à mon sens, l'auteur aime s'entendre parler et certains passages tournent un peu à la divagation et au bavardage.
Mais, bon sang ne saurait mentir, voilà un roman à la fois digne du mythe ancestral, tout en prenant le parti de le déchiqueter.
Duncan est un auteur à suivre, je ne me fais pas de mauvais sang pour la suite de sa carrière.
Lien : http://gruznamur.wordpress.com
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          413
Masa
  07 décembre 2014
Merci à l'édition Gallimard (Folio SF) et à Babelio pour la lecture de ce livre dans le cadre de la masse critique.
Depuis que j'ai lu l'excellence « L'heure du loup » de Robert McCammon, j'ai été soudainement pris de sympathie pour la littérature lycanthropie. Ce livre faisait partie de ceux que j'avais envie de lire.
Le premier constat fut une déception : la narration. Bien que le récit soit riche en verve et en description, la narration est faite à la première personne. Quelle abomination ! Je hais la narration à la première personne. Voilà, le ton est donné : une action bâclé à cause de ce procédé de narration. Il va falloir que je fasse avec durant les presque 500 pages.
Marlowe apprend qu'il est le dernier loup-garou. Depuis un peu plus d'un siècle, le loup-garou ne peut plus transmettre son virus. Une société s'est développée du nom de l'OMPPO (Organisation Mondiale pour la Prédation des Phénomènes Occultes) et chasse chaque bêtes. Mais Marlow est un blasé de la vie, après deux siècles, il n'a plus tout à fait l'envie de vivre.
Marlow est un loup-garou classique. Il se transforme une fois par mois lors de la pleine lune et dévore un être humain. Bon, encore une déception de ce côté là. Point de chasse nocturne (enfin durant une trop longue partie du roman) entre un lycanthrope et un humain. Autre mauvaise nouvelle, les loup-garous de Glen Ducan ne pense qu'au sexe. Marlow est un queutard. Durant tout le récit, on a le droit à ses exploits ou ses pensées sexuelles : c'est lourd. Marlow fume énormément, mais le loup-garou ne peux pas avoir le cancer des poumons.
Si l'idée de départ était pourtant prometteuse, le récit est loin d'apporter les promesses tant attendue. L'organisation se fait très rare, se limitant à des filatures discrètes.
Bon, tout n'est pas mauvais dans le livre. L'auteure parle très (trop) longuement du passé de Marlow. Quelques passages intéressants. Et puis, nous avons le droit d'avoir quelques vampires qui viennent titiller le loup-garou (comme chien et chat).
La fin est prévisible due à un événement que je ne divulguerai pas. En conclusion, j'attendais certainement beaucoup trop de ce livre, suite au coup d'éclat de Robert McCammon. Je ne regrette pas sa lecture qui fut toutefois honorable. Il me reste à trouver les autres livres, bien trop rare, sur la lycanthropie. Hé oui, le vampire est plus classe que la bête poilue, dans le regard des écrivains. Mais moi, j'ai quand même une préférence pour les lycanthropes.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          142
BlackWolf
  25 novembre 2014
Résumé : J'ai donc finalement passé un moment de lecture sympathique avec ce livre, même si tout n'est pas non plus parfait selon moi. J'avoue que le premier tiers du livre a eu du mal à m'enthousiasmer, le personnage principal tombant un peu trop dans la dépression, l'auto-apitoiement et dans l'attente de sa mort qu'il croit certaine. Certes il a des raisons, mais à force on a clairement envie, au minimum, de le secouer. Puis la suite m'a réveillé, gagnant en intensité, offrant un rythme soutenu, rempli d'action, de trahisons, de surprises et de rebondissements qui font que je me suis finalement laissé emporter. L'univers développé se révèle classique et solide et offre de nombreuses questions qui devraient être développés par la suite. Concernant les personnages je suis plutôt mitigé, outre notre héros cynique à souhait et percutant ils sont soit complexes et intéressant soit tombent un peu dans la caricature. Je reste par contre légèrement frustré de cette conclusion reposant sur un deus ex machina un peu gros, mais rien de bloquant. La plume de l'auteur se révèle efficace, dense et pleine d'ironie et d'humour noir. Je lirai sûrement la suite de cette série, même si je ne pense pas en faire une priorité.

Retrouvez ma chronique complète sur mon blog.
Lien : http://www.blog-o-livre.com/..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          230
Yanoune
  24 août 2019
Le dernier Loup-Garou... Ou le bouquin pas prévu ( du tout)... Mais qui fini dans la pile, et que tant mieux.
Pitch:
Alors y a Jake Marlowe... Mais non, rien à voir avec le privé chapeau et imper mou ( même si ça lui arrive de porter des chapeaux et des impers, après sont-ils mous ? Allez savoir ?).. Non rien à voir ou alors pour sa propension aux bons mots, son cynisme et son amour pour le whisky, mais à part ça, non. Parce que lui, là, notre Jake, il est blindé de thunes, il est Gallois, il a deux cents ans et des brouettes, et c'est un Loup-garou... Manque de bol, c'est le dernier de son espèce à cause d'une organisation de merde qui c'est "amusé" à buter ses congénères avec une constance folle au cours des ans... Bon... Donc ouais, c'est un peu la merdasse, le marasme... la chronique d'une mort annoncée...
Alors faut savoir que quand j'ai choppé ce bouquin chez mon revendeur alors que j'allais faire provisions de lecture (en gros je cherchais les Blood Song et c'est tout !), et que y a ce poche mis en avant, avec la note du libraire genre: celui-là ça le fait ! qu'il n'est pas dans la bit-lit mais dans l'urban, je me suis dit pourquoi pas, banco ! ... et que je suis ressortie de la boutique avec 6 bouquins, minus le Blood Song 3, ce pourquoi j'étais venue à la base... ouais faut pas que j'aille chez mon libraire, c'est le mal !.. bref...
Je ne m'étais pas rendue d'un compte d'un truc... L'auteur Duncan me disait vaguement, très vaguement quelque chose mais pas plus...
Et je commence à lire.. Et un journal... moi j'aime bien le format journal, journal intime.. Mais y avait un truc, une impression diffuse... un truc que j'ai finalement reconnu, le style... en plissant le regard. Ooooh... c'est lui, bien sûr que c'est lui, l'auteur de "Moi, Lucifer".. et oui, c'est bien le même, c'est bien lui... Et bien en me rendant compte de ça, j'ai été très contente, parce que j'avais adoré cette lecture ( Moi, Lucifer ), un autre journal intime, ultra bizarre, très drôle, mais hautement dérangeant celui de Lulu ( ouais j'appelle Lucifer, Lulu).
Duncan aime le format journal intime de gars louches, de monstres... Et je dois dire qu'il le fait bien, ouais vachement bien, ce mélange oscillant entre l'humanité et l'inhumanité, la douceur l'intelligence, l'humour et la pire des horreurs, faite, vue, ressentie par celui qui se confesse à l'écrit.
Parce que ne vous méprenez pas.. notre Jake est un glauque, notre Jake est un monstre, notre Jake est un loup-garou qui baise tue mange... Même s'il est aussi cynique drôle et cultivé.. Alors oui faut prévenir aussi que le langage et les références ( enfin parfois et certaines) bin c'est pas à piquer des hannetons, et qu'on est dans l'ordre du soutenu sévère... Même si c'est un monstre qui baise tue mange, c'est aussi un gars qu'a plus de deux cents ans et donc le langage et la culture qui va avec. Et c'est bien !
Ensuite sur la quatrième y a écrit " sans oublier une pincée de sexe !" ... alors là, le mot pincée n'est pas le mieux choisi.. Non franchement Duncan y va pas avec le dos de la louche... le loup-garou a une grosse libido, une libido importante, elle fait partie de lui, de sa Malédiction, de son être complètement.. C'est d'ailleurs une des raisons ( Jake dirait sans doute la plus importante) du pourquoi les Vampires ne peuvent pas blairer les Loup-garous.. le vampire l'a flasque, le loup-garou non... ça entraîne des jalousies. ^^
Alors vu qu'on est en format journal, y a bien des fois des moments d'apitoiement, un peu, des pensées absconses, et un certain nombrilisme...
Des fois c'est un peu mou du genou.
Des fois c'est les grandes questions existentielles.
Oui c'est des questions sur ce qui fait au final de nous un humain ou non... ( le sujet du bouquin, comme dans celui d'avant, avec le Lulu).. où se situe la frontière entre le monstre, le bien le mal, l'amour et l'amitié, le choix, les actes ce que l'on subit ou qu'on fait subir en toute connaissance de cause. Le rachat est-il possible ? .. that is ze question...
Mais y a aussi, de l'humour, de l'amour, de l'action, du gore avec tripes, bouts d'os et éclaboussures.. ouais ça tache pas mal..^^
y a du vampire faisandé, du vieux pote, des belles bibliothèques, de sacrées chambres d'hôtel avec des filles dedans, et un goût certain pour le bon whisky...
Mais c'est aussi l'histoire de ce gars, de ce monstre, avec tous ces gens qui en veulent à sa peau de lycanthrope, pour une raison ou pour une autre, quand on est le dernier d'un truc ça attire les convoitises... Et y en a un sacré tas, des chasseurs, des vampires, des héritières qui s'appelle Delon, des cocaïnomanes à l'ouest... Alors que lui franchement, il a bien envie de jeter l'éponge, de siffler la fin du match, et peu importe si c'est lui perdant.. Ouais siffler l'arrêt des hostilités.. Mais comme vous le savez dans ces cas-là, y a bien souvent, appelez ça le destin, le twist de l'auteur, la vie, une couille qui fait que bin non !
J'ai vraiment bien aimé, bon.. et en v'la un autre qui va falloir que je me trouve la suite... si c'est pas malheureux, comme si j'avais besoin de ça, d'en rajouter à ma montagne... ralalalala... ^^
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50


critiques presse (3)
Telerama   16 janvier 2013
Même s'il remplit son cahier des charges de sexe et de violence, Le Dernier Loup-Garou est plus qu'un simple « revival ». En faisant de son héros le dernier de son espèce et en lançant à ses trousses une mystérieuse organisation qui veut le maintenir en vie, Duncan pose en creux la question de l'humain.
Lire la critique sur le site : Telerama
Elbakin.net   06 janvier 2013
Le texte de Glen Duncan démontre sans détour que l’on est finalement encore très loin d’avoir tout dit sur une figure aussi mythique que celle du loup-garou… et celui ou celle qui se cache sous la bête.
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
SciFiUniverse   07 décembre 2012
Une histoire simple et subtile à la fois.
Lire la critique sur le site : SciFiUniverse
Citations et extraits (38) Voir plus Ajouter une citation
gruzgruz   17 février 2013
La capacité du monde à continuer pesait lourd sur mes épaules ; il produisait un jour singulier après l'autre, il faisait éclore guerres et conversations, il donnait naissance à des bébés sanglants et gobait les morts en silence.
L’inconscient collectif humain ne le supporte pas, il ne supporte pas la pensée que les choses continuent à jamais, alors il a décidé (inconsciemment, collectivement) de mener la planète à sa fin.
L'éco-apocalypse ne doit rien au hasard ; c'est au fond un stratégie de l'espèce.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          210
gruzgruz   16 février 2013
On a longtemps expliqué le faible pourcentage de femmes infectées d'une manière très romantique : la possession d'une matrice était sensée conférer à ces dames une douceur qui leur rendait tout simplement insupportable la férocité d'un coeur de lycanthrope. Les garous du beau sexe se suicidaient sans doute en nombre étourdissant, affirmait la mâle idiotie.
La première pleine lune venue, les malheureuses se transformaient, dévoraient un être cher, se révélaient incapables de vivre, écrasées sous le fardeau de remords, et s'en allaient discrètement avaler dans un coin une boucle d'oreille en argent.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          170
boudiccaboudicca   04 mai 2014
Les monstres disparaissent lorsque l'imagination collective cesse d'en avoir besoin. La mort d'une espèce de ce genre n'est qu'une évolution du programme psychologique commun. La bête que recèle tout homme restait autrefois cachée dans le noir, reniée. La transparence de l'histoire moderne a rendu cette dissimulation impossible : nous nous sommes vus dans les camps de concentration, les goulags, la jungle, les champs de mort de Cambodge, nous nous sommes reconnus dans les lectures des annales du crime. La technologie a allumé les projecteurs et personne ne peut plus méconnaître les faits : la bête est superflue. C'était nous, tout du long.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          150
gruzgruz   18 février 2013
Les grands espaces rapetissent les dieux américains : Elvis, John Wayne, Marilyn, Charles Manson, JFK ne sont dans ces immensités que des nuages fragiles qui se déchirent sur un néant bleu infini.
Tout le monde n'a pas la tête assez solide pour le supporter, les Etatsuniens en sont conscients. Poussé par l'intuition collective, ils se rassemblent sur les côtes.
Commenter  J’apprécie          190
MRLMRL   29 octobre 2018
Ni homme ni loup. Les campanules écrasées par un appendice qui n'était ni pied ni patte, un hybride à la consistance de cuir. Un œil de pierre précieuse, éclat persistant des vies dérobées. La dévoration ultime ressemble à l'amour, affirmait cet œil. A l'amour, oui. Tu vas voir. Tu vas voir.
La lune se leva.
Le sang monta en moi, tout le sang du corps bloqué, compressé sous la calotte crânienne, impossible configuration, grande inspiration avant la redistribution brutale. Ces instants de semi-liberté tentatrice me permirent de voir ma bouche s'ouvrir, mes doigts s'agiter.
Je m'arrachai de ma carcasse, luttai, fus brutalement ramené en arrière. Un nouveau sacrement de nuit m'était administré, indéniable, assuré, n'admettant pas la discussion. Il restait en moi des parcelles de résistance : je songeai à me fracasser la tête contre le meneau de pierre, mais la chose les balaya. La chose. Vraiment. Un frère, un grand jumeau d'avant ma naissance qui avait des projets de recalibrage rapide. Il arrivait avec des besoins non négociables. Ou négociables dans la seule mesure de leur expansion potentielles : ce qui suffisait maintenant ne suffirait peut-être pas plus tard. Mes épaules s'agitèrent, apprenant non sans difficulté le jeu étrange de l'ostéomorphose, supportant des mouvements tectoniques hâtifs. Sensation de se transformer en glace puis dégel saisissant, auquel succéda une nouvelle grammaire gestuelle. Epaules, chevilles, poignets - premiers transformés, derniers retransformés. Je roulai sur le flanc. Trop grand pour le lit, comme dans les contes de fées, car tout en moi grandissait. Les non-ongles pas encores griffes avaient égratigné les incrustations en bois de rose. Je tombai sur le plancher, étourdi par la symphonie odorante de la nuit qui s'engouffrai dans la chambre, depuis les roses refermées du jardin jusqu'au fumier généreusement répendu dans les champs. Une acre de blé crépitant éclaboussait le sud. Deux mains géantes invisibles m'empoignèrent par le cou, qu'elles tordirent dans des directions différentes : la brûlure indienne de la cour de récréation démultipliée, nécessaire, découvris-je, pour que la magie tressautante pousse la tête dans ses linéaments les plus évidemment prédateurs. Mon jumeau lupin trépignait d'impatience : un être n'était rien sans corps. La lente moitié postèrieure mit à l'épreuve sa capacité à attendre et la mienne à souffrir. Mon nouveau crâne frémissait encore que mes nouvelles entrailles se débarassaient d'une merde brûlante. J'étais à la fois lui et moi, mais nous échangions un regard, conscients que tout dépendait de notre capacité à combler le gouffre. la coopération viendrait, les deux fils s'entrelaceraient jusqu'à ce que nous ne soyons plus que moi, mais son droit de naissance l'autorisait à prendre de force le moment inaugural. " Fait ce que je te dis. Ecoute-moi." Ses premières déclarations étaient souvent interrompues par la pression inarticulée d'un besoin animal. Le couperet tombait. je savais de quel besoin il s'agissait. Je ne pouvais pas ne pas le savoir.
Je restais longtemps accroupi à la fenêtre ouverte. Mes jambes velues toute neuves, démesurées. La matière violée, redisposée, murmurant son traumatisme dans les cellules frissonantes.
... Je contemplai le paysage au clair de lune, les fleurs pâles, la pelouse qui retenait son souffle. J'attendais. Un silence colossal... puis la brise agita le chèvrefeuille, les poils de mes oreilles et de mon museau humide délirant. Mon scotum se contracta, mon souffle brûlant courut sur ma langue. Mon anus restait tendrement en éveil. Je me représentais mon moi humain bondissant de sept mètres de haut, sentis le choc de mes chevilles en miettes et de mes mollet en ruine... puis ma puissance nouvelle en un soupçon de dépravation. Je bondis de la fenêtre pour m'enfoncer dans le clair de lune.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00

Video de Glen Duncan (1) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Glen Duncan

"Leçons d'un tueur" de Saul Black : n'ayez pas peur !
Saul Black - pseudonyme de l'écrivain britannique Glen Duncan - signe "Leçons d'un tueur" aux éditions Presses de la Cité. En savoir plus : http://bit.ly/1DzXfKX Repérer, traquer, tuer,...
autres livres classés : loup-garouVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Vous avez dit vampires ?

Qui a écrit "Dracula" ?

Oscar Wilde
Bram Stoker
Arthur Conan Doyle
Mary Selley

15 questions
1857 lecteurs ont répondu
Thèmes : fantastique , vampiresCréer un quiz sur ce livre

.. ..